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L'histoire du Japon
Les plus anciens vestiges humains au Japon appartiennent au Paléolithique. Il semble que des populations venues à la fois de Sibérie, via la Corée, et de Chine et même d'Asie du Sud-Est se soient dès cette période retrouvées sur les îles de l'archipel. Vers le IIIe millénaire, apparaît une culture dite de Jomon (Jômon), qui durera environ 2000 ans. La riziculture se développe vers le IIIe siècle av. J. C. et est marquée par divers autres progrès dans les modes de vie, qui caractérisent la période dite de Yayoï. 

Si l'on en croit les premiers écrits japonais, qui ne datent que du VIIIe siècle de notre ère, la structuration politique de l'archipel, le titre d'empereur ou mikado, remonteraient au VIIe s. av. J.C. Plus fiables sont sans doute les connaissances des faits contemporains des textes. Ainsi, apprend-on qu'en 788, un peuple de l'ouest, que l'on suppose être les Mongols, essaya d'envahir le Japon, mais que son armée et sa flotte furent presque anéanties. 

Pendant trois ou quatre siècles encore, on vit arriver au pouvoir différents individus appartenant aux grandes familles nobles. La puissance impériale commença de décroître et les princes vassaux, profitant de sa faiblesse, se rendirent presque indépendants. Pour remédier à ces maux, la cour du mikado créa les fonctions de shogun, ou gouverneur généralissime, entre les mains de qui va vite résider le vrai pouvoir, surtout à partir du XIIe siècle quand cette charge devient héréditaire, et  jusqu'à la dissolution du shogunat, en 1868.

De 1331 à 1392, des guerres civiles éclatèrent entre  empereurs rivaux. La Période de 1336 à 1573 est connue comme l'époque de la guerre et le pays fut gouverné par des shoguns de la famille Ashikaga. A la fin de cette période, trois des plus grands noms de l'histoire japonaise se firent remarquer : Nobunaga, Hideyoshi et Iyeyasu. Nobunaga conçut l'idée de réunir tout l'empire sous sa domination, mais il fut tué par un traître avant qu'il eût accompli cette oeuvre. Hideyoshi fut plus heureux. Nobunaga persécuta les prêtres bouddhistes et, de concert avec Hideyoshi, il reçut favorablement les jésuites missionnaires pour les opposer aux Bouddhistes

Après la mort d'Hideyoshi (1592), le pays fut déchiré par deux partis, l'un dirigé par les adhérents du jeune enfant de Hideyoshi, l'autre par Tokugawa lyeyasu. Ce dernier triompha et fonda le shogunat de Tokugawa, qui gouverna le Japon depuis 1603, jusqu'en 1867. Pendant cette période, le pays jouit d'une paix profonde. Yedo devint capitale. Iyeyasu est regardé comme le plus grand caractère de l'histoire japonaise. Son système de gouvernement régna jusqu'à ces derniers temps. Bien que le shogun fût de facto le maître, le mikado (porte illustre ou sublime porte) était le véritable souverain du Japon, et le shogun n'était ni roi, ni empereur, mais gouverneur militaire, commandant en chef. 

Les Européens ont commencé à se rendre au Japon au XVIe siècle. Sur fond de rivalités entre eux, les Portugais et les Hollandais en particulier ont réussi à y implanter des établissements. Mais les relations entre Japonais et européens devinrent vite orageuses. Les chrétiens furent persécutés au milieu du XVIIe siècle; les commerçants étrangers relégués sur l'île de Deshima, dans la rade de Nagasaki.  Assez vite, cependant, les Hollandais, vainqueurs à la fois de leurs concurrents européens (le Portugais sont chassés) et des réticences des Japonais parvinrent à arracher pour deux siècles le monopole des échanges commerciaux entre l'Europe et le Japon.

La situation change au milieu du XIXe siècle, avec l'entrée en scène en 1852 des Américains, puis avec la conclusion de traités entre le Japon et toutes les grandes puissances occidentales. Une irruption des étrangers favorisée par le shogun et l'époque et qui se révèle hautement impopulaire. La succession des événements conduira à partir de là à la dissolution du shogunat (1868) et à la prise en main de tout le pouvoir par le mikado. Cette époque marque aussi le commencement d'une ère de progrès (dite ère Meiji), mais aussi la naissance d'une politique expansionniste du pays, qui se lance dans plusieurs guerres. Dans un premier temps contre la Chine, puis la Russie, et  - plus tard, mais dans une perspective du même ordre - contre les Alliés, au cours de la seconde Guerre mondiale. 

Dates clés :
VIIe av. J.C. - Premier mikado?

VIIe-XIIIe - Époque des Fujiwara.

XIIIe s. - Ère de Kamakura. Attaques mongoles.

ca. 1550 - Arrivée des Européens.

1868 - Abolition du shogunat.

1941-45 - Guerre du Pacifique.

1951 - Fin de l'administration américaine.

Au «  pays du Soleil Levant »

Si l'on suit les récits semi-légendaires, le premier mikado, le premier empereur, du Japon, aurait été un certain Kami-yamato-no-Iware-biko (667 av. J.C.), originaire du Sud de Kien-siou. Il chassa, dit-on, le peuple primitif du pays, représenté comme un peuple chevelu et sauvage, ressemblant aux Aïnous qui habitent aujourd'hui Hokkaïdo (et peut-être encore les îles Kouriles). Il est plus probable que ce peuple se mélangea graduellement avec ses conquérants. Quoi qu'il en soit, ce personnage conquiert l'île de Nippon, jusque vers le 30° latitude, devient en 660, empereur sous le titre de Zim-mou-Tennô ou Jimmu Tenno, et il choisit pour capitale Yamato (Kashiwabara). Il mourut en 585, à l'âge de cent trente-sept ans, et fut remplacé par son troisième fils, Kami-nuna-gava-mimi-no-mikoto; avec le titre de Suisei-Tennô. Le héros le plus célèbre de l'époque ancienne du Japon est Yamato-Daké, fils du 12e  mikado, l'empereur Keiko (74-130), qui conquiert l'Est du Japon, Ia plaine de Yedo (Kuwanto), et, tantôt déguisé en femme, tantôt traversant les flammes, accomplit des merveilles de valeur. Pendant plusieurs siècles ses successeurs portèrent encore le titre de mikado et exercèrent le pouvoir le plus absolu. Les femmes n'étaient pas exclues de la succession et dans l'ancienne histoire du Japon, il y eut plusieurs célèbres impératrices. A l'avènement de l'impératrice Suiko, première souveraine du sexe féminin, une tolérance entière fut accordée à la religion bouddhiste.
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Les religions au Japon

On trouve au Japon deux manières d'aborder le religieux, deux courants. L'un, le shintô peut se définir comme le culte des Kamis (divinités de nature et d'origine diverses); l'autre correspond au bouddhisme. Après s'être disputé avec acharnement la suprématie, après des luttes séculaires ou la victoire oscilla de l'un à l'autre des adversaires, après des persécutions réciproques allant jusqu'à la prise d'assaut, l'incendie, le pillage des temples et des monastères et au massacre des prêtres et des fidèles, dégénérant parfois en de petites guerres civiles où le sang coulait à flots, les deux ennemies finiront par apprendre à vivre dans une paix apparente à l'abri d'un compromis de tolérance imposé par les progrès du scepticisme et de l'indifférence religieuse plutôt que librement et sincèrement consenti. Car les vieilles haines, les jalousies, les ambitions ardentes, les querelles de jadis se sont durablement ancrées entre les deux clergés pendant une très longue période de l'histoire du pays; seulement, au lieu d'armes meurtrières, elles se règleront avec des mémoires apologétiques et des controverses plus ou moins courtoises. Dans cette lutte pour l'existence et le pouvoir, l'avantage est allé semble-t-il longtemps au bouddhisme. Mais il semble l'appui que le gouvernement de l'ère Meiji a prêté au shintô pour l'ériger en une sorte de "religion nationale", ait d'une certaine manière équilibré la situation, au moins sur le papier.

Un nouvel âge.
C'est en 645de notre ère, 1305 de l'ère japonaise, que l'habitude chinoise de compter par période nien-hao, en japonais nen-go, fut établie par  Ame-yorodu-toho-yinomikoto (Kotoku-Tennô). Le premier nen-go est donc de 645 et porte le nom de Dai-kwa ou Tai-kwa, en chinois Ta-hoa. C'est pendant cette première période que furent, d'une part, réorganisée l'administration provinciale (646 ap. J.-C.) et d'autre part, dans la capitale, établis les huit ministères au-dessus desquels se trouvait un conseil supérieur, composé d'un dajo-dai jin (premier ministre), d'un u-dai-jin (ministre de gauche) et d'un sa-dai jin (ministre de droite) (649 ap. J. C). Notons en 663 ap. J.-C. la défaite des Japonais par les Coréens et les Chinois réunis; le  règne important de Temmu-Tennô (673-686 ap. JC) marqué par des règlements concernant les vêtements; l'établissement de barrières, appelées seki-sho, pour contrôler les voyageurs aux frontières des provinces; la division des Japonais en huit familles, etc. Celui de Kammu Tennô (le 50e mikado) (782-807), fondateur de Kyoto, promoteur de progrès agricoles; en 799, le cotonnier; en 815, la culture du thé sont introduits au Japon. 

L'introduction du cérémonial chinois écarta les mikados du commandement militaire et fit passer le gouvernement aux mains de leurs lieutenants. Il s'ensuivit une anarchie de plusieurs siècles, durant laquelle se constitua un régime comparable à la féodalité européenne, avec une noblesse de cour et une classe militaire. La famille de Fujiwara, appartenant à la noblesse de cour, eut une influence prépondérante du VIIe au XIIe siècle. L'ascendant passa alors à deux familles militaires, les Taïra et les Minamoto. En 888, Motatsune, premier ministre (Daïjo-daïjin) de la maison de Fujiwara, reçut à titre héréditaire la dignité de kambaku (administrateur en chef). Les mikados étaient complètement tombés sous la tutelle des Fujiwara, ne prenant d'épouses et ne mariant leurs filles et soeurs que dans cette famille. 

Les Taïra se rattachèrent à un petit-fils de Kammu-Tennô. Leur splendeur fut courte. Les Minamoto passent pour des descendants du 52e mikado, Saga-Tennô. Ils ont donné au Japon de brillants généraux. Les familles Ashikaga et Tokugawa ne sont que des branches des Minamoto. Un de leurs premiers héros fut Yoriyoshi, qui, au milieu du XIe siècle, soumit les peuplades Emishi du Nord de l'île de Hondo. Son fils Yoshiiye éclipsa ses exploits; les légendes le célèbrent sous le nom de Hachiman Taro. Au XIIe siècle, les intrigues de palais cèdent la place aux guerres civiles. L'usage s'était établi de faire abdiquer les mikados et de les cloîtrer  lorsqu'ils atteignaient vingt ans, de manière que le souverain nominal fût mineur. Le 75e mikado, Shutoku-Tenno, avait ainsi régné de trois à vingt ans et s'était retiré dans un monastère. Mais à la mort imprévue de son jeune beau-frère, Konoyé-Tennô, qui lui avait succédé, il voulut assurer le trône à son fils.


Scène de bataille.

Le temps des shogouns.
Ce fut l'occasion d'une guerre acharnée; tandis que le chef de la maison de Minamoto, Tametomo, l'appuyait, le Kambaku et les Taïra lui opposèrent un fils de son prédécesseur, Toba-Tennô: le chef des Taïra, Kiyomori, fit prévaloir ce dernier; qui régna sous le nom de Go-Shirakawa-Tennô (1156). Le frère de Tametomo exilé, Yoshitomo, reprit la lutte, mais fut battu devant Kyoto et tué (1159). Ses fils, Yoritomo (ou Yori-tomo) et  Yoshitsune, se soulevèrent à leur tour (1480). La lutte fut terrible. Le souvenir des hauts faits de Yoshitsune et de son serviteur le géant Benke est encore populaire. Il prévalut dans le Sud, tandis que Yoritomo triomphait dans la région de la capitale. Définitivement vainqueur en 1185, Yoritomo fut nommé l'année suivante sotsui-hoshi et, en 1192, sei-i-tai-shogoun. Ce mot de shôgun ou shogoun veut dire généralissime, et il paraît avoir été employé pour la première fois par un certain Watamaro, dans une guerre contre les Aïnous en 813 sous l'empereur Kami-no-sin-wau (Saga-Tennô). 

Le titre de taï-koun donné également au shogoun, est d'origine chinoise et n'était pas usité chez les Japonais. La victoire de Yori-tomo lui permit d'exercer au Japon un pouvoir semblable à celui des chua en Annam, c.-à-d. celui d'un maire du palais auprès d'un roi fainéant. Tandis que le mikado, roi spirituel, ou roi civil (appelé par les Chinois wen-wang) règne et ne gouverne pas, le shogoun (wou-wang) est le chef guerrier. Cet état de choses a duré jusqu'à la révolution de 1868. Yori-tomo ayant fondé une nouvelle capitale, Kama-kura, sa dynastie est connue (1192) sous le nom de shogouns de Kama-kura ou de Minamoto. Yori-tomo mourut en 1199 et le second shogoun fut son fils Yori-iye (1199-1202); il fut lui-même remplacé par son frère Sane-tomo (1208-1219). Voici la liste de ces shogouns :
 

Dynastie Minamoto : Yori-tomo (1186-1201); Yori-iye (1202); Sane-tomo (1203-1219). - Dynastie Fujiwara : Yori-tsune (1220-1243); Yori-tsugu (1244-1251). - Dynastie Jimmu-ten wo : Mune-taka (1252-1265), Kore-yasu (1266-1289); Hisa-akira (1289-1307); Morikuni (1308-1333) ; Mori-yosi (1333-1335); Nari-yoshi (1334-1338). - Dynastie Ashikaga : Taka-udji (13341357); Yoshi-mori I (1358-1367); Yoshi-mitsu I (13681393); Yoshi-motsi (1394-1422); Yoshi-katsu I (14231425); Yoshi-motsi (réétabli en 1425-1428); Yoshi-nobu (1428-1440); Yoshi-katsu II (1441-1443); Yoshi-nari (1449-1471); Yoshi-nao (1473-1489); Yoshi-mura (1490-1493); Yoshi-mitsu II (1494-1507); Yoshi-mura (réétabli, 1508-1521); Yoshi-naru (1521-1545); Yoshifusa (1546-1565) ; Matu-naga (usurpateur, 1565-1568; Yoshi-sûsa (1568); Yoshi-aki (1568-1573). - Dynastie Taïrano : Taïra-nobu-naga (1574-5582); Aketi-mituhide (usurpateur, 1582); San-ban-si (1582-1586). - Dynastie Toyo-tomi : Hide-yoshi ou Taï-ko-sama (15861590); Hide-tugu (1591-1595); Hide-yori (1600-1615). - Dynastie Toku-gawa : Mina-moto-no-iye-yasû-kô (1603-1605); Hide-tada-kô (1605-1622); Iye-mitu-ko (1623-1649); Iye-tuna-kô (1650-1680); Tuna-yosi-kô (1681-1709); Iye-nobu-kô (1709-1712); Iye-tugu-kô (1713-1715; Yoshi mune-kô (1716-1745); Iye-sige-kô (1745-1762); Iye-haru-kô (1762-1786); Iye-nari-kô (1787-1837); lye-yohi-kô (1838-1853); Iye-sada-kô (1853-1858); Iye-motsi-kô (1858-1866); Yoshi-hisa-kô (1866-1867).
Dans leur première période, presque aussitôt après leur avènement, les shogouns subirent le sort des mikados et furent réduits à une autorité nominale; le pouvoir réel fut exercé par des shuklens ou régents appartenant à la famille de Hojo, descendant du beau-père de Yori-iye. Des enfants détenaient à Kyoto et à Kamakura le titre de mikado et de shogoun. Cette situation dura de 1199 à 1334; le plus célèbre des douze régents est Hojo Tokimune qui repoussa l'invasion des Mongols (1274 et 1281). La puissance des Hojo fut détruite à Kamakora par le héros Nitta Yoshisada, de la famille de Minamoto, et à Kyoto par Ashikaga Takaudji, lequel restaura le pouvoir effectif des shogouns.
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Le samouraï : Kusunoki Masashige.
Statue équestre du samouraï Kusunoki Masashige (1294-1336), devant
le palais impérial de Tokyo. Source : The World Factbook.

En 1331, Taka-haru (Go-Daïgo), cherchant à secouer le joug de la famille de Hôjô, avait été battu et remplacé sur le trône par Kogon-Tennô. Néanmoins, Daïgo ayant été réinstallé en 1334, les successeurs de Kogon continuèrent de régner à Miako (Kyoto), en sorte qu'il y eut deux dynasties de mikados : dynastie du Nord et dynastie du Sud. D'ailleurs, la dynastie de Kogon, composée de six princes, dont le dernier, Moto-hito (Go-Komatsu), par suite de l'abdication de l'empereur du Sud, devint, en 1392, seul mikado, jusqu'à 1412. La division du Japon en deux empires n'a duré que soixante ans, de 1332 à 1392.

C'est au XVIe siècle que recommencèrent les grandes luttes, favorisées par la faiblesse des shogouns d'Ashikaga. Membre de la famille Ota (maison de Taïra), petits daimios d'Owari, Nobu-naga commença à lutter contre les shogouns, peu de temps après l'arrivée des Portugais au Japon. Son courage, qui lui avait valu de grandes acquisitions de territoire, lui suscita de nombreuses jalousies; il n'en eut pas moins assez d'influence pour faire nommer en 1568 Yoshi-aki comme shogoun; ce devait être le dernier de la maison Ashikaga. Après avoir détruit, en 1573, le monastère de Hiyeizan, Nobu-naga déposait Yoshiaki, se substituait à lui, restaurait l'autorité du mikado, favorisait le christianisme, combattait vigoureusement les bonzes qui s'étaient déclarés contre lui, les soumettait, mais, trahi ensuite, il se suicidait (hara-kiri) à l'âge de quarante-neuf ans, en 1582. L'oeuvre de Nobu-naga fut continuée par son élève et lieutenant Hide-yoshi, fils d'un paysan, qui réussit à pacifier le Japon, troublé à la mort du grand chef. Vainqueur des ennemis qui avaient causé la mort de Nobu-naga. Hide-yoshi fit la guerre à la Corée, et persécuta les chrétiens qui avaient été jadis protégés par son prédécesseur. Hide-yoshi, qui était un des personnages les plus remarquables du Japon, est également connu sous son nom de dynastie, de famille, Toyo-tomi, ou par son titre de Tai-ko (Tai-ko-sama).

Tai-ko-sama mourut le 15 septembre 1598; sa succession fut disputée entre son fils et Toku-gava-Iye-yasû, seigneur de Mikawa, qui gouvernait le Kuwanto et résidait à Yedo. La querelle fut résolue par la sanglante bataille de Sekighara (1600), la plus meurtrière et la plus décisive des annales japonaises. Iye-yasû, s'étant emparé du pouvoir, continua l'oeuvre de ses deux devanciers et prit, en 1603, le titre de shogoun. Quoique, deux ans plus tard, il ait abdiqué en faveur de son fils, il conserva ce titre jusqu'à sa mort, arrivée en 1616. Le shôgounat devait durer dans cette famille de Iye-yasû, ou de Toku-gawa,qui n'était elle-même qu'une branche des Minamoto, jusqu'à la Révolution de 1868, époque à laquelle cette fonction fut abolie; l'empereur Mutsu-hito étant monté sur le trône en 1867, le dernier titulaire, le quinzième shogoun de la maison de Toku-gawa, fut Yoshi-hisa-ko, fils du prince de Mito, Nari-akira, qui avait été adopté par le prince de Hitotsubashi.
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Les Samouraï

Les soldats formaient une classe à part, les buke; mais, depuis Yori-tomo, on les appelait plus souvent samuraï, samouraï ou gardes. Ils avaient les classes inférieures (hei-min), dont ils étaient la terreur, en quelque sorte à leur merci. Vivant chez leur daimio, un peu à la façon des hommes d'armes du Moyen âge, ils avaient le droit de porter deux épées, se mariaient entre eux, et leur fils aîné recevait une pension de leur chef. Beaucoup de ces pensions furent rachetées par le gouvernement impérial à partir de décembre 1873; elles le furent toutes à partir d'août 1876. En 1878, le mot de samuraï fut changé en celui de shizoku, qui a le même sens. On désignait sous le nom de rônin, vagabonds, les samuraï qui avaient cessé d'être attachés à la personne d'un daimio, soit librement, soit par renvoi, soit enfin par le fait de la condamnation de leur chef; le rônin, n'ayant pas de paye, comme le samurai, vivait souvent de rapine, mais aussi se montrait fort dévoué à celui qui l'employait, ainsi qu'en témoigne l'histoire célèbre des Quarante-sept Rônins, qui furent tous condamnés au hara-kiri pour avoir (avril 1701) vengé la mort de leur patron, Asano, seigneur de Ako.

On désigne généralement sous le nom de période féodale les siècles pendant lesquels le Japon fut administré par les shogouns. On donnait le nom de daimio (grand nom), titre qui était déjà connu sous Yori-tomo, aux chefs principaux militaires de l'empire dont Iye-yasû assura la stabilité aux dépens de leur puissance réelle en les déclarant tous ses vassaux. Iye-yasû divisa les daimios en fudaï, qui appartenaient à la famille de Toku-gawa ou tout au moins à leurs vassaux et en tozama, daimios n'appartenant pas à la famille du shogoun, qui ne reconnurent son autorité qu'en 1600. Ceux-ci furent les principaux fauteurs de la révolution de 1868, avec les kuge, la vieille noblesse japonaise, mécontente de l'aristocratie militaire des fudaï. Ces kuge, presque tous de sang impérial, appartenaient aux neuf familles : Fujiwara, Sugawara, Taira, Minamoto, Kiowara, Abe, Onakadomi, Urabe et Tamba. Comme le vrai souverain, le mikado, ces kuge vivaient dans la plus grande oisiveté, et la plupart d'entre eux dans la plus profonde misère.
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Samouraï
Un samouraï.

Le Japon et le reste du monde

Temps anciens et  Moyen âge. 
Les auteurs de l'Antiquité classique ne connaissaient pas le Japon; les marchands arabes, au contraire l'ont connu, mais ce qu'ils en savaient est peu clair. Doit-on, par exemple, voir dans les îles de Sila dont ils parlent,  le Japon ou la Corée? Aboufélda écrit : 

« Sila ou Silâ est située au plus haut de la Chine, à l'Est. Ceux qui voyagent sur mer ne s'y rendent pas souvent. C'est une des îles de la mer Orientale qui font pendant, par leur situation, aux îles Eternelles et Fortunées de la mer Occidentale; seulement celles-ci sont cultivées et remplies de tous les biens, contrairement à celles-là. »
Dans l'histoire des Mongols, Youen, Youen-chi, le Japon, le Je-peun, est décrit dans le chap. CCVIII de la quatrième section. C'est le pays Je-peun Kouo, transcrit phonétiquement et décrit par Marco Polo sous le nom de Zipangu (ou Cipango, etc.) :
« Sypangu est une isle en Levant qui est en la haulte mer, loings de la terre ferme mille cinq cens milles; et est moult grandisme isle. Les gens sont blans et de belle maniere. Ilz sont idolastres, et se tiennent par eux; et si vous dy qu'il ont tant d'or que c'est sans fin; car ilz le treuvent en leurs isles. Ilz sont pou de marchans qui là voisent, pour ce que c'est si loings de la terre ferme. Si que pour ceste raison leur habonde l'or oultre mesure. » 
Rachid-eddin emploie également ce mot modifié de Zipangu. Le mot de Nippon se trouve déjà au Xe siècle de notre ère sous la forme Al-Nâfun, dans le lkhwân-al-Sâfâ. En réalité, le Japon, qui a été connu des Occidentaux par la relation de Marco Polo (vers 1300), avait été oublié par eux et l'on peut considérer le Portugal comme l'ayant découvert à nouveau.

Le Portugal
Dans une lettre adressée en 1505 par le roi du Portugal, Emmanuel, au roi de Castille, il est parlé d'un navire du roi de Calicut, qui fut saisi par les Portugais et à bord duquel on trouva trois instruments astronomiques en argent qu'il avait été chercher dans l'île Saponin (Japon). Le Japon se retrouve sous son ancienne forme de Zipangu, ou ses variantes, dans le globe de Martin Behaim (1492) et dans la relation de voyage de Magellan, par Pigafetta (1524). Mais on peut dire que le Japon n'a été connu que par le voyage de Fernão Mendez Pinto (1545), qui y acosta, chassé par le mauvais temps dans un port de l'une des plus petites îles japonaises. Revenu aux établissements portugais de la Chine, il fit de tels récits sur les richesses du Japon, qu'un grand nombre d'aventuriers s'y rendirent.

Les marins, les commerçants et les missionnaires qui ont atteint les premiers le Japon n'avaient évidemment pas pour objectif de faire connaître ce pays. Aussi, les connaissances qu'en ont eu les Européens sont restées très longtemps fragmentaires. Elles ont été apportées par quelques rares voyageurs. Il s'agit principalement de Engelbert Kempfer, qui séjourna au Japon de 1690 à 1692, dont l'Histoire, parut en anglais en 1727; de Charles-Pierre Thunberg, élève de Linné, envoyé au Japon en 1772; et de Siebold, qui a publié le grand ouvrage Nippon, Archiv zur Beschretbung von Japan (Leyde, 1832-1851).
Des missionnaires les imitèrent et le Japon fut visité par saint François-Xavier, qui débarque à Kago-shima le 15 août 1549. Ils allaient s'employer à donner une certaine influence au christianisme dans l'archipel. Dans un premier temps, marchands et missionnaires furent favorablement accueillis et un certain nombre de conversions furent même obtenues. Nobu-naga protégea les chrétiens au détriment des bonzes. Une ambassade envoyée par les daimios de Bungo, d'Arima et d'Omura, qui quitta le Japon en 1582, l'année de la mort de Nobunaga, arriva en 1585 à Rome, où elle fut reçue par le pape Grégoire XIII. L'ère de Hide-yoshi (Taiko-sama) amena une forte réaction contre les chrétiens; en 1587. Les abus et la conduite inconséquente des chrétiens portugais conduisirent Hideyoshi à publier un édit bannissant les missionnaires. Cet édit fut renouvelé par son successeur en 1596 et, en 1597, furent crucifiés à Nagasaki 9 missionnaires et 17 catholiques indigènes. Iye-Yasû s'était d'abord appuyé sur les catholiques, mais, prévenu par les Hollandais et les Anglais contre eux, il leur devint hostile. Son fils et son petit-fils les exterminèrent.

Les Hollandais et les Anglais. 
Une expédition partie en 1607 sous les ordres de l'amiral général Pieter Willemsz Verhoeven qui avait pour mission spéciale d'enlever aux Portugais les îles Moluques, arriva à Bantam en février 1609, après avoir envoyé au Japon deux navires, le Leeuw et le Brack. Les Hollandais construisirent en 1609 une factorerie à Firando (Hirado), île du Saï-kaï-do, dépendant de Kiou-siou (Kyushu), à la pointe de la province Hizen, non loin de l'île Ikki, et y installèrent comme agent Jacques Speckx. Ce voyage a été raconté par Reynier Diecksz. Le port de Firando était sûr, mais l'accès en était difficile. Les Hollandais eurent de telles difficultés dans leur établissement qu'ils songèrent même en 1617 à l'abandonner, mais ils le maintinrent néanmoins. Ils avaient d'ailleurs rendu de grands services aux Japonais en leur apprenant à fondre des pièces d'artillerie. En 1624, Speckx fut remplacé comme résident par Cornelis van Nyenrode.

Le 9 novembre 1640, les Japonais donnèrent l'ordre aux Hollandais de démolir tous leurs magasins nouveaux, ainsi que les établissements qui porteraient des emblèmes chrétiens. François Caron céda à cette injonction, mais le 11 mai 1644, les Japonais forcèrent les Hollandais d'abandonner Firando pour s'installer dans la petite île de Deshima, sous la surveillance de l'autorité de Nagasaki. Cet ordre, qui était en quelque sorte l'expulsion des étrangers du Japon, fut exécuté, et, le 21 mai 1644, les Hollandais quittaient Firando. La factorerie de Firando n'avait pas été pour les Hollandais une possession incontestée. Le capitaine anglais, Saris, commandant le « huitième voyage » de l'Old Company, parti en 1611, établit en 1613une agence à Firando dont R. Wickham fut le premier agent. C'est dans une lettre de Wickham, du 27 juin 1615, adressée à M. Eaton, à Miaco, et conservée dans les archives de la Compagnie, que se trouve la mention la plus ancienne du thé (chaw). En 1616, le privilège accordé aux Anglais de faire le commerce au Japon fut modifié et limité au seul port de Firondo. Les Hollandais, jaloux de leurs rivaux, et infiniment supérieurs en nombre, les attaquèrent en 1618 et les auraient certainement massacrés sans la médiation des Japonais. Malgré cet incident, l'année suivante, Anglais et Hollandais, reconnaissant la nécessité d'une entente, réunirent leurs deux factoreries en une seule. L'arrangement dura peu, car, dès 1621, les Hollandais continuèrent seuls leurs opérations.

Firando a toujours été noté pour l'hostilité de ses princes contre le christianisme, quoique les chrétiens fussent nombreux dès 1606 (ou à cause de cela). Le Père Augustin Hernando de Saint-Joseph fit en 1616 de vains efforts pour établir une mission et construire une église à Firando, et l'année 1624 fut marquée par une grande persécution. 

On peut dire que depuis que les Hollandais furent relégués à Deshima jusqu'à l'arrivée du commodore américain Perry, en 1853, la situation des étrangers au Japon ne changea guère. Vainement en 1807 les Russes essayèrent-ils de débarquer à Yesso (auj. Hokkaïdo), vainement les bateaux français au anglais tentèrent-ils, soit aux îles Lieou-kieou (Ryu-Kyu), soit dans l'archipel japonais proprement dit, d'établir des relations. 

Le coup de force de Perry.
Les grands intérêts commerciaux des États-Unis dans l'Extrême-Orient décidèrent le président Fillimore à envoyer au Japon une escadre suffisante pour obtenir la signature d'un traité. Le commodore Matthew Calbraith Perry, mis à la tête de l'escadre composée de sept bâtiments de guerre, arrivait en juillet 1853 à Uraga, à l'entrée de la baie de Yedo, porteur de ses instructions. Il visitait après les îles Lieoukieou et la Chine, et l'année suivante, malgré l'hostilité du prince de Mito et les ennemis des shôgouns de la maison de Toku-gawa, lebakufu, c.-à-d. le gouvernement shôgounal, consentit à signer un traité à Kanazawa, le 31 mars 1854. Ce traité signé pour les États-Unis par le commodore C. Perry, l'était pour le Japon par Hayashi, Dai-gaku-no-kami, Ido, prince de Tsoushima, Iza-wa, prince de Mimasaka, et Udono, membre du ministère des finances, et comprend douze articles, dont le plus important est le dixième qui ouvrait aux Américains les ports de Shimoda dans la province d'Idzu, et d'Hakodaté (Hakodadi) , dans l'île de Yeso (Hokkaïdo). 

Ratifié par le président des États-Unis en 1854, les ratifications de ce traité furent échangées à Shimoda le 21 février 1855. Ces dates sont le point départ d'une ère nouvelle : le 14 octobre de la même année, l'amiral anglais, sir James Stirling, signait à Nagasaki un traité qui ouvrait les ports de Nagasaki (Hizen) et d'Hakodaté (Matsmai); venaient ensuite le vice-amiral russe Euphimius Poutiatine (traité de Shimoda, 7 février 1855), le chevalier hollandais Jan Hendrik Donker Curtius (traité de Nagasaki, 30 janvier 1856). Un nouveau traité fut signé à Yedo, le 29 juillet 1858, par le consul général américain Townsend Harris qui permettait d'établir un agent diplomatique à Yedo, et qui amena la signature d'un nouveau traité avec la Hollande le 18 août 1858, avec la Russie le 7 août, avec la Grande-Bretagne le 26 août, et enfin, avec la France, le 9 octobre 1858

La France, représentée par le baron Gros, obtenait l'ouverture pour la commerce français de Hakodaté; Kanazawa et Nagasaki, à partir du 13 août 1859, de Ni-i-gata, à partir du 1er janvier 1860, et d'Hiogo, à partir du 1er janvier 1863. A partir du 1er janvier 1862, les sujets français étaient autorisés à résider dans la ville de Yedo, et à dater du 1er  janvier 1863, dans la ville d'Osaka, mais seulement pour y faire le commerce. Cependant, l'agitation contre les étrangers augmentait; le 5 juillet 1861, la légation d'Angleterre était attaquée; l'année suivante, un Anglais, nommé Richardson, était assassiné près de Yokohama le 14 septembre 1862 par les gens du daimio de Satsuma. Enfin, le 5 septembre 1864, les flottes combinées anglaises, françaises, hollandaises et américaines, détruisent les forts de Shimonoseki. En 1867, Mutsu-hito devient mikado; immédiatement la révolution éclate, et la première année du nouveau règne (1868), qui prend le nom de mei-dji (meiji), le shôgounat est aboli; les partisans des anciens shôgouns de la maison de Tokugawa sont battus, les traités avec les puissances étrangères sont ratifiés, les ports de Kobe, Osaka, puis (1869) Ni-i-gala et Yedo sont ouverts aux étrangers,  la capitale du mikado est transportée de Kyoto à Yedo, qui prend le nom de Tokyo (c'est-à-dire la « capitale de l'Est »).
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Cérémonie du thé.
Tout le Japon traditionnel : la cérémonie du thé.

L'ère Meiji ( = ère «de lumière » ou « de progrès »).
En peu de temps, on voit se transformer non seulement le gouvernement, mais les moeurs du pays. Dès 1871, les fiefs (kan) des daimios sont pris par le gouvernement central; par suite, le régime féodal est aboli, et les classes inférieures (eta), parias chargés des métiers vils, et heïmin, population d'industriels, d'agriculteurs et de commerçants, trouvent l'égalité dans la société. En même temps, le bouddhisme cessait d'être religion officielle; on établissait des postes et des télégraphes; à Osaka, une monnaie d'État était installée pour fabriquer des monnaies sur le modèle européen; enfin on commençait la rédaction d'un nouveau code pénal; l'année suivante (1872) le Japon construisait, avant la Chine, le premier chemin de fer de l'Extrême-Orient : de Tokyo à Yokohama; l'adoption du calendrier grégorien, des lois sur la conscription et contre la nudité dans les villes, marquèrent de plus en plus le désir d'entrer dans une voie absolument neuve; en 1873, nous voyons le mouvement s'accentuer encore par l'introduction de la vaccination et de la photographie, et l'adoption des uniformes officiels européens. 

Mais toutes ces réformes devaient fatalement aboutir à une réaction, dont la première (1874) est la rébellion de Saga, district de la province de Hizen, dans Kiou-siou, qui fut rapidement écrasée par le général Nodzu cette même année, des pécheurs des îles Riou-Kiou, ayant fait naufrage sur la côte de Formose (Taïwan), furent massacrés; les Chinois ayant refusé de donner satisfaction au Japon pour l'attaque dont cet équipage avait été l'objet de la part des sauvages de l'île, une expédition sous les ordres du général Saigo-Tsugumitsu débarqua sur la côte sud-est : la guerre était inévitable entre les deux empires de l'Extrême-Orient, si les puissances occidentales, et l'Angleterre en particulier, n'avaient servi de médiatrices. Un traité donnant pleine satisfaction au Japon fut signé le 31 octobre 1874; l'année 1875 fut moins heureuse au point de vue extérieur, car le Japon cédait à la Russie toute l'île de Sakhaline, dont elle occupait jusqu'alors le Sud, en échange de l'archipel stérile des Kouriles

Un édit promulgué en 1876, qui devait avoir force de loi à partir du 1er janvier 1877, défendit dorénavant aux anciens samouraï de porter les deux épées. Cet édit et la politique extérieure du gouvernement amenèrent une nouvelle grande rébellion, cette fois, du clan de Satsuma, dirigée par le frère même du général Saigo-Tsugumichi, Saigo-Takamori, qui se mit à la tête d'une force de 14 000 hommes au milieu de février 1877. Battue le 19 août, la révolution fut complètement anéantie le 24 septembre 1877, et Saigo se suicida l'année suivante. Cette mort, l'écrasement des rebelles, le triomphe des nouvelles idées furent la cause, le 14 mai 1878, de l'assassinat à Tokyo, par des gens de Kaga, du célèbre ministre de l'intérieur Okubo-toshimitsu.

Les années suivantes furent marquées par la promulgation des codes pénal et criminel (1881), l'établissement de différents rouages administratifs et judiciaires, la fondation d'une nouvelle constitution (1889). SignaIons toutefois les visites au Japon de l'ancien président des États-Unis, Grant (1879), et celle du tsarévitch - le futur empereur Nicolas II -, qui faillit être assassiné à coups de sabre à Otsu, sur les bords du lac Biwa (1891).

Encore des guerres

La guerre sino-japonaise.
Nous avons déjà, au cours de cet article, fait mention des difficultés qui ont existé pendant des siècles entre la Corée et le Japon. Dès l'année 1872, les Coréens avaient refusé de faire droit aux demandes que les Japonais faisaient remonter à l'impératrice Zingo; aussi, après le règlement des affaires de Formose avec la Chine, une flotte, sous les ordres du général Kuroda, avec une nouvelle ambassade, fut-elle envoyée à Fou-san, où elle arriva le 15 janvier 1876. Le mois suivant, le 26 février 1876, un traité fut signé à Kang-hoa, en chinois et en japonais, par Kuroda-Kiyotaka et Inouye-Kaoru pour le Japon, et Sin-Hôn et In-Jâ-syng pour la Corée. Par ce traité extrêmement important, était affirmée l'indépendance de la Corée; l'ouverture de ports au commerce était accordée. Les Japonais obtenaient donc du premier coup ce que tour à tour la France et les États-Unis avaient exigé en vain. Des arrangements et des règlements en 1877, en 1882, en 1883 complétaient ou modifiaient le traité de 1876

Entre-temps, la Chine ou au moins ses employés prenaient la direction des douanes dans les trois ports ouverts au commerce : Jentchuan, Yuen-san et Fou-san. Il était évident que la Chine, se considérant comme suzeraine de la Corée, ne se laisserait pas supplanter dans ses droits par sa jeune rivale; à partir de 1882, une double garnison chinoise et japonaise, casernée à Séoul, amenait beaucoup de désordres par suite de leurs jalousies. Le 4 décembre 1884, des troubles sérieux éclataient à Séoul; sept des ministres furent assassinés; le lendemain, la lutte se déclarait entre la garnison chinoise et la garnison japonaise. La légation japonaise était brûlée, un grand nombre de Japonais étaient massacrés et les survivants forcés de fuir vers la côte. 

Les auteurs de cette révolution étaient : Palk-keum-moun-youi, Kim-ok-kyoum, Saye-koum-pou, Hong-yeng-syetri. Ils paraissent avoir agi pour le compte des Japonais, mais le résultat fut contraire à leurs espérances, puisque ce furent les Chinois, qui, aidés du peuple, eurent le dessus. Les Japonais n'acceptèrent pas longtemps cette situation, Kim-ok-kyoum, réfugié au Japon, était induit par un de ses compatriotes, Hong-tjyong-ou à se rendre avec lui à Chang-haï; il fut assassiné dans cette ville, à coups de revolver, par son compatriote, qui déclara avoir agi par ordre du roi de Corée (28 mars 1894). Le corps de Kim-ok-kyoum, transporté en Corée, y fut coupé en huit morceaux, répartis entre les huit provinces du royaume. La guerre à laquelle le Japon se préparait depuis longtemps ne pouvait tarder à éclater.

Avant même la déclaration officielle de la guerre, les hostilités commencèrent. Le 20 juillet le navire anglais Kowshing, capitaine Galsworthy, partait de Takou, pour transporter des troupes à Asan, en Corée. Il fut coulé près des îles Shup-sinto et, sur 1 500 hommes, 40 seulement, y compris le capitaine Galsworthy et le capitaine allemand von Hannecken, furent sauvés. Les premières luttes importantes eurent lieu sur terre : une première attaque, les 27 et 28 juillet, des Japonais sur les troupes chinoises fortifiées à Asan, ne paraît pas avoir eu de résultats importants, car les Japonais, sous la direction du général comte Yamagata, s'engagèrent résolument sur la grande route qui conduit de Séoul à Pékin par la Mandchourie. Ils prenaient contact le 15 septembre à Ping- yang : les généraux chinois Yeh et Wei, ayant jugé la retraite nécessaire, laissèrent seul le général Tso; le 16, les Japonais emportaient la position et les Chinois, en débandade, se repliaient vers Yi-tcheou (Wiju) sur le Yalou, fleuve frontière entre la Corée et la Mandchourie. Deux jours plus tard, le 17 septembre, l'amiral chinois Ting, chargé d'accompagner des troupes à destination de Wi-ju, était attaqué à l'entrée du Yalou par la flotte japonaise, qui remportait une grande victoire. Les débris de la flotte chinoise gagnèrent péniblement Port-Arthur. Cependant, les Japonais s'emparaient de Wi-ju le 8 octobre, puis, remontant la rive gauche du Yalou, leur général Nodzu franchissait (24 octobre) ce fleuve, et il arrivait après quelques combats à Foung-houang-tcheng, point d'intersection des trois routes de Moukden, de Niou-tchouang et de Port-Arthur. 

D'autre part, le comte Oyama quittait Hiroshima le 26 septembre et débarquait à Ta-lien-ouan, au-dessus de Port-Arthur. Un troisième corps japonais, suivant la côte depuis Wi-ju, était venu renforcer ses troupes par terre. Déjà, les troupes, sous le commandement du maréchal Yamagata et du général Nodzu, ont quitter Founghouang-tcheng, et  pris en grande partie la route de Moukden, capitale de la Mandchourie, berceau de la famille  régnante à Pékin, par conséquent ville sainte (Cheng-king). Les quelques difficultés que les Japonais laissent derrière eux dans le Sud de la Corée, où le parti national, les Tong-hak, lutte contre eux, ne sont rien à comparer avec les terribles embarras des Chinois à ce moment. Et la Chine, d'ailleurs, envisage dès cette époque la paix. Celle-ci ne sera signée qu'en avril 1895 (paix de Shimonoseki); elle consacrera l'indépendance de la Corée et l'annexion de Formose et des îles Pescadores par le Japon. Les Occidentaux en profiteront également pour avancer quelques uns de leurs pions en Chine (Allemagne, France), et en Mandchourie (Russie, qui pourra ainsi achever la ligne du transibérien en 1898).
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Européinisation du costume au Japon.
L'européanisation du costume au Japon, au début du XXe siècle.

Le XXe siècle.
Au cours des premières décennies du XXe siècle, le Japon a poursuivi et amplifié sa politique d'expansion, axée principalement sur l'Asie continentale. Après la guerre avec la Chine, le pays va ainsi se confronter à son nouveau voisin le plus puissant dans la région : la Russie, où le tsar Nicolas II refuse le compromis qui lui était proposé par ses conseillers, et qui revenait à proposer un partage territorial au Japon : celui-ci aurait eu la Corée, la Russie aurait eu la Mandchourie. Il en résulte un débarquement des troupes japonaises en Corée le 8 février 1904, et occupation aussitôt de Séoul, puis des combats avec les troupes russes, dont le plus important, à Moukden (février-mars 1905) se soldera par la défaite des troupes tsaristes. Le 27-28 mai suivant, ce sera au tour de la flotte russe d'être battue au large des îles Tsushima, et les japonais prirent pied sur Sakhaline en juillet. Après une médiation réclamée par le Japon aux États-Unis, la paix y fut signée le 5 septembre 1905.

Les années qui suivent vont être marquée par un florissement économique d'ampleur exceptionnelle, qui rend le Japon de plus en plus à même de rivaliser à tous les points de vue avec les grandes puissances occidentales. Cela ne fera aussi qu'accentuer ses visées expansionistes. Un plan d'expansion militaire (le plan Tanaka) est adopté dès 1927. En 1931, le Japon envahit la Mandchourie et place à sa tête un dirigeant fantoche, l'ancien empereur de Chine Pou-yi. Les graves secousses politiques qui, parallèlement,  ébranlent le Japon pendant toute cette période, conduisent par ailleurs à y donner le pouvoir effectif aux militaires dès 1938. Ceux-ci, après des tergiversations qui aboutiront à la victoire de la clique extrémiste dirigée par le général Hideki Tojo, placeront le Japon aux côtés de l'Allemagne nazie et lanceront l'attaque contre les États-Unis à Pearl Harbour, le 7-8 décembre 1941

Conduit à la capitulation le 2 septembre 1945, après le bombardement à l'arme atomique des villes de Hiroshima (6 août) et Nagasaki (9 août), décidé par le président américain Truman qui a succédé depuis peu à Roosevelt, le Japon est occupé par les troupes américaines et administré jusqu'en 1951 par l'ancien commandant suprême des forces alliées dans le pacifique, le général Mac Arthur. Réformé politiquement, démocratisé, tout en restant une monarchie dirigée par la même dynastie impériale, et peu à peu reconstruit économiquement, le Japon continue ensuite sa route sans à-coups majeurs, pour devenir (pacifiquement, désormais) la grande puissance mondiale que l'on connaît aujourd'hui. (H. Cordier / T.)
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Photo d'une rizière au Japon.
La plantation dans les rizières japonaises dans les années 1920.


Tamiki Hara, Hiroshima, fleurs d'été, Actes Sud, 2007. - En trois récits brefs et intenses, Tamiki Hara raconte ce qui se passa à Hiroshima au cours de l'été 1945, avant, pendant et après l'explosion de la première bombe atomique de l'histoire de l'humanité. De cette plongée dans l'horreur pure sourd une plainte déchirante qui renvoie l'homme à sa violence et la nature à son apaisante et terrible immuabilité. Bouleversants de précision, de concision, de pureté, de vérité, ces textes du poète suicidé furent à l'origine, au Japon, d'un genre littéraire nouveau, la "littérature de la bombe atomique" (Genbaku bungaku), qui, en raison de la censure dont il fit l'objet de la part des forces d'occupation américaines, ne connut son essor qu'au début des années 1950.

(Né en 1905 à Hiroshima, Tamiki Hara s'impose rapidement comme un écrivain et poète brillant, engagé politiquement. Au début de l'année 1945, brisé par le récent décès de sa femme, il revient dans sa ville natale et s'y trouve encore le 6 août, au moment où explose la bombe. Survivant traumatisé, Tamiki Hara continue d'écrire sans relâche, mais il se jette en 1951 sous un train de banlieue, dans un dernier cri de protestation contre la folie des hommes).  (couv.).
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Jean-Louis Margolin, (préf. Yves Ternon), L'armée de l'empereur : Violences et crimes du Japon en guerre 1937-1945, Armand Colin, 2007. - Massacres en masse de prisonniers de guerre, notamment à Nankin ; asservissement de millions d'Asiatiques et d'Occidentaux, entre camps de la faim et chantiers de la mort; atmosphère de terreur à l'échelle d'un quasi-continent; débauche de crimes sexuels et prostitution forcée ; utilisation de cobayes humains; pillage généralisé; intoxication par la drogue de populations entières. Cela dura huit ans et toucha 400 millions d'hommes. Ce terrifiant volet de la Seconde Guerre mondiale en Asie n'avait jamais fait l'objet jusqu'à présent d'une étude approfondie et globale. Les pratiques de guerre de l'Armée de l'Empereur du Japon sont minutieusement décrites afin d'en comprendre les mécanismes. Comment en arriva-t-on là? Les explications, trop simples, par la culture ou le contexte ne tiennent pas. C'est la conquête d'une armée par l'ultranationalisme, puis la conquête d'un pays par son armée qui sont en cause. Au-delà, c'est l'ère du fascisme, des totalitarismes, du triomphe de la brutalité qui trouva au Japon un formidable point d'appui. Ces horreurs des années 1940 restent encore au cœur des mémoires des années 2000. Le Japon s'est-il assez repenti? La Chine est-elle fondée à s'offusquer des manuels scolaires de son voisin? Et qu'en pensent les autres Asiatiques, dont l'attitude à l'égard de l'occupant nippon fut loin d'être unanime?  Pour comprendre à la fois les totalitarismes d'hier et l'Asie d'aujourd'hui, il était indispensable de mettre en lumière ces violences massives et méconnues. (couv.).

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