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L'histoire de la Suède
Les plus anciens habitants connus de la Suède sont les Suions, Suiones, qui paraissent lui avoir donné son nom. A ce peuple d'origine germanique, mentionné par Tacite, vint se joindre un autre peuple de la Germanie, les Goths, qui imprimèrent aux Suédois le caractère qui les distingue des deux autres nations scandinaves, les Danois et les Norvégiens. Suivant les traditions suédoises, essentiellement mythologiques, et non historiques, la dynastie des Ynglingers régna d'abord sur le pays, dont la capitale était Upsala, où le paganisme des Ases avait son principal temple (La religion nordique). A cette dynastie succéda celle des Skioldungiens, dont, le fondateur faisait remonter son origine à Skiold, fils d'Odin. Saint Anschaire fut le premier apôtre des Suédois en 829; mais le christianisme ne commença à s'étendre parmi eux qu'après la conversion de leur roi Olof ou Olaüs, surnommé Schoosskoenig, qui reçut le baptême, vers l'an 1000, de l'évêque Siegfried, Anglais de naissance, et deuxième apôtre de la Suède. 

Le paganisme ne fut, entièrement déraciné du Nord du pays que vers la fin du XIIe siècle. Les Goths au Sud avaient formé un peuple séparé des Suédois au Nord  jusqu'à l'extinction de la dynastie des Skioldungiens en 1057. Par l'avènement au trône de Stenkil, fondateur d'une nouvelle dynastie, le sceptre passa des Suédois aux Goths, et de longues discordes s'ensuivirent. La lutte entre le paganisme et le christianisme les alimenta. La dynastie de Stenkil s'éteignit en 1129, et la rivalité des Goths et des Suédois appela deux familles. celle de Swerker ler, soutenu par les Goths, et celle de saint Éric, élu par les Suédois, à se disputer le trône. Il fut possédé alternativement jusqu'en 1250 par des princes de l'une et de l'autre maison. Au milieu de ces divisions intestines. la noblesse acquit une grande influence, et le pouvoir du premier dignitaire du royaume, appelé iarl, devint presque égal à celui du roi. A la mort d'Éric XI, en 1250, le mari de sa soeur, Birger, de la famille de Folkunger, occupait cette charge, et il en profila pour s'emparer du gouvernement au nom de son fils aîné, Waldemar. Mais il investit ses deux autres fils, Magnus et Éric; d'apanages qui les rendirent trop puissants, et la guerre civile éclata dans sa famille. 

Magnus détrôna son frère en 1279. Il donna des lois sages à ses sujets. Torkel Knutson, régent pendant la minorité de Birger, 1290-1303, acheva la conquête de la Finlande, commencée par saint Éric. Magnus Smek, qui fut élu roi de Norvège en 1319, et devint roi de Suède en 1520, régna d'abord sous la tutelle d'un des chefs de la noblesse, Matths Kittilsmundson, et se rendit odieux. Il fut en guerre avec son deuxième fils, Haakon, qu'il avait placé sur le trône de Norvège, et fut forcé par ses sujets de partager l'autorité royale en Suède avec son fils aîné Éric, mort, en 1357. Il fut déposé et emprisonné en 1365, et mourut en 1374, après avoir tenté en vain de remonter sur le trône, où les états avaient placé Albert de Mecklembourg, fils de sa soeur. Avec Magnus finit la dynastie de Folkunger, Albert voulut rendre son pouvoir absolu, et souleva contre, lui la noblesse, qui donna en 1388 la couronne à Marguerite, reine de Danemark et de Norvège, veuve de Haakon, fils de Magnus. Cette reine, que les historien de jadis ont surnommée la Sémiramis du Nord, proclama, en 1397, l'union des trois royaumes par une loi fondamentale, appelée Union de Kalmar. Cet acte fut plus tard une cause de dissensions et de guerres entre les trois nations. La Suède, pendant le temps que dura l'union de Kalmar, forma toujours un royaume distinct, gouverné par des administrateurs. Éric XIII, duc de Poméranie, petit-neveu de Marguerite, et son successeur dans les trois royaumes fut déposé en 1438. A la mort de Christophe Ier, en 1448, Charles Knutson, maréchal de Suède et gouverneur de Finlande, se fit proclamer roi, et, quoique la couronne lui fût disputée par Christian ler, roi de Danemark, l'union de Kalmar n'exista plus que de nom depuis celte époque. 

La puissante famille de Sture fournit trois administrateurs du royaume, qui le gouvernèrent malgré les prétentions et les succès passagers des rois du Danemark, de 1471 à 1519. Christian Il, roi de Danemark, vainqueur de Sten Sture, le Jeune, parvint alors à se faire couronner roi de Suède. Mais il fit massacrer plus de 600 personnes des premières familles du royaume, et se rendit odieux. Gustave Vasa profita de ce mécontentement pour affranchir son pays de la domination étrangère et y introduisit le luthéranisme en 1529. Proscripteur du catholicisme, il ruina la puissance du clergé et de la noblesse, s'arrogea un pouvoir absolu, et fit déclarer le trône héréditaire dans sa famille en 1544. Son fils aîné. Éric XIV, fut détrôné en 1568 par son frère, Jean III, qui tenta en vain de ramener la Suède à la foi catholique. Sigismond, fils de Jean, échoua dans la même entreprise, et fut supplanté par son oncle, Charles IX, qui, déguisant son ambition sous le masque du zèle religieux, consolida le luthéranisme au pays de saint Éric, et en fit proscrire le catholicisme. Une longue et sanglante guerre avec la Pologne, où régnait Sigismond, fut la suite de son exclusion du trône de Suède. Gustave-Adolphe accabla ses sujets d'impôts, qui ont été maintenus après lui, pour intervenir dans la guerre de Trente Ans, comme champion du protestantisme. La gloire militaire acquise par la noblesse suédoise sous Gustave-Adolphe et sous sa fille Christine, qui enrichit la plupart des grands aux dépens des domaines de l'État, releva la puissance aristocratique, abattue par Gustave Vasa. La Suède obtint à la paix de Westphalie, en 1648, pour prix de son intervention en faveur du protestantisme dans la guerre de Trente Ans, une augmentation considérable de territoire au Suède de la Baltique.

Avec l'abdication de Christine finit en 1654 la dynastie de Vasa, et celle de Deux-Ponts commença à régner avec Charles X, appelé au trône par cette princesse, sa cousine. Le premier roi de cette nouvelle maison soutint la guerre contre la Pologne, qu'il conquit presque tout entière en 1655, contre l'Autriche et la Russie, et contre le Danemark, qu'il força en 1658 à lui céder la Scanie, qui est restée à la Suède avec d'autres possessions. Par le traité d'Oliva, conclu sous la minorité de Charles XI, la Suède acquit encore la Livonie. Ce souverain dépouilla la noblesse des concessions qui lui avaient été faites sur les domaines de la couronne, et se fit donner le pouvoir absolu en 1680. Son fils Charles XII éleva son inflexible volonté au-dessus de toutes les lois, épuisa les ressources de son pays par son obstination à prolonger la terrible guerre appelée guerre du Nord, et, à sa mort, la Suède disparut du rang des grandes puissances. Sa soeur, Ulrique-Eléonore, fut appelée à lui succéder en 1719 par la diète, qui abolit le pouvoir absolu; et l'autorité royale fut plus étroitement restreinte qu'elle ne l'était avant l'avènement de la dynastie de Vasa. Ulrique céda en 1719 Brême et Verden au Hanovre, et se démit de la royauté en 1720 en faveur de son mari, Frédéric de Hesse-Cassel, qui abandonna au Danemarkla franchise des droits du Sund, à la Prusse Stettin et la Poméranie Citérieure, et à la Russieen 1721 la Livonie, l'Estonie, l'Ingrie et une partie du district de Wiborg. 

La Russie enleva encore à la Suède une partie de la Finlande en 1743. Une nouvelle dynastie, celle de Holstein-Gottorp, parvint au trône en 1751, avec Adolphe-Frédéric, descendant de l'aînée des soeurs de Charles XII. L'autorité royale tomba au dernier degré de l'abaissement sous ce règne, agité par les partis des chapeaux et des bonnets, dévoués le premier à la France et le second à la Russie. Gustave III amena habilement les états à reconnaître en 1772 une nouvelle constitution, qui rendait le pouvoir à la royauté. Mais la noblesse mécontente trama contre lui une conspiration, dont il périt victime en 1792. Son fils, Gustave IV, provoqua par sa conduite l'occupation de la Poméranie suédoise et de l'île de Rügen par les troupes françaises en 1807, et la conquête de la Finlande qui resta à la Russie en 1809. II fut détrôné par ses sujets en 1809, et le duc de Sudermanie, son oncle , fut appelé à lui succéder sous le nom de Charles XIII. Il rendit la paix et la prospérité à la Suède, et, à la mort de son héritier présomptif, le prince Christian de Holstein-Sonderbourg- -Augustenhourg, il adopta, pour le remplacer, en 1810, le maréchal de France Bernadotte, prince de Ponte-Corvo. La Norvège fut enlevée au Danemark et donnée à la Suède en 1814, en récompense de sa participation à la coalition contre Napoléon Ier. Le prince royal Bernadotte succéda en 1818 à Charles XIII, sous le nom de Charles XIV, et s'attacha à cimenter l'union de la Suède et de la Norvège, et à améliorer le sort matériel des deux pays, entre lesquels cependant subsista toujours un esprit de scission. Charles XIV eut pour successeur son fils Oscar Ier en 1844. Le prince Charles, fils d'Oscar Ier, fut nommé régent du royaume en 1857, pendant la maladie dont mourut son père, auquel il succéda, sous le nom de Charles XV, en 1859.

Sous le règne de Charles XV, et, à partir de 1872, sous celui de son successeur Oscar II, la Suède poursuivit son évolution libérale et commença à transformer son économie, presque exclusivement agricole et minière jusque-là, et qui désormais s'orientait vers le développement de la métallurgie et de l'industrie du bois. Le régime eut a traverser plusieurs crises, provoquées par les questions fiscales, douanières et militaires, mais qui, en Suède même, ne remettaient en cause l'autorité royale, pas plus que la création, en 1890 d'un parti social-démocrate. Il en fut autrement en Norvège, où la prérogative royale fut mise en échec par le Storthing. Ce qui aboutit, en 1905 à son indépendance, à la suite d'un plébiscite. En 1907, Oscar II eut pour successeur son fils, Gustave V, qui allait régner jusqu'en 1950 (remplacé ensuite sur le trône par Gustave VI Adolphe), et  sous lequel les partis démocratiques, radicaux et socialistes, réussirent à imposer l'établissement du suffrage universel, masculin et féminin, avec représentation proportionnelle. Des réformes sociales furent également entreprises, telles que l'instauration de l'assurance-vieillesse dès 1913 ou la limitation de la durée de travail à 8 heures, en 1918

La Suède, qui s'était tenue à l'écart de la Première Guerre mondiale poursuivit sa politique réformiste dans les années 1920 et accéléra son industrialisation, sous la conduite du parti social-démocrate, conduit encore à cette époque par son fondateur Hjalmar Branting, et qui restera ensuite le parti majoritaire pendant plus d'un demi-siècle. Le pays parvient encore à maintenir sa neutralité pendant la Seconde guerre mondiale, mais au prix de concessions faites sous la menace à l'Allemagne nazie (livraison de minerai de fer, accès de son territoire pour le transit de troupes allemandes en 1940 et en 1941 vers la Norvège). La politique neutraliste de la Suède se prolongea au cours de la Guerre froide. En 1946, le social-démocrate Tage-Erlander devint premier ministre et conserva ce poste jusqu'en 1969. Sous les gouvernements qu'il dirigea, le modèle social suédois se consolida. Il y eut ensuite, dans les années 1970,  plusieurs réformes des institutions, à commencer par la promulgation d'une nouvelle constitution, en 1971, qui réduisait notamment le parlement à une seule chambre (Riksdag). Le 19 septembre 1973, un nouveau roi, Charles XVI Gustave, monta sur le trône. Mais en 1975, les pouvoirs politiques que conservait encore sa fonction lui furent enlevés. Le rôle du roi comme dans les autres monarchies scandinaves, devint dès lors seulement symbolique.

Le parti social-démocrate perdit le pouvoir en 1976, (pour le retrouver lors d'élections ultérieures). Mais ce qui marquait la période qui s'ouvrait, c'était surtout l'essoufflement du "modèle", en même temps que le sentiment d'un relatif isolement du pays, au moment où s'affirmait avec plus de force la construction européenne, qui venait de bénéficier de l'adhésion (en 1973) du Royaume-Uni et du Danemark. L'assassinat (non élucidé) dans une rue de Stockholm du premier ministre social-démocrate Olof Palme, en 1986, ainsi que la montée du chômage, accentuèrent le trouble dans lequel était plongée la société suédoise à cette époque. La fin de l'Union soviétique, et la nouvelle figure que prenait l'Europe, incita ensuite une Suède entrée dans la crise à se tourner vers l'Union européenne, qu'elle rejoignit le 1er janvier 1995. Les années suivantes furent celles des gouvernements dirigés (à partir de 1996) par le social-démocrate Göran Persson, et furent, une nouvelle fois ensanglantées par l'assassinat d'une personnalité politique, cette fois ce fut la ministre des affaires étrangères, Anna Lindh, poignardée en septembre 2003.

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