.
-

Les moines soldats du Moyen Âge
Templiers, chevaliers teutoniques
Frères Hospitaliers et Chevaliers de Malte
Entreprises guerrières portées par le fanatisme religieux, les croisades ont suscité l'apparition d'organisations qui avaient les deux caractères : les ordres de moines soldats. Il y en a eu trois, formés à Jérusalem, tous les trois pendant le XIIe siècle : les Templiers, dont l'ordre s'est formé vers 1118, les Hospitaliers de Saint-Jean qui prennent la forme militaire en 1121, et les Chevaliers Teutoniques, dont la militarisation remonte à 1190. Les Templiers sont dès le départ un ordre religieux et militaire, dont le but est la protection des pèlerins en Terre-Sainte. Les deux autres, sont initialement des ordres hospitaliers, c'est-à-dire qu'ils gèrent en Palestine des hôpitaux destinés à soigner les Croisés. 
Les ordres hospitaliers - Les ordres hospitaliers avaient pour but de recevoir et de soigner les voyageurs, les pèlerins, les pauvres et les malades. Le plus ancien fut fondé à Sienne à la fin du IXe siècle par un pieux habitant de cette ville, appelé Soror, qui y ouvrit l'hôpital dit Della Scala. 

La militarisation des chevaliers de St-Jean de Jérusalem, dits spécialement Frères hospitaliers et  les chevaliers Teutoniques remonte au Croisades. Mais cette évolution n'a pas été générale : d'autres ont conservé le caractère charitable initial, tels la congrégation de St-Jean de Dieu ou des Frères de la Charité; celles des Bons-Fils, fondée en 1615 à Armentières, et les religieux de St-Lazare. 

Il existait par ailleurs de nombreuses congrégations de soeurs hospitalières : les Soeurs hospitalières de St-Jean de Jérusalem (aussi anciennes que les chevaliers de même nom); les Soeurs de l'Hôtel-Dieu, les Soeurs de Notre-Dame de Paris, fondées en 1624 par Françoise de la Croix, les Haudriettes, les Soeurs grises ou de la Charité, etc.

Pouvant bénéficier à la fois d'aumônes et de privilèges accordés au clergé, et aussi des butins accumulés lors de leurs opérations militaires, ses ordres sont rapidement devenus très riches et puissants. Les Templiers et les Chevaliers Teutoniques ont continué de prospérer après la fin des Croisades. Les premiers, principalement français, ont ainsi surtout commencé à inquiéter le roi de France, qui les a proprement liquidés en 1307. Les seconds, dont la terre d'élection était l'Allemagne, ont formé un véritable État entre la Prusse et les pays baltes, avant de succomber aux armées polonaises au début du XVe siècle. S'il a existé ensuite des survivances des Templiers (sous la formes des ordre de Montesa et du Christ) ou des Chevaliers Teutoniques, leur importance fut désormais secondaire.

Les Hospitaliers de Saint-Jean, en revanche, après avoir été chassés de la Méditerranée orientale, à partir de 1530, se sont implantés solidement à Malte - où ils ont pris le nom de Chevaliers de Malte. Ils y ont constitué leur État jusqu'au début du XIXe siècle, et continuent d'exister aujourd'hui, après être revenus à leur première vocation hospitalière.

Les Templiers

L'histoire des Templiers commence dans la décennie qui suit la prise de Jérusalem en 1099. Alors que les lieux saints sont officiellement sous contrôle chrétien, les routes de Palestine restent extrêmement dangereuses pour les pèlerins venus d'Occident, constamment attaqués par des bandes de brigands. C'est dans ce contexte qu'un chevalier champenois nommé Hugues de Payns, accompagné de huit autres nobles dont Godefroy de Saint-Omer, fonde en 1119 une confrérie singulière. Ils prononcent les trois voeux monastiques traditionnels  (pauvreté, chasteté, obéissance) devant le patriarche de Jérusalem, mais y ajoutent une mission inédite : protéger par les armes les pèlerins sur le chemin de Jaffa à Jérusalem. Le roi Baudouin II de Jérusalem, comprenant immédiatement l'intérêt stratégique de cette milice sacrée, leur concède une aile de son palais, bâtie sur les ruines supposées du Temple de Salomon, leur donnant ainsi leur nom définitif : les Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon, bientôt simplement appelés Templiers.

Les débuts sont modestes, presque misérables, leur sceau représentant d'ailleurs deux chevaliers sur un seul cheval, symbole de leur pauvreté originelle. Hugues de Payns, conscient que cette fondation ne pourra survivre sans la bénédiction de Rome et sans un afflux de recrues et de dons, entreprend en 1127 un voyage décisif en Europe. En janvier 1129, le concile de Troyes, présidé par le légat pontifical et fortement influencé par le moine cistercien Bernard de Clairvaux, donne à l'Ordre sa reconnaissance officielle et sa règle. Bernard, neveu du fondateur, devient le plus ardent propagandiste des Templiers, rédigeant un traité exaltant, "De la louange de la nouvelle milice", où il exalte ce chevalier d'un genre nouveau qui "tue le mal, non l'homme", mêlant sans complexe le service du Christ et le métier des armes. La règle primitive, inspirée de celle de saint Benoît et de Cîteaux, est d'une austérité rigoureuse, codifiant la vie en communauté, les heures de prière, la frugalité de la table, la simplicité du vêtement (la célèbre coule blanche pour les chevaliers, brune pour les servants) et une discipline militaire de fer.

À partir de là, la croissance de l'Ordre est fulgurante. En 1139, la bulle pontificale Omne datum optimum du pape Innocent II leur accorde une autonomie sans précédent qui fait d'eux un État dans l'État. Ils ne dépendent plus que du pape, sont exemptés des impôts et de la juridiction des évêques locaux, peuvent posséder leurs propres chapelains et lever librement des fonds. Cette indépendance est la clef de leur future puissance, mais aussi le germe des jalousies et des haines qui les perdront. L'Ordre se structure en une hiérarchie pyramidale et internationale. À sa tête, le Maître, élu par un chapitre général, réside à Jérusalem. En dessous, l'Ordre est divisé en provinces ou langues : France, Angleterre, Aragon, Portugal, Pouilles, Hongrie. Chaque province est dirigée par un commandeur, supervisant un réseau dense de commanderies, véritables centres économiques, agricoles et de recrutement, qui quadrillent toute l'Europe. Les Templiers deviennent les banquiers de la chrétienté. Leur réseau de forteresses et de commanderies, leur réputation d'incorruptibilité et leur immunité juridique en font le dépositaire idéal des fonds des rois, des nobles et du clergé. Ils inventent des mécanismes financiers sophistiqués, comme la lettre de change : un pèlerin peut déposer de l'argent dans une commanderie en France et le retirer à Jérusalem, évitant les risques du voyage. Ils prêtent aux souverains, gèrent le Trésor royal de France, et deviennent les créanciers de l'Europe.

Parallèlement à cet empire financier, ils bâtissent un empire militaire en Terre sainte. Durant deux siècles, ils sont le fer de lance permanent des États latins d'Orient. Leur quartier général est le Temple de Salomon à Jérusalem, jusqu'à la perte de la ville en 1187. Ils construisent un réseau de forteresses colossales, dont certaines, comme le Krak des Chevaliers en Syrie ou la forteresse de Safed en Galilée, sont des chefs-d'oeuvre d'architecture militaire capables d'abriter des milliers d'hommes et de soutenir des sièges de plusieurs années. Sur le champ de bataille, la discipline templière est légendaire et terrible. Leur règle interdit de battre en retraite sans ordre, sous peine d'exclusion. La charge de leurs escadrons, en formation serrée, est un choc d'une violence inouïe, mais cette bravoure absolue les conduit souvent au massacre. À la bataille de Cresson en 1187, le maître Gérard de Ridefort, par une décision suicidaire, lance 140 chevaliers contre 7000 musulmans; presque tous périssent. Deux mois plus tard, lors de la désastreuse bataille de Hattin, les Templiers survivants sont capturés par Saladin qui fait exécuter tous ceux qui refusent d'abjurer leur foi. La chute de Jérusalem la même année est un traumatisme. L'Ordre établit alors son nouveau quartier général à Acre, puissante forteresse portuaire, d'où il continue la lutte pendant un siècle encore.

Cependant, l'échec final en Terre sainte alimente un ressentiment croissant en Europe. Les pertes humaines et financières sont immenses, et l'on accuse les ordres militaires, Templiers et Hospitaliers, de défendre leurs intérêts propres plutôt que la cause commune. La chute d'Acre en 1291, dernier bastion chrétien majeur, est un cataclysme. Le maître Guillaume de Beaujeu y meurt, un javelot dans la poitrine, haranguant ses hommes avant de s'effondrer. Les Templiers survivants se replient sur Chypre. L'Ordre est amputé de sa raison d'être, mais demeure une puissance militaire et, surtout, une gigantesque puissance financière internationale, un empire de terres, de châteaux et de liquidités. C'est cette puissance, déracinée et désormais sans mission claire, qui va attirer la convoitise du roi de France, Philippe IV le Bel.

Le roi est un souverain moderne, ambitieux et sans scrupule, constamment à court d'argent. Il a déjà spolié les banquiers lombards et Juifs, et lourdement taxé le clergé, entrant en conflit violent avec la papauté. L'Ordre du Temple, riche, bien organisé, mais affaibli symboliquement par la perte de la Terre sainte, est une proie idéale. Philippe le Bel a probablement aussi de bonnes raisons personnelles de leur en vouloir : il avait proposé, en vain, une fusion du Temple et de l'Hôpital sous son contrôle. Le drame se noue en secret à l'été 1307. Le gouvernement royal, avec le légiste Guillaume de Nogaret, échafaude une opération de police d'une ampleur sans précédent, fondée sur des accusations mensongères, distillées par des espions et des templiers renégats. On accuse l'Ordre de toutes sortes de crimes  lors de sa cérémonie d'initiation : renier le Christ et cracher sur la croix, échanger des baisers obscènes, se livrer à la sodomie et adorer une idole païenne nommée Baphomet.

Le vendredi 13 octobre 1307, à l'aube, tous les Templiers de France sont arrêtés simultanément. L'effet de surprise est total. Les interrogatoires commencent immédiatement sous la torture, conduits par l'Inquisition, que le roi manipule à sa guise. Les aveux, brisés par la souffrance et la peur, pleuvent. Le vieux maître de l'Ordre, Jacques de Molay, plus soldat que politique, avoue lui aussi, espérant peut-être protéger ses frères en obéissant au pape. Clément V, pape français établi en Avignon, est d'abord furieux de ce coup de force royal contre un ordre qui ne dépend que de lui, mais il est trop faible pour s'opposer frontalement à Philippe le Bel. Un bras de fer politico-judiciaire s'engage, durant lequel le roi utilise les aveux arrachés et la pression populaire pour forcer la main du pontife. Finalement, en 1312, lors du concile de Vienne, Philippe le Bel obtient gain de cause, non par un jugement de culpabilité, mais par une suppression administrative "par provision apostolique". La bulle Vox in excelso abolit l'Ordre du Temple, déclarant qu'il n'est plus nécessaire de le maintenir, sans pour autant le déclarer formellement hérétique. Ses immenses biens sont théoriquement transférés à l'Ordre des Hospitaliers, mais en France, le roi se paie largement en les confisquant.

Frères Hospitaliers et Chevaliers de Malte

Vers 1048 ou 1070, des marchands de la ville italienne d'Amalfi obtinrent du calife fatimide l'autorisation de fonder un hospice destiné à accueillir les pèlerins latins pauvres et malades. Cette modeste institution, dédiée à saint Jean l'Aumônier, patriarche d'Alexandrie, s'établit à côté de l'église du Saint-Sépulcre et fut confiée à des moines bénédictins. Un hôpital séparé pour les femmes, dédié à sainte Marie-Madeleine, fut également créé. À la tête de cette communauté se trouvait un certain frère Gérard, un personnage dont la vie est enveloppée de légende, qui est considéré comme le fondateur de l'Ordre des Hospitaliers.

Lorsque les croisés, menés par Godefroy de Bouillon, prirent Jérusalem en 1099, frère Gérard et son hospice étaient déjà là, oeuvrant sans distinction de religion, soignant chrétiens, musulmans et juifs. Le succès de la Première Croisade transforma radicalement le destin de l'humble hospice. L'afflux de pèlerins et de malades fut massif, et les donations de reconnaissance, en terres et en argent, commencèrent à pleuvoir de la part des nouveaux maîtres chrétiens de la Terre sainte. Godefroy de Bouillon lui-même et son successeur le roi Baudouin Ier comblèrent l'établissement de bienfaits. Fort de cette reconnaissance et de cette autonomie financière, frère Gérard demanda et obtint, le 15 février 1113, la bulle "Pie postulatio voluntatis" du pape Pascal II. Cet acte fondateur reconnut officiellement l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem comme un ordre religieux indépendant, exempté de toute juridiction ecclésiastique locale et dépendant directement du Saint-Siège, libre d'élire son propre chef. Gérard mourut en 1120, vénéré comme un saint.

Son successeur, Raymond du Puy, va opérer une mutation décisive qui allait changer la nature même de l'institution. Prenant acte du besoin crucial de défense armée des pèlerins et des territoires conquis, il transforma progressivement la communauté purement hospitalière en un ordre militaro-religieux, sur le modèle des Templiers fondés peu de temps auparavant. Sans jamais abandonner la vocation soignante qui restait sa mission première, l'Ordre de l'Hôpital ajouta à son étendard la croix blanche sur fond rouge le devoir de combattre les infidèles. Ainsi naquit un autre type de moine-chevalier, pour qui le soin des pauvres et des malades était aussi sacré que le combat. Sous sa maîtrise, l'Ordre se structura avec une règle inspirée de saint Augustin, et se dota d'une hiérarchie comprenant des frères chevaliers, des frères servants d'armes et des frères chapelains. L'emblème de l'Ordre devint la croix à huit pointes, dite plus tard croix de Malte, dont chaque branche symbolise l'une des huit Béatitudes ou l'une des huit vertus de chevalerie.

Durant deux siècles, les Hospitaliers furent, aux côtés des Templiers, le pilier de la défense des États latins d'Orient. Ils construisirent un réseau de forteresses monumentales dont la puissance défiait l'imagination. À la différence des Templiers avec lesquels une rivalité chronique les opposa, parfois jusqu'à l'affrontement armé en pleine rue à Acre, les Hospitaliers développèrent une politique militaire plus pragmatique, souvent plus prudente tactiquement, mais tout aussi inébranlable. Leur puissance terrestre et navale devint immense. Après la chute de Jérusalem en 1187, ils se replièrent avec le reste de la chrétienté sur Acre, puis sur Margat, une autre forteresse colossale. La chute d'Acre en 1291, qui marqua la fin de la présence franque en Palestine, les força à évacuer la Terre sainte. Ils trouvèrent refuge dans le royaume de Chypre. L'Ordre, désormais privé de sa mission territoriale en Orient, mais riche et puissant, jugea alors qu'il lui fallait une base souveraine.

Le regard se porta sur la mer. L'Ordre, qui avait déjà développé une flotte de guerre pour le transport des pèlerins et la course contre les navires musulmans, accentua sa dimension maritime. Le maître Foulques de Villaret conçut un plan audacieux : la conquête d'une île. En 1306, une expédition hospitalière débarqua sur l'île de Rhodes, possession théorique de l'Empire byzantin mais tenue de facto par des corsaires turcs et des notables grecs. Après quatre années de siège et de combats, la ville de Rhodes tomba en 1310. L'Ordre avait trouvé son nouveau siège, un État souverain insulaire qu'il allait gouverner pendant plus de deux siècles. La transformation était complète : les Hospitaliers étaient devenus une puissance maritime souveraine, un "État-Ordre". S'installant sur ce verrou stratégique entre la Méditerranée occidentale et le Levant, ils devinrent le rempart de la chrétienté contre l'expansion ottomane. Leur flotte, composée de puissantes galères, mena une guerre de course incessante, perturbant le commerce maritime musulman et protégeant les convois chrétiens. L'Ordre prit alors le nom de Chevaliers de Rhodes. Ils fortifièrent l'île avec des murailles formidables, construisirent le grand hôpital de Rhodes qui est un chef-d'oeuvre architectural, et organisèrent une société cosmopolite et rigide, divisée, selon une pratique répandue à l'époque, en huit langues : Provence, Auvergne, France, Italie, Aragon, Angleterre, Allemagne et Castille. Chaque Langue avait ses propres auberges, son chef ou pilier, et fournissait un contingent à la flotte et aux défenses.

La pression ottomane devint toutefois écrasante. En 1480, le sultan Mehmet II le Conquérant, celui-là même qui avait pris Constantinople, lança une première attaque massive contre Rhodes. Le grand maître Pierre d'Aubusson dirigea une défense héroïque qui repoussa l'envahisseur, un exploit qui fit de lui le "Bouclier de la Chrétienté" et valut à l'Ordre une gloire immense en Europe. Mais le répit ne fut que temporaire. En 1522, Soliman le Magnifique revint avec une armée de plus de cent mille hommes. Après un siège de six mois d'une violence inouïe, le grand maître Philippe de Villiers de L'Isle-Adam, à la tête de seulement quelques milliers de défenseurs, n'eut d'autre choix que de capituler avec les honneurs de la guerre. Le 1er janvier 1523, les derniers chevaliers et les habitants chrétiens quittèrent Rhodes la tête haute, emportant leurs reliques et leurs archives, entamant une errance qui les mena à Candie (Crète), puis en Sicile.

Pendant sept ans, l'Ordre fut sans foyer. Enfin, en 1530, l'empereur Charles Quint, comprenant l'utilité stratégique de maintenir cette force militaire aguerrie en Méditerranée, leur inféoda par un acte généreux et politique l'archipel de Malte, ainsi que l'île de Gozo et la forteresse nord-africaine de Tripoli. Le tribut annuel était un faucon de chasse à remettre chaque année au vice-roi de Sicile. L'Ordre reprenait vie, mais la donation changeait encore une fois sa nature. Malte était une île aride, pauvre, avec une population locale qui n'était guère enthousiaste à l'idée d'être gouvernée par une aristocratie militaire étrangère. Les chevaliers, devenus Chevaliers de Malte, se mirent à l'ouvrage avec une énergie farouche. Ils fortifièrent le Grand Port, jetèrent les bases de ce qui deviendra La Valette, et surtout, relancèrent leur guerre navale contre l'Empire ottoman et les corsaires barbaresques.

Le grand affrontement pour la survie eut lieu en 1565. Soliman le Magnifique, décidé à anéantir définitivement ce nid de "chiens d'infidèles", envoya une flotte de près de deux cents navires portant environ trente à quarante mille hommes. Face à eux, le grand maître Jean de Valette, un vieillard de soixante-dix ans à la foi et à la volonté de fer, pouvait aligner environ cinq cents chevaliers, quelques milliers de soldats mercenaires et la milice maltaise. Le "Grand Siège de Malte" dura près de quatre mois, de mai à septembre, et fut d'une sauvagerie absolue. Le fort Saint-Elme, défendu héroïquement, tomba après un mois de bombardements incessants; les Turcs décapitèrent les corps des chevaliers morts et les renvoyèrent flottant sur des croix dans le port. De Valette répondit en faisant décapiter ses prisonniers turcs et en envoyant leurs têtes comme boulets de canon. Les assauts se brisèrent inlassablement sur les murs de Birgu et de Senglea. Finalement, l'arrivée d'une armée de secours envoyée par le vice-roi de Sicile força les Ottomans, épuisés et décimés par la maladie, à rembarquer. La victoire était immense et le prestige de l'Ordre atteignit un zénith. L'Europe, qui tremblait pour sa sécurité, respirait. Les dons affluèrent, permettant à Jean de Valette de fonder, sur la péninsule de Xiberras, une ville fortifiée nouvelle qui porterait son nom : La Valette, cité idéale de la Renaissance.

Le siècle qui suivit le Grand Siège fut celui de la splendeur architecturale et artistique de Malte. La co-cathédrale Saint-Jean, joyau du baroque, se couvrit d'or, de marbre et de peintures, dont le chef-d'oeuvre du Caravage, "La Décollation de saint Jean-Baptiste". L'hôpital de Malte, la Sacra Infermeria, était l'un des plus grands et des plus modernes d'Europe. Pourtant, le XVIIe et surtout le XVIIIe siècle marquèrent un lent et inéluctable déclin. La menace turque s'éloignait. La Réforme protestante avait amputé l'Ordre de ses immenses biens en Angleterre et dans les pays du Nord. La vocation militaire se réduisait à une course en mer qui ressemblait de plus en plus à de la piraterie, tandis que la discipline se relâchait. Les idéaux de pauvreté et de chasteté étaient souvent bafoués par une aristocratie européenne qui voyait dans l'Ordre un établissement confortable pour ses fils cadets.

L'acte final fut aussi soudain que brutal, non pas sous les coups des musulmans, mais de la France révolutionnaire. En juin 1798, le général Bonaparte, en route pour la campagne d'Égypte, fit escale à Malte. Le grand maître de l'époque, l'Allemand Ferdinand von Hompesch, était un homme faible et indécis. L'Ordre, divisé de l'intérieur, miné par les sympathies francophiles de nombreux chevaliers français, n'offrit qu'une résistance symbolique. En deux jours, la forteresse réputée imprenable capitula sans gloire. Bonaparte renvoya les chevaliers, pilla les trésors de la cathédrale et des auberges, et mit fin à près de sept siècles de souveraineté territoriale de l'Ordre. Les chevaliers se dispersèrent, beaucoup trouvant refuge en Russie auprès du tsar Paul Ier, imbu de mystique chevaleresque, qui fut même élu, de manière totalement irrégulière, grand maître. L'Ordre était au bord de la disparition pure et simple.

L'institution renaquit de ses cendres en retrouvant sa vocation originelle : l'hospitalité. Après un long exil à Messine, Catane et Ferrare, l'Ordre s'établit à Rome en 1834, où il se trouve encore aujourd'hui. Il abandonna définitivement ses prétentions militaires et souveraines pour redevenir ce qu'il était à l'origine sous frère Gérard : un ordre religieux et hospitalier international. Sous le nom d'Ordre Souverain Militaire et Hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte, il est aujourd'hui reconnu comme un sujet de droit international, entretenant des relations diplomatiques avec plus d'une centaine de pays. 

Les Chevaliers Teutoniques

Les Chevaliers Teutoniques trouvent leur origine dans la tourmente du siège de Saint-Jean-d'Acre, en 1190, lors de la Troisième Croisade. La ville, assiégée par les armées chrétiennes venues reprendre Jérusalem à Saladin, était un mouroir. Des marchands de Brême et de Lübeck, émus par le spectacle des croisés allemands blessés et malades gisant sans soins, démontèrent leurs navires et utilisèrent les voiles et le bois pour improviser un hôpital de campagne sous une tente. Cette oeuvre de miséricorde reçut très vite la protection du duc Frédéric de Souabe, fils de l'empereur Frédéric Barberousse, mort noyé en chemin. Dès 1191, le pape Clément III prit cet hôpital sous sa protection. L'institution était alors purement charitable, dédiée à la Vierge, et organisée sur le modèle de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem, dont elle suivait la règle pour le soin des malades. Mais à l'image de ce qui s'était produit un siècle plus tôt pour les Hospitaliers et les Templiers, la nécessité militaire des États latins, en sous-effectif chronique, allait rapidement transformer cette confrérie soignante en un ordre militaire.

La mutation fut fulgurante. En 1198, à la demande des princes allemands et avec l'accord du pape Célestin III, la communauté hospitalière fut érigée en ordre de chevalerie. La nouvelle règle, approuvée l'année suivante par Innocent III, était un hybride : pour les soins, elle suivait la règle des Hospitaliers de Saint-Jean; pour l'activité militaire, elle adoptait celle des Templiers. Le manteau blanc, signe de pureté, fut conservé, mais orné d'une croix noire distincte qui deviendra leur emblème. Leur nom complet, Ordre de la Maison de Sainte-Marie-des-Allemands à Jérusalem, soulignait leur caractère national. À la différence des ordres internationaux que furent le Temple et l'Hôpital, l'Ordre Teutonique fut dès sa naissance profondément lié à l'Empire germanique. Le recrutement était presque exclusivement réservé aux nobles de langue allemande, et l'Ordre devint très vite un instrument de la politique impériale des Hohenstaufen, notamment sous le premier grand maître effectif, Hermann von Salza, élu en 1210, l'une des plus brillantes figures politiques du XIIIe siècle.

Hermann von Salza, diplomate hors pair et conseiller intime de l'empereur Frédéric II, comprit que l'avenir de l'Ordre ne se jouait pas seulement en Terre sainte, fragmentée et condamnée à terme. Durant son long magistère, il sut saisir des opportunités radicalement différentes, dans des théâtres d'opération nouveaux, qui allaient donner à l'Ordre Teutonique sa destinée historique singulière. Certes, les chevaliers teutoniques participèrent aux combats en Palestine. Ils reçurent des donations et bâtirent leur forteresse principale, le Starkenberg, ou Montfort, dans l'arrière-pays d'Acre. Mais leur engagement resta toujours moins central que celui des deux grands ordres plus anciens. Von Salza orienta délibérément les forces vives de ses chevaliers vers l'Europe de l'Est, où les conflits offraient un champ d'expansion et de mission autrement plus vaste.

Le premier appel vint de Hongrie. En 1211, le roi André II offrit à l'Ordre le district frontalier du Burzenland, en Transylvanie, une région exposée aux raids des Coumans, un peuple nomade païen. En échange de la défense de la frontière du royaume, les Teutoniques reçurent de vastes privilèges d'autonomie, le droit de construire des châteaux en bois puis en pierre, et l'exemption de taxes. Ils se mirent à la tâche avec leur efficacité coutumière, colonisant la région avec des paysans allemands et fortifiant le pays. Mais leur succès même causa leur perte. L'Ordre, se comportant déjà comme un État dans l'État, tenta de se placer sous l'autorité directe du pape, ce qui était une provocation intolérable. En 1225, furieux, le roi André II expulsa les chevaliers teutoniques de ses terres par la force. L'expérience hongroise fut un échec, mais un échec formateur, qui préfigurait ce qui allait advenir sur les rives de la Baltique.

Car au même moment, un autre appel, bien plus pressant, était venu du nord. Depuis des décennies, un duc polonais, Conrad de Mazovie, menait une guerre d'usure inefficace contre des tribus baltes païennes, les Prussiens, installées entre la Vistule et le Niémen. Ces Vieux-Prussiens, farouchement attachés à leurs dieux et à leur indépendance, lançaient des raids dévastateurs en Mazovie. En 1226, Conrad de Mazovie appela l'Ordre Teutonique à son secours. Hermann von Salza, échaudé par l'expérience hongroise, prépara méticuleusement le terrain juridique pour assurer l'irréversibilité de l'entreprise. Il obtint de l'empereur Frédéric II la fameuse Bulle d'Or de Rimini, puis du pape Grégoire IX une confirmation pontificale. Ces documents, fondateurs d'un État, octroyaient par avance à l'Ordre la souveraineté pleine et entière sur toutes les terres qu'il conquerrait en Prusse. L'Ordre ne serait le vassal de personne, pas même du duc Conrad. La croisade baltique pouvait commencer.

Ce qui suivit est une des plus formidables entreprises de colonisation et d'évangélisation par le fer et le feu du Moyen Âge. À partir de 1230, une poignée de chevaliers, menés par le grand maître provincial Hermann Balk, franchit la Vistule. Ils ne furent jamais plus de quelques centaines de frères, mais ils employaient une stratégie méthodique et implacable. L'avancée se faisait pas à pas : ils construisaient une forteresse sur un point stratégique, généralement au bord d'un fleuve, en bois d'abord, puis en brique rouge, leur signature architecturale. De cette base, ils contrôlaient le territoire, et y installaient des colons allemands attirés par des conditions favorables, fondant des villes comme Thorn, Culm, puis Königsberg, nommée en l'honneur du roi Ottokar II de Bohême qui participa à une croisade. La forteresse de Marienburg, le château de la Vierge Marie, devint le siège du grand maître en 1309, une colossale citadelle de brique qui est encore aujourd'hui le plus grand château de brique au monde. La conquête de la Prusse fut achevée en une cinquantaine d'années. Elle fut d'une brutalité inouïe. Les révoltes prussiennes, qui embrasèrent le pays pendant des décennies, furent noyées dans le sang. Une grande partie de la noblesse prussienne fut exterminée, une autre forcée à la conversion, une troisième, infime, s'intégra au système. Les survivants, privés de droits, constituèrent la classe des serfs. L'Ordre bâtit un État centralisé, moderne et prospère, administré avec une rigueur bureaucratique remarquable, où le commerce, notamment celui de l'ambre et du blé, enrichissait les villes hanséatiques membres de l'État teutonique.

Parallèlement, l'Ordre s'impliqua en Livonie, où les Chevaliers Porte-Glaive, un autre ordre militaire, peinaient. En 1237, après une lourde défaite, l'Ordre des Porte-Glaives fut incorporé à l'Ordre Teutonique en tant que branche autonome de Livonie, étendant la domination teutonique sur les territoires des actuelles Lettonie et Estonie. L'État teutonique s'étendait désormais de la Poméranie jusqu'au golfe de Finlande. Cependant, cette puissance tentaculaire portait en elle les germes de conflits futurs, notamment avec la Pologne, désormais coupée de l'accès à la mer. Les tentatives d'expansion vers l'est se heurtèrent à un autre ennemi : la Lituanie, dernier grand État païen d'Europe, qui unifiait ses tribus en réaction même à la menace teutonique. Commença alors une guerre de plus d'un siècle, une succession de "croisades" annuelles, les Reisen, où les chevaliers teutoniques, rejoints par toute la fine fleur de la noblesse européenne en quête d'aventure et de salut, lançaient des raids dévastateurs en Lituanie, brûlant villages et récoltes, et subissant en retour des contre-attaques tout aussi sauvages.

L'apogée de l'Ordre se situe au XIVe siècle. Mais les fondations morales et politiques de l'édifice s'effritaient. La christianisation de la Lituanie en 1386, lorsque le grand-duc Jogaila épousa la reine Hedwige de Pologne et devint roi sous le nom de Ladislas II Jagellon, ôta à l'Ordre sa raison d'être officielle. La guerre contre la Lituanie n'était plus une croisade contre des païens, mais une guerre de conquête entre voisins chrétiens. La coalition polono-lituanienne, immense, se retourna contre l'Ordre. La confrontation décisive eut lieu le 15 juillet 1410, à Grunwald, ou Tannenberg. Ce fut l'une des plus grandes batailles du Moyen Âge. L'armée teutonique, sous les ordres du grand maître Ulrich von Jungingen, fut anéantie. Le grand maître et la quasi-totalité des hauts dignitaires furent tués. Le choc fut cataclysmique. Si l'Ordre survécut à cette défaite grâce à la défense héroïque de Marienburg par Heinrich von Plauen, il ne s'en releva jamais vraiment. Le traité de Thorn de 1411 imposa de lourdes indemnités qui ruinèrent l'économie de l'État. Pour payer, l'Ordre leva des impôts écrasants sur les villes et la noblesse locales, qui supportaient de moins en moins le joug de ces moines-soldats étrangers.

Le pouvoir de l'Ordre, miné de l'intérieur par le mécontentement de ses sujets, entra en déliquescence. En 1440, les villes et la noblesse de Prusse formèrent la Ligue de Prusse, une confédération pour la défense de leurs droits contre l'Ordre. En 1454, la ligue se révolta ouvertement et demanda la protection du roi de Pologne. Ce fut la guerre de Treize Ans, un conflit épuisant qui s'acheva par la défaite de l'Ordre. Le second traité de Thorn, en 1466, démembra l'État teutonique. La Prusse occidentale, avec Marienburg, Dantzig et Thorn, devint une province de la couronne polonaise, la Prusse royale. La Prusse orientale, la partie restante, demeura sous le contrôle de l'Ordre, mais en tant que fief du royaume de Pologne. Le grand maître, désormais vassal du roi polonais, dut prêter serment de fidélité. Le siège de l'Ordre fut transféré de Marienburg à Königsberg.

Le coup de grâce vint de l'intérieur même de l'Ordre, avec la Réforme. En 1525, le grand maître Albert de Brandebourg-Ansbach, un Hohenzollern, conseillé par Luther lui-même, annonça sa conversion au luthéranisme. Il sécularisa les biens de l'Ordre en Prusse orientale et se proclama duc héréditaire de Prusse, sous la suzeraineté de son oncle le roi de Pologne. L'État monastique des Chevaliers Teutoniques cessa d'exister. Une partie des chevaliers refusa cette apostasie et maintint l'Ordre en Allemagne, avec un nouveau siège à Mergentheim. Mais cet Ordre-là n'était plus que l'ombre de lui-même, un corps aristocratique sans État, réduit à gérer ses possessions germaniques. Il combattit encore les Turcs, mais son influence politique était négligeable.

La fin temporelle de l'Ordre comme principauté ecclésiastique fut signifiée par Napoléon, qui en confisqua les biens en 1809. L'Ordre Teutonique, dépouillé de tout rôle militaire, connut alors une lente agonie avant de renaître, au XIXe siècle, sous une forme exclusivement religieuse et charitable. Aujourd'hui, basé à Vienne, il est redevenu un ordre de chanoines réguliers, avec des soeurs et des frères laïcs, voué à l'assistance hospitalière et aux oeuvres pastorales.

Les autres ordres de moines-soldats

La grande fresque des moines-soldats médiévaux ne se limite pas aux trois phares que sont le Temple, l'Hôpital et la Maison allemande. Dans leur ombre, ou à leurs frontières, une constellation d'ordres militaires plus modestes, souvent éphémères ou profondément locaux, a vu le jour, chacun répondant à une nécessité précise de défense de la chrétienté. 

Le plus célèbre de ces ordres secondaires est sans doute celui des Chevaliers Porte-Glaive, ou Frères de la Milice du Christ de Livonie. Fondé en 1202 par l'évêque de Riga, Albert de Buxhoeveden, sur le modèle du Temple, il fut l'instrument brutal de la conquête et de la christianisation forcée des peuples baltes de Livonie, dans les actuelles Lettonie et Estonie. Leur manteau blanc était frappé d'une épée rouge et d'une croix, symbole de leur mission de glaive évangélisateur. Leur histoire, marquée par une violence extrême et une discipline souvent vacillante, s'acheva tragiquement en 1236 lors de la bataille du Soleil contre les Samogitiens, où le grand maître et la moitié de l'Ordre furent massacrés. L'année suivante, les survivants furent incorporés de force à l'Ordre Teutonique, dont ils devinrent la branche livonienne autonome.

Dans la péninsule Ibérique, le phénomène des ordres militaires fut d'une ampleur et d'une originalité exceptionnelles, intimement lié au lent reflux de l'Islam dans la Reconquista. Dès le XIIe siècle, des confréries de chevaliers se formèrent pour défendre les forteresses et les frontières des royaumes chrétiens. 

Le plus puissant fut l'Ordre de Santiago, né vers 1170 en Castille, d'un groupe de treize chevaliers qui voulaient protéger les pèlerins se rendant au tombeau de saint Jacques à Compostelle et combattre les Almohades. Leur règle, approuvée par le pape, était inspirée de celle de saint Augustin, mais avec une singularité remarquable : les chevaliers de Santiago avaient le droit de se marier, leur chasteté étant conçue comme une fidélité conjugale sanctifiée. Leur emblème, une épée rouge en forme de croix surmontée d'une coquille, devint l'une des plus grandes puissances territoriales d'Espagne

Dans le royaume voisin de León, l'Ordre d'Alcántara, issu d'une confrérie de défense de la ville frontalière du même nom, fut reconnu comme ordre cistercien en 1177. Adeptes d'une austérité rigoureuse, ils portaient la croix fleurdelisée verte et constituèrent un rempart essentiel en Estrémadure

Non loin, dans le royaume d'Aragon, l'Ordre de Calatrava vit le jour d'un défi presque désespéré : en 1158, des Templiers ayant renoncé à défendre la forteresse de Calatrava, jugée imprenable par les Almohades, un groupe de cisterciens et de chevaliers, menés par l'abbé Raymond de Fitero, s'en empara et en fit un ordre militaire directement affilié à l'ordre de Cîteaux, portant la croix fleurdelisée rouge. Leur héroïsme à Calatrava fit de l'Ordre un pilier de la reconquête castillane.

Toujours en Espagne, mais avec une vocation maritime et une croisade tournée vers l'Afrique, naquit en 1317 l'Ordre du Montesa dans le royaume de Valence. Sa création résulte d'une situation juridique inédite : après la suppression des Templiers, le roi Jacques II d'Aragon refusa de céder leurs biens aux Hospitaliers et obtint du pape la fondation d'un nouvel ordre local pour les reprendre, affilié à Calatrava et voué à la défense de la frontière maritime contre les Maures. Leur croix était noire et rouge. 

Enfin, sur la façade atlantique, au Portugal, l'Ordre du Christ fut fondé en 1319 sur les cendres mêmes du Temple portugais. Le roi Denis Ier, refusant lui aussi la spoliation, négocia avec le pape Jean XXII la transformation de la milice du Temple en un nouvel ordre, qui hérita de tous ses biens et de sa mission, mais sous la protection directe de la couronne portugaise. Installé à Tomar, l'Ordre du Christ, avec sa croix pattée rouge et blanche, devint le fer de lance des grandes découvertes maritimes, finançant et inspirant les expéditions d'Henri le Navigateur, qui en fut le grand maître.

Hors d'Espagne, d'autres ordres plus petits eurent une vie brève mais intense. 

En Terre sainte même, un ordre étrange et oublié, celui de Saint-Lazare de Jérusalem, exista. Fondé comme une léproserie au XIIe siècle, il adopta la règle de saint Augustin et, fait unique, ses chevaliers étaient eux-mêmes lépreux. Ils participèrent à plusieurs batailles, reconnaissables à leur croix verte, et se retirèrent en Europe après la chute d'Acre, principalement en France et en Italie.

Dans le nord de l'Europe, face aux païens de Poméranie et de Prusse, l'Ordre de DobrzyÅ„ fut fondé en 1228 par le duc Conrad de Mazovie sur le modèle des Porte-Glaive, avec des chevaliers venus du Holstein, mais leur faiblesse numérique et leurs échecs les conduisirent à fusionner avec les Teutoniques dès 1235. 

En France même, on peut citer l'éphémère Ordre de la Foi et de la Paix, né en Gascogne en 1235 pour imposer la paix de l'Église aux seigneurs brigands, mais qui fut dissous par le pape quelques années plus tard, la régulation de la violence étant une prérogative royale et non plus monastique. 

En Italie, l'Ordre de la Bienheureuse Vierge Marie, fondé à Bologne en 1261, tenta d'allier la vie de chevalerie à une piété mariale exaltée, mais resta très localisé avant d'être absorbé par d'autres.

Enfin, dans le contexte des croisades tardives, l'Ordre des Chevaliers de Saint-Thomas de Canterbury à Acre, fondé par des Anglais à la fin du XIIe siècle, était un petit ordre hospitalier et militaire qui suivit la règle des Templiers, et qui, après la chute de l'Orient, se replia à Londres où il se consacra uniquement à l'assistance.

.


[Histoire politique][Biographies][Cartothèque]
[Aide][Recherche sur Internet]

© Serge Jodra, 2004 - 2026. - Reproduction interdite.