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Avignon,
Avenio
Cavarum, Avinio a été l'une des villes des Cavares. C'est aujourd'hui
le chef-lieu du département du Vaucluse et un lieu bien plus beau que
maintes cités célèbres d'Italie
et d'ailleurs admirées avec béatitude
par le troupeau des touristes. La nature et l'art en ont fait une ville
magnifique au bord du Rhône orgueilleux, près de la sauvage Durance,
entre les Cévennes
et les Alpes ,
sous le soleil éclatant, à 687 kilomètres au Sud-Est de Paris;
population : 86 000 habitants. Son Palais des papes fut, au XIVe
siècle la capitale de la chrétienté à la lois militaire et civile c'est
un des édifices les plus grands, les plus complets, les plus sombres du
Moyen âge .
Ses remparts, aussi du XIVe
siècle, sont, encore debout, intacts avec leurs 30 tours rondes.
Son aspect
général est celui d'une place de guerre. Le style de tous ses grands
édifices est militaire et ses palais comme ses églises semblent autant
de forteresses. Des créneaux, des machicoulis couronnent les clochers,
enfin tout annonce des habitudes de révolte et de guerres civiles» (Prosper
Mérimée).
Son célèbre pont de Bénezet sur le Rhône,
construit à partir de 1178, ne s'est effondré qu'en partie dans le fleuve
tourbillonnant. Son église de Notre-Dame
des Doms va du XIIe au XVIe
siècles; maintes autres églises remontent en tout ou en partie aux temps
médiévaux. Beffroi du XIVe
siècle : ancien palais épiscopal de Ia même époque; Hôtel des monnaies
et Hôtel-dieu du XVIIe siècle; vieilles
maisons en grand nombre, etc.
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Le
palais des Papes, à Avignon. A gauche, la cathédrale Notre-Dame des
Doms.
Source
: The World Factbook.
Les coteaux de Villeneuve-lès-Avignon,
s'élevant sur la rive droite du Rhône, couverts des ruines du fort Saint-André
de la Chartreuse, et la tour de Philippe-le-Bel
se mirant dans le fleuve, complètent le paysage, et font d'Avignon une
des villes les mieux situées et les plus pittoresques de la région méridionale.
Ville musée sans doute, Avignon est aussi une ville de culture vivante,
et accueille tous les ans un festival d'art dramatique
célèbre, fondé en 1947, par Jean Vilar.
Histoire d'Avignon.
La situation géographique d'Avignon a
considérablement influé, à toutes les époques, sur son histoire. Occupé
dès l'époque la plus reculée par des tribus
celtes, le rocher d'Avignon fut connu des Phéniciens
et surtout des colonies massaliotes. Ces deux peuples y fondèrent des
comptoirs et y bâtirent des temples dédiés à Heraclès
et à l'Artémis
d'Ephèse.
Plus tard, à l'époque romaine ,
Avignon figure parmi les villes les plus importantes de la Gaule Narbonnaise ,
surtout de la grande tribu des Cavares : Avenio Cavarum urbs munitissima.
De bonne heure alliée des Romains, elle devint
ville latine, selon Pline; elle eut son organisation
municipale, ses privilèges, ses temples, son cirque, son théâtre,
ses thermes, preuves incontestables de son importance et de son état florissant.
Elle vit périr ces monuments lors des invasions
barbares. Au déclin de l'Empire d'Occident ,
elle passa sous la domination des Burgondes
(413). Un de leurs rois, Gondebaud, vaincu
par Clovis, près de Dijon,
se réfugia à Avignon où il soutint un siège mémorable contre le roi
des Francs (500). En 509, le puissant roi
des Ostrogoths, Théodoric,
était maître d'Avignon et y plaçait Wandila, l'un de ses lieutenants.
Lors du partage entre les fils de Clotaire,
en 567, Avignon, bien qu'enclavée dans le royaume burgonde, devint le
chef-lieu de la marche du roi d'Austrasie ,
Sigebert,
et c'est Avignon que le patrice Mummolus choisit pour lieu de retraite
et pour y mettre en sûreté sa famille et ses trésors. Un peu plus tard,
en 733, la Provence
ayant été envahie par les Sarrasins,
les lieutenants de Charles Martel essayèrent
de défendre Avignon, mais l'esprit hostile des habitants et le traité
conclu avec les envahisseurs par Mauronte livrèrent la ville à Youssouf,
gouverneur de Narbonne
qui fit massacrer la garnison austrasienne (736). Charles Martel reparut
bientôt devant Avignon, la prit et la reprit trois fois et finit par en
rester maître.
« Les murs
de cette triple cité furent renversés; la garnison et les habitants furent
exterminés par le fer et la flamme. »
C'est à cette époque d'opiniâtre résistance
et de terribles représailles que remonte la destruction presque complète
de tous les monuments de la grandeur d'Avignon, pendant la période romaine .
Si cette première époque de l'histoire
d'Avignon est pleine de lacunes et d'obscurités, il n'en est pas de même
de celle qui suit. A partir de sa rentrée sous la domination franque,
nous la voyons reprendre son rang parmi les cités importantes. Elle relève
successivement des rois de la Bourgogne Cisjurane ,
d'Arles ou des Deux-Bourgognes et enfin des
comtes de Provence ,
et traverse, avec les Boson, une ère de calme, de paix et de prospérité
qui lui permet de réparer les désastres causés par les invasions et
aussi de reprendre ses vieilles traditions municipales. Au commencement
du XIIe siècle, au mois de septembre 1325,
Avignon est partagé entre Raymond Bérenger,
comte de Barcelone ,
et Alphonse Jourdain, comte de Toulouse .
Dix ans plus tard, en 1135, Guillaume III,
comte de Forcalquier ,
cède tous ses droits sur Avignon à Rostaing, évêque, et aux consuls.
En 1154, l'évêque Geoffroy dresse et publie la charte du consulat, c.-à -d.
les lois municipales. Elles sont confirmées, en 1457, par l'empereur Frédéric
Barberousse et, de 1198 à 1251, cette ville se gouverne elle-même,
s'organise en république sous la suzeraineté
de ses évêques et de l'empereur dont elle place l'aigle
dans ses armoiries. La république impériale d'Avignon désignée dans
les documents par les mots de Commune, universitas civitatis, respublica
civitatis ou respublica, exerça, avec ses consuls, toutes les
prérogatives de la souveraineté. Elle élit ses magistrats annuels, elle
a sa milice, son trésor, elle jouit du droit de battre monnaie et de conclure
des alliances et des traités de commerce, elle possède enfin la même
indépendance et la même puissance que ses soeurs et voisines, les républiques
italiennes
avec lesquelles, elle entretient des relations commerciales et des traités
d'alliance.
Cet état heureux et florissant dura peu
de temps; la guerre des Albigeois
et les événements dont elle fut le signal lui portèrent un coup mortel.
La République d'Avignon prit le parti de Raymond de Toulouse,
contre Simon de Montfort. Elle subit les conséquences
de sa défaite. Une guerre civile éclata dans ses murs et ne fut apaisée
que par l'élection d'un podestat. Bientôt, au danger des dissensions
intérieures, vint s'ajouter le péril extérieur.
Louis VIII,
roi
de France ,
parut sous les murs d'Avignon; après un siège de courte durée, il s'en
rendit maître, fit massacrer ses défenseurs pendant que l'envoyé du
pape Innocent III, le cardinal de Saint Ange,
condamnait les Avignonnais à détruire eux-mêmes leurs murailles, Ã
combler leurs fossés, à raser trois cents maisons à son choix, à abattre
toutes les tours, Ã remettre au roi de France toutes leurs machines de
guerre et à lui payer une forte rançon. C'était plus qu'il n'en fallait
pour préparer la ruine de la République
qui fut encore précipitée par les querelles intérieures, par la mauvaise
administration et la trahison de ses podestats. Elle finit en 1251, époque
à laquelle, grâce à sa faiblesse et aux manoeuvres de son podestat Barral
de Baux, elle fut contrainte de signer une convention avec Alphonse,
comte de Toulouse, et Charles, comte de Provence ,
frères de Louis IX; roi de France. Avignon,
subissant dès lors la suzeraineté des comtes de Toulouse et de Provence,
vit disparaître son rôle politique qui avait duré cent vingt ans, non
sans grandeur et sans prospérité. Elle sauva toutefois une partie de
ses privilèges de ville libre; elle ne fut unie ni à la Provence, ni
au Comtat-Venaissin ,
ni au Languedoc ;
elle fut considérée comme terre adjacente et gouvernée par des officiers,
particuliers, et cette organisation spéciale, dernier vestige de ses institutions
républicaines, lui fut conservée à travers les siècles.
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En 1290, la suzeraineté entière de cette
ville passa à Charles Il d'Anjou, comte
de Provence, roi de Naples
et de Sicile .
Il la laissa, à sa mort, avec son royaume et son comté, à son troisième
fils Robert et celui-ci à sa petite-fille Jeanne de Naples qui la posséda
jusqu'au 9 juin 1348, époque à laquelle elle vendit cette suzeraineté,
moyennant 80.000 florins d'or, au pape Clément
VI qui, comme ses prédécesseurs depuis Clément
V, y avait établi sa résidence. La papauté qui, depuis 1274, possédait
déjà le Comtat-Venaissin à elle cédé par Philippe le Hardi et qui,
depuis 1305, siégeait à Avignon, posséda désormais, sur les bords du
Rhône, un petit Etat dont cette ville devint la capitale.
L'établissement de la papauté dans ses
murs (1309) est le grand événement de l'histoire d'Avignon. Ce séjour
prolongé des pontifes donne à cette cité une grande importance. Elle
devient le centre de la politique européenne; elle prend un accroissement
considérable et se couvre de monuments. Les papes qui ont siégé à Avignon
sont :
Clément
V (Bertrand de Goth), 1305-1314. - Jean XXII (Jacques d'Euse), 1316-1334.
- Benoît XII (Pierre Fournier), 1334-1342. - Clément VI (Pierre-Roger
de Beaufort), 1342-1352. - Innocent VI (Etienne Aubert), 1352-1362. - Urbain
V (Guillaume Grimoard), 1362-1370. Grégoire XI (Pierre-Roger de Beaufort),
1374-1378. Les antipapes
Clément VII (Robert de Genève); 1378-1394, Benoît XIII (Pierre de Luna),
1394-1409.
Le départ de Grégoire
XI, en 1376, fut pour Avignon une nouvelle source de calamités, et
cette ville, si riche et si florissante, vit revivre les mauvais jours
du XIIIe siècle avec les violences et
les guerres que l'éclosion du schisme ramena dans ses murs. L'anti-pape
Benoît
XIII se laissa assiéger dans le palais apostolique; la ville subit
deux sièges et fut mise à feu et à sang par les Catalans,
conduits par Rodrigue de Luna (1411). Après le concile de Bâle
et la fin du schisme, le cardinal de Foix ,
envoyé du pape Eugène IV comme légat
d'Avignon, en fit encore le siège et y rétablit définitivement le pouvoir
pontifical. Depuis le départ des papes, Avignon fut gouvernée par des
légats dont la plupart étaient les neveux des papes, et aussi par des
vice-légats dont quelques-uns portaient des noms célèbres. Toutefois,
les souverains pontifes ne furent jamais tranquilles possesseurs de cette
ville qui ne perdit pas, au milieu des événements dont elle fut le théâtre,
son goût pour les guerres civiles et qui était, d'autre part, sans cesse
sollicitée par les rois de France
de secouer le pouvoir pontifical pour se donner au royaume. Elle fut l'objet
de tentatives d'annexion sous Louis XI et sous
Louis
XII; elle fut occupée une première fois par les troupes de Louis
XIV et réunie à la France en 1663-1664; une seconde fois en 1688,
et rendue au Saint-Siège ,
et réunie de nouveau sous Louis XV (1768).
Lors de la Révolution
française, les événements eurent leur contre-coup à Avignon et
dans le Comtat-Venaissin
jusqu'à ce qu'un décret de l'Assemblée nationale du 14 septembre 1791
prononçât la réunion d'Avignon et du Comtat-Venaissin à la France.
Le traité de Tolentino (1797) confirma cette réunion. La période révolutionnaire
fut ensanglantée par des émeutes locales et par les massacres de la Glacière
(1791).
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Les conciles
d'Avignon
Il a été tenu en
cette ville de nombreux conciles; on en compte
vingt et un de 1050 Ã 1745, en outre, un concile provincial en 1849. Nous
ne mentionnerons que ceux dont les décisions présentent quelque intérêt
pour l'histoire.
1209, sous le pontificat
d'Innocent III, au début de la persécution contre les Albigeois,
un an après le meurtre de Pierre de Castelnau, les légats du pape assemblèrent
un concile où quatre provinces ecclésiastiques furent représentées
et auquel assistèrent quatre archevêques et vingt évêques. Ce concile
fit 21 canons. Il. Les seigneurs et toutes autres personnes jureront d'exterminer
les hérétiques, d'ôter aux juifs toutes
sortes de charges et de n'employer pour serviteurs que des chrétiens.
III. Tous les dimanches et à toutes les fêtes, on excommuniera les usuriers.
VI. Les terres des seigneurs qui auront imposé des taxes sans l'autorisation
du prince seront frappées d'interdit. VII. Défense aux laïques, sous
peine d'excommunication, de lever des impôts sur les clercs et sur les
églises. XVII. Défense de danser dans les églises la veille des fêtes
et de chanter des chansons obscènes. XX. Les parents jusqu'au quatrième
degré des meurtriers de P. de Castelnau et de Milon sont déclarés incapables
de posséder jamais aucun bénéfice.
1270. Concile provincial,
8 canons. Le Vlle excommunie les clercs qui recourent à l'autorité séculière
contre leur évêque.
1279. Concile convoqué
par Bernard de Saint Martin, archevêque d'Arles; 15 canons, dont l'objet
principal est d'assurer les immunités et les privilèges des biens et
de la juridiction de l'Eglise et de renouveler
les mesures répressives contre les juifs, les excommuniés et les usuriers.
1282. Second concile
assemblé par Bernard de Saint Martin; 11 canons conçus dans le même
esprit que ceux du précédent.
1326. Concile où
trois provinces, Arles, Aix, Embrun, furent représentées; 59 canons pour
le rétablissement de la discipline, rappelant et confirmant des dispositions
antérieurement édictées. LVII. Les juifs porteront un signe les distinguant
des chrétiens; ils paieront à l'Eglise
une taxe pour les oblations et les dîmes des maisons et des biens qu'ils
possèdent.
1337. Concile provincial;
70 canons, reproduisant pour la plupart des règlements anciens. Le cinquième
contient une décision indiquant que l'abstinence du gras le samedi, en
l'honneur de la Vierge, n'était pas encore imposée
en ce temps, comme obligation générale. (E. H. Vollet). |
Après la fin de l'ère napoléonienne,
Avignon entre dans une période de recomposition politique, sociale et
économique marquée par son intégration pleine et entière dans la France
postrévolutionnaire. Ville du sud-est, située sur la rive gauche du Rhône,
Avignon reste profondément marquée par son passé pontifical, même si
celui-ci appartient désormais à l'histoire. Sous la Restauration,
la vie politique locale est dominée par les tensions entre royalistes,
souvent soutenus par une partie du clergé et de la bourgeoisie conservatrice,
et libéraux héritiers des idéaux révolutionnaires. Ces oppositions
se traduisent par des troubles sporadiques, une forte politisation de la
population urbaine et un contrôle étroit exercé par l'État central
sur les autorités municipales. La ville voit ainsi encore, comme
toute la région méridionale, de nouveaux excès et de nouveaux crimes,
tels que celui qui coûtera la vie au maréchal Brune,
dans les murs mêmes de la vieille cité.
Sur le plan économique,
Avignon demeure au début du XIXe siècle
une ville essentiellement commerçante et artisanale. Sa situation géographique
en fait un centre d'échanges régionaux important, notamment grâce au
Rhône, axe majeur de circulation des marchandises. L'agriculture environnante,
spécialisée dans les cultures maraîchères, la vigne et plus tard les
fruits, soutient l'économie locale. Toutefois, l'industrialisation y reste
limitée par rapport à d'autres villes françaises. On observe seulement
le développement de petites industries, notamment dans le textile, la
soie, l'agroalimentaire et les tanneries. L'arrivée du chemin de fer dans
la seconde moitié du XIXe siècle renforce
l'intégration d'Avignon aux réseaux nationaux et stimule le commerce.
Les transformations
urbaines accompagnent ces évolutions. La ville sort progressivement de
son enfermement médiéval : des remparts sont restaurés mais aussi partiellement
percés pour faciliter la circulation, de nouveaux quartiers se développent
au-delà des murs, et les équipements publics se modernisent. Sous le
Second Empire et la Troisième
République, Avignon connaît une amélioration progressive de l'hygiène
urbaine, avec l'installation de réseaux d'eau potable, d'éclairage public
et une attention accrue portée à la salubrité. Ces progrès s'inscrivent
dans un contexte de croissance démographique modérée, alimentée par
l'exode rural régional.
La Troisième République
marque une phase de stabilisation politique et de diffusion des valeurs
républicaines. L'école laïque, gratuite
et obligatoire joue un rôle central dans cette transformation sociale.
À Avignon, comme ailleurs, elle contribue à l'enracinement d'une culture
civique républicaine, parfois en tension avec les traditions religieuses
encore très présentes. La vie culturelle se développe autour des théâtres,
des sociétés savantes et de la presse locale, tandis que la mémoire
du passé pontifical continue d'alimenter l'identité urbaine et l'attrait
touristique naissant.
Au moment de la Première
Guerre mondiale, bien qu'éloignée du front, Avignon est touchée
par la mobilisation massive de ses habitants, les pertes humaines et les
contraintes économiques. La ville accueille des blessés, des réfugiés
et participe à l'effort de guerre par la réorientation partielle de ses
activités productives. L'après-guerre est marqué par le deuil, les difficultés
économiques et les tensions sociales, mais aussi par la volonté de rendre
hommage aux morts à travers des monuments commémoratifs qui structurent
durablement l'espace urbain et la mémoire collective.
Les années 1920
et 1930 sont caractérisées par une modernisation prudente et inégale.
Avignon bénéficie d'un certain dynamisme agricole régional, notamment
grâce à l'essor de l'arboriculture fruitière et du commerce des primeurs,
favorisé par les progrès des transports. Toutefois, la crise
économique mondiale des années 1930 affecte la ville, entraînant
chômage, précarité et montée des revendications sociales. La vie politique
locale reflète ces tensions, avec une polarisation accrue entre forces
conservatrices et mouvements de gauche, dans un climat national instable.
La Seconde
Guerre mondiale constitue une autre rupture majeure. Après la défaite
de 1940, Avignon se trouve d'abord en zone non occupée et passe sous l'autorité
de l'État français installé à Vichy, dirigé par Philippe
Pétain. Cette période est marquée par les restrictions, la propagande
et la mise en œuvre de politiques de collaboration. À partir de 1942,
l'occupation allemande s'étend à l'ensemble du territoire, et Avignon
subit directement la présence militaire, les réquisitions et la surveillance
accrue. Des réseaux de résistance se développent néanmoins, souvent
de manière discrète, impliquant des habitants issus de divers milieux
sociaux.
La population juive
de la ville, comme ailleurs en France, est touchée par les lois antisémites
et les persécutions ( L'Holocauste),
même si certains habitants et réseaux locaux participent à des actions
de protection ou de dissimulation. Les bombardements alliés de 1944, visant
notamment les infrastructures de transport, causent des destructions et
des victimes civiles. La libération d'Avignon à l'été 1944 ouvre une
période de transition marquée par l'épuration, la reconstruction matérielle
et morale, et le retour progressif à la légalité républicaine.
Avignon s'inscrit
ensuite dans le vaste mouvement de reconstruction matérielle et institutionnelle
qui traverse la France. La ville sort relativement épargnée sur le plan
architectural par rapport à d'autres centres urbains, mais elle doit faire
face à des pénuries, à la désorganisation économique et aux séquelles
sociales de l'Occupation. La municipalité s'emploie à rétablir les services
essentiels, à relancer le logement et à accompagner le retour des prisonniers
et des déportés. L'affirmation de la légitimité républicaine s'accompagne
d'une forte politisation locale, dans un contexte où les forces issues
de la Résistance jouent un rôle important dans la vie publique.
Les décennies de
l'après-guerre sont caractérisées par une croissance démographique
soutenue et une transformation rapide du tissu urbain. Comme dans de nombreuses
villes françaises, Avignon connaît une extension significative de ses
quartiers périphériques, avec la construction de grands ensembles destinés
à répondre à la pénurie de logements. Ces programmes modifient durablement
la physionomie de la ville, qui s'étend au-delà de son noyau historique.
L'économie locale repose alors sur un équilibre entre commerce, services
administratifs, activités agricoles liées à l'arrière-pays et petites
industries, tandis que le secteur tertiaire prend progressivement une place
dominante.
À partir de 1947,
la création du Festival d'Avignon par Jean Vilar marque un tournant décisif
dans l'histoire contemporaine de la ville. Ce rendez-vous théâtral, d'abord
expérimental, acquiert rapidement une renommée nationale puis internationale.
Il transforme l'image d'Avignon, qui devient un pôle majeur de la création
artistique et du théâtre public. L'occupation de lieux patrimoniaux,
en particulier le Palais des Papes, inscrit durablement la culture au coeur
de l'identité urbaine et stimule le développement touristique, avec des
retombées économiques importantes.
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Le Festival
d'Avignon
Le Festival d'Avignon
est né dans un contexte de renouveau culturel et démocratique de la France
d'après-guerre. À l'initiative de Jean Vilar, homme de théâtre animé
par une conception profondément civique de l'art dramatique, le projet
initial n'est pas encore celui d'un festival au sens strict, mais d'une
"Semaine d'art". Vilar souhaite alors présenter des oeuvres théâtrales
exigeantes dans des lieux patrimoniaux, en rupture avec le théâtre mondain
parisien et dans l'esprit d'une décentralisation culturelle. Avignon est
choisie à la fois pour la puissance symbolique de son histoire et pour
le cadre exceptionnel offert par la cour d'honneur du Palais des Papes,
qui devient à partir de sa création en 1947 un espace scénique emblématique.
Dès ses premières
éditions, le festival se distingue par son ambition artistique et politique
: rendre accessibles au plus grand nombre les grandes oeuvres du répertoire
et les écritures contemporaines. Jean Vilar y met en scène Shakespeare,
Molière ou Claudel,
tout en affirmant une esthétique fondée sur la sobriété, la primauté
du texte et l'engagement de l'acteur. Le succès public et critique est
rapide, et la manifestation prend le nom de Festival d'Avignon. Elle s'impose
progressivement comme un rendez-vous majeur du théâtre français, attirant
un public venu de toute la France et contribuant à transformer durablement
l'image de la ville.
Dans les années
1950 et 1960, le festival devient le laboratoire du théâtre public français.
Jean Vilar y défend l'idée d'un théâtre populaire au sens noble, exigeant
mais ouvert, porté par une troupe et des tarifs accessibles. Le festival
accompagne l'essor de la décentralisation dramatique et influence la création
de nombreux centres dramatiques nationaux. Parallèlement, il s'institutionnalise
: son organisation se professionnalise, les lieux de représentation se
multiplient dans la ville, et la durée de l'événement s'allonge. Avignon
devient chaque été un espace de rencontre entre artistes, intellectuels
et spectateurs, où le théâtre est indissociable du débat politique
et social.
L'année
1968 marque une rupture majeure. Dans le contexte des mouvements de
contestation qui traversent la société française, le festival est profondément
ébranlé. Des artistes et des militants remettent en cause son fonctionnement,
son autorité artistique et sa relation au pouvoir institutionnel. Des
spectacles sont perturbés ou annulés, et la figure de Jean Vilar, bien
que respectée, est critiquée. Cet épisode révèle les tensions entre
institutionnalisation et liberté créatrice, et il ouvre une période
de remise en question profonde du rôle du festival dans la cité et dans
la création contemporaine.
Après la mort de
Jean Vilar en 1971, le festival entre dans une nouvelle phase de son histoire.
La direction change, et l'esthétique s'ouvre davantage aux formes contemporaines,
aux écritures nouvelles et aux influences internationales. Le festival
n'est plus seulement le lieu d'un théâtre de répertoire, mais devient
un espace d'expérimentation, accueillant des metteurs en scène innovants
et des langages scéniques parfois déroutants pour le public traditionnel.
Cette évolution s'accompagne de débats récurrents sur l'identité du
festival et sur l'équilibre entre exigence artistique et accessibilité.
C'est dans ce contexte
qu'émerge, à partir des années 1970, le phénomène du Off. Né de manière
informelle, en marge du programme officiel, il rassemble des compagnies
indépendantes qui investissent des salles, des cours et des espaces improvisés
dans toute la ville. Progressivement structuré, le Off devient un événement
à part entière, et attire des milliers d'artistes et de spectateurs.
Il transforme Avignon en une immense scène théâtrale et contribue Ã
faire du festival un lieu unique au monde, où se mêlent institution reconnue
et foisonnement alternatif, non sans tensions sur le plan économique,
artistique et urbain.
À partir des années
1980 et 1990, le festival affirme son rayonnement international. Il s'ouvre
de plus en plus aux créations étrangères, aux grandes figures du théâtre
européen et mondial, ainsi qu'à des formes hybrides mêlant théâtre,
danse, performance et arts visuels. Cette internationalisation renforce
son prestige, mais elle suscite aussi de nouvelles controverses, certains
reprochent au festival de s'éloigner de l'idéal de théâtre populaire
défendu par Jean Vilar. Les choix artistiques deviennent régulièrement
l'objet de débats publics, faisant du festival un lieu privilégié de
confrontation des sensibilités culturelles.
Le début du XXIe
siècle est marqué par de nouveaux défis. En 2003, le festival est annulé
en raison d'un conflit social majeur lié au statut des intermittents du
spectacle, événement sans précédent qui souligne la fragilité du modèle
économique de la création artistique en France. Depuis lors, le festival
doit composer avec des contraintes budgétaires accrues, des enjeux de
sécurité, une médiatisation intense et la concurrence d'autres grands
événements culturels internationaux. Il poursuit néanmoins sa mission
de création et de diffusion, en accordant une place importante aux artistes
contemporains et aux problématiques sociales et politiques actuelles.
Aujourd'hui, le Festival
d'Avignon demeure l'un des plus grands festivals de théâtre au monde.
Il est à la fois un héritier fidèle de l'utopie culturelle de Jean Vilar
et une institution en constante mutation, confrontée aux transformations
du spectacle vivant, aux attentes changeantes du public et aux défis économiques
et sociaux contemporains. |
Les années 1960
et 1970 connaissent les effets conjugués de la modernisation, de la massification
scolaire et des mutations sociales. Avignon n'échappe pas aux tensions
de cette période : revendications étudiantes et ouvrières, débats sur
l'urbanisme, critiques de la société de consommation. L'université se
développe et contribue à rajeunir la population, tandis que les infrastructures
de transport et les équipements culturels et sportifs se multiplient.
Le centre ancien, longtemps délaissé, commence à faire l'objet de politiques
de sauvegarde et de réhabilitation, en lien avec une prise de conscience
croissante de la valeur du patrimoine historique.
À partir des années
1980, la ville s'inscrit plus nettement dans des stratégies de reconversion
et d'attractivité territoriale. La désindustrialisation relative renforce
le poids du secteur tertiaire, de l'administration et des activités culturelles.
Les politiques urbaines cherchent à concilier développement économique,
cohésion sociale et préservation du cadre historique. Le tourisme culturel,
largement structuré autour du festival et du patrimoine médiéval, devient
un pilier durable de l'économie locale, mais il suscite aussi des débats
sur la saisonnalité de l'activité et l'équilibre entre vie quotidienne
des habitants et afflux de visiteurs.
La fin du XXe
siècle et le début du XXIe sont marqués
par l'intégration croissante d'Avignon dans les dynamiques régionales
et européennes. La ville renforce ses liens avec le reste du département
de Vaucluse et avec les grandes métropoles du sud-est grâce aux infrastructures
ferroviaires à grande vitesse et aux réseaux routiers. Parallèlement,
les enjeux sociaux restent prégnants, notamment dans certains quartiers
périphériques confrontés au chômage et à la précarité, ce qui conduit
à la mise en place de politiques de rénovation urbaine et d'action sociale.
Depuis les années
2000, Avignon poursuit une stratégie fondée sur la culture, l'enseignement
supérieur, la recherche et le tourisme, tout en cherchant à diversifier
son économie. Les questions environnementales, la gestion du Rhône et
la prévention des risques d'inondation prennent une importance croissante
dans l'action publique locale. La ville s'efforce également de renforcer
son attractivité résidentielle et économique.
Armoiries.
Les armoiries d'Avignon ont varié aux
diverses époques de l'histoire. Les premières étaient une ville carrée,
enceinte de murailles formées de pierres de taille à créneaux bâtis
à l'antique; plus tard, lors de l'établissement de la République,
elle eut pour armes : une ville crénelée, ouverte, maçonnée, Ã
trois tours, celle du milieu avec dôme crucifère; au devant, un pont
sur un fleuve. Sur son contre-sceau était figurée une aigle déployée
tournée à gauche avec la légende : Sigillum Communitatis Avinionensis.
Aquila. Un autre sceau représente les quatre consuls vus à mi-corps
et presque de face, tête nue et portant un manteau agrafé sur l'épaule
gauche. Et le contre-sceau : un gerfaut déployé. Légende : Bulla
consulum Avinionis Gerfalcus. Après l'acquisition de la ville par
le Saint-Siège ,
ces armes changèrent et devinrent : de gueules à trois clefs d'or
posées en fastes. On ajouta plus tard, comme supports à l'écu, deux
gerfauts avec la devise : Unguibus et rosira. Ce sont les armoiries
actuelles. Le plus ancien exemple qu'on connaisse de ces armoiries remonte
au commencement du XVe siècle.
Monuments anciens.
Durant la période antique ,
Avignon était couvert de monuments dont il ne reste rien, sauf quelques
arcades
romaines ,
quelques murs d'un hippodrome, quelques substructions noyées dans des
constructions modernes. Il n'en est pas de même des monuments du Moyen
âge
très intéressants et très nombreux surtout pour la période correspondante
au séjour des papes, qui vit s'élever une foule de monuments civils et
religieux.
Le
Palais des papes.
Il faut citer, en première ligne, le
Palais des Papes, l'une des constructions les plus vastes et les plus prodigieuses
du Moyen âge ,
dont la superficie est de 15.165 m², dont
les murs atteignent jusqu'à 4 m d'épaisseur et dont la principale tour
s'élève à 60 m de hauteur. Cette masse gigantesque, moles miranda,
comme l'appelle un auteur, est l'oeuvre de plusieurs papes et de plusieurs
architectes. Le palais de Benoît XII, qui
en forme la plus petite mais la plus ancienne partie, a été bâti de
1334 Ã 1342, sous la surveillance des architectes Guillaume de Cucuron
et Pierre Poisson. Il comprenait, outre les appartements
du pape, à l'étage au-dessus de la grande Audience, une chapelle
dont la voûte est à près de 19 m de hauteur
et dont la longueur est de 48 m, un cloître
intérieur formé d'immenses arceaux, et était couronné par quatre tours
portant les noms de la Campane, de Trouillas, de Saint-Jean et de la Cloche
d'argent.
-
Notre-Dame
des Doms et le Palais des papes, Ã Avignon.
Dans la tour Saint-Jean existent encore
deux oratoires couverts de peintures
à fresque dont quelques-unes, très remarquables, sont attribuées
à Mathieu de Viterbe (Matteo Giovanetti). La deuxième partie (1342-1360)
est due aux papes Clément VI, Innocent
VI et Urbain V. Elle est presque entièrement l'oeuvre de Pierre Obreri,
architecte vivant à la cour de Clément VI. Elle comprend une vaste
cour intérieure formant un carré régulier d'environ 1800 m², et où
se donnent aujourd'hui les principales représentation du festival annuel
de théâtre. Elle est entourée de constructions
aux proportions gigantesques parmi lesquelles on remarque la grande salle
du Consistoire dont la voûte mesure 15,60 m de hauteur et qui a 52 m de
longueur; la chapelle basse, la galerie dite du Conclave. Dans cette partie
du palais se trouvent les trois tours des Anges, de Saint-Laurent et de
La Mirande, la salle contenant les peintures
des Prophètes, l'ancienne salle du jeu
de paume, la salle des gardes, etc. Le départ des papes d'Avignon
n'arrêta pas complètement les constructions de ce palais. En partie ruiné
par les sièges qu'y subirent Benoît XIII
et Rodrigue de Luna, avec leurs garnisons catalanes au XVe
siècle, et aussi par des incendies qui faillirent le détruire, il reçut
de nouveaux embellissements au temps de Julien de la Rovère, premier archevêque
d'Avignon et plus tard Jules II; et, en 1513,
le cardinal de Clermont construisit un corps de logis au Sud-Est, dit la
Mirande.
Le Palais des Papes a été l'objet de
plusieurs projets de restauration élaborés par les architectes Viollet
le-Duc et Revoil. Ces projets ont même reçu, à la fin du XIXe
siècle, un commencement d'exécution, et l'antique chapelle
de Benoît XII a été relevée de ses ruines.
Mais l'ensemble de ce monument, spécimen unique de l'architecture
française au Moyen âge ,
n'en est pas moins dans le plus triste état, grâce aux transformations
et aux mutilations sans nom dont il a été l'objet.
Les
Remparts.
Les Remparts
sont également une oeuvre d'architecture militaire du XIVe
siècle. Commencés en 1358, sous la pontificat de Clément
VI, ils ne furent terminés qu'en 1368 sous celui d'Urbain V. Ils furent
élevés en plusieurs parties aux frais du trésor pontifical et aussi
de celui de la ville, par une foule de tailleurs de pierre, mais il ne
paraît pas y avoir eu d'architectes spéciaux. Ils ont, en moyenne, 2,10
m d'épaisseur et de 10 à 12 m de hauteur dont la moitié est malheureusement
enfoncée sous des remblais. Ils sont couronnés par un système de machicoulis
et de meurtrières qui continue sur tout leur parcours. Ils sont flanqués
de trente-neuf tours carrées ou rondes distantes les unes des autres de
100 à 120 m. Ils étaient percés primitivement de sept portes défendues
par des ouvrages avancés aujourd'hui disparus.
-
Les
Remparts d'Avignon.
Les remparts
d'Avignon, qui forment à cette ville une enceinte continue d'environ 5
kilomètres (4800 m), sont un des plus beaux exemples que nous possédions
de la fortification du Moyen âge .
ils ont été l'objet de travaux de restauration considérables qui sont
actuellement continués. Ces remparts donnent à la ville une physionomie
toute spéciale.
« Les machicoulis,
dit Stendhal, sont supportés par un rang de
petites consoles d'un profil ravissant; les créneaux sont d'une régularité
parfaite [...]. Le temps a donné à des pierres si égales, si bien jointes,
d'un si beau poli, une teinte de feuille sèche qui en augmente encore
la beauté. C'est l'art de l'Italie
avec ses charmes transporté tout à coup au milieu des Gaules. »
Le
pont Saint-Benezet.
Le pont Saint-Benezet, dont l'origine
remonte à l'époque gallo-romaine, relie les deux rives du Rhône entre
Avignon et Villeneuve. Il fut reconstruit à la fin du XIIe
siècle au moyen d'aumônes, à la grande joie des riverains qui virent
là un miracle
ayant donné naissance à la légende de
saint Benezet. Emportées à diverses reprises par le courant rapide du
Rhône, ses arches ont été souvent reconstruites, notamment au XIVe
et au XVe siècle. Sa longueur totale était
d'environ 900 m. Il se composait de dix-huit arches séparées en amont
et en aval par des demi-becs très aigus. Ses arches étaient formées
de quatre cintres juxtaposés d'une épaisseur totale de 4,90 m. Il était
terminé par deux chatelets bâtis au commencement
du XIVe siècle dont l'un, celui de la
rive droite du Rhône, était commandé par la tour de Philippe
le Bel, très bien conservée, et l'autre, celui de la rive gauche,
par un ouvrage fortifié dans lequel s'ouvrait un pont-levis et dépendant
des bâtiments de l'hôpital Saint-Benezet, situés au pied du pont. Au
milieu de la douzième, arche se trouve la Chapelle
Saint-Benezet, jadis consacrée à saint Nicolas, comprenant trois Chapelles
superposées dont la plus ancienne remonte à l'époque carolingienne .
Elles ont été restaurées par les soins de L. Révoil. Le pont
Saint-Benezet ne compte plus que trois arches qui s'étendent sur le plus
petit bras du Rhône.
-
Le
pont Saint-Benezet, Ã Avignon, construit entre 1177 et 1309,
et
en partie détruit par une crue du Rhône, au XVIIe
siècle.
Les
autres monuments.
On remarque encore parmi les monuments
civils ou religieux le Séminaire situé au fond de la place du Palais,
ancien palais des évêques d'Avignon, dit le Petit Palais, construit primitivement
sur l'emplacement de l'hôtel du cardinal Arnaud de Via, neveu de Jean
XXII, reconstruit aux XIVe et XVe
siècles par Main de Coetivy, évêque d'Avignon, et par Julien de La Rovère,
et où sont exposées aujourd'hui les toiles de primitifs
italiens et français; l'ancien
Hôtel des Monnaies (XVIe siècle), l'Hôtel
de Sade (XIVe et XVe
siècles), ancienne demeure particulière de cette célèbre famille; l'Hôtel
des ducs de Crillon (XVIIe siècle), la
tour du beffroi de l'Hôtel de Ville avec son jacquemart dont la base remonte
au XIVe siècle et le sommet au commencement
du XVe, ainsi qu'une foule d'anciens hôtels,
palais de cardinaux, de princes, d'évêques, de grands seigneurs, de riches
bourgeois dont l'ensemble donne à cette ville un caractère original.
-
Avignon
: la tour.
Les monuments purement religieux y sont
également fort nombreux, et quelques-uns remontent aux premiers siècles
du Moyen âge .
L'église
cathédrale ou métropolitaine a été bâtie primitivement, entre
le VIIe et le IXe
siècle, sur les débris d'un temple d'Hercule .
Son porche est carolingien .
Il se compose, à l'extérieur, d'un arc
en plein cintre entre deux colonnes
corinthiennes cannelées soutenant un fronton. Il était décoré de
fresques
dues au pinceau de Simon Memmi; c'est à peine s'il en reste quelques traces.
La nef est du XIIe
siècle, les chapelles latérales sont des
XIVe, XVe
et XVIe siècles, le choeur
et les tribunes du XVIIe. On remarque dans
l'intérieur les tombeaux presque entièrement refaits des papes Jean
XXII et Benoît XII; une Vierge
de Pradier, des Apôtres de Bemus, un autel
du XIIe siècle, et, dans le choeur, un
siège en marbre blanc qui a servi aux souverains
pontifes. Cette église, comme la plupart
de celles d'Avignon, conserve également de fort belles peintures
de maîtres, parmi lesquelles on peut citer la Visitation de la Vierge,
l'Annonciation et la Purification, de Nicolas
Mignard, l'Assomption, de Pierre Mignard, la Présentation
de J.-C. au temple, de Reynaud Levieux, une Résurrection et plusieurs
tableaux de Parrocel, des toiles de Deveria,
entre autres l'Adoration des Mages. Dans le trésor se trouve un
groupe en argent, la Flagellation, sculpté et ciselé par P. Puget.
L'église
Saint-Agricol date, en majeure partie, du XVe
siècle. Fondée, en 680, sur les ruines du cirque antique, détruite par
les Sarrasins, elle fut reconstruite
à l'époque de Jean XXII qui y fonda une
collégiale. On y remarque un retable de la
Renaissance
vulgairement appelé le Tombeau des Domi, un beau bénitier
du XVe siècle, en marbre blanc, un autel
et une statue de Coysevox, et parmi les peintures
une Notre Dame des Sept Douleurs, de N. Mignard; le Sauveur prêchant,
de Parrocel; une Assomption attribuée au Bourguignon;
parmi les sculptures : les statues de
saint Jean et de sainte Elizabeth, de Péru, le tombeau de l'architecte,
Mignard et une foule d'inscriptions obituaires.
L'église Saint-Pierre, fondée en 433,
reconstruite en 1358 par le cardinal Pierre de Prato qui y créa une collégiaIe,
possède une belle façade gothique
du XVe siècle, des vantaux de portes admirablement
sculptés représentant le Combat de saint Michel avec Lucifer et
l'Annonciation de la Vierge (1505), une chaire en pierre blanche,
ornée de statuettes, et quelques débris de tombeaux.
Les constructions principales de l'église
Saint-Didier sont du XIVe siècle. Elle
fut érigée en collégiale, en 1355, par le cardinal Bertrand de Dencio.
Elle possède un beau Portement de croix du sculpteur italien Francesco
Laurana, une Descente du Saint-Esprit, de Simon de Chalous, une
Adoration des Mages, de Parrocel, etc.
La ville d'Avignon compte encore de nombreuses
chapelles
contenant une foule de tableaux de maîtres : la Chapelle des Pénitents
Noirs, avec des toiles des Mignard, de Parrocel,
du Dominiquin, de Reynaud Levieux; la Chapelle
des Pénitents Gris, appartenant à une confrérie fondée, en 1226, par
Louis
VIII, roi de France ,
pour l'extirpation de l'hérésie albigeoise ;
la Chapelle du lycée possédant la Visitation, une des belles oeuvres
de Mignard. On y remarque encore les débris de l'église des Cordeliers,
qui contenait le tombeau de Laure, de l'église de Saint-Martial qui contenait
un beau cénotaphe d'Urbain V et les tombeaux
de Pierre de Cros et du cardinal de La Grange, de l'église des Célestins,
qui contenait le tombeau de l'antipape Clément
VII et celui de saint Pierre de Luxembourg, etc.
Et
aussi...
Parmi les monuments modernes, on peut
citer : la Préfecture, successivement palais du cardinal Guy de Malesec,
collège du Roure, hôtel de Forbin, acquis par le département le 12 octobre
1822; l'hôtel de ville construit de 1845 à 1851; le théâtre,
construit en 1845 sur les plans de l'architecte Feuchère; l'hôpital Sainte-Marthe,
fondé en 1354 par Bernard de Rascas, reconstruit au XVIIe
siècle.
On voit, Ã Avignon, les statues
de Corneille et de Molière,
à l'entrée du théâtre, dues au ciseau des frères Brion; la statue
d'Althen, introducteur de la culture de la garance, au Rocher des Doms,
oeuvre du sculpteur Brian, inaugurée le 21 novembre 1847; la statue de
Crillon, sur la place de l'Horloge, oeuvre de Veray, inaugurée le 3 mai
1858; la statue de Philippe de Girard, au milieu du square de la gare,
inaugurée le 6 mai 1882, etc..
La ville d'Avignon possède une bibliothèque
publique établie en l'an XII, enrichie plus tard par les legs particuliers
de Calvet, de Requien, de Moutte, etc., et qui compte un grand nombre d'incunables
et une précieuse collection d'ouvrages relatifs à l'histoire de la France
méridionale. Elle compte de plus près de 3000 manuscrits
parmi lesquels on cite le missel dit de Clément VII, les Heures
de saint Pierre de Luxembourg, et le Psautier du maréchal de Boucicault.
Dans les mêmes bâtiments que la Bibliothèque et ayant la même origine,
se trouve le Musée d'antiquités et de tableaux, l'un des plus riches
de province surtout pour la période gallo-romaine. Le médailler renferme
26.000 pièces, la galerie de sculpture et d'architecture antique possède
un grand nombre de statues, bustes, bas-reliefs,
de débris plus ou moins précieux, une grande quantité d'inscriptions
(17 inscriptions grecques, 170 inscriptions
latines).
La galerie de sculpture du Moyen âge
et de la Renaissance
possède un grand nombre d'objets d'art, parmi lesquels on remarque les
tombeaux du pape Urbain V, du cardinal de La Grange, du cardinal de Brancas,
du maréchal de La Palisse, etc. Dans la sculpture moderne on trouve :
le Christ d'ivoire de Guillermin, le Faune et le Mercure
de Brian, la Moissonneuse endormie de Veray.
Le musée de tableaux (Musée calvet) se
compose de plusieurs centaines de toiles de toutes les écoles depuis le
XIVe siècle jusqu'à nos jours. On y remarque,
outre des Dominiquin, des Carrache,
des rétables du XIVe
et du XVe siècle, la galerie Vernet composée
des oeuvres de ces artistes d'origine avignonnaise, des marines de Claude
Joseph, des toiles de Carle et d'Horace parmi lesquelles le fameux Cosaque
et le Mazeppa, deux originaux d'une grande valeur; la galerie de
portraits des illustrations vauclusiennes qui contient des portraits de
Crillon, du connétable de Luynes, de Fléchier,
de Manry, des sculpteurs Bernus et Péru, de Parrocel, de Calvet, etc.
Une galerie est consacrée aux plus modernes Dufy, Marie Laurencin, Manet,
Sisley, Soutine, Utrillo et Vasarely.
Le Musée d'histoire naturelle ou Musée
Requien, du nom de son fondateur, possède une belle et riche bibliothèque
d'histoire naturelle et un herbier
qui est un des plus riches de France.
Les archives départementales et les archives
municipales d'Avignon sont fort riches en documents concernant l'histoire
du pays. On peut citer, parmi les principaux fonds des archives départementales,
celui de la chambre apostolique du Comtat Venaissin ,
ceux des Etats Provinciaux, de l'Université d'Avignon, de l'Archevêché,
des Collégiales, de la Chartreuse de
Bompas, qui contiennent des documents remontant au Xe
siècle. Les archives municipales d'Avignon sont également fort riches,
on y trouve des délibérations remontant au XIVe
siècle, une grande quantité de titres concernant les privilèges de la
ville, son organisation municipale, ses finances, son commerce, son industrie,
ses relations avec les papes et avec les provinces voisines.
La ville d'Avignon, outre ses monuments
et ses riches collections scientifiques et artistiques, possède de belles
promenades dont les principales sont : le Rocher des Doms d'où l'oeil
embrasse un des plus beaux panoramas du midi de la France, la promenade
de l'Oulle et les boulevards extérieurs. Ses environs sont également
fort pittoresques, qu'on se dirige dans l'île de la Barthelasse formée
par les deux bras du Rhône ou qu'on parcoure, en hiver, la promenade des
Angles où l'on jouit de la température des stations hivernales de la
Méditerranée. (GE).
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Jean
Favier, Les papes d'Avignon, Fayard, 2006. - De
1309 à 1376, la papauté a résidé à Avignon, cas absolument unique
dans l'histoire. Il s'agissait pour le pouvoir pontifical de se soustraire
aux luttes d'influence favorisées par le champ clos que constituait l'Italie.
Devant se réorganiser, loger la curie, la papauté
a réformé, construit, faisant appel à quelques-uns des plus grands architectes
et artistes du temps, attirant à Avignon des activités économiques,
des écoles et avec celles-ci des intellectuels. C'est un legs considérable
pour la France qui, au XXe siècle, a fait
de cette ville un lieu touristique et le siège du plus célèbre festival
de théâtre du monde. (couv.). |
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