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L'Égypte Musulmane
Le temps des Mamelouks (1254-1517)
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Les Mamelouks turcomans bahrites (1254-1382)

Le règne effectif des sultans mamelouks qui comprend deux périodes d'une durée presque égale, correspondant à deux dynasties d'origine différente. Les nouveaux maîtres de l'Égypte, ceux de la première dynastie, étaient des Turcs originaires du Kiptchak (La Horde d'Or). Ils avaient été introduits en Égypte vers 1227, au nombre de 12 000, à l'époque ou Gengis Khan lançait ses hordes mongoles à travers l'Asie et l'Europe orientale. Ce fut cette expédition qui causa la création des Mamelouks. Les Tatars avaient ramené avec eux une foule de jeunes gens des deux sexes : leurs camps, leurs marchés regorgeaient d'esclaves. Les sultans d'Égypte virent là une bonne occasion de se procurer sur-le-champ des troupes solides et nombreuses dont les cadres continuèrent toujours à se remplir par la même voie de sélection et d'achat. Cette milice devint bientôt si puissante en Égypte qu'elle finit par supplanter ses maîtres dans les circonstances que l'on sait. La dynastie des Mamelouks turcomans ou bahrites (ainsi nommés parce que leurs casernements s'étendaient le long du Nil, el Bahr) n'a guère que trois sultans célèbres : Ez-Zâhir Baïbars, El-Mansoûr Qalâwoûn et le fils de celui-ci , En-Nâsir Mohammed. 

En 1258, Bagdad tombait au pouvoir d'Hoûlâgoû, petit-fils de Gengis Khan, et le califat abbâsside était détruit. Ce fut Baïbars (1260-77), le meurtrier de Toûrân Châh, qui recueillit les membres de la famille abbâside échappés au fer des Mongols et fit revivre au Caire, en eux, le califat orthodoxe qui s'y perpétua jusqu'en 1517 sous le patronage des sultans d'Égypte. Qâlàwoûn (1279-90), surnommé El-Alfi pour avoir été jadis acheté mille dinars repoussa une invasion d'Abaka Khân, conclut un traité d'alliance avec Alphonse III d'Aragon et fonda une foule d'établissements utiles; il fut la tige d'une suite de quinze rois dont la succession fut peu interrompue jusqu'au renversement de sa dynastie par les Mamelouks bourdjites. En-Nâsir occupa le trône à trois reprises différentes; son règne (1293, 1299-1341) fut le plus long, l'un des plus paisibles et des plus bienfaisants qu'aient vu les populations égyptiennes. Mais après lui, ses fils ou petits-fils, devenus la jouet des émirs mamelouks, fournirent des règnes éphémères, sans éclat, et préparèrent en moins d'un demi-siècle le renversement de leur dynastie. Les Ayyoûbites avaient commis une erreur lourde de conséquences en s'entourant d'une garde prétorienne; Qalâwoûn, qui était lui-même un Mamelouk de cette garde, ne sut profiter de l'expérience le jour où, voulant donner un contrepoids à la prépondérance de ses congénères devenus ses sujets, il créa un nouveau corps de soldats esclaves, non plus d'origine turkmène cette fois, mais circassienne. La halqa des sultans bahrites, chargée surtout de la défense des forteresses, des bourdj, d'où son nom de bourdjite, fut d'abord un appui et une force, puis devint un embarras et un péril; après avoir consolidé le trône, elle en vint à l'usurper avec Ez-Zâhir Barqoûq (1382-88) qui fut le premier des sultans circassiens.

Mamelouks circassiens bourdjites (1382 - 1517) 

Du reste, cette seconde dynastie de princes mamelouks ne fit guère que continuer celle des Turcomans. Ce fut toujours la même marche et la même politique; toujours des émirs turbulents qui se disputaient le pouvoir à chaque vacance et en créaient le plus souvent possible par des voies anarchiques et violentes. Barqoûq eut au moins cette gloire qu'il sauva l'Égypte de l'invasion d'un nouveau conquérant turco-mongol plus terrible que le premier, Timour Leng (Tamerlan), qui remplissait alors l'Asie tout entière du bruit de ses exploits. 

En 1412, à la suite d'un coup d'État que rien n'eût pu faire prévoir après un siècle et demi d'effacement, le trente-huitième calife- abbâside, El-Mostaïn Billâh, se trouva investi des pouvoirs temporel et spirituel comme aux plus beaux jours de la papauté musulmane. En réalité, il n'était qu'un aveugle instrument entre les mains du plus ambitieux des émirs mamelouks, Cheikh Mahmoûdi, qui, en cette affaire, n'avait prétendu travailler que pour lui-même. Moins d'un an après son triomphe, le trop confiant El-Mostaïn était détrôné, puis exilé par son protecteur, lequel se contenta de régner temporellement, du reste en prince accompli, sous le nom célèbre d'El-Mouayyad (1412-1421).

El-Achraf Bars Bây, après lui, fit l'Égypte heureuse au dedans et glorieuse à l'extérieur (1422-1437). Le pieux sultan Qâit Bây parvint à se maintenir vingt-huit ans sur un trône que menaçait déjà la puissance ottomane; celle. ci commençait à prévaloir sur l'influence moghole. Par une générosité fatale, Qâit Bây donna asile au prince Djem (Zizim), compétiteur de Bayézid Il (L'Empire Ottoman, d'Osman à Bayézid II), ce qui attira sur lui des haines funestes dans l'avenir (1467-1495). Au reste, maints signes extérieurs indiquaient clairement que la dynastie circassienne et la fortune de l'Égypte étaient à la veille de s'abîmer dans une commune catastrophe. L'Égypte était lasse de la domination rarement supportable des sultans mamelouks, grâce auxquels, cependant, elle avait atteint le plus haut degré de la civilisation orientale. Cette aristocratie guerrière, composée d'esclaves achetés sur les marchés, n'avait pas de racine dans le pays qu'elle exploitait plutôt qu'elle ne le gouvernait. Elle était également détestée des Coptes, des Grecs et des Arabes qui formaient la population de l'Égypte. En outre, la prospérité commerciale du pays venait d'être profondément ébranlée par la découverte de la route du cap de Bonne-Espérance (1498). Alexandrie, comme Venise, se trouva déshéritée du commerce de l'Inde et de la Chine au profit des pays occidentaux de l'Europe. En 1504, le doge et le sultan s'unirent par une alliance contre les Portugais. Ce fut peine inutile; les Portugais étaient déjà maîtres de l'Inde. L'anarchie intérieure et la ruine du commerce maritime préparèrent l'oeuvre de la conquête turque. A l'automne de 1516, Sélim II, successeur de Béyazid (Le Siècle de Soliman), envahissait la Syrie. Le sultan Qansoûh IV El-Ghoûri, malgré ses quatre-vingts ans, marcha au-devant des Turcs. Il fut vaincu et tué, près d'Alep, malgré la valeur désespérée des Mamelouks. La victoire de Gaza donna à Sélim l'entrée de l'Égypte, celle de Reïdâniya lui ouvrit les portes du Caire (22 janvier 1517). Toûmân Bây, élu sultan d'Égypte par les Mamelouks, y rentra secrètement et extermina le corps d'occupation. Sélim fut obligé de reprendre la ville rue par rue, maison par maison. Mais Le Caire fut puni de sa révolte par le massacre de 50 000 habitants. Toumân Bây opposa une résistance héroïque, mais vaine. Trahi par un Arabe, il fut livré à Sélim qui le fit pendre au Caire sous l'arcade de la porte Zowaïleh (13 avril). (Paul Ravaisse).

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