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L'Empire Seldjoukide
Les Seldjoukides ont commencé à se constituer en empire sous la conduite de leur chef Togrul (ou Togril) Beg, petit-fils de Seldjouk, qui, sorti des steppes du Turkestan, s'empara à la tête d'une horde turcomane de Nichapour (1037), conquit l'empire des Ghaznévides, mit fin au règne des Bouides d'Ispahan (1055), et se rendit maître de Bagdad (1060). A sa mort, en 1063,Alp-Arslan, son neveu, soumit  la Géorgie, l'Arménie et une partie de l'Asie-Mineure. Mélik-Chah, fils d'Alp-Arslan, rangea sous ses lois presque toute la Syrie et diverses régions de l'Asie centrale (1072-92): mais dès 1074 Soleïman (Soliman), son cousin, fonda un deuxième État seldjoukide à Konyah, État qui comprit l'Asie-Mineure presque entière, la Cilicie et l'Arménie. Après la mort de Mélik, Alep, Damas, Antioche, Mossoul formèrent aussi de petites principautés seldjoukides, mais très inférieures en puissance aux deux empires ci-dessus nommés. La plupart de ces principautés furent renversées pendant les Croisades par les Chrétiens ou par les sultans du Kharezm. Les Seldjoukides de Perse finirent en 1194 dans la personne de Togrul II. La sultanie Seldjoukide de Konieh (Konya) ou de Roum céda définitivement la place aux Ottomans au début du XIVe siècle.
Dates clés :
1037 - Togrul Bey, sultan de Nichapour. Premières conquêtes.

1060 - Prise de Bagdad.

1074 - Fondation du sultanat de Konya (Roum).

1196-1270 - Croisades.

1308 - Disparition du sultanat de Roum.

Les Seldjoukides sont une dynastie qui régnèrent dans l'Asie antérieure et qui se rattachent à un ancêtre commun, Seldjouk, dont les historiens persans et plusieurs historiens turcs qui les ont suivis prétendent qu'il descendait d'Afrasyab. La légende iranienne prétend que ce souverain, qui fut l'un des ennemis les plus acharnés de la Perse, était maître des deux Turkestan, et que sa capitale était Samarcande. D'autres généalogistes orientaux affirment, au contraire, que la tribu seldjoukide descendait de quelques soldats qui s'étaient rangés autour d'Oughouz à l'époque de la grande lutte des tribus turques; si ce renseignement, à travers son travestissement mythique, était exact, il s'ensuivrait que les Seldjoukides ont fait partie de la confédération des dix tribus ouïgoures; quoi qu'il en soit, il est certain que la tribu à laquelle appartenait Seldjouk était d'origine turque. II était fils de Dekak, officier de Peïgou, sultan du Kharezm

On ne sait au juste quelle était la religion de Seldjouk; Makrizi raconte dans Kitab et Solouk que les Seldjoukides commencèrent par être une bande de gens très peu recommandables de la Transoxiane, qui pillaient le Khoraçan; on a soutenu qu'ils étaient chrétiens, et bien qu'il soit impossible de fournir des preuves décisives de cette assertion, elle est rendue assez plausible par ce fait que plusieurs des tribus turques, soeurs ou tout au moins parentes des Seldjoukides, avaient embrassé le christianisme sous sa forme nestorienne (Nestorius), et que Seldjouk donna à ses fils des noms de saints qui ne peuvent être, a priori, que musulmans ou chrétiens, Mikhaiil, Israil, Mousa et Yonnès. II convient de remarquer que les deux, premiers de ces noms n'ont jamais été porté par un musulman et que le témoignage de Khondémir ne prouve pas d'une façon décisive que Seldjouk fut musulman à cette époque.

Les fils de Seldjouk.
Les fils de Seldjouk vinrent du Turkestan dans la Transoxiane vers l'an 1000, pour y chercher, suivant la coutume des nomades turcs et mongols, des pâturages meilleurs que ceux qu'ils venaient d'épuiser. Quand ils furent arrivés à Boukhara et à Samarcande, ils demandèrent au sultan ghaznévide, Mahmoud, fils de Sebouktegin, la permission de passer l'Amou-Daria avec tout leur clan pour entrer dans le Khoraçan. Le gouverneur de Thous, Abou Djazeb, conseilla à son souverain de la leur refuser; mais Mahmoud, ne croyant pas qu'ils fassent des voisins bien redoutables, la leur donna. Les deux fils de Mikhaiil, Toghrul beg et Djaghri beg, devinrent les chefs de cette colonie qui fut bientôt rejointe par une foule de tribus turques en quête de pâturages, et qui profitèrent de l'occasion qui leur était offerte d'entrer ainsi dans le Khoraçan.

A la mort du sultan Mahmoud, les Seldjoukides s'étaient assez multipliés pour devenir un danger, et son fils Masoud chercha à les éloigner de ses Etats, mais ils n'entendirent pas de cette oreille et battirent ses généraux. Masoud, qui était alors occupé dans l'Inde, revint en toute hâte dans le Khoraçan, mais il fut à son tour battu et contraint à la retraite, pendant que Toghrul beg prenait le titre de sultan à Nichapour (1037). C'était l'époque où commençait la décadence irrémédiable de l'empire des califes et où le vicaire d'Allah sur la terre commençait à sentir son trône menacé par l'insolence de ses vassaux. Quand le calife abbaside et-Kaim bî amr Allah sut que Toghrul s'était emparé de tout le Khoraçan et de Hérat (1037), il crut apercevoir le sauveur qui mettrait à la raison les contempteurs de sa puissance, et il le reconnut comme son lieutenant (1039). Malgré une déplorable administration antérieure, le Turkmène battit les Byzantins et les Bouides, s'empara d'Ispahan (1051) et descendit sur Bagdad qu'il délivra ainsi du joug des ambitieux Déilémites; cette victoire ne changeait pas grand-chose à la situation du Califat, car le calife nomma Toghrul sultan de Bagdad, émir des émirs (Emir el oumera), et lui confia la tutelle de son empire. 

Une révolution, provoquée par les califes hétérodoxes du Caire, faillit compromettre ces brillants débuts des Seldjoukides, et Besassiri, général du calife fatimide, s'empara de Bagdad. Sa défaite et sa mort délivrèrent Toghril beg du plus terrible danger qu'il ait jamais couru (1059), et, pour le récompenser de sa victoire, le calife lui donna sa fille en mariage. Toghrul mourut peu de temps après cet événement, à l'âge de soixante-dix ans, dont il avait passé la plus grande partie à guerroyer (1063). Sous le règne de Toghrul, l'empire des Seldjoukides comprenait la Perse, l'Irak, une partie du Turkestan et Bagdad. Son neveu, Alp-Arslan, qui lui succéda (mort en 1072), soumit la Transoxiane, la Géorgie et l'Arménie et remporta de grandes victoires sur les Grecs d'Asie Mineure. Le sultan Abou'l Fath Mélik chah, son fils, qui lui succéda, étendit l'autorité des Seldjoukides depuis la ville de Kashghar jusqu'aux environs de Nicée; en 1070, son général Atsiz ibn Ibek envahit la Syrie et s'empare de Ramlah et de Jérusalem; cinq ans plus tard, cet officier enlève Damas aux Fatimides, et bientôt les troupes du sultan seldjoukide vont se heurter aux Croisés.

La mort de Mélik chah amena le démembrement de cet immense empire; l'un de ses parents, Kilidj Arslan Daoud, fils de Soleïman, fils de Kotloumich et petit-fils de Seldjouk, se déclara indépendant en Asie Mineure, pendant que les fils de Mélik chah se disputaient le trône de leur père. Le plus jeune, nommé Mahmoud, fut reconnu comme sultan par le calife abbaside, mais sa mort mit aux prises Barkyarouk, fils de Mélik chah, son oncle Tutuch et son frère Mohammed qui voulaient s'emparer de la couronne. Obligé de lutter dans la partie orientale de ses États pour y rétablir son autorité, Barkyarouk fut obligé de laisser presque sans défense ses provinces occidentales, de telle sorte qu'Antioche et Jérusalem tombèrent entre les mains des Croisés. 

Barkyarouk étant mort, son frère Mohammed monta sur le trône (1103), mais il dut faire la guerre à la fois à son fils, Mélik chah et aux Ismaëliens de Perse, de telle sorte qu'il lui fut à peu près impossible de s'occuper de la Syrie. Il mourut en 1118, laissant le trône à son frère Sindjar, qui céda à son neveu Mahmoud, l'Irak, le Fars, le Diar Bekr et l'Azerbaïdjan, gardant pour lui les provinces orientales de l'empire; il fut occupé, durant tout son règne, à les défendre contre les Ghaznévides, les Kara-Khitaï, les Kharezmiens et les Ghozzes. Il ne put s'occuper des affaires de Syrie, et Mahmoud pas plus que ses successeurs, toujours en guerre contre les califes ou leurs officiers, ne purent prêter aux invasions des Francs l'attention qu'elles méritaient. Ce désordre se termina par la chute des Seldjoukides et le triomphe du sultan du Kharezm. Voici la liste de ces princes : 

Rokn ed Dîn Mahmoud Toghrul beg (mort ent 1065); Izz ed Din Alp Arslan, fils de Djaghribeg (1072); Moizz ed Dini Mélik chah Ier, fils du précédent (1092); Mahmoud, fils du précédent (1094); Rokn ed Din Barkyarouk (1105); Mélik chah II, fils de Barkyarouk (1105); Mohammed Ghyas ed Din, fils de Mélik chah Ier, (1118); Sindjar, fils de Mélik chah Il, souverain de l'Orient en 1131, mort en 1157; Moughis ed Din Mahmoud II, fils de Mohammed (1131); Daoud, fils de Mahmoud II, déposé en 1132; Ghyas ed ed Din Masoud, fils de Mohammed, déposé par Sindjar en 1132; Toghril II (mort en 1134); Chyas ed Din Masoud, rétabli (mort en 1152); Mélik chah III, fils de Mahmoud II, déposé en 1153; Soleiman chah, fils de Mohammed, fils de Mélik Shah, sultan de Bagdad, proclamé en 1157; Mohammed II, fils de Mahmoud II (mort en 1159); Soleiman chah, fils de Mohammed, petit-fils de Mélik chah (mort en 1175); Toghril III, fils d'Arslan chah, tué dans une bataille contre les Kharezmiens (1194).
Les Seldjoukides du pays de Roum.
On a vu qu'à la mort du sultan Melik chah, Kilidj Arslan Daoud, fils de Soleiman, fils de Kotloumich, surnommé Païghou, s'était déclaré indépendant dans le pays de Roum dont il était gouverneur au nom de ce souverain. Kotloumich avait été tué en combattant contre Tutuch, frère de Mélik chah (1086), après avoir reçu de Mélik chah la permission de reconquérir et de garder les provinces d'Asie Mineure et de Nicée (1080). Kilidj Arslan opposa la plus vive résistance aux Croisés qui voulaient traverser ses États et se noya dans le Khabour en 1106, au cours d'une campagne qu'il avait entreprise pour aller combattre les Seldjoukides de Perse. A partir de ce moment, les Seljoukides du pays de Roum furent toujours les ennemis acharnés des Croisés, et ils n'eurent d'autre but que de chercher à s'emparer des principautés du Nord de la Syrie, principalement à l'époque des Ayyoubites; mais ces tentatives échouèrent complètement, et ce furent, au contraire, les Syriens et les Egyptiens qui, sous le règne de Mélik Daher Bibars et Bondokdari, mirent fin à la dynastie de Roum sur les débris de laquelle allait bientôt s'élever la puissance osmanlie.

Kilidj Arslan eut pour successeur son fils Chahan chah qui fut détrôné en 1116 par son frère Masoud. Ce prince mourut en 1154  et partagea son empire entre ses fils. Izz ed Din Kilidj Arslan II choisit Konieh (Auj. Konya, anc. Iconium) comme capitale et fut déposé en 1190 par son fils Kotb ed Din Malik chah qui mourut vers 1193, laissant le trône à son frère Ghyas ed Din Kai Khosraw. Ce souverain fut détrôné en 1200 par Rokn ed Din Soleiman II, également fils de Kilidj Arslan II, qui mourut vers 1204. Son fils, Kilidj Arslan III, fut déposé en 1205 après quelques mois de règne, et Ghyas ed Din Kai Khosraw remonta sur le trône; il fut tué en combat singulier par Théodore Lascaris en 1210. Il eut pour successeurs : 

El Mélik et Ghalib Izz ed Din Kaï Kaous, fils de Ghyas ed Din Kai Khosraw (mort en 1219); Ala ed Din Kai Kobad, fils de Kai Khosraw (mort en 1246); Gyas ed Din Kai Khosraw II, fils de Kai Kobad (mort en 1244); Izz ed Din Kai Kaous II, fils de Kai Khosraw II, qui fut obligé par les Mongols de céder une partie de ses états à son frère Kilidj Arslan en 1255; il abdiqua en 1263; Rokn ed Din Kilidj Arslan IV, massacré par les Mongols en 1267; Ghyas ed Din Kai Khosraw III, fils de Kilidj Arslan IV, qui régna sous la tutelle des Mongols qui le tuèrent en 1283; Masoud II, fils d'lzz ed Din Kai Kaous II, qui s'empoisonna en 1308.


Les Seldjoukides du Kirman.
A la mort de Mélik chah, son Cousin Sultan chah, fils de Kaverd, gouvernait le Kirman; il se déclara indépendant comme l'avait fait Kilidj Arslan dans le pays de Roum; les historiens orientaux font généralement de Kaverd le premier prince de cette dynastie qui compta onze souverains qui régnèrent environ durant 150 ans. Voici leur liste, d'après le Tarikh-i Mounedjim Bashi : 

Kaverd, fils de Djaghribeg, frère cadet de Toghril (morte en 1072); Sultan chah, son fils (mort en 1084); Touranchah, frère de Sultan chah (mort en 1095); Iranchah, fils de Touran chah (mort en 1100); Arslan chah Ier, fils de Kermanshah, fils de Kaverd (mort en 1136); Moughis ed Din Mohammed, fils d'Arslan chah Il, également nommé Touranchah (mort en 1156); Mohyi ed Din Toghril chah, fils d'Arslan Shah II (mort en 1160); Arslan chah, fils du précédent (mort en 1168); Behram chah, fils de Mohyi ed Din Toghril Shah (mort en 1169); Touranchah, fils de Mohyi ed Din, Mohammed chah, fils de Behram chah, qui se disputent la couronne; Mélik Dinar, de la lignée d'Ali, qui s'empare du Kirman en l'an 583 de l'hégire.
Les Seldjoukides de Syrie.
Cette branche se détacha également de la dynastie des Seldjoukides de l'Iran à l'époque de la mort du sultan Mélik chah. Voici la liste des souverains qui la composèrent : 
Ak-Sonkor Kasim ed Danlèh (mort en 1094); Tutuch, frère de Mélik chah assassine Al-Sonkor Kasim ed Daulah et est assassiné a son tour par le sultan Barkaryok en 1095; Ridvan, fils de Tutuch (mort en 1114); Alp Arslan et Akhras (mort en 1115); Sultan chah, frère et successeur d'Alp Arslan, se laisse enlever Alep par le prince de Mardin, Ilghazi en 1118. (E. Blochet).
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