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| La
forme et les dimensions de la Terre
La géodésie pendant l'Antiquité |
Aperçu |
Dès
les premières civilisations sédentaires, les sociétés
humaines éprouvent la nécessité de mesurer les terres, de délimiter
les propriétés et d'organiser l'espace. Bien avant l'apparition de la
géodésie comme science autonome, les peuples de l'Antiquité
développent des techniques de mesure qui constituent les fondements de
cette discipline. Les besoins agricoles, fiscaux, religieux et administratifs
jouent un rôle essentiel dans cette évolution. Les inondations, les travaux
hydrauliques et les échanges commerciaux imposent progressivement une
meilleure connaissance des distances et des surfaces.
En Égypte ancienne, la vallée du Nil fournit un contexte particulièrement favorable au développement des pratiques géométriques. Les crues annuelles du fleuve effacent régulièrement les limites des champs, obligeant les autorités à procéder à de nouvelles délimitations afin d'assurer la perception des impôts. Des spécialistes, appelés "tendeurs de corde", utilisent des cordes graduées et des méthodes géométriques simples pour mesurer les terrains. Les Égyptiens acquièrent ainsi une remarquable expérience pratique de l'arpentage. Les dimensions monumentales des pyramides, des temples et des canaux témoignent de leur maîtrise des techniques de mesure et d'orientation. En Mésopotamie, les Sumériens puis les Babyloniens développent également des méthodes de mesure des terres. Les tablettes cunéiformes révèlent l'existence de systèmes d'unités normalisés et de connaissances géométriques avancées. Les administrateurs et les scribes enregistrent les superficies agricoles, les distances entre les villes et les limites des domaines. Les Babyloniens excellent dans l'observation astronomique et établissent des catalogues d'étoiles qui contribuent indirectement aux progrès de la détermination des positions terrestres. Les civilisations de la vallée de l'Indus et la Chine ancienne mettent elles aussi au point des techniques d'arpentage destinées à l'administration des territoires et à la réalisation de grands travaux. En Chine, les ingénieurs chargés de la construction des routes, des systèmes d'irrigation et des fortifications utilisent des instruments de visée et des méthodes géométriques qui annoncent certains principes de la topographie. Les textes anciens témoignent d'une préoccupation constante pour la mesure des distances et l'orientation dans l'espace. Dans le monde grec, on s'intéresse déjÃ
à la forme de la Terre A l'époque classique, c'est-à -dire au temps de Platon, d'Aristote, d'Eudoxe, etc, tous ces éléments, ajoutés à des conceptions métaphysiques allant dans le même sens, ont fini par convaincre la plupart des penseurs de la rotondité de la Terre. Celle-ci devait être un globe sensiblement sphérique, libre de toutes parts dans l'espace. Pour Aristote, le plus "raisonneur" de tous, cette conclusion s'ancre dans une conception générale de la nature, autrement dit dans sa physique. Sa conception du mouvement, en particulier, participe en effet de sa théorie des lieux naturels : chaque corps concourt vers le lieu qui lui est propre; Terre, immobile, doit donc se trouver naturellement au centre du cosmos, et ses parties, également concernées par cette logique, s'organiser de sorte qu'elle lui donnent la forme d'un globe parfait. Si l'on excepte les Atomistes
et les Epicuriens, dont la physique
se veut le contre-pied de celle d'Aristote, tous les courants de pensée
de l'Antiquité vont à partir de ce moment admettre l'idée
de la Terre sphérique. Un pas reste encore à faire : en donner les dimensions,
et ce sont les Alexandrins qui l'accompliront.
A commencer par Ératosthène. Celui-ci compare
la direction verticale |
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Jalons |
La sphéricité
de la Terre« Ceux d'entre les mathématiciens qui essayent d'apprécier ou de calculer la grandeur de la circonférence terrestre, disent qu'elle peut aller à 40 myriades de stades; d'où l'on peut conclure non seulement que la masse de la Terre est de forme sphérique, mais qu'elle n'est pas grande, si l'on compare cette grandeur à celle des autres astres. »Il ne faut retenir que la déduction; telle est l'opinion de Simplicius, commentateur d'Aristote, qui écrivait à Alexandrie au VIe siècle de l'ère chrétienne. Après avoir rapporté le passage ci-dessus, il ajoute un peu plus loin : « Peut-être aussi Aristote n'admettait-il pas cette mesure comme exacte; mais il n'en prenait que ce qu'il lui fallait, pour montrer que la Terre n'est pas très grande, puisqu'elle n'avait que cette dimension. »Lucrèce, dans son célèbre poème De Natura rerum, a adopté l'opinion d'Anaximène, faisant ainsi rétrograder de plus de trois siècles la science qu'il entendait régénérer! D'ailleurs, la preuve expérimentale de la sphéricité de la Terre devait encore se faire attendre longtemps, puisqu'elle ne fut réalisée qu'en 1519, lorsque Magellan eut accompli son voyage de circumnavigation. La mesure de la Terre par Ératosthène La première tentative des humains pour
connaître les dimensions de notre globe, ou du moins la plus ancienne
dont nous ayons conservé la trace, est due à Ératosthène,
philosophe grec, qui vivait vers l'an 250 av.
J.-C. Ptolémée Evergète l'avait
appelé à Alexandrie et lui avait confié la direction de sa bibliothèque.
Les routes d'Égypte avaient été mesurées par des arpenteurs ou bématistes
qui exprimaient les distances en pas (bêma). Ils avaient trouvé
que la distance entre Syène (aujourd'hui Assouan Ératosthène supposa 252 000 stades, sans
doute pour obtenir un nombre rond de 700 stades au degré (soit 110,25
km) et, chose singulière, cette correction améliorait le résultat considérablement,
en compensant une grande partie de l'erreur qui
avait été commise dans l'appréciation de la différence de latitude A ces causes d'erreurs
qu'il connaissait, il faut en ajouter d'autres : à Syène, l'espace où
l'ombre d'un style vertical est nulle s'étend circulairement sur une calotte
de 300 m de diamètre Posidonius s'y colle aussi Deux siècles s'écouleront avant que l'on
retrouve un nouvel essai, soit en vue de vérifier le nombre d'Ératosthène,
soit en vue d'en obtenir un plus exact. C'est à Posidonius,
philosophe stoïcien contemporain de Pompée,
que revient cette initiative. Il avait remarqué que l'étoile Cette détermination est inférieure Ã
celle d'Eratosthène, car la distance maritime de Rhodes à Alexandrie
ne pouvait être qu'une approximation fort douteuse, bien moins certaine
que la distance de Syène à Alexandrie. Ensuite, la réfraction Il est donc encore plus impossible d'apprécier
leur exactitude absolue, au moyen des données
de la science moderne. Vers la fin du XVIIIe
siècle, quelques auteurs se sont épuisés à cette tache ingrate,
pour satisfaire à cette étrange conception
d'un peuple ancien (par exemple, comme le croyait Bailly,
les habitants de l'Atlantide « Le rêve de Bailly d'un peuple ancien qui nous a tout appris, excepté son nom et son existence, me paraît un des plus creux qu'on ait jamais eus. »Strabon, le célèbre géographe, qui semble avoir été fort peu versé dans la science astronomique, corrigea néanmoins la mesure de Posidonius. Il dit expressément que la distance de Rhodes à Alexandrie est de 4 000 stades, puis, un peu plus loin, il ajoute que de toutes les mesures, celle qui fait la terre la plus petite est celle de Posidonius qui lui donne 480 000 stades. Cette conclusion est inexplicable, car il aurait dû trouver 200 000. Ptolémée,
« le prince des astronomes », passe également à tort pour avoir donné
les dimensions de la Terre « Nos prédécesseurs, pour déterminer le rapport des distances à la circonférence entière d'un grand cercle, ont exigé que l'arc mesuré dans une direction constante fût tout entier dans un méridien. Observant aux sciothères la position des zéniths de deux lieux [Delambre remarque judicieusement que « tout ceci est géométriquement vrai, mais, que dans la pratique, le moyen serait à la fois long et incertain. Les deux extrémités de l'arc seraient en effet invisibles l'une pour l'autre, à moins que cet arc ne fût d'une petitesse extrême; par suite, on ne pourrait orienter la direction de la ligne à mesurer, c.-à -d. l'azimut de cette ligne, que pour l'une des deux stations. Il faudrait calculer l'angle avec la plus grande exactitude, ce qui est peu aisé et devait l'être bien moins enfin, il faudrait être sûr que l'on ne s'est point écarté de la ligne à parcourir. Il garde le silence sur la manière dont il s'y est pris pour mesurer cet azimutIl n'y a rien à ajouter à ces réflexions sages et éclairées qui semblent bien prouver qu'on ne saurait attribuer à Ptolémée, sur ce point, d'autre mérite que celui de l'invention d'une méthode d'ailleurs médiocre. S'il eût appliqué son procédé, il n'eût point manqué de nous dire en quels lieux et de nous fournir les éléments de son calcul. Le silence de Théon, son commentateur, sur ce point si intéressant, ne fait que corroborer cette opinion. |
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