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Chypre

35 00 N, 33 00 E
Chypre, Cypris des Anciens, est une grande Ă®le de la MĂ©diterranĂ©e orientale, la troisième de la MĂ©diterranĂ©e pour la grandeur, la seconde pour l'importance historique et Ă©conomique. InfĂ©rieure pour la superficie Ă  la Sicile et Ă  la Sardaigne, Ă  peine plus vaste que la Corse, elle a jouĂ© un rĂ´le comparable Ă  celui de la Sicile. Elle est situĂ©e dans l'angle septentrional de la MĂ©diterranĂ©e orientale formĂ© par les cĂ´tes de l'Asie Mineure (Turquie)  et de la Syrie. L'Ă®le est divisĂ©e politiquement en deux, la partie Sud-Ouest (RĂ©publique de Chypre) est sous le contrĂ´le du gouvernement Chypriote (Chypriote-Grec), le seul reconnu internationalement; la partie Nord (RĂ©publique turque de Chypre) est sous administration Chypriote-Turque; entre les deux existe une zone-tampon (casques bleus), et Ă  cela s'ajoutent deux enclaves sous souverainetĂ© britannique : Akrotiri et Dhekelia

La forme de Chypre serait presque rectangulaire sans la longue presqu'Ă®le qu'elle possède au Nord-Est La plus grande longueur de l'Ă®le de Chypre est de 230 kilomètres entre le cap Saint-AndrĂ© Ă  l'Est et le cap Drepani Ă  l'Ouest; sa plus grande largeur de 96 kilomètres entre le cap Kormachiti au Nord et le cap Gatti au Sud; sa largeur moyenne est de 60 Ă  80 kilomètres. Sa surface totale est de 9350 km² (3355, pour Chypre du Nord) avec une population de 784 300 habitants (2006).  L'Ă®le de Chypre, Ă©galement distante des cĂ´tes de la Turquie (Asie Mineure) et de celles de la Syrie et du Liban, dont la sĂ©parent de part et d'autre environ 75 kilomètres, se rattache beaucoup plus Ă  l'Asie Mineure qu'Ă  la Syrie, Ă©tant sĂ©parĂ©e de celle-ci par des bassins maritimes bien plus profondĂ©ment creusĂ©s. Ses montagnes et ses cĂ´tes s'allongent parallèlement Ă  celles de la Cilicie. Cependant, la flore et la faune sont celles de la Syrie septentrionale, de la rĂ©gion de l'Amanus. 
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Carte de Chypre.
Carte de Chypre. Source : The World Factbook.
(Cliquer sur l'image pour afficher une carte plus détaillée, sans la ligne de démarcation).

Géographie physique de Chypre

L'Ă®le, nĂ©e de la collision entre les plaques africaine et eurasienne, notamment marquĂ©e par l'Ă©mersion de l'ophiolite du Troodos, offre une topographie variĂ©e avec deux chaĂ®nes montagneuses distinctes (Troodos au sud-ouest, Kyrenia/Pentadaktylos au nord), qui encadrent une vaste plaine centrale (la Mesaoria), le tout bordĂ© de plaines cĂ´tières. 

Les cĂ´tes.
Si nous longeons la côte de Chypre en partant de l'Ouest et en nous dirigeant vers le Sud, puis l'Est, nous rencontrons successivement le cap Epiphanios (l'ancien cap Akamas), le cap Drepani, la baie de Bafo ou Paphos, le cap Aspro (anc. Boosura), la baie d'Episkopi, la presqu'île d'Akrotiri, rattachée à l'île par des plages basses et les salines de Limassol et terminée au Sud-Est par le cap Gatti (anc. Kourias); à l'Est, s'ouvre la baie d'Akrotiri, puis la côte s'infléchit vers le Nord-Est jusqu'au cap Chitin (anc. Dades); viennent ensuite le cap Pila (anc. Throni) et le cap Greco (anc. Pedalion), la large baie de Famagouste tournée vers la Syrie, abritée au Nord par la longue presqu'île de Karpasos, qui forme le Nord-Est de l'île de Chypre; citons encore les caps Pigavlia, Galouni, puis le cap Saint-André (anc. Dinareton), après lequel nous atteignons le rivage septentrional peu accidenté jusqu'au cap Kormachiti (anc. Crommyon), échancré ensuite par les baies de Morphou et de Khrysokhous. D'une manière générale, la côte septentrionale, qui regarde l'Asie Mineure, est peu accessible; au contraire, la côte orientale, qui regarde la Syrie, est facilement accessible; ceci est important à noter pour l'histoire de l'île.

Les régions.
A l'intĂ©rieur, Chypre se subdivise en trois rĂ©gions bien distinctes; au centre est une grande plaine, la Makaria ou Messaria (anc. Mosorea), dont les eaux vont par le Pedias (100 km de long) Ă  l'Est dans la baie de Famagouste, par un autre torrent moindre, Ă  l'Ouest vers la baie de Morphou. Cette plaine centrale, longue de 100 kilomètres, large de 20 Ă  25, fertilisĂ©e par le limon du Pedias qui y a dĂ©posĂ© des couches d'humus de 7 m de profondeur, est extrĂŞmement fertile et a Ă©tĂ© autrefois très riche. Elle comprend, avec les vallĂ©es latĂ©rales, près de la moitiĂ© de la surface de l'Ă®le. LĂ  furent Salamine sur la cĂ´te orientale, ArsinoĂ© qui est devenu Famagouste (en turc, Gazimaguza), Soli (Soles) sur la cĂ´te occidentale; Ă  l'intĂ©rieur, Golgos, Idali (auj. Dali), Chytri, Tamassus, Larnaca, enfin la capitale actuelle Nicosie (Levkosia). 
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Les fleuves et les montagnes.
Les cours d'eau, mĂŞme le Pedias, restent Ă  sec en Ă©tĂ©; leur rĂ©gime est très irrĂ©gulier; l'hiver, ils dĂ©bordent, ravagent les rives et s'Ă©panchent en des marĂ©cages. En revanche, il y a au voisinage des montagnes, de très belles sources, particulièrement au Nord, dans la chaĂ®ne des CĂ©rines; la plus cĂ©lèbre de ces sources est celle des Cinq-Yeux. La plaine centrale de Chypre est encadrĂ©e entre deux massifs montagneux d'inĂ©gale importance, qui forment les deux autres rĂ©gions de l'Ă®le; le principal, compact, est au Sud-Ouest; l'autre, plus mince, s'allonge le long de la cĂ´te Nord-Est. 

Le massif mĂ©ridional, auquel on conserve le nom d'Olympe (Olimbos), que portait dans l'AntiquitĂ© son sommet le plus cĂ©lèbre, est formĂ© de roches Ă©ruptives encadrĂ©es de terrains tertiaires, calcaires et marnes; le massif septentrional, auquel on donne le nom de chaĂ®ne des CĂ©rines, est calcaire. Dans le massif de l'Olympe, le point culminant est le Troödos (anc. Chionades), qui atteint 1951 m; on y remarque encore les Deux Frères (1640 m.); on y rattache Ă  l'Ouest le Makharas ou l'Aoos, qui s'Ă©lève Ă  1442 m et plus Ă  l'Est le Stavro Vouni, l'ancien Olympe, qui n'a que 700 m, mais domine la plaine et paraĂ®t la montagne principale; un couvent de BĂ©nĂ©dictins y a remplacĂ© le temple d'Aphrodite; Ă  l'Ouest, nous citerons le Kikho (1100 m). Ces monts s'abaissent en pente douce vers le Sud; dans cette rĂ©gion, qu'enrichissent encore des vignobles renommĂ©s, furent Kition (Citium), Amathonte, Curion, Paphos; les centres commerçants de l'Ă®le s'y retrouvent, Larnaka et Limassol ou Limisso, ses deux ports les plus frĂ©quentĂ©s. 

Le massif septentrional, la chaĂ®ne des CĂ©rines terminĂ©e par la presqu'Ă®le de Karposos, forment une vĂ©ritable muraille de 460 kilomètres; les principaux points sont, en partant de l'Ouest, le Saint-Elie, le Pentedaktylon (756 m), la Cime et le château de Buffevent, le Kantara (634 m), un autre mont Olympe. Ces monts tombent presque Ă  pic sur la mer, dont les sĂ©pare Ă  peine un mince cordon littoral calcaire ou sablonneux d'un kilomètre de large; entre leurs falaises rocheuses s'ouvrent quelques petites anses, dont celle de CĂ©rines ou Kerynia; de profondes gorges très fraĂ®ches en font un sĂ©jour agrĂ©able en Ă©tĂ©. Les petites villes de la cĂ´te ne se sont guère dĂ©veloppĂ©es; habitĂ©es par des pĂŞcheurs, elles ont entretenu et entretiennent encore quelques relations avec la Cilicie; telles furent jadis Lapethos, Kerynia, Aphrodision, Karpasia. 
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Chypre depuis l'espace.
Chypre vue de l'espace, au large des cĂ´tes de la Syrie et de la Turquie. Image : Nasa.

Le climat.
Le climat de Chypre est celui de l'Asie Mineure : un hiver froid avec le vent du Nord; un printemps très court, du 15 février au 15 avril; un été très chaud, plus que celui d'Égypte; il pleut du 15 octobre au 15 février; en été, il ne tombe pas une goutte d'eau; en hiver, au contraire, la pluie dure souvent trente et quarante jours de suite; ces alternatives de sécheresse et d'inondations sont le grand malheur de l'île. Au temps de Constantin, une sécheresse prolongée pendant trente-six ans fit émigrer une grande partie de ses habitants. Les marécages temporaires de l'intérieur, surtout les lagunes de la côte, ont longtemps été de redoutables foyers de paludisme.

Biogéographie de Chypre

La flore chypriote, bien qu'influencée par les régions continentales voisines (Méditerranée, Saharo-Arabique, Irano-Touranienne), se distingue par sa richesse et son endémisme. On y dénombre environ 1950 espèces de plantes vasculaires indigènes, dont près de 140 à 150 sont strictement endémiques, soit un taux d'endémisme élevé pour une île de cette taille. Parmi les espèces emblématiques figurent le Cèdre de Chypre (Cedrus brevifolia), confiné aux altitudes élevées du Troodos, et le Chêne doré (Quercus alnifolia), un chêne sempervirent endémique. Les paysages végétaux dominants sont les forêts de pins, principalement le Pin de Calabre (Pinus brutia) à basse et moyenne altitude, remplacé par le Pin noir (Pinus nigra) dans les parties les plus hautes du Troodos. Les formations végétales sclérophylles, comme le maquis et la garrigue, sont très répandues, caractérisées par des arbustes adaptés à la sécheresse estivale tels que les genévriers, les lentisques, le caroubier, l'olivier sauvage et les cistes. Les zones côtières abritent des végétations spécialisées des dunes et des falaises, tandis que les zones humides, comme les lacs salés de Larnaca et d'Akrotiri (souvent saisonniers), sont essentielles pour les oiseaux migrateurs et supportent une flore halophile spécifique.

La faune présente également des caractéristiques insulaires typiques. La diversité des mammifères natifs est relativement limitée par rapport au continent. Ccnsidéré comme une sous-espèce ou espèce endémique, le Mouflon de Chypre (Ovis aries orientalis) est l'unique grand mammifère terrestre indigène de l'île. Il est un symbole national important. L'avifaune est particulièrement riche, car Chypre est un point de passage vital pour des millions d'oiseaux migrateurs entre l'Europe, l'Asie et l'Afrique. L'île abrite également plusieurs espèces et sous-espèces d'oiseaux endémiques ou quasi-endémiques, notamment la Fauvette de Chypre (Sylvia melanothorax) et le Traquet de Chypre (Oenanthe cypriaca). Les reptiles et amphibiens sont bien représentés, avec plusieurs espèces endémiques comme le Lézard de Chypre (Lacerta troodica) et certaines espèces de serpents. La diversité des invertébrés est très élevée, avec un taux d'endémisme important, en particulier parmi les insectes (papillons, coléoptères) et les mollusques terrestres. La faune piscicole d'eau douce native est limitée.

L'histoire de l'occupation humaine à Chypre, qui remonte au Néolithique, a profondément modifié les paysages et la biodiversité. La déforestation historique, l'agriculture extensive, l'urbanisation, le développement du tourisme, la gestion de l'eau (barrages) et la chasse ont entraîné la perte et la fragmentation d'habitats, l'altération des écosystèmes naturels et la pression sur de nombreuses espèces. Des espèces introduites, volontairement ou involontairement, constituent également une menace pour les écosystèmes indigènes. Des efforts de conservation sont en cours. Ils conecrenent notamment la mise en place d'un réseau de zones protégées (parcs nationaux, sites Natura 2000) et des programmes de protection d'espèces spécifiques. Cependant, les défis persistent face aux pressions du développement, au changement climatique et à la gestion des ressources naturelles dans un environnement insulaire contraint.

Géographie humaine de Chypre

Population.
La division de fait de l'île qui existe depuis 1974 a créé deux entités politiques principales séparées par une zone tampon contrôlée par l'ONU, la République de Chypre au sud (membre de l'Union Européenne) et la République Turque de Chypre du Nord (reconnue uniquement par la Turquie) au nord. Elle structure l'ensemble des dynamiques démographiques et sociales de l'île

La population totale de l'île est estimée à environ 1,2 à 1,3 million d'habitants, bien que les chiffres précis soient difficiles à établir en raison de la division et des différentes méthodes de recensement utilisées dans les deux parties. La République de Chypre, au sud, abrite la majorité de cette population, avec environ 900 000 à 950 000 habitants. La population du nord est estimée entre 300 000 et 400 000 personnes, un chiffre sujet à débat notamment en raison de la présence de colons venus de Turquie. La composition ethnique historique de l'île était majoritairement grecque chypriote (environ 80%) et turque chypriote (environ 18%), avec des minorités de Maronites, Arméniens, Latins et autres. Cependant, les événements de 1974 ont entraîné des déplacements massifs de population et une ségrégation géographique quasi totale : les Chypriotes grecs résident majoritairement au sud, et les Chypriotes turcs au nord.

Le paysage démographique s'est complexifié au fil des décennies. Dans la République de Chypre, l'immigration a joué un rôle majeur dans la croissance et la diversification de la population, en particulier depuis les années 2000. L'île est devenue une destination pour de nombreux ressortissants étrangers, qu'il s'agisse de travailleurs, de retraités ou de familles. On y trouve d'importantes communautés grecques, britanniques, russes, est-européennes, asiatiques (notamment du sous-continent indien et des Philippines) et moyen-orientales. Ces populations étrangères représentent désormais une part significative de la population résidente, et modifient notablement la composition sociale et culturelle, surtout dans les zones urbaines et touristiques. Dans le nord, la démographie a été profondément modifiée par l'afflux de colons venus de Turquie, dont le nombre dépasse désormais celui des Chypriotes turcs natifs selon certaines estimations, un fait qui constitue un point de tension majeur dans les perspectives de réunification.

La population est fortement concentrée dans les zones urbaines : Nicosie (la capitale divisée), Limassol, Larnaca, Paphos au sud, et le nord de Nicosie, Famagouste et Kyrenia au nord. Cette urbanisation est corrélative d'une densité de population plus faible dans les zones rurales, bien que certaines régions côtières et de l'intérieur conservent une activité agricole et touristique importante. La structure par âge de la population tend vers un vieillissement. Elle est en cela similaire à ce que l'on observe dans d'autres pays européens, bien que l'immigration de populations plus jeunes atténue cet effet.

La division de l'île a créé deux sociétés parallèles avec des institutions, des systèmes éducatifs, des médias et des récits historiques distincts. Pendant des décennies, les interactions sociales entre les deux communautés principales ont été minimales, bien que l'ouverture de points de passage depuis 2003 ait permis un certain contact, principalement lié au commerce et aux visites familiales. La sociologie de Chypre doit donc être analysée en tenant compte de ces deux réalités distinctes mais aussi des points de contact et des influences mutuelles qui subsistent ou réapparaissent.

Le système éducatif est très valorisé dans les deux parties de l'île et joue un rôle important dans la transmission des valeurs culturelles et nationales (grecques au sud, turques au nord). Les systèmes éducatifs séparés ont contribué à renforcer les identités distinctes.

Les dĂ©bats sur l'identitĂ© nationale (chypriote par rapport Ă  l'identitĂ© grecque ou turque) sont vifs. Les questions de l'intĂ©gration des populations immigrĂ©es, du chĂ´mage (en particulier chez les jeunes) et des inĂ©galitĂ©s sociales sont des dĂ©fis importants dans les deux parties de l'Ă®le. La situation politique non rĂ©solue continue de peser lourdement sur le dĂ©veloppement social et les perspectives d'interaction et de rĂ©conciliation entre les communautĂ©s. 

Quelques-unes des principales villes de Chypre

• Nicosie est la capitale de Chypre, située au centre de l'île. Elle est la dernière capitale divisée en Europe, partagée entre la République de Chypre au sud et la République turque de Chypre du Nord au nord, séparées par la ligne verte contrôlée par l'ONU. Nicosie combine une vieille ville ceinte de remparts vénitiens et des quartiers modernes dynamiques. Elle abrite les institutions politiques, économiques et culturelles du pays. Le musée de Chypre, les édifices ottomans restaurés et les rues commerçantes comme Ledra Street en font une ville où l'histoire et la modernité cohabitent intensément.

• Limassol, sur la côte sud, est le principal port commercial du pays et un centre d'affaires important. Réputée pour son front de mer animé, ses plages et sa promenade bordée de palmiers, Limassol attire de nombreux touristes et investisseurs. Elle abrite également un vieux port rénové, un château médiéval et le parc archéologique de Kourion situé à proximité. Le développement rapide de la ville se manifeste par des gratte-ciels, des hôtels de luxe et une scène culturelle en plein essor, notamment grâce à des festivals comme le carnaval de Limassol.

• Larnaca, sur la côte sud-est, est connue pour son aéroport international, principale porte d'entrée du pays. Ville plus calme que Limassol, elle offre une ambiance balnéaire agréable, avec sa célèbre plage de Finikoudes bordée de cafés et de palmiers. Elle possède également une forte dimension religieuse avec l'église Saint-Lazare et la mosquée Hala Sultan Tekke, près du lac salé qui accueille des flamants roses en hiver. Larnaca est aussi un centre de plongée prisé, notamment grâce à l'épave du Zenobia, considérée comme l'une des meilleures du monde.

• Paphos, située à l'ouest de l'île, est une ville classée au patrimoine mondial de l'UNESCO pour ses vestiges antiques exceptionnels. Elle est associée à la légende de la naissance d'Aphrodite, déesse de l'amour. Le parc archéologique de Kato Paphos présente des mosaïques romaines remarquables, des tombeaux royaux et un amphithéâtre antique. Outre son riche patrimoine, Paphos attire de nombreux touristes grâce à son climat doux, ses hôtels en bord de mer et sa vieille ville restaurée avec des musées et des marchés artisanaux.

• Famagouste, dans la partie nord-est, est aujourd'hui partiellement sous le contrôle de la République turque de Chypre du Nord. Elle était autrefois une station balnéaire florissante, mais son quartier de Varosha est devenu une ville fantôme depuis l'invasion turque de 1974. La vieille ville de Famagouste conserve un impressionnant patrimoine gothique, notamment la cathédrale Saint-Nicolas (convertie en mosquée Lala Mustafa Pasha), et des remparts vénitiens bien conservés. Malgré les divisions, elle demeure un lieu fascinant pour les passionnés d'histoire.

• Kyrenia (Girne), sur la côte nord, est célèbre pour son port pittoresque et son château médiéval surplombant la mer. Elle est l'une des principales villes de la République turque de Chypre du Nord et attire de nombreux visiteurs pour son charme et ses paysages côtiers. Kyrenia allie ruelles étroites, marchés traditionnels et infrastructures touristiques modernes. À proximité se trouvent les monastères et châteaux des montagnes Pentadactylos, tels que Bellapais et Saint-Hilarion.

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Culture.
L'histoire ancienne et mĂ©diĂ©vale a profondĂ©ment ancrĂ© Chypre dans l'aire culturelle grecque. La langue grecque, sous sa forme dialectale chypriote, est parlĂ©e au sud et constitue un Ă©lĂ©ment central de l'identitĂ© grecque-chypriote, tout comme la religion chrĂ©tienne orthodoxe, dont l'Église de Chypre joue un rĂ´le historique et social majeur. Au nord, la culture est majoritairement influencĂ©e par l'Anatolie et la Turquie, avec le turc comme langue principale et l'islam sunnite comme religion prĂ©dominante. Cependant,  l'identitĂ© chypriote, qu'elle soit grecque ou turque, possède ses propres nuances et ne se rĂ©duit pas simplement Ă  ĂŞtre une extension de la Grèce ou de la Turquie continentale; il existe un sentiment d'appartenance Ă  l'Ă®le elle-mĂŞme, façonnĂ© par l'expĂ©rience partagĂ©e sur cette terre unique.

La structure sociale à Chypre est traditionnellement centrée sur la famille élargie. Les liens familiaux sont extrêmement forts et constituent un pilier de la vie quotidienne et des interactions sociales, tant pour les Grecs-Chypriotes que pour les Turcs-Chypriotes. Le respect des aînés et le soutien mutuel entre les membres de la famille sont des valeurs profondément enracinées. La communauté joue également un rôle important, en particulier dans les villages ou les quartiers.

L'hospitalité est une caractéristique culturelle majeure et largement partagée. Connue sous le terme de philotimo (littéralement "amour de l'honneur", impliquant générosité, devoir moral et sens de l'honneur) chez les Grecs-Chypriotes et misafirperverlik chez les Turcs-Chypriotes, elle se manifeste par un accueil chaleureux des invités, l'offre de nourriture et de boissons en abondance, et un désir sincère de mettre l'autre à l'aise. Les invitations à prendre un café, souvent accompagnées de sucreries, sont fréquentes et constituent une forme essentielle d'interaction sociale et de maintien des liens. Le rythme de vie, en particulier en dehors des grandes villes, tend à être plus détendu, avec une valorisation du temps passé à socialiser, souvent autour d'une tasse de café ou d'un repas prolongé.

La cuisine chypriote est un reflet parfait de ce carrefour d'influences, mêlant saveurs méditerranéennes, moyen-orientales et anatoliennes. Elle se caractérise par l'utilisation de produits frais et locaux. Le concept de meze est central : une sélection de petites portions de divers plats chauds et froids servis en entrée, permettant de goûter à une multitude de saveurs. Parmi les incontournables, on trouve le halloumi, ce fromage de chèvre et de brebis mi-dur souvent grillé, qui est devenu un symbole culinaire de l'île. Les grillades (souvla, souvlaki, shish kebab), les ragoûts mijotés comme le stifado, les plats à base de légumes, les olives, l'huile d'olive et les herbes aromatiques sont omniprésents. Les pâtisseries sont généralement douces et parfumées, et utilisent le miel, les noix et les épices. Chypre a également une longue histoire de production de vin, dont le Commandaria, un vin doux liquoreux, est l'un des plus anciens vins portant toujours le même nom.

La musique et la danse tiennent une place importante dans les célébrations. Chez les Grecs-Chypriotes, le bouzouki est un instrument emblématique qui accompagne des danses comme le sirtaki ou le zeibekiko, tandis que chez les Turcs-Chypriotes, l'oud et les rythmes anatoliens sont prévalents, avec des danses comme le zeybek. L'artisanat traditionnel, bien que moins pratiqué quotidiennement, est toujours valorisé, notamment la dentelle de Lefkara, réputée internationalement, la poterie, la vannerie et le travail du métal.

Les fêtes et célébrations sont étroitement liées aux croyances religieuses. La Pâques orthodoxe est la fête la plus importante pour les Grecs-Chypriotes. Elle est marquée par des services religieux, des repas en famille et des jeux traditionnels. Pour les Turcs-Chypriotes, les fêtes du Ramadan (Şeker Bayramı) et du Sacrifice (Kurban Bayramı) sont des moments clés de rassemblement familial et communautaire. Au-delà des fêtes religieuses, de nombreux villages organisent des festivals locaux pour célébrer les récoltes (vin, olives, cerises, etc.) ou les saints patrons.

Economie.
Chypre est une petite économie insulaire, membre de l'Union européenne et de la zone euro. Son modèle économique a connu une transformation significative au cours des dernières décennies, et est passé d'une base principalement agricole à une économie dominée par le secteur des services. Cette évolution a été marquée par des défis, notamment les conséquences de l'invasion turque de 1974 qui a entraîné une division de l'île et une perte importante de terres agricoles et d'infrastructures touristiques dans le nord. Malgré cela, la République de Chypre a reconstruit rapidement son économie dans le sud. Aujourd'hui, l'économie chypriote est largement ouverte et très dépendante du commerce international et des investissements étrangers.

Le secteur tertiaire représente l'écrasante majorité du PIB (76%) et de l'emploi. Le tourisme est traditionnellement un pilier majeur. Il attire des millions de visiteurs chaque année et génère des revenus considérables, bien qu'il soit fortement sensible aux fluctuations géopolitiques et aux crises mondiales, comme l'a démontré la pandémie de covid-19. Les services financiers ont également joué un rôle central, positionnant Chypre comme un centre d'affaires régional, qui a bénéficé historiquement d'un régime fiscal avantageux et d'un cadre juridique solide. Cependant, ce secteur a été profondément affecté par la crise bancaire de 2013, qui a nécessité un plan de sauvetage international et des réformes structurelles importantes pour renforcer la supervision et la réglementation et traiter la question des prêts non performants. Le secteur immobilier est un autre moteur important, étroitement lié au tourisme et aux investissements étrangers, bien qu'il ait également connu des cycles de boom et de crise. Les services aux entreprises, notamment les services juridiques, comptables et de conseil, constituent également un segment dynamique.

Le secteur maritime, bien que ne représentant qu'une petite part directe du PIB, est stratégique; Chypre possède l'une des plus grandes flottes marchandes du monde en termes de pavillon et est un centre important pour la gestion de navires. Plus récemment, l'exploration de gisements de gaz naturel au large des côtes chypriotes a ouvert des perspectives potentiellement transformatrices pour l'économie. D'autres secteurs comme l'éducation (universités internationales), la santé (tourisme médical) et les technologies de l'information tentent de gagner en importance dans le cadre des efforts de diversification.

Parmi les forces de l'économie chypriote figurent sa position géographique stratégique, une main-d'oeuvre bien éduquée et souvent multilingue, un environnement des affaires relativement simple (bien que des améliorations soient nécessaires) et l'appartenance à l'UE/zone euro qui assure un cadre de stabilité et d'accès au marché unique. Les faiblesses comprennent la forte dépendance aux chocs externes (particulièrement pour le tourisme et les services financiers), la taille limitée du marché intérieur, les problèmes persistants de prêts non performants dans le secteur bancaire, la nécessité d'améliorer la productivité et la compétitivité, et bien sûr, l'incertitude politique liée à la division de l'île.

Le gouvernement chypriote s'efforce de diversifier l'économie pour réduire sa dépendance au tourisme et aux services traditionnels, en promouvant les investissements dans les secteurs de la technologie, de l'innovation, de l'énergie verte, de la recherche et du développement. L'attraction des entreprises internationales, y compris via des programmes d'incitation, fait partie de cette stratégie. Des efforts sont également faits pour améliorer la gouvernance et la transparence.

L'Ă©conomie RĂ©publique turque de Chypre est moins dĂ©veloppĂ©e que celle de la partie Sud. Le PIB par habitant y est trois fois moindre. La croissance Ă©conomique tend Ă  ĂŞtre volatile, Ă©tant donnĂ© l'isolement relatif de la Chypre du nord, l'importance du secteur public, la dĂ©pendance Ă  la livre turque, et la petite importance du marchĂ©. L'Ă©conomie chypriote turque a cependant connu une croissance de 15,4% de 2004,  boostĂ©e par la croissance des secteurs de la construction et de l'Ă©ducation. Les Chypriotes turcs dĂ©pendent fortement des aides distribuĂ©es par le gouvernement turc.  L'agriculture et les services, ensemble, emploient plus que la moitiĂ© de la main d'oeuvre.

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