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Le monde turco-mongol
Turks, Mongols, Toungouses
Les peuples des steppes 
et de la taïga

Les Turks
   --Les Kirghiz, les Ouïgours

Les Mongols
 --Modes de vie mongols
    --La religion mongole

Les Toungouses
  --Les Khitans

Les Huns, les Avars
 

Les puissances turciques

Le  Kharezm et les Ouzbeks

Les Turkmènes (Oghouz)
  --Les Khazars
  --Les Ghaznévides
  --L'empire Seldjoukide

L'empire Ottoman
 --D'Osman à Bayézid II
 -----Les Janissaires
 --Le siècle de Soliman
 --Le temps du déclin
 --L'agonie de l'empire
  -----Le Tanzimat

Les puissances mongoliques

L'empire gengiskhanide.
Koubilaï et la Chine
L'Illkhanat de Perse
La Horde d'Or et le Djagataï

L'empire de Tamerlan

Compléments

+ Sur les mots Khân et Khaqân
+ Turks et Mongols : un mythe généalogique
+ Les langues dites altaïques

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On aborde dans cette section le passé des populations de la « Haute-Asie », qui parlent des langues classées dans la famille altaïque, c.-à-d. les Turks, les Mongols et les Toungouses. Ces populations, jadis appelées abusivement tatares ou "tartares", le plus souvent nomades - pasteurs, commerçants, guerriers -, mais parfois sédentarisées dans les oasis, ont été de longue date au contact des grandes civilisations de la Chine, de l'Inde et de l'Europe, et, par cela même ont été un des pivots autours desquels s'est jouée l'histoire du continent eurasiatique. Ces populations,  dont certaines dynasties ont régné sur la Chine, sur l'Inde, la Perse (Iran), et même sur les ruines de l'empire byzantin, se sont constituée en entités politiques de formes, de dimensions et de durées diverses. Réunies en confédérations ou "hégémonies", dans lesquelles pouvaient se rencontrer des composantes de diverses origines, commandées tantôt par des Mongols, tantôt par des Turks (et parfois aussi par des Toungouses), ces entités ont ainsi pu s'ériger en puissances continentales. Ce fut, par exemple, le cas de la confédération hunnique, de l'empire de Gengis Khan, celui de Tamerlan, ou, plus près de nous de l'Empire ottoman

Le cadre géographique.
Pour bien comprendre  ce passé, il est nécessaire de se représenter au préalable le théâtre dans lequel il a émergé : à l'Est l'empire chinois, avec sa civilisation et son organisation administrative, qui s'imposent vite à ses conquérants successifs, régit les agriculteurs pressés dans les opulentes plaines du Hoang-ho et du Yang-tsé-kiang. Il est menacé au Nord par les Toungouses, Sien-pi, Kin, futurs Mandchous, qui, depuis une dizaine de siècles, ont la moitié du temps dominé la Chine septentrionale et finalement la Chine entière. Ces rudes paysans du Nord sont en conflit permanent avec les nomades de la lande mongole ou turque. Au Nord-Ouest de la Chine s'étend la Mongolie; le désert de Chamo (Gobi) isole au Sud la région de l'In-chan, de l'Ala-chan, des Ordos des deux côtés du coude du Hoang-ho; c'est le pays de Hia ou de Tangout, terre classique d'indomptables pillards, au delà desquels sont les formidables montagnes du Kouenlun et les plateaux glacés du Tibet. Au Nord des sables du Chamo s'étend la steppe mongole adossée aux rudes montagnes qui le séparant de la Sibérie; à l'Ouest elle expire au pied de l'énorme massif des monts Tian-chan. 

On peut passer au Nord ou au Sud de ceux-ci; le passage du Nord (Pé-lou des Chinois) mène par la vallée de l'Ili à la steppe aralo-caspienne, aux fleuves qui la coupent au Sud (Sir et Amou-daria) et par eux à l'Iran. Le passage du Sud (Nan-lou) aboutit au bassin du Tarim qui, derrière Yarkand et Kashgar, finit presque en cul-de-sac, séparé par de pénibles défilés des hautes vallées du Syr-Daria (vallée de Ferghana) et de l'Amou-Daria (Badakchan); par celles-ci la route du Sud débouche aussi sur l'Iran. Dans celui-ci on retrouve les agriculteurs abrités par les murailles montagneuses vaillamment défendues. Vers l'Occident, la steppe se prolonge au Nord de la Caspienne, de la mer Noire, jusqu'au pied des Carpates. Des monts Khingan aux Carpates, sur 100° de longitude, les nomades voguaient autrefois, subjuguant quand ils pouvaient les vallées plus fertiles et les gras pâturages du Midi, refoulés, s'ils étaient plus faibles, vers les plaines glacées du Nord ou les steppes sans eau. Vivant non seulement des produits directs de ses troupeaux, mais de l'échange de ceux-ci avec les populations sédentaires qui leur vendaient les objets manufacturés, ils étaient les intermédiaires obligés du commerce terrestre entre l'empire de l'Est, la Chine, et celui de l'Ouest, Rome, aussi bien qu'avec la Perse. D'autre part, les princes de l'Asie orientale ou de l'Asie antérieure recrutaient volontiers des mercenaires parmi les farouches cavaliers des steppes; à ce titre, ceux-ci s'infiltraient et souvent se substituaient au maître.

Turks et Mongols se sont très souvent trouvés réunis sous la même bannière quand ils ont constitués leurs empires. Qu'ils aient été placé sous la conduite d'un groupe ou de l'autre justifie que l'on évoque ici une empire mongol, là un empire turk. On voit ainsi par un passage assez curieux de la Chronique de Rachid-ed-Dîn que Gengis Khan ne savait pas le turc et ne parlait que le mongol. Mais en même temps, beaucoup des tribus qu'il mena à la conquête du monde étaient turques et non mongoles. Il semble même par l'onomastique et par d'autres détails sur lesquels il  serait trop long de s'appesantir ici, que dans les armées les Mongols étaient en minorité et en quelque sorte noyés dans l'élément turc. Il est  non moins certain qu'à la cour de Koubilaï Khan on se servait couramment, à côté de la langue mongole, du turc ainsi que du chinois et du persan, peut-être même de l'arabe. La situation rappelle d'une certaine façon celle qu'à connue la Grèce à l'époque classique, quand on parlait de l'hégémonie de telle ou telle cité, à un moment donné. Simplement, dans le cas présent les cités sont des hordes; les campements de tentes viennent à la place des palais de pierre, et les "empires" sont à l'occasion nomades.

Proto-turcs et Proto-mongols

Ni les proto-Turcs ni les proto-Mongols n'ont laissé de textes écrits avant le VIe siècle de notre ère. Tout ce que l'on sait d'eux avant cette date provient de sources extérieures, essentiellement les annales chinoises, qui désignent ces peuples sous des ethnonymes changeants et souvent flous (Xiongnu, Donghu, Xianbei, Tiele…), et, depuis les années 2010, de l'analyse de l'ADN ancien prélevé dans les tombes de la steppe mongole. Cette dernière a bouleversé certaines hypothèses plus anciennes fondées sur la seule linguistique.

Les racines les plus profondes des deux groupes se confondent dans les mêmes paysages funéraires de l'âge du bronze mongol : la culture dite du "complexe stèles à cerfs-khirigsuur", datée d'environ 1200 à 700 avant notre ère, qui a laissé des milliers de mégalithes gravés de cerfs stylisés associés à des tumulus funéraires accompagnés de monticules de pierre à enceintes et de tumulus satellites, ces stèles et khirigsuurs formant les éléments d'un même système cérémoniel funéraire de la fin de l'âge du bronze. Cette culture occupait l'ouest, le nord et le centre de la Mongolie actuelle, tandis qu'une tradition funéraire distincte se développait à l'est et au sud. 

L'origine géographique précise des locuteurs proto-turcs reste débattue. Une école situe leur berceau dans la ceinture steppe-taïga de l'Altaï-Sayan des recherches récentes ayant révélé que le berceau des proto-Turcs se trouvait dans cette ceinture steppe-taïga. Une autre hypothèse, portée notamment par les travaux de Martine Robbeets sur l'"Altaïque transeurasien", rattache plutôt les proto-Turcs à des sociétés agricoles néolithiques du nord-est de la Chine, liées aux cultures de Xinglongwa puis de Hongshan, en lien avec un substrat génétique est-asiatique spécifique observé chez les locuteurs turciques modernes. Cette dernière thèse est cependant contestée par d'autres généticiens, qui n'y trouvent aucune trace d'ascendance Hongshan et y voient au contraire une ascendance "Nord-Est asiatique ancienne" (ANA) plus générale. Ce qui paraît mieux établi est qu'aux alentours de 2200 avant notre ère, des populations originellement agricoles ont migré vers l'ouest jusqu'en Mongolie, où elles ont adopté un mode de vie pastoral, en partie emprunté aux peuples iraniens qui occupaient alors une partie de la steppe.

Vers 700-600 avant notre ère, le complexe stèles à cerfs-khirigsuur est supplanté, dans le centre de la Mongolie, par l'expansion de la culture des "tombes à dalles", tandis que dans l'Altaï se développe la culture pazyryk, apparentée au monde scythe. Une étude génétique récente sur l'ADN ancien a montré que ces deux traditions funéraires de l'âge du bronze coexistaient longtemps sans guère se mélanger, avant que l'expansion brutale de la population des tombes à dalles ne remplace progressivement les populations antérieures et n'impose une nouvelle tradition funéraire à l'aube de l'âge du fer. C'est dans ce substrat humain, génétiquement dominé par l'ascendance "Nord-Est asiatique ancienne", que s'enracinent à la fois les futurs proto-Turcs et les futurs proto-Mongols. 

C'est avec l'empire xiongnu, fondé vers 209 avant notre ère et qui domine la steppe orientale jusque vers 100 de notre ère, qu'apparaît la première grande confédération nomade historiquement attestée sur le plateau mongol. Les études génomiques les plus récentes confirment ce que disaient déjà les sources chinoises : il s'agissait d'un empire multiethnique, doté d'une diversité génétique extrême à l'échelle de tout l'empire, cette hétérogénéité étant la plus marquée parmi les individus de statut social le plus bas, tandis que les individus de statut le plus élevé étaient génétiquement moins divers et présentaient une ascendance est-eurasienne plus forte, suggérant une aristocratie relativement homogène régnant sur une population de sujets très mêlée. Cette base génétique "Nord-Est asiatique ancienne", déjà majoritaire depuis l'époque des tombes à dalles, reste dominante chez les Xiongnu. C'est pourquoi certains chercheurs proposent de voir dans le territoire xiongnu (repris ensuite successivement par les confédérations xianbei puis rouran) un "berceau intérieur-asiatique " d'où aurait pu rayonner la dispersion ultérieure des langues turciques, tout en reconnaissant que la région a connu, sur sept à huit siècles, plusieurs vagues de domination ethnolinguistique différentes. 

Après l'effondrement des Xiongnu, deux pôles politiques se succèdent et se disputent le plateau mongol. D'un côté émergent les Tiele (ou Gaoche), confédération de tribus généralement considérée comme turcophone, qui se rebelle plusieurs fois contre la tutelle de ses suzerains successifs. De l'autre, le pouvoir passe d'abord aux Xianbei, puis, après leur fragmentation, au khaganat rouran (IVe-VIe siècle), qui domine à son tour la steppe. C'est au sein de ce dernier que naît, en tant que clan vassal chargé de la métallurgie, le clan Ashina, noyau des futurs Göktürks. Les sources chinoises elles-mêmes ne sont pas unanimes sur l'origine de ce clan : selon le Livre des Zhou et l'Histoire des dynasties du Nord, les Ashina faisaient partie de la confédération xiongnu, mais ce point est contesté, d'autres récits les faisant descendre d'un obscur "royaume de Suo" fondé par des Saces ou des Xianbei, ou encore les rattachant à la confédération tiele. En 552, le chef ashina Bumin Qaghan, après que le khagan rouran eut refusé son alliance matrimoniale en le traitant de simple "esclave forgeron", se révolte et renverse le khaganat rouran, fondant le premier khaganat turc. C'est à ce moment précis, et seulement à ce moment, que l'on dispose enfin d'une langue turcique directement attestée (plus tard fixée par écrit dans les inscriptions runiques de l'Orkhon, au VIIIe siècle) mettant fin à la phase strictement "proto-turque" de cette histoire. 

L'histoire des proto-Mongols suit un schéma parallèle, mais avec une autre lignée de confédérations. Les sources chinoises font remonter l'ancêtre commun le plus ancien des Mongols aux Donghu (Hu de l'Est), confédération nomade installée à l'est du territoire xiongnu. Vaincus en 209 avant notre ère par le chanyu xiongnu Modu, les Donghu se fragmentent en deux groupes : les Wuhuan, qui s'installent plus au sud dans la région des monts Yan, et les Xianbei, qui occupent plus au nord la chaîne du Grand Khingan les Wuhuan s'installant dans la région des monts Yan tandis que les Xianbei occupaient le Grand Khingan, l'un et l'autre groupes émergeant comme des ensembles tribaux distincts dès le premier siècle de notre ère. Les Xianbei, qui parlaient probablement une langue para-mongolique, langue sÅ“ur du proto-mongol et ancêtre de toutes les langues mongoliques vivantes, atteignent leur apogée sous le chef Tanshihuai au milieu du IIe siècle, menant des raids annuels contre les frontières des Han. Après leur éclatement, plusieurs lignages xianbei fondent des dynasties sinisées : les Murong, puis surtout les Tuoba, qui établissent d'abord le royaume de Dai puis, en 386, la dynastie des Wei du Nord, qui dure jusqu'en 535. 

L'archéogénétique permet aujourd'hui de suivre, avec une certaine précision, la filiation paternelle reliant ces groupes successifs. Une lignée Y spécifique (C2b1a1b, ou F3830/F3889) a été retrouvée à la fois chez des individus rattachés aux Donghu, à un échantillon xianbei (ZHS5) et à un échantillon shiwei (GG3), ainsi que chez un individu rouran (TL1) découvert sur le site de Khermen Tal en Mongolie. Les chercheurs concluent que cette lignée paternelle constitue un marqueur important des nomades donghu anciens, la branche donghu-xianbei ayant apporté une contribution paternelle significative aux Rouran, ce flux génétique étant finalement entré dans le pool génétique des populations mongoliques et mandchoues modernes. Ce résultat confirme, par une preuve biologique directe, la continuité que les chroniqueurs chinois suggéraient déjà entre Donghu, Xianbei, Shiwei et Rouran. 

Le khaganat rouran (vers 402-555) hérite ainsi de la position dominante des Xianbei sur le plateau mongol, avant d'être renversé par ses propres vassaux ashina en 552, comme on l'a vu plus haut. Mais la lignée xianbei se prolonge également, de façon plus inattendue, dans les Khitan, peuple qui se présentait lui-même comme un rameau détaché de la confédération de Tanshihuai après sa dissolution. Les Khitan parlaient une langue aujourd'hui éteinte, classée comme "para-mongolique", c'est-à-dire apparentée aux langues mongoliques sans en être directement l'ancêtre. Sous leur chef Abaoji, ils fondent en 916 la dynastie Liao, qui domine la Mongolie, la Mandchourie et une partie de la Chine du Nord jusqu'en 1125, année où elle est renversée par les Jürchen (ancêtres des Mandchous). Une partie de l'aristocratie khitane, menée par Yelü Dashi, fuit alors vers l'ouest et fonde en Asie centrale le khanat qara-khitaï (Liao occidentaux), qui subsiste jusqu'à sa conquête par les Mongols en 1218,  bouclant ainsi, de façon presque symbolique, la boucle entre les deux héritages xianbei et mongol proprement dit.

Pendant ce temps, dans les forêts et les marges septentrionales du plateau mongol et de la Mandchourie, autour du bassin de la rivière Onon, vivaient les tribus shiwei, attestées par les sources chinoises à partir du Ve siècle. Ce sont elles que la tradition et la linguistique historique considèrent comme les ancêtres directs des Mongols au sens strict, par opposition aux Xianbei, Rouran et Khitan, qui ne représentent que des branches collatérales para-mongoliques. Du VIIIe au XIIe siècle, divers groupements issus des Shiwei se déplacent et se réorganisent sur le plateau mongol, donnant naissance, vers le XIIe siècle, à la confédération dite Khamag Mongol ( = l'ensemble des Mongols), centrée sur la région du Khentii et regroupant notamment le clan Borjigin, celui dont descend Gengis Khan. Cette confédération, dirigée par des chefs élus comme Khabul Khan, se fragmente après sa mort, laissant le plateau mongol partagé entre plusieurs ensembles tribaux rivaux (Naiman, Merkit, Tatar, Kéraïte, Khamag Mongol) qui se font la guerre pendant des décennies. C'est Temüjin qui, après avoir vaincu un à un ces rivaux entre 1203 et 1206, parvient à les réunifier tous lors d'un grand kurultai en 1206, où il est proclamé Gengis Khan, marquant la naissance de la nation mongole historique et la fin véritable de la phase "proto-mongole".

Les Huns occupent une place complexe et souvent débattue au sein de l'ensemble turco-mongol. Leur classification exacte reste un sujet de recherche en linguistique historique, en archéologie et en génétique. Les Huns sont traditionnellement associés aux Xiongnu (IIIe siècle av. JC. Ier siècle ap. JC). Les Xiongnu parlaient probablement une langue mongolique primitive ou une langue proche des langues dites altaïques (famille qui inclut le turc et le mongol). Des similitudes culturelles (mode de vie nomade, organisation militaire) et des sources chinoises anciennes (comme les Annales des Han) décrivent les Xiongnu comme des ancêtres possibles des Huns. Certains chercheurs suggèrent que les Huns pourraient avoir parlé une langue turcique primitive, en raison de leur proximité géographique et culturelle avec les peuples turcs ultérieurs (comme les Göktürks). Cependant, cette hypothèse est moins soutenue par les preuves linguistiques directes. Aucune inscription ou texte hun n'a survécu, ce qui rend impossible une classification linguistique définitive. Leur langue reste donc non classée avec certitude. Ainsi la théorie la plus répandue est que les Huns sont des descendants ou une branche occidentale des Xiongnu, qui se seraient déplacés vers l'Ouest après la chute de leur empire en Asie. Cette migration aurait donné naissance à plusieurs groupes, dont les Huns d'Europe. Les Huns ont eu un impact majeur sur les peuples turcs ultérieurs (comme les Avars, les Khazars, ou les Bulgares), qui ont adopté des éléments de leur culture, de leur organisation militaire et peut-être de leur langue. Leur culture et leur génétique montrent des mélanges entre des populations mongoles, turques et même indo-européennes (comme les Iraniens de la steppe).
Les grandes études génétiques portant sur l'empire xiongnu et, plus tard, sur l'empire hunnique en Europe, confirment un phénomène qui dépasse le seul cas mongol ou turc : ces grands empires nomades, quelle que soit leur langue dominante, étaient génétiquement très hétérogènes, révélant une mosaïque d'ascendances qui témoigne d'un processus complexe de mobilité et d'interaction plutôt que d'une migration de masse homogène. Le plateau mongol et ses marges n'ont donc jamais été peuplés par des blocs ethniques nettement séparés correspondant chacun à une langue : Turcs et Mongols proto-historiques partagent une bonne partie de leur fond génétique"Nord-Est asiatique ancien", se sont sans cesse mêlés par les alliances, les captures de guerre et les vassalités successives, et ont alterné, siècle après siècle, à la tête des mêmes confédérations (Xiongnu, Xianbei, Rouran, Göktürks, Ouïghours, Khitan, Mongols), reprenant souvent les mêmes institutions politiques (titre de khagan, organisation militaire décimale, religion chamanique tournée vers le Ciel, le Tengrisme). 

Reste la question linguistique, qui demeure activement débattue. L'hypothèse "altaïque", selon laquelle turc, mongol et toungouse descendraient d'une même langue mère, a été relancée notamment par Sergueï Starostin, mais elle reste contestée par une partie importante des linguistes, qui n'y voient que des emprunts accumulés au cours de millénaires de contact étroit sur la steppe, faute de correspondances phonétiques régulières suffisamment solides. L'extension de cette hypothèse, baptisée « transeurasienne » par Martine Robbeets et associée à une diffusion agricole depuis la vallée du fleuve Liao occidental, a suscité une contre-étude affirmant que les preuves linguistiques avancées sont insuffisantes pour distinguer une simple ressemblance fortuite, un emprunt de contact ou un véritable héritage commun, et que ni la génétique ni l'archéologie ne viennent appuyer ce scénario agricole. La position la plus largement partagée aujourd'hui reste donc que turc et mongol forment deux familles linguistiques distinctes, dont les ressemblances frappantes s'expliquent surtout par des siècles de voisinage, de domination réciproque et de vie nomade partagée plutôt que par une origine commune démontrée. 

Il apparaît au final que l'histoire des proto-Turcs et des proto-Mongols est celle de populations issues d'un même creuset géographique (le plateau mongol et ses marges sibériennes, mandchoues et altaïques) où des confédérations tribales se sont succédé au pouvoir, mêlant sans cesse leurs populations et leurs cultures, avant que deux trajectoires linguistiques distinctes ne s'affirment clairement avec les Göktürks d'un côté, à partir du VIe siècle, et avec les Mongols de Gengis Khan de l'autre, à partir du XIIe-XIIIe siècle.

Les Huns

Les Huns ont formé l'une des confédérations nomades les plus célèbres et les plus mal connues de l'Antiquité tardive. Leur origine exacte reste débattue par les historiens : on les a longtemps identifiés aux Xiongnu, cette puissante confédération de cavaliers qui domina les steppes du nord de la Chine du IIIe siècle avant notre ère jusqu'au Ier siècle de notre ère et qui fut repoussée vers l'ouest par les armées des Han. Cette filiation, bien qu'attrayante et soutenue par certains éléments linguistiques et archéologiques, ne peut être démontrée avec certitude tant la documentation manque sur les groupes intermédiaires qui auraient traversé l'Asie centrale durant les siècles suivants. Ce qui est certain, c'est que les Huns apparaissent dans les sources occidentales au IVe siècle de notre ère comme un peuple de cavaliers redoutables venu des steppes pontiques, au nord de la mer Noire et de la mer Caspienne.

Vers 370-375, les Huns franchissent la Volga et se heurtent aux Alains, peuple iranophone des steppes, qu'ils soumettent ou intègrent en partie à leur confédération. Ils se tournent ensuite contre les Goths, divisés entre Ostrogoths et Wisigoths établis au nord du Danube et de la mer Noire. La pression hunnique provoque une onde de choc considérable : les Wisigoths, fuyant cette nouvelle menace, demandent en 376 l'autorisation de franchir le Danube et de s'installer sur le territoire de l'Empire romain d'Orient. Cet épisode est généralement considéré comme le point de départ de ce que les historiens appellent les "grandes invasions" ou la période des migrations, qui allait bouleverser durablement la carte politique de l'Europe occidentale. Les Huns eux-mêmes ne franchissent pas immédiatement le Danube, mais leur seule présence aux marges de l'Empire suffit à déstabiliser tout l'équilibre des peuples germaniques et iraniens d'Europe centrale et orientale.

Durant les décennies qui suivent, les Huns consolident leur emprise sur les steppes pontiques et le bassin du Danube moyen, dans la région correspondant à peu près à l'actuelle plaine pannonienne (Hongrie). Plusieurs chefs sont mentionnés par les sources : Uldin au début du Ve siècle, qui mène des raids contre l'Empire romain d'Orient, puis Donatus et Charaton. Vers 412-420, Rua (ou Rugila) unifie une large part des groupes hunniques et négocie avec Constantinople, obtenant des subsides annuels en échange de la paix. À sa mort vers 434, le pouvoir passe à ses deux neveux, Bleda et Attila, qui règnent d'abord conjointement.

Attila fait assassiner son frère Bleda vers 445 et devient seul maître de l'empire hunnique, qui atteint alors son apogée. Sous son autorité, les Huns dominent un vaste ensemble de peuples soumis ou alliés (Gépides, Ostrogoths, Hérules, Suèves, Alains et bien d'autres) depuis la plaine pannonienne jusqu'aux confins de l'Asie centrale, selon des frontières fluctuantes et mal définies. Attila exerce une pression constante sur l'Empire romain d'Orient, multipliant les raids dans les Balkans et imposant des traités de plus en plus exigeants en termes de tribut, notamment après les campagnes de 441-443 et de 447, qui ravagent la Thrace et menacent directement Constantinople. L'historien et diplomate byzantin Priscus, envoyé en ambassade à la cour d'Attila vers 449, laisse un témoignage précieux et relativement nuancé sur la cour hunnique, ses usages, et la personnalité du souverain, décrit comme rude mais capable de mesure dans ses relations diplomatiques.

En 451, Attila tourne ses ambitions vers l'Empire romain d'Occident et envahit la Gaule, prenant pour prétexte une dispute de succession chez les Francs et des visées sur le royaume wisigothique de Toulouse. Il assiège plusieurs villes, dont Orléans, mais se trouve arrêté par une coalition exceptionnelle réunie par le général romain Aetius, comprenant des contingents wisigoths sous Théodoric Ier, des Francs, des Burgondes et d'autres peuples fédérés. La bataille, connue sous le nom de bataille des champs Catalauniques (ou bataille de Châlons), se déroule probablement près de Troyes et se solde par un résultat indécis sur le plan tactique, mais constitue un coup d'arrêt stratégique pour Attila, qui se retire en Pannonie.

L'année suivante, en 452, Attila envahit l'Italie du Nord, détruit Aquilée et plusieurs autres cités, mais s'arrête avant d'atteindre Rome, pour des raisons qui restent discutées par les historiens (épidémie dans son armée, négociations menées par le pape Léon Ier selon la tradition chrétienne, ou simple prudence stratégique face à l'éloignement de ses bases). Attila meurt en 453, dans des circonstances rapportées de façon dramatique par les sources (hémorragie survenue lors de sa nuit de noces), laissant un empire sans successeur désigné clairement, ses fils se disputant aussitôt l'héritage.

Cette division s'avère fatale à la cohésion de l'empire hunnique. Dès 454 ou 455, les peuples soumis, en particulier les Gépides menés par leur roi Ardaric, se révoltent et infligent une défaite décisive aux fils d'Attila lors de la bataille de la rivière Nedao, en Pannonie. L'empire hunnique se fragmente alors rapidement; ses différentes composantes se dispersent, certains groupes se retirant vers les steppes pontiques, d'autres étant progressivement absorbés par les peuples germaniques ou byzantins environnants. Le nom des Huns continue cependant d'être employé par les auteurs ultérieurs, parfois de façon assez lâche, pour désigner divers peuples nomades venus d'Asie centrale, comme les Huns dits « hephtalites » qui menacent l'Empire perse sassanide et l'Inde aux Vee-VIe siècles, ou plus tard les Avars, sans qu'un lien généalogique direct avec les Huns d'Attila puisse être clairement établi dans tous ces cas.

Peuples et Etats turciques

Les peuples turciques trouvent leurs origines lointaines dans les steppes d'Asie centrale et de Sibérie méridionale, autour du massif de l'Altaï et du désert de Gobi, où des populations nomades pratiquant l'élevage équestre et l'usage du fer se sont développées dès le premier millénaire avant notre ère. Certains historiens établissent un lien entre ces populations et la confédération des Xiongnu, puissance nomade qui domina les steppes du IIIe siècle avant notre ère au Ier siècle de notre ère et entra en conflit constant avec la Chine des Han, bien que la nature ethnolinguistique exacte des Xiongnu reste débattue. Plus sûrement attestés sont les Tiele, ensemble de tribus turcophones mentionné dans les sources chinoises dès le Ve-VIe siècle, ancêtres directs de nombreux groupes turcs ultérieurs.

Le véritable point de départ de l'histoire turcique documentée est la fondation, en 552, du premier Khaganat turc par Bumin Khagan, chef du clan Ashina, après sa révolte contre les Rouran qui dominaient jusque-là la steppe mongole. Sous son frère Istemi, qui dirigea l'aile occidentale, l'empire s'étendit considérablement, nouant des alliances avec l'empire perse sassanide puis avec Byzance contre leurs ennemis communs. Cet empire, qui s'étirait de la Mandchourie à la mer Noire, se scinda rapidement en deux khaganats, oriental et occidental, rivaux et instables, avant d'être temporairement vassalisé par la dynastie chinoise des Tang au milieu du VIIe siècle. La résistance turque aboutit en 682 à la restauration d'un second Khaganat turc oriental sous Kutlug, qui prit le titre d'Ilterish Khagan, puis sous ses successeurs Kapagan et surtout Bilge Khagan, assisté de son frère le général Tonyukuk et de son fils Köl Tigin. Cette période laissa les célèbres inscriptions de l'Orkhon, gravées en écriture runiforme turque, qui constituent le plus ancien témoignage écrit autochtone de la langue turque et un récit fondateur de l'identité politique turcique.

Ce second khaganat s'effondra en 744 sous les coups d'une coalition de tribus vassales, les Karluks, les Bassmils et surtout les Ouïghours, qui fondèrent à sa place le Khaganat ouïghour, centré sur la vallée de l'Orkhon avec pour capitale Karabalgasun. Les Ouïghours adoptèrent le manichéisme comme religion d'État, entretinrent des relations étroites et souvent profitables avec la Chine des Tang, qu'ils aidèrent notamment à réprimer la révolte d'An Lushan, et développèrent une civilisation urbaine et lettrée originale. Leur khaganat fut détruit en 840 par les Kirghiz, autre peuple turc venu du Ienisseï, ce qui provoqua une diaspora ouïghoure vers le Gansu et surtout vers le bassin du Tarim, où s'établirent les royaumes ouïghours de Qocho et de Ganzhou, foyers d'une brillante culture bouddhiste et manichéenne jusqu'à leur absorption par les conquêtes mongoles du XIIIe siècle.

Parallèlement, d'autres confédérations turques se constituèrent à travers la steppe. Les Karluks dominèrent la région du Sept-Rivières et du Talas. Les Oghouz, ancêtres des  Turkmènes, Turcs seldjoukides puis ottomans, migrèrent progressivement vers l'ouest depuis l'Asie centrale. Les Kiptchaks et les Coumans s'installèrent dans les steppes pontiques et la Volga, tandis que les Petchénègues précédèrent ces derniers dans la même région avant d'être repoussés vers les Balkans. Plus à l'ouest encore, le Khaganat khazar, fondé vers le VIIe siècle dans les steppes du Caucase nord et de la basse Volga, devint une puissance commerciale majeure contrôlant les routes entre Byzance, le monde musulman et la Scandinavie; son élite dirigeante se convertit, selon la tradition, au judaïsme au VIIIe ou IXe siècle, fait unique dans l'histoire des peuples turcs, avant que l'État ne soit détruit par le prince kiévien Sviatoslav à la fin du Xe siècle. Les Bulgares, peuple turc originaire des steppes pontiques, se scindèrent en plusieurs groupes : les Bulgares de la Volga, qui fondèrent un État islamisé prospère sur la moyenne Volga jusqu'à la conquête mongole, et les Bulgares danubiens, qui s'installèrent dans les Balkans au VIIe siècle et fondèrent le premier État bulgare, lequel se fondit progressivement avec la population slave environnante pour donner naissance à l'identité bulgare actuelle. Le cas des Avars de Pannonie, qui dominèrent l'Europe centrale du VIe au IXe siècle, reste plus incertain quant à leur composante turcique exacte, bien que des éléments turcs y aient certainement joué un rôle.

Le tournant majeur de l'histoire turcique fut l'islamisation progressive de ces peuples à partir du IXe-Xe siècle, qui s'accompagna de leur entrée massive dans l'histoire du monde musulman, d'abord comme esclaves militaires puis comme dynasties souveraines. Le Khanat karakhanide, fondé au Xe siècle dans le Sept-Rivières et le bassin du Tarim par des tribus karlukes, fut le premier État turc à adopter officiellement l'islam comme religion d'État, sous le règne de Satuq Bughra Khan, et développa une importante littérature turco-islamique, notamment le Kutadgu Bilig de Yusuf Khass Hajib. Dans le Khorassan et l'Afghanistan, des esclaves militaires turcs au service des Samanides fondèrent leur propre dynastie, les Ghaznévides, dont le souverain le plus célèbre, Mahmoud de Ghazni, mena au début du XIe siècle de vastes campagnes en Inde du Nord et fit de sa cour un foyer culturel persophone éclatant.

C'est cependant la dynastie seldjoukide qui donna aux Turcs leur première grande puissance impériale au cœur du monde islamique. Issus de la tribu oghouze des Kynyk, les Seldjoukides, sous la conduite de Tughril Beg puis de son successeur Alp Arslan, renversèrent la tutelle des Bouyides sur le califat abbasside, prirent Bagdad en 1055 et écrasèrent l'armée byzantine à Mantzikert en 1071, ouvrant ainsi l'Anatolie à la colonisation turque. Sous Malik Shah et son vizir Nizam al-Mulk, le Grand Empire seldjoukide atteignit son apogée, s'étendant de l'Asie centrale à la Méditerranée, avant de se fragmenter au XIIe siècle en plusieurs branches régionales, dont le sultanat seldjoukide de Roum en Anatolie, qui perdura jusqu'à l'invasion mongole et constitua le creuset politique et culturel dans lequel mûrirait plus tard l'État ottoman. Dans la même mouvance, l'Empire khwarazmien, fondé par une dynastie d'origine turque, domina l'Asie centrale et l'Iran oriental au tournant des XIIe et XIIIe siècles avant d'être balayé par l'invasion de Gengis Khan.

Les Turcs jouèrent également un rôle déterminant en Égypte et au Levant à travers l'institution mamelouke. Le sultanat mamelouk bahrite, fondé en 1250 par des esclaves militaires turco-kiptchaks affranchis qui renversèrent les derniers Ayyoubides, stoppa l'avancée mongole à Ain Jalout en 1260 et mit fin aux États croisés du Levant, avant de céder la place au XIVe siècle au sultanat mamelouk bourjite, à dominante circassienne, qui régna jusqu'à la conquête ottomane de 1517.

L'irruption mongole du XIIIe siècle, bien que dirigée par une dynastie mongole, eut pour conséquence une fusion étroite entre Mongols et Turcs au sein des États successeurs de l'empire de Gengis Khan, qui se turcisèrent linguistiquement et culturellement en quelques générations. La Horde d'or, issue de l'ulus de Djötchi, domina les steppes russes et le Caucase nord du XIIIe au XVe siècle avant de se fragmenter en khanats turco-mongols rivaux : le khanat de Kazan sur la moyenne Volga, le khanat d'Astrakhan, le khanat de Crimée, vassal puis allié des Ottomans jusqu'à son annexion russe en 1783, le khanat de Sibérie et la Horde des Nogaïs. Plus à l'est, le khanat tchaghataïde perpétua l'héritage mongol en Asie centrale avant de céder la place à un nouvel empire turco-mongol d'envergure mondiale : celui de Timour Lang, ou Tamerlan, qui à partir de Samarcande conquit entre 1370 et sa mort en 1405 un territoire allant de l'Anatolie à l'Inde du Nord. Ses descendants timourides, en particulier Shah Rukh et surtout Husayn Bayqara à Hérat, présidèrent à un âge d'or culturel et artistique exceptionnel, avant que la dynastie ne soit chassée d'Asie centrale par les Ouzbeks Chaybanides au début du XVIe siècle; un descendant timouride, Babur, devait fonder en Inde l'empire moghol, qui demeura turco-mongol par sa dynastie tout en se persianisant et s'indianisant profondément au fil des siècles, jusqu'à son extinction formelle en 1857.

En Asie centrale même, après la chute des Timourides, plusieurs khanats ouzbeks se succédèrent : le khanat de Boukhara sous les Chaybanides puis les Mangit, le khanat de Khiva sous diverses dynasties dont les Qongrat, et le khanat de Kokand, fondé au XVIIIe siècle dans la vallée du Ferghana, tous trois subsistant jusqu'à la conquête russe du XIXe siècle. Plus au nord, le Khanat kazakh, formé au XVe siècle par scission de la Horde blanche, structura les tribus kazakhes en trois hordes (Petite, Moyenne et Grande) jusqu'à son absorption progressive par l'Empire russe entre le XVIIIe et le XIXe siècle.

En Iran et en Anatolie orientale, deux confédérations turkmènes rivales, les Qara Qoyunlu (Mouton noir) et les Aq Qoyunlu (Mouton blanc), se disputèrent la domination régionale au XVe siècle, la seconde finissant par l'emporter sous Uzun Hasan avant de céder la place à la dynastie safavide. Celle-ci, fondée en 1501 par Ismail Ier, chef d'un ordre soufi d'origine turcique azérie appuyé sur les tribus turkmènes Qizilbash, imposa le chiisme duodécimain comme religion d'État en Iran, façonnant durablement l'identité religieuse du pays, bien que la dynastie se soit ensuite largement persianisée culturellement.

L'aboutissement le plus durable et le plus vaste de cette histoire fut cependant l'Empire ottoman. Issus d'une petite principauté oghouze établie en Anatolie nord-occidentale à la fin du XIIIe siècle sous Osman Ier, à la frontière du sultanat seldjoukide déclinant et de l'Empire byzantin, les Ottomans étendirent méthodiquement leur domination sur l'Anatolie puis sur les Balkans, où ils s'installèrent dès le règne de Murad Ier. La prise de Constantinople en 1453 par Mehmed II marqua la fin de l'Empire byzantin et l'avènement d'un empire véritablement impérial, dont l'apogée se situe sous Soliman le Magnifique au XVIe siècle, lorsque l'État ottoman dominait l'Anatolie, les Balkans, le monde arabe et une bonne partie de l'Afrique du Nord, tout en assumant le titre de calife de l'islam sunnite. L'empire connut ensuite un long déclin relatif à partir du XVIIe siècle, marqué par des pertes territoriales successives face à l'Autriche, la Russie et les nationalismes balkaniques, avant de s'effondrer définitivement à l'issue de la Première Guerre mondiale; son abolition formelle en 1922-1923 et la fondation de la République turque par Mustafa Kemal Atatürk marquèrent la fin du dernier grand empire turcique de l'histoire et l'entrée des peuples turciques dans l'ère des États-nations modernes, qu'illustrent aujourd'hui la Turquie, l'Azerbaïdjan, le Kazakhstan, l'Ouzbékistan, le Turkménistan, le Kirghizistan, ainsi que diverses républiques turcophones au sein de la Fédération de Russie comme le Tatarstan, la Bachkirie, la Iakoutie ou la Tchouvachie.

Les hégémonies mongoles

Les peuples mongoliques tirent leurs origines des confédérations nomades qui se sont succédé dans les steppes de Mongolie, de Mandchourie occidentale et du nord-est de la Chine depuis l'Antiquité, bien que l'identification ethnolinguistique précise des plus anciens de ces groupes reste sujette à débat parmi les historiens. Les Donghu, mentionnés dans les sources chinoises dès le premier millénaire avant notre ère, sont généralement considérés comme l'un des substrats les plus anciens dont seraient issues les populations proto-mongoles, notamment à travers leurs descendants directs, les Xianbei. Ce peuple, qui domina une grande partie de la Mongolie et du nord de la Chine après l'effondrement de la confédération Xiongnu au Ier siècle de notre ère, fonda plusieurs dynasties dans le nord de la Chine pendant la période des Seize Royaumes puis des dynasties du Nord et du Sud, dont la plus durable fut la dynastie Wei du Nord, qui régna de 386 à 534 et joua un rôle majeur dans la diffusion du bouddhisme en Chine tout en se sinisant progressivement.

Parmi les descendants des Xianbei figurent également les Rouran, qui constituèrent au Ve siècle une puissante confédération nomade dominant la steppe mongole, rivale des Wei du Nord, et dont le souverain fut le premier à porter le titre de Khagan, repris ensuite par la quasi-totalité des grands empires nomades ultérieurs, turcs comme mongols. Les Rouran furent renversés en 552 par la révolte des Turcs Ashina, qui fondèrent à leur place le premier Khaganat turc, marquant ainsi pour plusieurs siècles le reflux des éléments mongoliques au profit des peuples turcophones dans la domination de la steppe centrale. Durant cette période intermédiaire, plusieurs groupes d'origine mongolique ou para-mongolique subsistèrent néanmoins, tels les Tatabi et les Khi, ainsi que les Shiwei, mentionnés dans les sources chinoises des dynasties Tang comme habitant les forêts et steppes au nord-est de la Mongolie, et considérés comme les ancêtres directs des Mongols historiques.

Un tournant majeur survint avec l'essor des Khitans, peuple d'origine proto-mongole établi en Mandchourie occidentale, qui fondèrent en 916 sous Abaoji la dynastie Liao, laquelle domina la Mongolie, la Mandchourie et le nord de la Chine actuelle jusqu'au début du XIIe siècle. Les Khitans développèrent une civilisation originale combinant traditions nomades et institutions sinisées, avec une écriture propre et une administration double adaptée à la diversité de leurs sujets. Renversés en 1125 par les Jurchens, fondateurs de la dynastie Jin, une partie de l'aristocratie khitane se réfugia en Asie centrale sous la conduite de Yelü Dashi, où elle fonda l'empire kara-khitan, ou dynastie Liao occidentale, qui domina le Sept-Rivières et le Turkestan oriental jusqu'à sa destruction par les Mongols au début du XIIIe siècle.

C'est cependant l'unification des tribus mongoles par Gengis Khan, né Temüjin vers 1162, qui constitue l'événement fondateur de l'histoire mongolique proprement dite. Après avoir soumis ou rallié les principales confédérations rivales de la steppe mongole, les Tatars, les Naïmans, les Merkit et les Kéraïtes, Temüjin fut proclamé Gengis Khan en 1206 lors d'un kurultai réunissant l'ensemble des tribus mongoles désormais unifiées. À partir de cette base, il entreprit une série de conquêtes foudroyantes, soumettant d'abord les Tangoutes de l'État Xia occidental puis la dynastie Jin dans le nord de la Chine, avant de se tourner vers l'ouest où ses armées détruisirent l'empire khwarazmien et ravagèrent l'Asie centrale, la Perse et le Caucase. À sa mort en 1227, l'empire mongol s'étendait déjà de la mer du Japon à la mer Caspienne, formant le plus vaste empire continental jamais constitué dans l'histoire.
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Gengis Khan.
Gengis Khan (Temujin) sur un manuscrit persan du XIVe siècle.

Ses successeurs poursuivirent cette expansion sous l'autorité, d'abord réelle puis de plus en plus formelle, du grand khan siégeant à Karakorum. Sous Ögedeï, les armées mongoles achevèrent la conquête de la Chine du Nord, soumirent la Russie kiévienne et pénétrèrent en Europe centrale, où elles écrasèrent les armées polonaises et hongroises avant de se retirer à la mort du grand khan en 1241. Sous Möngke puis Kubilai Khan, les Mongols achevèrent la conquête de la Chine des Song du Sud, tandis qu'au Proche-Orient les armées de Hülegü détruisaient le califat abbasside de Bagdad en 1258 et fondaient l'Ilkhanat de Perse. L'immensité de l'empire entraîna toutefois sa fragmentation progressive en quatre grands ulus largement autonomes : l'Ilkhanat en Perse et au Proche-Orient, fondé par Hülegü, qui se convertit à l'islam au début du XIVe siècle avant de se désagréger en principautés rivales; le khanat tchaghataïde en Asie centrale, issu de l'apanage de Chagatai, deuxième fils de Gengis Khan, qui se scinda lui-même ultérieurement et dont l'héritage devait alimenter l'essor de Tamerlan; la Horde d'or, issue de l'ulus de Djötchi, qui domina les steppes russes, le Caucase nord et une partie de l'Asie centrale occidentale, et qui se turcisa rapidement sur le plan linguistique tout en conservant une aristocratie d'origine mongole; et enfin la dynastie Yuan elle-même, fondée par Kubilai Khan en 1271, qui régna sur la Chine, la Mongolie, la Mandchourie, le Tibet et la Corée, faisant de Pékin sa capitale tout en conservant des liens étroits, bien que distendus, avec les autres khanats mongols.

La dynastie Yuan, confrontée à des révoltes paysannes répétées, à des crises financières et à des divisions internes, fut renversée en 1368 par la rébellion des Turbans rouges, qui porta au pouvoir la dynastie Ming chinoise. La cour mongole se replia alors en Mongolie, où elle perpétua une légitimité dynastique sous le nom de dynastie Yuan du Nord, maintenant la prétention au titre impérial chinois tout en étant progressivement réduite à l'autorité traditionnelle de grand khan sur les seules tribus mongoles. Cette période, qui s'étend du XIVe au XVIe siècle, fut marquée par des rivalités constantes entre les Mongols orientaux, regroupés autour des descendants directs de la lignée gengiskhanide, et les Mongols occidentaux, ou Oirats, confédération de tribus qui n'appartenaient pas à la lignée de Gengis Khan mais parvinrent à plusieurs reprises à dominer l'ensemble de la Mongolie, notamment sous Esen Khan au milieu du XVe siècle, qui infligea une défaite humiliante à l'empereur Ming lors de la crise de Tumu en 1449.

Au tournant du XVIe et du XVIIe siècle, les Mongols orientaux connurent un nouvel essor sous Altan Khan, qui favorisa la conversion massive des Mongols au bouddhisme tibétain de l'école Gelugpa et noua des relations étroites avec le Dalaï Lama, contribuant à façonner durablement l'identité religieuse mongole. Cette période vit également la consolidation des grandes divisions tribales qui structurent encore aujourd'hui la géographie ethnique mongole : les Khalkhas en Mongolie centrale et orientale, les Mongols du Sud organisés en multiples tümen sous l'autorité nominale de la lignée tchakhar, et divers groupes périphériques. Au XVIIe siècle, la dynastie mandchoue des Qing, en pleine expansion, soumit successivement les Mongols du Sud dès les années 1630, puis progressivement les Khalkhas de Mongolie extérieure, dont le dernier grand khan indépendant, Ligdan Khan, mourut en fuite en 1634, scellant la fin de l'autonomie politique mongole orientale pour près de trois siècles.

Les Oirats, quant à eux, donnèrent naissance à plusieurs entités politiques de grande ampleur. Au XVIIe siècle se constitua le khanat dzoungar, fondé par la tribu Choros sous Erdeni Batur puis porté à son apogée par Galdan Boshugtu Khan, qui domina un vaste territoire allant du Tarim à l'actuel Kazakhstan oriental et entra en conflit direct avec l'empire Qing pour le contrôle de la Mongolie et de l'Asie centrale orientale. Ce khanat fut finalement détruit par les armées Qing au milieu du XVIIIe siècle, à l'issue d'une série de campagnes destructrices qui entraînèrent la quasi-disparition démographique des Dzoungars en tant qu'entité politique distincte. Une autre branche oirate, les Khoshouts, fonda au XVIIe siècle un khanat au Tibet sous Gushi Khan, qui installa le cinquième Dalaï Lama au pouvoi ttemporel sur l'ensemble du Tibet, instaurant ainsi le régime théocratique gelugpa qui devait durer jusqu'au XXe siècle. Une troisième branche oirate, les Torghoutes, entreprit au XVIIe siècle une longue migration vers l'ouest qui les conduisit jusqu'aux steppes de la basse Volga, où ils fondèrent le khanat kalmouk, vassal puis allié de la Russie tsariste, avant qu'une partie importante de la population ne tente, en 1771, un retour catastrophique vers les terres oirates d'origine en Asie centrale, mouvement connu comme l'exode kalmouk.

L'ensemble de la Mongolie, extérieure comme intérieure, demeura sous administration mandchoue jusqu'à l'effondrement de l'empire Qing en 1911-1912, moment où la Mongolie extérieure proclama son indépendance sous l'autorité théocratique du Bogd Khan, huitième réincarnation du Jebtsundamba Khutughtu, avec le soutien de la Russie impériale. Cette indépendance, contestée par la Chine républicaine puis menacée par les troupes blanches russes du baron von Ungern-Sternberg pendant la guerre civile russe, fut consolidée par l'intervention de l'Armée rouge soviétique, qui aboutit en 1924 à la proclamation de la République populaire mongole, premier État communiste après l'Union soviétique elle-même, placé durant l'essentiel du XXe siècle sous étroite tutelle soviétique. La Mongolie intérieure, en revanche, demeura intégrée à la Chine, devenant après 1949 une région autonome au sein de la République populaire de Chine, tandis que les populations mongoles de Bouriatie et de Kalmoukie furent organisées en républiques autonomes au sein de l'Union soviétique puis de la Fédération de Russie. La Mongolie indépendante engagea à partir de 1990 une transition démocratique pacifique, mettant fin au régime à parti unique communiste, pour devenir l'État-nation mongol contemporain, tandis que les autres composantes du monde mongolique demeurent réparties entre la région autonome de Mongolie intérieure et diverses entités fédérées de la Fédération de Russie.

L'empire turco-mongol de Tamerlan

L'Empire timouride fut l'un des plus puissants États d'Eurasie à la fin du XIVᵉ siècle et au début du XVᵉ siècle. Fondé par Tamerlan, également connu sous les noms de Timur ( = le Fer) ou Timur Lang (= Timur le Boiteux), cet empire s'étendit de l'Anatolie orientale jusqu'à l'Inde du Nord, et de la Mer Caspienne jusqu'aux confins de la Chine. Bien que relativement éphémère sur le plan politique, il exerça une influence militaire, artistique, scientifique et culturelle considérable sur l'ensemble de l'Asie centrale, du Moyen-Orient et du sous-continent indien.

Tamerlan naquit en 1336 près de Kesh, dans une famille appartenant à la tribu des Barlas. Cette tribu descendait de guerriers mongols installés en Asie centrale après les conquêtes de Gengis Khan, mais elle s'était progressivement turquisée. Ses membres parlaient une langue turcique, adoptaient de nombreuses coutumes des peuples turcs des steppes et étaient musulmans sunnites. Ainsi, malgré son ascendance mongole, Tamerlan était culturellement davantage turcique que mongol. À l'époque de sa naissance, l'immense Empire mongol s'était déjà fragmenté en plusieurs États rivaux. L'Asie centrale était dominée par le Khanat de Djaghataï, lui-même affaibli par des guerres civiles, des rivalités tribales et la perte d'autorité des descendants directs de Gengis Khan. Cette instabilité permit à plusieurs chefs militaires d'accroître leur influence.

Jeune homme, Tamerlan se distingua par son habileté politique autant que par ses qualités militaires. Blessé au cours d'un affrontement, il conserva une claudication permanente qui lui valut le surnom de Lang (= le Boiteux). Profitant des divisions entre les chefs locaux, il construisit progressivement une coalition de tribus et prit le contrôle de la Transoxiane. En 1370, il s'empara de Samarcande, qu'il fit sa capitale. Comme il ne descendait pas de Gengis Khan, Tamerlan ne pouvait prétendre légalement au titre suprême de khan selon les traditions mongoles. Il plaça donc sur le trône plusieurs souverains issus de la lignée gengiskhanide, qui ne détenaient qu'un pouvoir symbolique, tandis qu'il gouvernait lui-même sous le titre d'émir. Ce système lui permit de concilier la légitimité mongole avec son autorité personnelle.

Durant les trente-cinq années suivantes, il mena presque sans interruption des campagnes militaires. Son objectif était de restaurer la domination universelle qu'avait exercée autrefois l'Empire mongol, tout en bâtissant son propre empire. Ses premières conquêtes consolidèrent son contrôle sur l'Asie centrale. Il soumit les principautés voisines, pacifia les tribus rebelles et sécurisa les routes commerciales reliant la Perse à la Chine. Il lança ensuite plusieurs campagnes contre les Khwarezmchahs, détruisant leurs principales villes. Il conquit progressivement l'ensemble de la Perse, où plusieurs dynasties locales furent renversées. Malgré les destructions provoquées par ses guerres, il conserva les administrateurs persans et s'appuya largement sur leurs compétences pour organiser son empire. À partir de 1385, Tamerlan envahit le Caucase. Les royaumes chrétiens de Géorgie et d'Arménie subirent plusieurs invasions dévastatrices. De nombreuses forteresses furent prises et plusieurs villes incendiées. Il affronta ensuite la Horde d'Or dirigée par Tokhtamych, ancien allié devenu rival. Après plusieurs années de guerre, Tamerlan remporta des victoires décisives lors des campagnes de 1391 et 1395. Il détruisit les grandes capitales de la Horde, notamment Saraï, provoquant un affaiblissement durable de cette puissance qui dominait les steppes russes.

En 1398, il tourna ses armées vers le Sultanat de Delhi. Les armées indiennes furent vaincues près de Delhi. La ville fut ensuite prise et largement pillée. Les chroniques rapportent d'immenses massacres et la déportation de nombreux artisans vers Samarcande. Cette expédition permit à Tamerlan d'amasser un immense butin sans chercher à annexer durablement l'Inde. Au début du XVᵉ siècle, il s'attaqua à la plus grande puissance musulmane d'Anatolie, l'Empire ottoman dirigé par Bayezid Ier. Les tensions provenaient de la volonté des deux souverains de contrôler les principautés turques d'Anatolie. En 1402 eut lieu la célèbre Bataille d'Ankara. Grâce à sa supériorité tactique et à la mobilité de sa cavalerie, Tamerlan infligea une défaite écrasante aux Ottomans. Bayezid Ier fut capturé. Après Ankara, Tamerlan reçut les ambassades de nombreuses puissances étrangères, notamment de royaumes européens qui voyaient en lui un contrepoids à l'expansion ottomane. Toutefois, il ne manifesta aucun intérêt pour une alliance durable avec les États chrétiens, poursuivant avant tout ses propres ambitions impériales.

Son empire atteignait alors son extension maximale. Il englobait la Transoxiane, la Perse, l'Afghanistan, une grande partie du Pakistan actuel, l'Irak, des portions de la Syrie, du Caucase, du Kazakhstan, du Turkménistan, de l'Ouzbékistan, du Kirghizistan et de l'ouest de la Chine. En 1404, Tamerlan prépara une immense expédition contre la dynastie Ming afin de restaurer la domination mongole sur la Chine. Il rassembla une armée gigantesque, mais mourut durant la campagne, en février 1405, près d'Otrar, à l'âge de soixante-huit ans. Son corps fut ramené à Samarcande et enterré dans le magnifique Gur-e Amir. Après sa mort, ses fils et petits-fils se disputèrent le pouvoir. Malgré ces conflits, l'Empire timouride survécut plusieurs décennies. Le plus célèbre de ses successeurs fut Shah Rukh, qui rétablit une certaine stabilité et fit d'Hérat un brillant centre culturel.

Sous les Timourides, Samarcande, Hérat et d'autres villes furent embellies par des mosquées monumentales, des médersas, des jardins et des palais. Les architectes développèrent un style caractérisé par de vastes coupoles recouvertes de céramiques bleues, des mosaïques raffinées et de hautes façades décorées de calligraphies. La culture timouride reposait sur un remarquable mélange d'héritages. Les traditions militaires demeuraient largement inspirées des peuples turco-mongols des steppes. L'administration, la littérature et la philosophie s'appuyaient principalement sur la culture persane. L'islam sunnite constituait la religion officielle, tout en coexistant avec diverses communautés chrétiennes, juives, bouddhistes et hindoues dans certaines régions de l'empire. Les souverains timourides encouragèrent activement les sciences. L'un des plus célèbres fut Ulugh Beg, petit-fils de Tamerlan. Excellent mathématicien et astronome, il fonda à Samarcande l'un des plus grands observatoires astronomiques du XVe siècle. Ses tables astronomiques furent parmi les plus précises avant l'époque moderne et exercèrent une influence durable sur les sciences islamiques. 

À partir du milieu du XVe siècle, les Timourides furent progressivement affaiblis par les rivalités dynastiques et les attaques de nouveaux peuples turcs, notamment les Ouzbeks dirigés par Muhammad Shaybani. En 1507, la majeure partie de leurs possessions d'Asie centrale était perdue. L'héritage de Tamerlan ne disparut cependant pas avec son empire. Son descendant Babur, chassé d'Asie centrale, conquit le nord de l'Inde en 1526 et fonda l'Empire moghol. Les Moghols revendiquèrent à la fois l'héritage de Tamerlan et celui de Gengis Khan, perpétuant pendant plus de trois siècles les traditions politiques et culturelles timourides.



En librairie - Stanley Stewart, L'Empire des Steppes, Hoëbeke, 2004. - René Grousset, L'Empire des Steppes (un classique), Payot, réed. 1989. Jean-Paul Desroches, L'Asie des steppes, d'Alexandre le Grand à Gengis Khan, RMN, 2001 (Beaux livres). - Patrice Amarger, La domination du monde, Robert Laffont, 1995-99, 3 vol. : I - Les fils de Gengis Khan, II - La fureur des Tartares, III - La Volonté du ciel.

Collectif, Au pays sacré des anciens Turcs et des Mongols, RMN (Beaux livres). - Jean-Paul Roux, Histoire de l'Empire mongol, Fayard, 1993. - Collectif, Mongolie : Pasteurs, guerriers, empereurs, Actes Sud (Beaux Livres), 2003. - Collectif, Samarcande, 1400-1500 - la cité oasis de Tamerlan, coeur d'un empire et d'une renaissance, Autrement, 1995.-

Voyageurs d'hier et d'aujourd'hui : R. Gonzalez de Clavijo, La route de Samarkand au temps de Tamerlan (1403-1406) , relation du voyage de l'ambassade de Castille à la cour de Timour Beg, Imprimerie nationale, 2002. - Guillaume de Rubrouck, Voyage dans l'empire mongol, Imprimerie nationale, 1997. - G. Timkovski, Voyage à Pékin, à travers la Mongolie de 1820 à 1821, Kimé, 1993. - Gildas Flahaut, Les carnets mongols, Glénat Editions, 1997. - Etienne Dehau, Voyage en Mongolie, Hermé, 2001. - Peuples du Monde, Mongolie, Sibérie, Mandchourie, L'Adret, 2000. - Alain Chenevière, Asie centrale, les fils de tamerlan : Turkménistan, Uzbékistan, Kazakhstan, etc., Vilo, 1998. - Du même, Voyage en Orient sur laes traces de Marco Polo, Vilo, 1996. 

Jean-Paul Roux, Les Explorateurs au Moyen âge, Hachette, 1995. - Michèle Gueret-Laferte, Sur les routes de l'Empire mongol (ordre et rhétorique des relations de voyage aux XIIIe et XIVe siècles), Honoré Champion, 1994. 

Jean-Paul Roux, L'Asie centrale, histoire et civilisations, Fayard, 1997. - Du même, La religion des Turcs et des Mongols, Payot, 1994, etc.


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