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Raphaël
(Raffaello Santi) est appelé aussi quelquefois Sanzio,
nom que lui donne Vasari et sous lequel ses contemporains
le désignaient souvent, qui vient peut-être d'une déformation
latine de Santi, Sanctius, redevenue en italien Sanzio. Il signait Raffael
(ou Raphael)
Urbinas. Cet homme, qui n'allait vivre que trente-sept
ans et qui, mourant en sa pleine jeunesse, avait produit un nombre prodigieux
d'oeuvres, est l'un des peintres les plus célèbres de tous
les temps. L'un des plus merveilleux artistes de la Renaissance ,
peintre, architecte et sculpteur, il était né à Urbin
en 1483, le 6 avril, si l'on s'en rapporte au texte de l'épitaphe
que composa après sa mort, survenue le vendredi saint 6 avril 1520,
son ami Bembo (vixit annos XXXVII integer integros);
le 28 mars, si l'on croit Vasari qui le fait naître le vendredi saint
de l'année 1483; ces deux dates, basées l'une et l'autre
sur ce qu'il mourut le jour anniversaire de sa naissance, n'ont pas d'autre
autorité; on ne peut s'empêcher toutefois de noter que Vasari
a fait ailleurs de graves erreurs de dates à propos de la jeunesse
de Raphaël. C'est celle du 6 avril qui a été inscrite
sur la maison où il est né, dans la rue qui monte de la place
du marché vers la campagne, la «-contrada
del Monte », aujourd'hui « contrada di Raffaello
». Son bisaïeul, Perezzollo Santi, marchand, s'était
établi à Urbin vers 1450, venant d'un bourg du duché,
Colbodolo, que menaçaient les armes des Malatesta. Son père,
Giovanni Santi, était peintre et poète, protégé
du duc Federigo de Montefeltro; il avait offert en 1469 l'hospitalité
à Piero della Francesca. Il devait avoir déjà un certain
âge quand Raphaël naquit.
Raphaël perdit sa mère Magia
Ciarla, le 7 octobre 1491 : on croit la reconnaître dans une fresque
de Giovanni qu'on voit dans sa maison. Giovanni se remaria le 25 mai suivant
avec la fille d'un orfèvre, Bernardine Parti, mais mourut bientôt,
le 1er aoüt 1494. Il avait quelquefois
fait poser son fils pour ses Sante conversazioni, ainsi dans la
Sainte Famille de l'église San Domenico, à Cagli.
Avant de mourir, il donna pour tuteur à son fils son frère
Bartolommeo, prêtre; mais Raphaël fut élevé aussi
par le frère de sa mère, Simone di Battista Ciarla, et il
lui garda toujours un très profond attachement. Il paraît
certain que Raphaël ne se rendit à Pérouse qu'en 1499,
puisque le Pérugin, voyageant de ville
en ville, ne s'y fixa qu'à ce moment-là. Raphaël vécut
donc à Urbin
ses seize premières années, et l'on doit tenir compte de
l'influence de milieu qu'eut sur son génie cette nature de petite
ville intime et retirée sur sa hauteur, dans un pays de montagnes,
divers et calme, avec ses grands horizons où la mer se laisse apercevoir;
il avait assurément appris de son père à dessiner,
et dans Urbin, où le duc Federigo di Montefeltro, qui mourut en
1482, avait vu terminé le beau palais de Laurana, il a connu au
palais même la peinture
de Melozzo da Forli et celle de Justus de Gand, et il a vu Signorelli
peindre à San Spirito; il a pris des leçons de Timoteo della
Vite, revenu à Urbin en 1495, élève de Francio. Dans
son oeuvre de jeune homme, on ne peut attribuer à cette époque
que quelques dessins du Livre de Venise
: des têtes copiées sur le tableau de Justus de Gand et le
Massacre
des Innocents .
Raphaël arrive en 1499 à Pérouse
qui est alors une grande ville de 40 000 habitants, et il entre chez le
Pérugin,
de trente-sept ans plus âgé que lui, à l'atelier de
la via Deliziosa, non pas comme apprenti, mais comme compagnon. Le Pérugin,
qui commence les fresques du Cambio, en est au plus beau temps de sa vie;
il
entretient les meilleurs rapports avec son nouvel élève.
Et en même temps il peint le
Sposalizio du musée de
Caen ,
en 1499 ou en 1500. On ne peut précisément déterminer
la part de Raphaël dans les travaux que fit à ce moment Pérugin;
l'on croit cependant quelquefois pouvoir reconnaître sa main : ainsi
dans la Vierge
de la Nativité ou dans telle figure de la Résurrection
du Vatican .
Le jeune homme, passionnément épris
de l'art de son maître, à la beauté calme, reçoit
la première et la plus forte de ces influences que son extrême
impressionnabilité lui fera subir jusqu'en ses plus grands jours
de puissance; et il étudie aussi le Pinturicchio, alors présent
à Pérouse. A l'atelier, il a connu Giovanni di Pietro, dit
lo Spagna, qui demeurera toujours son ami et qui, par sa précoce
admiration pour lui, peut être considéré comme le premier
de ses élèves, bien que l'influence de l'un sur l'autre ait
été réciproque; et leurs deux manières sont
à ce moment si semblables que l'on a pu souvent attribuer à
Raphaël le Saint Etienne du Spagna de la galerie de Bergame .
Raphaël a déjà copié dans son travail d'étude
des morceaux du Pérugin, on a conservé
dans la sacristie de San Pietro de Cassinensi, à Pérouse,
la copie à la détrempe d'un fragment de la Famille de
la sainte Vierge qui est au musée de Marseille, l'Enfant
Jésus
caressé par le petit saint Jean, et voici qu'à dix-huit
ans il commence son oeuvre de peintre en composant, dans la convention
du type ombrien, ces vierges à mi-corps, exquisement douces, les
yeux baissés vers l'Enfant : de 1501 et de 1502 sont la Madone
Solly, la Vierge entre saint Jérôme et saint François,
du musée de Berlin ,
dont il existe des études à l'Albertine, et la Vierge au
livre, de l'Ermitage. En 1503, Maddalena degli Oddi lui commanda pour l'église
San Francesco le Couronnement de la Vierge, et il peint le beau
tableau qui est aujourd'hui à la galerie du Vatican : dans la partie
inférieure, les apôtres rangés autour du tombeau vide
avec la symétrie ombrienne; dans la partie supérieure, le
Christ
couronnant la Vierge. Il avait fait pour ce tableau, comme d'ailleurs
il le fit toujours par la suite, de nombreux dessins d'études :
on en voit un à Lille, au musée Wicar, où l'on peut
noter que Raphaël par le manque de modèles de femmes à
Pérouse, était obligé de faire poser des jeunes gens.
Le Vatican possède aussi les trois compartiments de la prédelle
du Couronnement : l'Annonciation ,
dont le carton est au Louvre ;
l'Adoration des mages
et la Présentation au temple, dont on voit des études
à Oxford.
En 1503, Raphaël, tandis que son maître
est appelé à Florence ,
se rend à Città di Castello, ou son arrivée a été
préparée par le duc Guidobaldo di Montefeltro qui s'y est
réfugié pour échapper à César
Borgia. Il y peint pendant son séjour une bannière pour
l'église de la Trinité représentant sur ses deux faces
la Trinité
et la Création d'Eve ,
que possède le musée municipal de le ville, et trois grandes
oeuvres : le Couronnement de saint Nicolas de Tolentino, pour le
couvent des Augustins
où il resta jusqu'en 1784, mais, cédé alors au pape
Pie VI, il figura, mais en fragments, au Vatican, d'où il disparut
en 1798 lors de l'entrée des Français : on ne le connaît
plus que par les dessins de Lille et d'Oxford; le Christ en croix
avec la Vierge, sainte Marie-Madeleine ,
saint Jean et saint Jérôme, et deux anges qui recueillent
le sang des mains, pour une chapelle de la ville, et qui maintenant est
à Londres ,
dans la galerie de Mond; enfin le Sposalizio de la Brera de Milan ,
daté de 1504 : il fut exécuté à Citta di Castello
pour l'église San Francesco de Pérouse, dans la conception
exacte de celui du
Pérugin qui est au
musée de Caen ,
mais, outre que Raphaël l'a transformé par la valeur de la
pensée, il faut observer que le sujet du mariage de la Vierge était
à cette époque compris par tous les peintres sous cette forme
déterminée et habituelle, et l'on en trouve la trace jusque
chez Albrecht Dürer. Raphaël se rendit
aussi à Sienne, ou l'avait mandé le Pinturicchio, occupé
à décorer le
Libreria du Dôme; il est difficile
de préciser la date, de son voyage, mais l'on est porté à
croire qu'il fut antérieur à celui de Città, car,
outre que le Pinturicchio avait commencé ses fresques dès
1502, en 1504 on trouve Raphaël à Città, à Urbin
et à Florence .
Au surplus le travail qu'il fit à Sienne est demeuré obscur;
on a cru, à voir telle feuille du Livre de Venise ,
qu'il avait seulement copié comme étude certains morceaux
de fresques, mais le Pinturicchio n'a pu l'appeler à Sienne que
pour s'y faire aider par lui, et d'ailleurs le dessin d'Aeneas Sylvius
se prosternant devant le pape Eugène IV, de la collection du
duc de Devonshire ,
et celui des Fiançailles de Frédéric III et d'Eléonore
de Portugal ,
de la casa Baldeschi à Pérouse, établissent, par leur
dissemblance même avec la fresque, que Raphaël fit pour son
ami, de trente ans plus âgé que lui et qui était presque
son maître, des études et des projets, mais non des cartons,
comme l'insinue Vasari, qui n'aimant pas le Pinturicchio,
s'efforce absurdement d'attribuer l'oeuvre presque entière à
Raphaël.
Le jeune maître avait entrevu déjà
l'Antiquité à Pérouse, mais c'est à Sienne
qu'il dut en avoir la révélation devant ces Trois Grâces
dont il fit une étude. A Sienne, il connut le Sodoma, et ce fut
là sans doute qu'il composa son premier sujet profane, cet
exquis Songe du chevalier, autrefois au palais Borghèse,
depuis 1847 à la National Gallery de Londres ,
allégorie renouvelée d'Hercule entre le Vice et la Vertu.
Peut-être cependant le peignit-il à Urbin
où il retourne au printemps de 1504 : il y est reçu à
la cour des Montefeltro et y rencontre Balthasar Castiglione, qui écrit
alors sur la cour son Cortegiano et qui sera l'un des plus fidèles
amis du peintre. Le 1er octobre,
la duchesse Giovanna della Rovere, soeur du duc, lui donne une lettre de
recommandation pour le gonfalonier de Florence ,
Sodérini.
On pense qu'il fit à Urbin le petit
Saint
Georges, si intéressant par la recherche nouvelle du mouvement,
de l'ancienne collection de François Ier,
et le petit Saint Michel, peint sur le revers d'un damier, acquis
par
Louis XIV des héritiers de Mazarin,
tous les deux au Louvre ;
Schmarsov croit cependant qu'ils furent exécutés à
Florence
en même temps que le Saint Georges de l'Ermitage, inspiré
d'un bas-relief de Donatello
à Or San Michele dont il existe un dessin aux Offices et qui avait
été commandé par le duc d'Urbin pour le roi Henri
VII. Raphaël arrive à Florence pendant l'automne de 1504. Les
derniers dessins du Livre de Venise
datent de cette époque, de 1505 ou 1506.
Le Livre d'esquisses, composé
de cinquante-six feuillets dessinés au recto et au verso, attribué
quelquefois au Pinturicchio, quelquefois à Girolamo Genga, et par
Springer à une réunion de peintres ombriens, semble pouvoir
être aujourd'hui considéré définitivement comme
l'oeuvre de Raphael qui le commença vers 1497 : seul, d'ailleurs,
Raphaël a pu subir les influences très diverses qu'on y rencontre.
Ce livre précieux, acheté à Parme au commencement
du siècle par un peintre de Milan, appartient maintenant à
l'Académie de Venise, où il est exposé par feuillets
séparés; on peut y noter les Trois Grâces ,
la Déposition de Croix d'après Mantegna,
des études de têtes, un très joli portrait
de jeune fille, un Ange
jetant des fleurs sûr la tête d'un vieillard, des études
de madones et le délicieux Massacre des Innocents.
De la fin de l'année 1504, au milieu
de l'année 1508, Raphaël réside à Florence ,
mais il s'en absente à de longues reprises. Il n'a pas cette superbe
situation de prince de l'art qu'il aura à Rome
et qui l'y retiendra, travaillant pour des Jules Il, des Léon X,
des François Ier,
ou des banquiers riches comme Chigi. On ne voit pas que Soderini s'y occupe
de lui, et il n'est protégé que par des amateurs, tels que
Lorenzo Nasi, ou Taddeo Taddi, ou Angelo Doni. Aussi y continuera-t-il
ses allées et venues des années précédentes,
ce qui ne l'empêchera pas, infatigable malgré la délicatesse
de sa nature, de produire pendant ces trois, ans un nombre extraordinaire
d'oeuvres. Dès son arrivée à Florence, il fait les
portraits d'Angelo Doni et de sa femme, Maddalena Strozzi,
qui sont ses premiers portraits peints et qu'on voit au palais Pitti, ainsi
que le Portrait d'une femme enceinte, exécuté à
la même époque. Et voici qu'apparaît l'influence de
Léonard
de Vinci, ou, pour mieux dire, le contrecoup éprouvé
par Raphaël à la vue de ses oeuvres. Très épris
de cette ardente vie d'art de Florence, toute nouvelle pour lui, plus éloignée
encore de celle de Pérouse que la vie de Pérouse ne l'était
de celle d'Urbin ,
il semble, ne s'en rapportant qu'à son âge, vouloir étudier
encore, et il regarde passionnément les fresques de Masaccio
et les bas-reliefs de Ghiberti.
Mais ce qui l'impressionna alors plus que toute autre chose, ce fut, en
1506, les cartons de Michel-Ange et de Léonard
pour la Guerre de Pise: à ce moment l'art de Léonard
le séduit davantage, comme on peut le voir très précisément
dans des dessins d'Oxford ou de Venise ;
plus tard, à Rome, ce sera celui de Michel-Ange, quand il aura par
surcroît la vision de la Sixtine. Dès le printemps de 1505,
il est reparti pour Pérouse, ou il exécute alors deux oeuvres
importantes : la première est la grande Sainte Famille peinte
pour le couvent de Saint-Antoine, aujourd'hui en Amérique : la Vierge
avec l'Enfant Jésus et le petit saint Jean, ayant à l'un
de ses côtés sainte Cécile et saint
Paul, à l'autre sainte Catherine d'Alexandrie
et saint Pierre; dans le tympan, Dieu le Père entre des anges; dans
les cinq compartiments de la prédelle, maintenant dispersés
et qui firent partie de la collection du Régent, Saint François
d'Assise
et
Saint Antoine de Padoue ,
dans la galerie de Dulwich; le Christ au Jardin des oliviers, à
lady Burdett Coutts; le Portement de croix, de l'ancienne collection
Miles; le Christ mort, à Mme Dawson. La seconde oeuvre de
Pérouse, en 1505, est la première fresque de Raphaël
qu'il peignit, sur la demande des camaldules ,
pour l'église San Sévéro; il n'en fit que la partie
supérieure, qui a été endommagée et mal restaurée,
représentant le Christ au-dessus d'un hémicycle de six saints
portés sur des nuages la figure supérieure de Dieu le père
a disparu; les camaldules attendirent jusqu'à sa mort qu'il vint
en faire la partie inférieure, et c'est alors seulement, en 1521,
qu'ils la confièrent au Pérugin
vieilli, qui exécuta péniblement son travail au-dessous de
celui de son élève, ou il pouvait cependant reconnaître
sa propre manière. Il y commença probablement aussi la Madone
commandée par les Ansidei, pour la chapelle des servites
de l'église San Fiorenzzo la Vierge avec l'Enfant Jésus,
entre saint Jean-Baptiste et saint Nicolas de Bari, toute pérugine
encore en sa composition symétrique, dont il existe au Louvre
un très beau dessin et un autre à Lille. Au commencement
de 1506, Raphaël est à Urbin où, sans doute, il s'est
rendu de Pérouse directement : il y peint le
Portrait de femme
inconnue de la Tribune des Offices, celui de Bembo, qui a été
perdu, ainsi que ceux du
Duc d'Urbino et de la Duchesse Elisabeth;
il y peint aussi le petit tableau des Trois Grâces, au musée
de Chantilly ,
et son propre portrait, aux Offices. Passavant estime que Raphaël
alla ensuite à Bologne, où il se lia d'amitié avec
le Francia, mais ce voyage reste incertain, et les relations excellentes
des deux peintres ne furent peut-être qu'une amitié de lettres.
L'oeuvre principale de Raphaël à
Florence
fut la représentation de la Madone, dont tout son travail est alors
comme une étude ininterrompue. L'apparence conventionnelle de ces
tableaux d'autel ,
qu'on a pu attribuer au grand nombre des commandes faites au peintre pendant
ces deux ou trois ans, s'atténue cependant à les beaucoup
regarder. On y trouve qu'en répétant un sujet si habituel
aux peintres qui l'ont précédé, il l'a simplifié
en cherchant dans la répétition du sujet la nouveauté
de l'expression, ce pendant que dans l'harmonie il s'efforçait vers
la beauté, et il arrivait à la perfection virginale de ses
Madones de Florence. C'est au reste cette perfection même qui fait
de son art comme un modèle définitif, et lui donne cette
forme académique dont la régularité parfois nous lasse,
mais il faut dire que la convention de Raphaël est surtout faite pour
nous des conventions qu'elle engendrera. Müntz a groupé ingénieusement
les Madones de Florence, d'après les personnages qui figurent dans
le tableau et qui par leur nombre déterminent une forme de groupement,
en permettant ainsi de les mieux connaître. Dans une première
catégorie, la Vierge est seule avec l'Enfant : après les
premiers dessins très ombriens du Louvre ,
d'Oxford et celui de la collection Malcolm, où l'on a cru reconnaître
la soeur de Raphaël, née du second mariage de son père,
voici la première oeuvre florentine : la Vierge du grand-duc,
du palais Pitti, dont un dessin est aux Offices; la Petite Madonede
lord Cowper, peinte vers 1505, aujourd'hui au château de Panshanger;
la Madone de la maison Tempi, à Munich, dont le carton est à
Montpellier, au musée Fabre; la Petite Madone de la maison d'Orléans ,
autrefois au régent, rachetée de nos jours par le duc d'Aumale
pour le château de Chantilly; la Madone de la maison Colonna,
peinte vers 1507, au musée de Berlin ,
très proche de la Madone de la maison Nicolini, de 1508,
appartenant à lord Cowper, au château de Panshanger. Dans
une deuxième catégorie, à la Vierge et à l'Enfant
viennent s'adjoindre le petit saint Jean ou d'autres personnages, et la
composition des figures, devenues plus nombreuses, s'y présente
ordinairement avec la forme d'une pyramide; voici la Madone du duc de
Terranuova, avec saint Jean-Baptiste et un autre enfant, peinte vers
1505, demeurée longtemps à Gênes ,
puis à Naples
où, en 1854, elle fut achetée 30 000 écus par le roi
de Prusse
pour le musée de Berlin ;
la belle
Vierge dans la prairie du musée de Vienne, peinte
pour Taddeo Taddi, devenue au XVIIe siècle
la propriété des Habsbourg; la
Vierge
au chardonneret
de la Tribune des Offices, dont il y a des desssins
à Lille, à Oxford et à Vienne, peinte comme cadeau
de noces pour Lorenzo Nasi, et qui, retrouvée en pièces dans
l'éboulement du palais Nasi, en 1548, fut réparée
avec un admirable soin; la Belle Jardinière du Louvre, signée
et datée de 1507, qui faisait partie de la collection de François
Ier, et qui par sa date précise
ne peut être, comme on l'a cru souvent, le tableau laissé
inachevé par Raphaël à son départ de Florence,
et terminé par Ghirlandajo : il existe de ce tableau, où
le maître merveilleux est arrivé à l'extrême
pureté de la beauté, une esquisse au Louvre même et
un dessin à la pierre noire au château de Holkam, et aussi
de nombreuses copies, à Avignon ,
à Dresde, à l'Albertine; la Sainte Famille à l'agneau ,
du musée du Prado à Madrid ,
toute proche de Léonard, où avec saint Joseph la composition
se modifie; la Sainte Famille au palmier ,
de la galerie Bridgewater, autrefois au régent, dont le Louvre a
un dessin; la Sainte Famille de la maison Canigiani de Munich (études
à Chantilly et à l'Albertine), où le groupement devient
plus nombreux en restant intime, formé de la Vierge avec l'Enfant
Jésus auprès de sainte Élisabeth et du petit saint
Jean que, debout, saint Joseph domine; et, dans une composition plus grande
encore, la Vierge au baldaquin du palais Pitti, commandée
par les Dei, royalement solennelle, majestueuse et qui prépare à
la composition des Vierges romaines : Raphaël s'est lié à
ce moment avec Fra Bartolommeo, et il entrevoit par lui toutes les libertés
de la peinture, apparues déjà dans cette oeuvre qu'il laissa
inachevée en quittant Florence et qui fut terminée par plusieurs
peintres. Il faut compter encore l'esquisse d'une Sainte Famille,
au musée Wicar, donnée à Domenico Alfani, qui en fit
un tableau, et la Madone avec l'Enfant Jésus endormi, qui a été
perdue ainsi que la Vierge à l'oeillet dont il existe des
copies anciennes au Louvre et au palais Spada, à Lucques. Raphaël
avait aussi terminé la Madone Ansidei, datée de 1506,
qui, de l'église San Fiorenzo de Pérouse, où elle
fut remplacée par une copie, passa dans la galerie des ducs de Malborough
et fut en 1885 achetée 1 750 000 F par le gouvernement anglais
: les trois compartiments de la prédelle représentant la
vie de saint Jean-Baptiste ont été dispersés l'un
d'eux est la propriété du marquis de Lansdowne. Sainte
Catherine d'Alexandrie de la National Gallery, également de
1507, première apparition de ce qui sera plus tard la Sainte
Cécile de Bologne.
A Florence ,
on dit que Raphaël eut pour modèle une marchande de fleurs,
une fioraja, qui fut aimée de lui et qui donna son nom à
la Belle Jardinière du Louvre ,
et il est intéressant de noter, à côté de celle
de grands peintres, cette influence plus intime de la femme dont la suavité
inspira ses oeuvres de tendresse, alors que bientôt à Rome
la magnifique Fornarine allait servir de modèle à ses plus
puissantes figures de femmes.
Après l'exposition des cartons de
la Guerre de Pise, il avait fait un premier dessin de la Déposition
de Croix, où se traduit l'émotion ressentie à
la vue de telles oeuvres, où se sent le désir d'égaler
toute beauté : Atlanta Baglioni lui avait commandé, en mémoire
de ses souffrances de mère, un tableau d'autel pour, l'église
San Francesco de Conventuali de Pérouse; après avoir songé
à une Déposition de Croix, Raphaël fit la
Mise au tombeau, de la villa Borghèse, qu'il termina en 1507,
oeuvre mouvementée à l'excès et violente, où
l'on a vu l'influence de Mantegna, qui avait
composé le même sujet copié autrefois par lui dans
son cahier d'esquisse, à côté de celle de Michel-Ange
: emporté d'admiration pour le tout-puissant maître florentin,
Raphaël tenta d'exprimer l'effort physique, mais pour sentir d'une
manière saisissante combien il en est incapable en sa délicatesse,
il suffit de regarder les trois délicieux panneaux composant la
prédelle de ce tableau même, qui sont aujourd'hui dans la
galerie du Vatican, la Foi, l'Espérance et la Charité,
et qui, rapprochées en pensée de l'oeuvre, lui donnent en
leur exquise simplicité un aspect théâtral; de très
nombreuses études, plus purement belles, avaient été
faites de la Mise au tombeau, qui sont au Louvre ,
aux Offices, au British Museum, à Oxford, à l'Albertine;
ce tympan du tableau d'autel, peint sans doute par un de ses élèves,
est maintenant dans la galerie de Pérouse. En 1507, Raphaël
se rendit à Pérouse pour la mise en place de son oeuvre,
et aussi à Urbin, mais il ne doit pas y avoir séjourné.
Et ce fut vers le milieu de 1508, qu'il reçut de Bramante,
son compatriote et peut-être son parent, une lettre qui l'appelait
à Rome; il dut y partir sans tarder; en tous cas, il y était
installé au mois de septembre.
A vingt-neuf ans, Raphaël arriva à
Rome, et l'on peut assurer que jamais un autre homme n'eut à cet
âge un tel passé derrière lui. Bramante, très
puissant à la cour de Jules II, lui y a préparé une
bienvenue, et aussitôt le pape, dans sa brusque admiration, commence
à lui confier la décoration des Chambres. Dans cette Rome
admirable où il entre, ainsi que Michel-Ange,
pour en augmenter la splendeur, sa jeunesse glorieuse est fêtée
par tous, et, sans jamais désirer la solitude où se complaît
Buonarroti, dans ce milieu ardent de luxe et de beauté, il devient
l'ami du savant Bembo, et d'Inghirami, et de l'élégant Bibbiena,
tous prélats dont il fera les portraits, et des riches banquiers
Chigi et Altoviti : Balthazar Castiglione viendra l'y rejoindre, l'Arioste
passera auprès de lui, Erasme aussi. On
a remarqué que dans cette pléiade, d'un éclat magnifique,
d'artistes et d'amateurs, ni les uns ni les autres n'étaient de
Rome, mais que tous ils étaient venus à Rome, de Florence
ou de Mantoue ,
d'Urbin ou de Sienne; il faut noter cependant qu'on y trouve moins d'artistes
qu'à Florence qui reste leur séjour naturel; Rome est leur
lieu d'éclat. Raphaël, chargé par le pape de peindre
à la fresque la chambre de la Signature (Stanza della Signatura),
tout auprès de l'oratoire
de Nicolas V où
Fra Angelico avait travaillé
et au-dessus de l'appartement Borgia que venait de décorer le Pinturicchio,
s'y absorbe de 1508 à 1511 et il parfait là un ensemble de
peintures qui va être, avec celui de la chapelle Sixtine, le plus
beau du monde; Jules II, avec sa fougue d'enthousiasme et dans sa violence
d'autoritaire, a congédié le Sodoma qui avait commencé
à la peindre, le Pérugin et Signorelli,
et, quand il aura vu la Dispute du Saint-Sacrement terminée,
il donnera l'ordre de détruire tout ce que ces peintres ont fait
pour que le,jeune maître puisse de son seul pinceau décorer
les quatre chambres : Raphaël peut cependant conserver certains morceaux,
de son maître surtout, et, lorsqu'il dut effacer une oeuvre de Piero
della Francesea, il en fit auparavant faire une copie. Il est intéressant
d'observer ici, comme phénomène psychologique de la vie de
Raphaël, à l'heure où il commence les chambres, une
surélévation subite de son génie causée par
la sublimité de sa tâche et par le désir aussi de se
montrer digne de la confiance qu'il inspire. L'Urbinate se mit à
l'oeuvre, tandis que, tout voisin de lui, Michel-Ange peignait les voûtes
de la Sixtine; il devait représenter, dans une synthèse de
la pensée humaine, la théologie, la philosophie,
la poésie et la jurisprudence. Certes la plus grande liberté
lui fut laissée dans la composition de ses sujets, et il put à
son gré créer des figures idéales, mais, bien que
l'on ne soit à même de rien affirmer, il reçut vraisemblablement
des conseils et des indications de quelque érudit de la cour de
Jules II, comme Bembo ou Sadolet, on lit qu'il trouva dans leur habituelle
conversation les éléments de ces sujets mêmes, ce qui
semble résulter d'un rapprochement entre les fresques de la signature
et l'habitude des écrivains de la Renaissance de fêter les
grands hommes en en faisant des groupements. Cependant, les élèves
de Giotto avaient peint autrefois à Florence
des représentations semblables à Santa Maria Novella en mêlant
les figures allégoriques aux personnages réels : Raphaël,
lui, sépare des personnages réels les figures allégoriques
qu'il place sur la voûte d'où elles dominent les scènes
dont elles sont les symboles. Après de très nombreuses études
souvent diverses, dont les plus importantes sont au Louvre ,
à Chantilly, à Windsor, à Oxford, à l'Albertine,
à l'institut Staedel de Francfort, il peignit, d'abord la Dispute
du Saint-Sacrement, conçue encore, malgré sa puissance,
dans la symétrie ombrienne, et dont la partie supérieure
est un majestueux développement de la fresque de San Severo : c'est
le triomphe de l'Eglise - et non une discussion ni une controverse - où,
de deux côtés, des Pères de l'Eglise, suivis de moines
et de laïques parmi lesquels se voient Dante
et Savonarole, rendent gloire à l'hostie,
tandis qu'au-dessus d'eux, célestement portés sur un nuage
formé d'une multitude d'anges, des saints et des personnages de
l'Ancien Testament à
la suite de la Vierge et de Saint-Jean-Baptiste sont rangés autour
du Christ, et qu'au sommet plane dominante la figure de Dieu le Père .
Emporté par le succès, Raphaël,
se libérant du passé, ose tout ce que son génie lui
propose, et il peint alors avec la plus prodigieuse liberté l'École
d'Athènes, poétique d'une académie ouverte à
tous les penseurs, dont Aristote et Platon
sont le centre, avec des groupements magnifiquement larges et divers de
maîtres et d'élèves comme Diogène; il y multiplie
les portraits, le duc de Mantoue, le duc d'Urbin, Bramante
et Archimède et lui-même à côté du Pérugin;
cette fresque, dont on peut voir le carton préparé dans l'architecture
de l'Ambrosienne de Milan, est vraiment dans sa composition inattendue
l'oeuvre nouvelle de la Renaissance ;
Raphaël y est arrivé tout à coup à l'apogée
de son art, maître de ses facultés souveraines, ne pouvant
plus la dépasser lui-même que par le pouvoir de l'émotion,
ainsi qu'il le fera dans quelques-uns de ses cartons pour les tapisseries
de la Sixtine.
Puis, passant à une expression de
l'enchantement poétique émané de l'enchantement féminin,
il peint le Parnasse, dont il existe des études à
Oxford, à l'Albertine et au musée Wicar (Apollon
tenant une lyre), son oeuvre peut-être la plus rare par une extraordinaire
union du charme et de la grâce, à laquelle rien ne peut être
comparé : Apollon, parmi les blanches muses, jouant du violon, comme
d'anciens peintres l'avaient représenté déjà,
et
Homère, maître de la poésie,
Virgile
et Dante encore, et Pétrarque
et le monde des poètes, au milieu desquels se tient Sapho en qui
l'on a cru voir le portrait de la célèbre courtisane Imperia;
il s'y joue des difficultés qui lui sont créées par
la disposition architecturale. En face du Parnasse, ayant des difficultés
semblables à vaincre, il pose, avec une étonnante sûreté,
la figure de la
Prudence réunie par des anges aux figures
de la Force et de la Modération, tandis que le droit
canon et le droit civil sont marqués dans les panneaux inférieurs
par deux tableaux historiques : Grégoire
IX publiant les Décrétales, avec des portraits de
Jules II et du futur Léon X, et Justinien
promulguant les Pandectes. Au plafond de la Signature, d'une forme
irrégulière, il a peint dans des médaillons, en un
ton de tapisserie, les figures allégoriques de la Philosophie,
de la science, de la Justice et de
la Poésie, et a placé dans les angles Adam
et Eve ,
Apollon et Marsyas ,
le Jugement de Salomon
et l'Etude de la sphère céleste, maîtresse de
science, conservant les petits panneaux où le Sodoma avait peint
des scènes mythologiques. Les boiseries des soubassements
ornées par Jean de Vérone
furent remplacées par des grisailles de Perino del Vaga.
On peut considérer, en suivant la
théorie de Hettner sur l'idée des fresques
du Vatican ,
que Raphaël, dans la chambre de la Signature, venait de faire apparaître
le nouvel idéal de l'humanité dans une harmonie de l'art,
de la science et de la religion et qu'il allait après cela représenter
dans les autres chambres la glorification de l'Église et de la Papauté.
En 1512, il commence la chambre d'Héliodore, peinte presque en entier
de sa main, à l'exception de certaines parties du plafond, bien
qu'il commence à s'adjoindre Jules Romain (Giulio Romano) : cependant
qu'il s'oriente ici vers l'histoire dramatique, recherchant le mouvement
tout en gardant intacte la représentation de l'idée, une
nouvelle manière apparaît sous sa couleur qui, sous l'influence
évidente de Sébastien del Piombo, devient plus foncée,
prend des tons de brique et en même temps des duretés, qu'elle
conservera, sauf peut-être dans les cartons des tapisseries et dans
la Galatée, jusqu'en ses dernières oeuvres. Dans cette
chambre d'Héliodore, où se note la préoccupation du
pape de raconter sa propre histoire dans les victoires de l'Eglise et où
se présente l'histoire allégorique par l'allusion du passé
au présent, Raphaël, ayant à dire l'Eglise rendue victorieuse
par le secours de Dieu, peint d'abord, en suivant le texte des Macchabées,
Héliodore
chassé du temple, sujet qui représente l'expulsion des
Français des Etats de l'Eglise et auquel assiste, regardant, immobile,
le magnifique emportement des figures de droite, Jules II porté
sur la « sedia » dont un des porteurs, habillé de blanc,
est le graveur Marc-Antoine : pour la première fois, on voit ici
la Fornarine, dans le groupe des femmes agenouillées. Il exécuta
la même année la Messe de Bolsène, peinte en
arc comme le Parnasse, au-dessus d'une fenêtre qui n'est pas
au milieu du mur, où les portraits prennent une importance considérable
et qui figure la défaite des hérétiques et la réforme
intérieure. Ce fut alors que Jules II mourut, le 20 février
1513. Raphaël, qui allait avoir trente ans, perdant un aussi grand
protecteur, put trembler un instant pour l'avenir de l'oeuvre entreprise,
mais le nouveau pape allait l'aimer, sinon avec plus d'enthousiasme encore,
du moins avec un goût plus vif : c'était Léon X.
Dès son arrivée à
Rome jusqu'à la mort de Jules Il, si absorbé qu'il soit par
ses fresques du Vatican, Raphaël a fait d'autres travaux, d'abord
de nombreuses Madones. Sa peinture devient plus religieuse, et peu à
peu il oublie la suavité pour s'en aller vers la grandeur; voici
la seconde Madone de la galerie Bridgewater, dont il existe à
la National Gallery une ancienne copie flamande, dans la manière
de ses Vierges ombriennes : la Vierge au voile, du Louvre ,
appelée aussi le Sommeil de l'Enfant Jésus, achetée
par Louis XV aux princes de Carignan
en 1743, dont il existe des copies anciennes, chez le duc de Bridgewater
et dans la sacristie de la cathédrale de Tolède; la Madone
Aldobrandine avec l'Enfant Jésus et le petit saint Jean, sur
un fond de ruines antiques, acquise par la National Gallery en 1865; la
Madone
de Lorette, commandée par le cardinal
Riario pour l'église Santa Maria del Popolo, qui a été
perdue, mais dont il existe de nombreuses copies anciennes, notamment au
musée de Naples; la Vierge de la maison d'Albe, au musée
de l'Ermitage (études au musée Wicar); la
Vierge au
poisson, du musée du Prado, avec Tobie présenté
par l'archange Raphaël, peinte vers 1512 pour l'église San
Domenico de Naples, transportée de Naples en Espagne par les vice-rois
en 1656; la Sainte Famille du musée de Naples; une Madone avec
l'Enfant debout, qui a été perdue; la Vierge de Foligno,
commandée par Sigismond Conti pour l'église de l'Ara-Cœli,
où, dans les airs, la Vierge apparaît glorieuse, tenant l'Enfant
en ses bras, tandis que, sur terre, sont saint Jean-Baptiste et saint
François d'Assise ,
et, près du donateur, saint Jérôme. Un bolide ( Cronologies
: Météorites) semble également
représenté sur ce tableau célèbre, peint vers
1512 dans un chaud coloris, qui témoigne l'influence de Sébastien
del Piombo (galerie du Vatican).
Puis, des portraits. Raphaël n'a pas
été un peintre de portraits : on peut s'en convaincre en
remarquant qu'il n'a jamais fait que ceux de ses protecteurs ou de ses
amis, mais il a le goût des portraits, les multipliant sur des fresques
quand ils ne sont pas son sujet même, et il en fait des choses admirables.
De cette époque sont le Portrait de Jules Il qu'il peignait,
au dire de Passavant, trois fois de sa main : l'original est sans doute
celui des Offices qui figura, autrefois, dans l'église Santa Maria
del Popolo; celui du palais Pitti n'est peut-être qu'une copie vénitienne;
celui de la National Gallery, autrefois au palais Falconieri, est donné
par le catalogue
comme authentique; celui de Berlin est une copie qui provient de l'ancienne
collection Giustiniani: le carton est au palais Corsini, à Florence
le Portrait de Bindo Altoviti, depuis 1806 à Munich, acheté
alors 49 000 F; les deux portraits de Margherita, appelée la
Fornarina, l'un, les seins nus, au palais Barberini, l'autre aux Offices,
attribué souvent à Sébastien, peint assurément
sous son influence, mais trop parfait pour être de lui-même,
dont il existe une copie par Sassoferrato à la villa Borghèse;
et celui de Frédéric de Gonzague, détruit sans
doute dans le sac de Mantoue. En 1512. après avoir vu la Sixtine,
Raphaël peint aussi sur un pilier de l'église Saut Agostino
la fresque du Prophète Isaïe, que lui a commandée
Jean Goritz, et qui a été fortement restaurée en 1555
par Daniel de Volterra. Il fait les dessins du
Massacre des Innocents
et de la Mort de Lucrèce qui, gravés, sont les premières
oeuvres de Marc-Antoine. Et l'on trouve encore à cette époque
des sonnets de lui écrits au revers d'études pour la Dispute
du Saint-Sacrement.
La faveur de Léon X, qui fut si
dur à Michel-Ange, permet à
Raphaël de suivre sa magnifique fortune. En 1515, il continue à
peindre la chambre d'Héliodore et, substituant la gloire de Léon
X à celle de Jules II, il compose Saint Léon le Grand
vainqueur d'Attila (étude au Louvre ),
en souvenir de la victoire que le nouveau pape remporta jadis sur les Français
à Novare, et la Délivrance de saint Pierre, en trois
parties, avec de curieux effets de lumière, qui représente
la délivrance du cardinal
de Médicis,
prisonnier des Français à Milan après la bataille
de Ravenne. Les peintures de la voûte ,
Dieu
apparaissant à Noé ,
le Sacrifice d'Abraham ,
le Songe de Jacob
et le Buisson ardent, sont considérées aujourd'hui comme
ayant été exécutées surtout par Jules Romain,
dans une coloration de mosaïque. En 1514, il est chargé de
la décoration d'une troisième chambre à la suite des
deux premières, la Tour Borgia, appelée depuis la Chambre
de l'Incendie. A partir de ce moment commencent à se montrer partout
les élèves de Raphaël, et, le maître, surchargé
de travaux, s'en fait aider de plus en plus, laissant envahir son oeuvre
par eux : on doit remarquer cependant qu'il y eut toujours entre ses élèves
et lui une extraordinaire union intellectuelle et qu'il faisait d'eux,
par la fascination qu'il exerçait, de véritables expressions
de lui-même, ce qui explique que sa part d'exécution soit
parfois difficile à établir.
Dans la Tour Borgia, il laisse au plafond
les jolies peintures du Pérugin, et, commençant
ses études, il envoie en 1515 à Albrecht
Dürer le carton de la Bataille d'Ostie, qui est à
l'Albertine : il ne peint de sa main que l'Incendie du Bourg, où
le pape Léon IV, sur les marches de Saint-Pierre, éteint
un incendie par l'élévation de la croix, dont les Offices
et l'Albertine possèdent des études, et il abandonne à
Perino del Vaga et à Jean d'Udine l'exécution de la Bataille
dOstie, du Serment de Léon III et du
Couronnement
de Charlemagne, où le pape et
l'empereur sont représentés sous les traits de Léon
X et de François Ier.
Les figures des soubassements - ce sont ici des princes ayant rendu des
services à l'Église - peintes par Jules Romain sur les dessins
de Raphaël, ont été plus tard, ainsi que ceux des deux
chambres précédentes, complètement repeintes par Carlo
Maratta. La Chambre de !'Incendie terminée en 1547, Raphaël
se préoccupa de décorer la quatrième chambre, la plus
vaste de toutes, où il devait représenter, avec le triomphe
de Constantin, la fondation du christianisme d'État. Après
avoir peint les autres chambres à la fresque et y avoir essayé
des procédés divers, il avait le projet de peindre cette
grande salle à l'huile; mais il ne peut en commencer les dessins
qu'en 1520, composant l'énorme carton de la Bataille de Constantin,
magnifique apparition de foule remuée (il en existe un dessin au
Louvre), qui ne fut exécuté qu'après sa mort par Jules
Romain; il dessina aussi les figures des Vertus, et l'on croit que celles
de la Douceur et de la Justice, peintes à l'huile sur une
préparation à la chaux, d'après le procédé
de Sébastien del Piombo, furent peintes sous ses yeux; il dessina
peut-être aussi des figures de papes; mais il est étranger
à tout le reste de la décoration qui fut faite bien plus
tard par Francesco Penni et Raffaello del Colle.
Cependant, en 1515, à la mort de
Bramante,
il était devenu, désigné par Bramante lui-même,
directeur des constructions du Vatican. Raphaël, qui avait suivi les
leçons de son ami et dont le goût pour l'architecture s'était
souvent montré dans ses oeuvres peintes, avait déjà
construit, dès son arrivée à Rome, la petite église
Sant Éligio degli Orefici, près du Tibre et non loin du palais
Farnèse, avec les coupoles latérales que Bramante avait projetées
pour Saint-Pierre. Différant là comme ailleurs de Michel-Ange
par une soumission constante à des lois, il arrive sans audace à
une grande beauté; il s'était adonné, du reste, à
une étude approfondie de l'architecture, se faisant faire pour son
usage une traduction de Vitruve. Architecte du
Vatican, il termina les galeries de la cour Saint Damase, en trois étages
de loggie, dont on peut à peine imaginer la beauté
depuis un siècle qu'elles ont été fermées par
des vitres pour la conservation de leurs ornements, et il décora,
probablement à partir de 1515, la galerie supérieure, contiguë
à la salle de Constantin. C'est dans la voussure
de ces loges que sont peintes les scènes de l'Ancien Testament
qu'on a appelées la Bible de Raphaël; mais il faut bien
noter que Raphaël ici fait une oeuvre d'architecte et qu'il y est,
plus que nulle part ailleurs, directeur de travaux; il donne des dessins
pour la décoration en stuc, qu'exécute Jean d'Udine, leurs
innombrables motifs inspirés souvent des Thermes de Titus,
comme pour les sujets peints de la voussure. On doit douter même
qu'il ait, ainsi que le dit Vasari, donné
des dessins pour toutes les peintures des loges qui commencent - il y en
a quatre dans chacune des treize arcades
- par Dieu séparant la lumière des ténèbres,
où se retrouve le mouvement du Dieu
Créateur de Michel-Ange, se terminent
par la Sainte Cène ,
tandis que se déroulent l'histoire d'Adam
et d'Eve ,
celles de Noé ,
d'Abraham ,
d'Isaac ,
de Jacob, de Joseph ,
de Moïse ,
la conquête de la Palestine, l'histoire de David
et celle de Salomon ;
les scènes du Nouveau Testament
n'occupent que la treizième arcade. Dans les trois dernières
loges, l'inspiration même de Raphaël ne peut pas se reconnaître
: il donna des esquisses pour les dix premières jusqu'à l'histoire
de Josué, peignant peut-être lui-même, comme indication,
le premier sujet, Dieu séparant la lumière des ténèbres,
peut-être aussi l'Éve du Péché originel.
Mais dans ce magnifique ensemble où, parmi la beauté des
paysages, la petitesse et l'éloignement du sujet, comme le remarque
Burckhardt, gardent leur valeur par la simplification du mouvement, on
sent la main trop lourde des élèves, de Jules Romain, de
Francesco Penni, de Perino del Vaga, de Raffaelle del Colle, de Pellegrino
de Modène, de Polidoro, de Vincenzo de San Gimignano.
Nommé, en 1515, architecte de la
fabrique de Saint-Pierre, en 1516, surintendant des édifices antiques,
il est chargé de la surveillance générale des fouilles.et
il fait des restitutions, qui ont été perdues, de la plupart
des monuments antiques de Rome. Comme architecte de Saint-Pierre, il fit
surtout des travaux de consolidation, et il substitua sur les plans, au
moyen d'arcades ajoutées, la croix latine à la croix grecque
de Bramante que devait reprendre encore Michel-Ange.
Il avait, en 1515, suivi Léon X à Florence
et pris part à un concours pour la façade de San Lorenzo,
avec San Gallo, les Sansovino, peut-être Léonard, et Michel-Ange,
qui l'emporta; ce fut sans doute alors qu'il donna les plans du palais
florentin Panidolfini-Nencini. En 1516, il dirige la continuation de la
villa Madama, élevée près de Rome pour le cardinal Jules
de Médicis, plus tard Clément
VII, aujourd'hui ruinée, et dont il confie l'exécution
à Jules Romain et aux San Gallo; il fait les plans du palais Vidoni,
près de Sant Andrea del Valle, qu'exécute Lorenzetto, et
il restaure sur le mont Coelius l'église de la Navicella. Ses travaux
pour Agostino Chigi datent du même temps.
La
Dame au Voile (1516).
Source
: @rt
Gallery, Raffaelo Sanzio.
Quant au palais du Borgo, qu'il allait
habiter près de Saint-Pierre, sur la place Scossa Cavalli, et où
il devait mourir, c'est par Bramante qu'il avait
été construit. Pendant le travail des loges, et tout auprès
d'elles, Raphaël s'était occupé de la décoration
de la chambre de bains du cardinal Bibbiena, qu'on ne voit plus depuis
soixante ans; il y avait raconté, avec l'idée conductrice
de la toute-puissance de l'amour, l'histoire de Vénus
et de Cupidon
en six compositions peintes par ses élèves : la Naissance
de Vénus, Vénus et l'Amour assis sur des dauphins ,
Vénus
blessée se plaignant à l'Amour, Jupiter
et Antiope ,
Vénus
retirant une épine de son pied et Vénus et Adonis ,
le septième tableau, Vulcain
et l'Amour, ne devant pas lui être attribué sous chacun
d'eux était un triomphe de l'Amour conduit par des cygnes ,
par des tortues, par des serpents ;
il en existe à l'Ermitage des copies anciennes. Il peignit aussi
des divinités planétaires sur la voûte
de la grande salle des Pontifes de l'appartement Borgia. On peut placer
ici les dessins des Douze Apôtres
dont l'exécution a disparu sous d'autres peintures (ceux qui figurent
aux piliers de San Vincenzo et Anastasio ont été faits d'après
les gravures de Marc-Antoine), et les fragments d'Alexandre et Roxane
(dessins au Louvre, au British Museum et à Budapest ;
copie à la sanguine par Sodoma à l'Albertine), transportés
à la villa Borghèse de la villa située près
de la porte du Peuple, maintenant en ruines, et qu'on avait nommée
villa de Raphaël. Pour le Tir des dieux, le dessin en est assurément
de Michel-Ange, ainsi que le prouve un dessin
de Windsor, dont Raphaël possédait une copie, peut-être
faite par lui, sur laquelle il avait écrit à Michele Angelo,
Buonarroti, et qui se trouve à Milan. Quant aux fresques qu'il peignit
ou qu'il prépara entre 1515 et 1518 pour la Magliana, qui était
une maison de campagne des papes aux environs de Rome, elles se, composaient
du Martyre de sainte Cécile ou de sainte Félicité,
qui a été détruit, et du Père Eternel bénissant
le monde, non peint de sa main, qui a été acquis, en
1883, par le Louvre, 207 000 F.
Dès 1540, Raphaël était
entré en relation avec le riche banquier Agostino Chigi, pour lequel
il allait faire ses oeuvres de la Farnésine, de Santa Maria della
Pace et de Santa Maria del Popolo. Aussitôt il s'occupe de la villa
que se faisait élever Chigi par Baldassare
Peruzzi, villa dont le Tibre baignait les jardins, et, outre qu'il
construisit une loggia qui donnait directement sur le fleuve et des écuries
pour 100 chevaux qu'une rectification du Tibre a fait disparaître,
on doit lui attribuer une part de collaboration dans la délicieuse
Farnésine elle-même. Et, en 1513, tandis qu'il peint la chambre
d'Héliodore, il peint aussi pour un des panneaux de la villa de
Chigi, le Triomphe de Galatée ,
ouvre merveilleuse de légèreté. Puis il fait, en 1514,
cet autre morceau capital des Sibylles
de la Pace (études à Chantilly), fresque grandiose où
apparaissent, inspirées par des anges, la Tiburtine, la Cuméenne,
la Phrygienne et la Persique : l'influence ressentie de Michel-Ange
laisse éclater le génie propre de Raphaël. Timoteo Viti,
le maître de son enfance, devenu son disciple, peignit au-dessous
d'elles les Prophètes. Ce fut en 1546 qu'il donna les plans:
de la chapelle Chigi, placée dans la nef gauche de Santa Maria del
Popolo, et qui devait être la chapelle funéraire du banquier;
il en fit la décoration, composant le carton de la coupole, Dieu
le Père entouré de planètes, que traduisit en
mosaïque de verre un artiste de Venise ,
Luigi della Pace, et même prépara le modèle de la statue
de Jonas et des bas-reliefs de l'autel qu'exécuta son élève
Lorenzetto. Enfin, en 1518, il entreprit, pour la grande loggia inférieure
de la Farnésine, les dessins de l'Histoire de Psyché ,
dont il prend le sujet, en l'adaptant à son idée; dans les
Métamorphoses
d'Apulée que Béroalde le jeune vient
de traduire. Jules Romain et Francesco Penni peignirent, souvent avec lourdeur,
ces compositions exquises où la forme semble plus belle que jamais,
tandis que Jean d'Udine était chargé des parties décoratives.
Sur le long plafond droit, divisé par le milieu, furent représentés
en deux grands tableaux Psyché dans l'Olympe
et le Banquet des dieux aux noces de Psyché, et, sur les
voussures
tombantes du plafond, en dix pendentifs Vénus désignant
Psyché aux traits de l'Amour, l'Amour montrant Psyché aux
Trois Grâces ;
Vénus reprochant à Junon
et à Cérès
de protéger Psyché, Vénus traversant les airs sur
un char attelé de colombes ;
Vénus implorant Jupiter ,
Mercure envoyé
à la poursuite de Psyché (qui a été copié
par Ingres), Psyché revenant des enfers,
Psyché aux genoux de Vénus, Jupiter embrassant l'Amour, Psyché
montant au ciel avec Mercure; dans les lunettes, au-dessous des pendentifs,
furent peints quatorze Amours avec les attributs des dieux. Raphaël;
ayant terminé ses dessins en 1549, commença à composer
une suite de l'Histoire de Psyché, sans doute pour les murs
de la loggia, qui ne nous est connue que par des gravures et que plus tard
Michel Coxie compléta ou développa. Pendant les travaux,
le plus souvent il habitait la. Farnésine, et l'on raconté
que, patte l'y retenir davantage, Chigi y avait donné un appartement
à sa Fornarina si aimée.
Au milieu de tant de travaux dont la multiplicité
nous semble prodigieuse autant que la diversité, le puissant artiste
au corps délicat fait encore en 1515 et 1516 une de ses plus grandes
oeuvres; les cartons que Léon X lui a demandés pour faire
exécuter en Flandre des tapisseries qui, placées au-dessous
des fresques latérales, devront compléter la décoration
de la Sixtine. Il composa les dix cartons de la première série
avec des sujets tirés des Actes des Apôtres
: la Pêche miraculeuse, la Vocation de saint Pierre
(« Pais mes brebis! »); la Guérison du boiteux,
le Châtiment d'Ananie; le Martyre de saint Etienne,
la Conversion de saint Paul, l'Eblouissernent du magicien Elymas,
le Sacrifice de Lystra, Saint Paul en prison et la Prédication
de saint Paul à Athènes. Les peignant lui-même,
Raphaël en fit ses étonnants tableaux ou la beauté de
l'École d'Athènes paraît dépassée
encore : dans ces scènes dramatiques ou profondes, se détachant
sur des fonds du paysage ou d'architecture; toutes empreintes de sublimité
religieuse, il est arrivé au plus haut degré de l'émotion
par la simplicité du geste, et il a peut-être peint, dans
le Christ, de la Vocation de saint Pierre, sa figure la plus admirable.
Aussitôt exécutées à Bruxelles, probablement
dans l'atelier de Pieter van Aelst, sept des tapisseries furent mises en
place aux murs de la Sixtine le 26 décembre 1518, jour de la fête
de saint Etienne; les trois autres furent prêtes l'année suivante.
Las belles bordures, composées en partie par Raphaël aidé
de Francesco Penni et de Jean d'Udine, représentaient dés
scènes de la vie de Léon X et des sujets païens et chrétiens.
On a retrouvé au Vatican, en 1869,
une onzième tapisserie, le Couronnement de la Vierge, qui
avait orné l'autel de la Sixtine, faite seulement d'après
une esquisse de Raphaël, peut-être celle d'Oxford, et qui n'était
arrivée à Rome que sous Paul Ill. D'autres copies des cartons
furent faites au XVIe siècle par
les tapissiers de Bruxelles : ainsi les suites de Madrid ,
de Berlin
et de Vienne; François Ier
en avait une, qui a été détruite à la
fin du XVIIIe siècle; Charles Ier,
en avait fait copier à la fabrique de Mortlake une suite qui est
aujourd'hui au Garde-Meuble, et Louis XIV en
fit tisser une aux Gobelins ;
la suite de Dresde provient aussi de la fabrique de Mortlake; celle qu'on
voyait autrefois à Lorette avait dû être tissée
à Urbin. Léon X lui avait commandé une autre suite
de cartons qui devaient représenter des scènes de l'enfance
et de la mort du Christ, mais Raphaël ne fit que de petits dessins
: les tapisseries nouvelles, exécutées seulement en 1530,
font face aux autres dans la galerie des « Arazzi ». Le pape
n'avait pas réclamé aux tapissiers de Bruxelles les cartons
qui, après avoir été découpés pour la
facilité du travail, furent dispersés : la Conversion
de saint Paul et saint Paul en prison, qui, au reste, avaient
été exécutés sans doute par ses élèves,
furent perdus ainsi que la Lapidation de saint Étienne. Rubens
trouva les autres et engagea Charles
Il, à les acheter; après la mort du roi, Cromwell
les fit acquérir par le gouvernement; réparés seulement
sous Guillaume III, ils furent alors placés à Hampton-Court
où ils restèrent jusqu'en ces dernières années
et ou ils furent copiés par Baudry ils fout aujourd'hui la gloire
du musée de Kensington.
Raphaël qui avait fait des dessins
pour les bordures de ses tapisseries, comme aussi pour des mosaïques,
en fit encore pour des pièces d'orfèvrerie et pour des travaux
de marqueterie, comme aussi pour le carrelage des loges. Il avait, dès
1540, dessiné deux plats pour Agostino Chigi, qu'on croit reconnaître
dans deux dessins de Dresde et d'Oxford, qui furent exécutés
en bronze par un orfèvre de Pérouse, Cesarino di Francesco.
Mais, si l'on a quelquefois fait de lui un peintre de majoliques,
c'est en le confondant avec Raffaello Ciarla d'Urbin, sans doute son parent,
bien qu'il ait pu fournir des esquisses pour la céramique .
Il donna, en outre; des dessins pour un vase à parfums qui devait
être offert à François Ier,
pour un coin de monnaie que voulait faire frapper Laurent
de Médicis; duc d'Urbin, et pour une de ces médailles
que l'on attachait au chapeau, et il composa les décors pour les
Suppositi
de l'Arioste; on ne croit plus que la jolie fontaine
des Tortues à Rome soit de lui. Quant aux ouvrages de sculpture ,
en dehors de ceux de la chapelle Chigi, l'invention du groupe de l'Enfant
mort porté par un dauphin, et meme une partie de son exécution
sont vraisemblablement de lui.
Et cependant, de 1513 à 1520, si
constamment occupé qu'il soit par Léon X et par Agostino
Chigi, il peint un grand nombre de tableaux religieux et de portraits :
d'abord l'admirable portrait du pape lui-même; Léon X avec
les cardinaux Jules de Médicis et Louis de Rossi, peint vers
1548, exposé à Paris
en 1797, aujourd'hui au palais Pitti, dont il existe une copie par André
del Sarte au musée de Naples; puis celui du prélat Fedra
Inghirami, avec un strabisme fortement indiqué dans une curieuse
poursuite de la réalité, dont l'original est au palais Inghirami
à Volterra et dont l'exemplaire du palais Pitti n'est qu'une copie
contemporaine; ceux de Navagero et Beazzano, qui ont été
perdus, et dont la belle copie ancienne du palais Doria peut être
de Polidoro; le Cardinal Bibbiena, du palais Pitti, et le Portrait
du cardinal Alidosi, de Madrid ,
qui n'est, comme on l'a cru longtemps, ni l'original ni la réplique
du Bibbiena de Florence ;
les portraits, qui ont été perdus, de Tebaldeo et
de Laurent de Médicis, neveu du pape (il existe de celui-ci
une très belle copie ancienne au musée Fabre de Montpellier),
et celui de Julien de Médicis, que l'on a cru reconnaître
dans un portrait acheté par la cour de Russie et dont il existe
aux Offices une copie par Bronzino; celui de Balthasar Castiglione,
au Louvre ,
peint en 1546, qui appartint à Charles Ier,
puis passa à Amsterdam, fut copié par Rubens,
et dont Rembrandt fit un dessin qui est à
l'Albertine : venu ensuite dans la collection de Mazarin, il passa dans
celle de Louis XIV; Castiglione fut peint une
seconde fois par son ami, en 1549; l'original en est sans doute au palais
Torlonia, à Rome; le Portrait de Jeune homme accoudé,
du Louvre, qui passait autrefois pour un portrait du peintre; celui de
Jeanne
d'Aragon ,
vice-reine de Naples, au Louvre, demandé par le cardinal Bibbiena
pour François Ier, dont une partie
doit avoir été peinte par Jules Romain, et qui fut apporté
à Paris en 1518 (copié par Sassoferrato à la National
Gallery et copie hollandaise au palais Doria) : transporté sur toile,
le Primatice le nettoya en 1540; celui du Joueur
de violon (collection Alph. de Rothschild), daté de 1518, portrait
d'un improvisateur de la cour de Léon X, qu'on pense pouvoir être
Andrea Marone de Brescia. La Dame au voile, du palais Pitti, n'est
qu'un ouvrage bolonais, considéré comme la copie d'un original
perdu du maître; quant aux Portraits d'hommes, du Louvre,
qui ne représentent ni Raphaël ni son maître d'armes,
ils sont attribués maintenant à Sébastien del Pombio
ou à Pontormo; le beau Portrait de jeune homme, du musée
Fabre, est donné par Passavant comme étant de Ghirlandajo.
Dans le même temps, Raphaël
continue la série de ses Madones, sollicité de les composer,
mais y prenant toujours un grand goût, tandis qu'il modifie son idéal
religieux.
Citons : la Madonna del l'Impannata,
du palais Pitti, commandée par Altoviti, peinte en grande partie
par deux de ses élèves; il en existe une esquisse dans la
collection royale d'Angleterre; la Madone della Tenda, de Munich,
autrefois en Angleterre, dont le duc de Devonshire possedait l'esquisse
(copie à Turin );
le Couronnement de la Vierge, du Vatican, pour le couvent de Monte-Luce,
près de Pérouse, préparé par Raphaël et
peint seulement après sa mort par ses élèves;
la
Vierge, Sainte Élisabeth, l'Enfant Jésus caressant le jeune
saint Jean, appelé aussi la Vierge au berceau, et la
petite Sainte Famille du Louvre ,
donnée par Raphaël au cardinal de Boissy, et achetée
par Louis XIV à Loménie de Brienne,
peinte, croit-on, par le Garofalo ou Jules Romain vers 1517 : il était
autrefois recouvert par un volet
qui en a été détaché et sur lequel est peinte
en grisaille une figure de l'Abondance; la Sainte Famille sous le chêne,
qui semble peinte en partie par Francesco Penni, bien qu'elle soit signée,
et qui est au musée du Prado ainsi que la Vierge à la
rose et la Visitation; la Vierge aux candélabres,
autrefois au palais Borghèse et qui, après avoir appartenu
à M. Munro, à Londres ,
est maintenant à New York, avec deux anges qui ont été
ajoutés. De plus en plus il représente la Vierge puissante
et glorieuse, la magnifiant jusqu'à la beauté surnaturelle
de la Madone de Saint-Sixte.
Il peint la Sainte Famille de François
Ier, signée « Raphaël
Urbinas pingebat Romae » et datée de 1518, qui est au
Louvre ,
offerte en présent à lamine de France, par le second
Laurent
de Médicis, lors de son mariage, et payée par le pape
elle était recouverte de volets
peints doublés de velours vert qui ont été détruits
pendant la Révolution; transportée sur toile, elle fut nettoyée
par le Primatice en 1540, ainsi que le portrait
de Jeanne d'Aragon et la Sainte Marguerite; Mignard
la copia : le carton, donné par Raphaël au duc de Ferrare ,
a été perdu. Le maître, comme on le voit à certaines
lourdeurs de couleurs, s'y était fait aider par Jules Romain, ainsi
qu'il le fit aussi dans la Sainte Famille, dite la Perle,
du musée du Prado, autrefois dans la collection de Charles Ier.
Ils firent la Vierge à la chaise, du palais Pitti, dont le
musée Wicar possède deux esquisses; et Raphaël arrive
à cette oeuvre suprême de la Madone de Saint-Sixte,
apparue au ciel, tenant l'Enfant en ses bras, tandis que sur terre sont
agenouillés le pape saint Sixte II et sainte Barbe et que deux petits
anges, accoudés à une balustrade, levant la tête, la
contemplent : tableau surhumain, exécuté d'un seul jet -
on n'en connaît ni étude ni esquisse - et entièrement
de la main de Raphaël; il l'avait peint sur toile, ce qui lui était
exceptionnel, pour le couvent de Saint-Sixte à Plaisance, où
ce tableau fut remplacé dans le cadre original par une copie du
XVIIIe siècle, quand Auguste III
l'acheta - 60 000 florins - en 1753 pour le musée de Dresde dont
elle est le trésor, bien qu'un érudit de la ville, le Dr
Ludwig Zelinck, ait cru pouvoir se permettre d'en contester l'authenticité.
Il composa, dans une réminiscence
pérugine, l'esquisse appelée les Cinq Saints, le Christ
entre la Vierge et saint Jean-Baptiste avec saint Paul et sainte Catherine,
qui est au Louvre
et dont l'exécution, faite par ses élèves, se trouve
au musée de Parme; le Saint Jean dans le désert, des
Offices, commandé par le cardinal Colonna et que dut achever Jules
Romain : il en existe une réplique au Louvre qui, ayant été
prêtée à l'église de Longport, figura par erreur
dans la vente du duc de Maillé et, achetée 59 F par un marchand,
dut être revendiquée par l'État; la Sainte Marguerite,
du Louvre, de la collection de François Ier,
dont le musée du Belvédère a une réplique;
le
Saint Michel terrassant le démon ,
au Louvre aussi, signé et daté de 1518, offert à François
Ier, par Laurent de Médicis, où
l'on a vu une allusion à la puissance royale combattant le protestantisme ,
et qui rappelle le petit Saint Michel de 1507, dans une de ces répétitions.
Le
Portement de la Croix, 1517 (détail).
Source
: @rt
Gallery, Raffaelo Sanzio.
En 1517, il peint un de ses tableaux les
plus dramatiques, le Portement de Croix, du musée du Prado,
appelé la Spasimo di Sicilia, du nom du couvent de Palerme
pour lequel il avait été commandé : transporté
par un navire qui fit naufrage, il fut rejeté par la mer dans le
port de Gênes; Philippe IV le
fit enlever de Palerme, donnant en échange une rente perpétuelle
de 1 000 écus, et apporter à Madrid :
il a été restauré à Paris
en 1815 (belles copies anciennes au musée du Belvédère
et à Catane). Raphaël donne enfin, dans une représentation
du surnaturel, trois oeuvres de visions resplendissantes : la Sainte
Cécile, de la Pinacothèque de Bologne, entourée
de saints, avec un groupe d'anges au ciel, commandée en 1516 par
donna Élena Duglioli pour l'église San Giovanni in Monte
de Bologne, dont les accessoires furent peints par Jean d'Udine et qu'il
chargea son ami Francia de mettre en place (copiés par Guèdre
à Saint-Louis des Français, à Rome, et par Denys
Calvaert à la National Gallery); la Vision d'Ézéchiel,
du palais Pitti, prodigieuse esquisse peinte, composée pour le comte
Ércolani, de Bologne; et complétée sans doute par
Jules Romain : une copie en avait été achetée à
Bologne par Nicolas Poussin pour M. de Chantelou;
après avoir passé dans la galerie du duc d'Orléans,
elle est maintenant en Angleterre. Vient ensuite la Transfiguration .
Ce célèbre tableau avait été commandé
en 1519 par le cardinal Jules de Médicis
pour l'église de Narbonne dont
il avait obtenu le titre épiscopal de François Ier
Raphaël devait d'abord peindre la Résurrection, puis,
ayant beaucoup hésité, et après de nombreuses études,
dont on en voit plusieurs à l'Albertine, au Louvre
et à Oxford, il composa la Transfiguration, la représentant
en deux groupes, l'un céleste, l'autre terrestre, opposant au calme
d'en haut l'agitation d'en bas. Il la laissa inachevée. Jules Romain
devait la terminer - et l'on est tenté encore, pour ne pas toucher
à la gloire de l'exquis Urbinate, attribuant à l'élève
ce qu'il y a de dur dans toute la coloration en brique du groupe inférieur,
de lui attribuer aussi ce qu'il y a de conventionnel en de certains arrangements
- et toucher pour son travail 224 ducats d'or (Raphaël en avait reçu
655) : le cardinal de Médicis, en voyant une telle oeuvre et Raphaël
étant mort, ne voulut pas en priver Rome, et, tandis qu'il envoyait
à sa place, à l'église de Narbonne, la Résurrection
de Lazare de Sébastien del Piombo, pour laquelle Michel-Ange
avait donné des dessins et qui est aujourd'hui à la National
Gallery, il offrit la Transfiguration à l'église San Pietro
in Monterio, où elle resta jusqu'en 1797. Apportée alors
à Paris, elle y demeura sous l'Empire et fut soigneusement restaurée;
elle est depuis 1815 dans la galerie de peinture du Vatican, auprès
de la Madone de Foligno.
Raphaël mourut tandis qu'il travaillait
à la Transfiguration .
On a écarté définitivement le témoignage de
Vasari
sur les excès de plaisir qui le tuèrent; aucun document n'établit
non plus qu'il fut pris de froid après une course hâtive de
la Farnésine au Vatican; mais l'on croit après avoir été
saisi par la fraîcheur des ruines de Rome fut atteint d'une fièvre
qui, agissant sur sa nature délicate et fatiguée, le tua.
Pendant quatorze jours, Rome fut dans l'anxiété. Raphaël
éloigna de lui Margherita, à qui il assura les moyens de
vivre en honnête femme, et, ayant disposé de ses biens, il
mourut le soir du vendredi saint 6 avril 1520, dans cette maison du Borgo,
voisine de SaintPierre, que Bramante lui avait bâtie : il devait,
peu de temps avant sa mort, se construire un palais dans les environs de
Saint-Jean des Florentins. Parmi le deuil universel, il fut enterré
en grande pompe au Panthéon, dans la chapelle qu'il s'était
choisie, ayant constitué une rente perpétuelle et qui n'est
pas éteinte - pour son entretien: une statue de la Vierge, que fit
Lorenzetto, y fut placée suivant son désir; l'on y voit aussi
l'inscription funéraire de Maria Bibbiena, sponsa ejus, qui
avait été sa fiancée le cardinal Bibbiena, oncle de
la jeune fille, avait vivement pressé son ami de faire ce mariage,
mais elle mourut avant lui.
Quand on ouvrit en 1833 le cercueil de
Raphaël, on fit un moulage de son crâne dont les exemplaires
furent donnés à la ville d'Urbin ,
à l'Académie de Saint-Luc, à l'empereur d'Autriche
et au roi de Prusse ;
et son squelette fut dessiné par Camuccini. Raphaël était
de taille moyenne, ayant 1,68 m, bien proportionné, bien que son
cou fût long; il était châtain avec de très beaux
yeux noirs, et avait la mâchoire inférieure légèrement
avancée. Ses portraits sont nombreux : par son père, lorsqu'il
était tout enfant, à Urbin et à Cagli; par Timoteo
Viti, à l'âge de douze ans, à la villa Borghèse;
par lui-même, à vingt-trois ans, aux Offices: c'est son portrait
le plus connu et, en quelque sorte, le plus authentique; par lui-même,
à vingt-six ans, à mi-corps, avec un manteau de fourrure
: ce joli portrait, qu'il avait envoyé à Francia, n'est connu
que par la gravure et par un tableau de la collection Czartorisky; par
lui-même encore, dans l'École d'Athènes; par
Marc-Antoine, dans les dernières années fatiguées
de sa vie; on en voit aussi à Oxford, au palais Barberini et au
musée de Budapest. Raphaël menait à Rome une vie de
grand seigneur, mais il était modeste et affable, toujours bienveillant
avec ses élèves, généreux, comme il le témoigna
au vieux Fabius de Ravenne qu'il avait recueilli chez lui, lui faisant
traduire Vitruve, et resté assez simple
pour lui demander des conseils. Il était devenu fort riche : quand
il mourut, il avait une fortune d'environ 46 000 ducats d'or qu'il laissa
à ses parents, d'Urbin et surtout à ses élèves.
A la vérité, ceux-ci avaient occupé dans sa vie et
dans son oeuvre une place immense: Jules Romain, Paria del Vaga, Jean d'Udine,
Bagna Cavallo, Francesco Penni, Polidoro, qui avait commencé par
porter son mortier pour écraser les couleurs, Innocenzo da Imola,
Andrea da Salerno et tant d'autres. Jamais maître n'eut un aussi
grand nombre d'élèves et surtout ne fut aussi véritablement
leur maître : ils ne vivaient que par lui, et, comme leur vie était
une dépendance de la sienne, il existait une grande harmonie entre
eux. Son exceptionnelle situation lui avait attiré des élèves
de toutes les villes italiennes (de Rome il n'avait que Jules Romain),
et elle lui avait permis, satisfaisant ce goût ardent pour l'Antiquité
qu'il tenait de Bramante, d'envoyer des dessinateurs par toute l'Italie
et en Grèce même, lui chercher des documents; il s'était
composé de la sorte un riche portefeuille; et, ainsi entouré
d'aides, il avait pu entreprendre une restitution complète de la
Rome antique ( Antiguae urbis
Romae cum regionibus simulachrum; Rome, 1532). Depuis le XVIe
siècle, tous les graveurs de tous les temps et de tous les pays
ont gravé Raphaël : on citera seulement en France, comme oeuvres
d'ensemble, les Loges de Nicolas Chapron et celles de Calamatta.
Raphaël
(autoportrait, 1506).
Source
: @rt
Gallery, Raffaelo Sanzio.
Alors qu'ils étaient l'un et l'autre
en pleine gloire, l'on avait opposé naturellement Raphaël à
Michel-Ange
: rarement d'ailleurs une opposition fut plus caractérisée.
Aussi différents dans leur vie que dans leur art, jamais ils ne
sentirent le besoin de s'aimer, mais l'on a faussé violemment la
vérité en faisant d'eux des ennemis. dans la lutte qu'on
engagea entre eux, Michel-Ange, qui était le plus fort et le moins
fêté, se crut persécuté par Raphaël et
par Bramante et, dans sa volontaire solitude,
il prit pour allié ce Sébastien de qui Raphaël devait
tant apprendre comme de Michel-Ange lui-même. Mais il faut noter
que, appelé comme expert devant les Sibylles de la Pace,
Buonarroti en fut le plus noble admirateur, et que Raphaël s'estimait
heureux d'être né dans un temps où Buonarroti vivait.
Michel-Ange, qui ne devait presque rien à personne, disait que le
génie de l'Urbinate tenait plus de l'étude que de la nature:
Raphaël, en effet, absorbé dans un travail incessant, s'efforçait
constamment, d'un effort prodigieux, vers une perfection plus grande, s'inspirant
de tout ce qui lui apparaissait comme un témoignage nouveau de la
beauté;
aussi subit-il de très nombreuses influences, mais l'on doit remarquer
que, reçues par sa nature impressionnable, il les transforma toutes
dans sa conception personnelle - qui était géniale - de la
beauté dans l'harmonie. Ces influences sont, avec la part excessive
qu'il laissa prendre à- ses élèves dans son oeuvre,
les deux points les plus curieusement caractéristiques de sa vie.
C'est seulement d'ailleurs par une telle participation que l'on peut arriver
à comprendre l'immensité de la production de ses vingt années
de travail. Passavant, dans son remarquable catalogue, compte 248 oeuvres
de peinture authentiques, dont est riche toute l'Europe, et une centaine
d'autres qui, pour quelques-unes, sont aussi de lui; quant à ses
dessins, dont on voit de si riches collections au Louvre ,
au musée Wicar, au British Museum, à Chantilly, à
Oxford, à Venise ,
aux Offices, à l'Ambrosienne, à l'Albertine, à Windsor,
chez le duc de Devonshire, ils sont presque innombrables, et une grande
quantité en a été perdue : parfois l'on en retrouve,
ainsi une feuille d'études pour la Dispute du Saint-.Sacrement
dans
le Codex du P. Resta à l'Ambrosienne ( la
Gazette des beaux-arts du 1er
janvier 1900). Il se plaisait infiniment à dessiner, le faisant
avec une grande conscience, étudiant la figure nue avant de l'habiller,
toujours amoureux de la forme; sans doute il fut aussi maître de
la couleur, bien qu'il eût eu tort, après avoir peint le Parnasse,
de vouloir ressembler aux Vénitiens; mais il est davantage le maître
de la forme qu'il a conquise jusqu'en sa plus entière beauté,
arrivant à ce point de perfection qui devient le « modèle
», modèle que suivront passionnément, sans se préoccuper
de la nature, des myriades de peintres, qui sera la source de toutes les
conventions, et dont se réclameront avec un abus indiscret toutes
les renaissances académiques. Lui cependant fut toujours sincère,
inquiet sans cesse de la vérité, quoiqu'il eût en lui-même
cet idéal et il écrivait à Castiglione:
«
Il y a si peu de bons juges et de beaux modèles que je travaille
d'après une certaine idée que j'ai dans l'esprit ».
Il fut sincère en son art comme en
sa pensée, et alors qu'il représentait surtout dans son oeuvre
des sujets sacrés, il était non un peintre pieux, mais bien
un peintre religieux, touché par la sublimité religieuse
et cherchant dans sa croyance à se rapprocher de plus en plus de
l'idée chrétienne; au reste, si constamment épris
d'idéal qu'on l'a nommé dans toutes les langues le divin
Raphaël. (Etienne Bricon, c. 1900).
 |
En
bibliothèque - André
Chastel, La Gloire de Raphaël ou le triomphe d'Eros, Réunion
des musées nationaux, 1995. Bruno Santi, Raphaël, Scala,
1984.
En
librairie - Daniel Arasse, Les
Visions de Raphaël, Liana Levi, 2003; du même, L'Annonciation
italienne, une histoire de la perspective, Hazan, 1999; Pierluigi de
Vecchi, Raphaël, Citadelles et Mazenod, 2002; Andrea Emiliani,
(trad. Margarita del Campo), Raphaël : La Chambre de la signature,
Gallimard, 2002. Paul Joannides, Raphaël et son temps, dessins
du palais des Beaux-Arts de Lille, Réunion des musées nationaux,
2002; Collectif, Raphaël, Beaux-Arts Magazine, 2002; Bruno
Queysanne, Alberti et Raphaël, La Villette, 2002; Collectif,
Raphaël,
Grâce et beauté, Skira (catalogue d'expo), 2001; Konrad
Oberhuber, Raphaël, Ed. du Regard, 1999; Peter Hohenstatt,
Raphaël, Könemann, 1998; Dominique Cordellier, Bernadette
Py, Raphaël, son atelier, ses copistes, Réunion des
Musées nationaux, 1992; D. Cordellier et al., Raphaël, autour
des dessins du Louvre, Réunion des Musées nationaux,
1992.
Deux
polars, Iain Pears, L'Affaire Raphaël, 10/18 , 2001;
Jean d'Aillon, Nostradamus et le Dragon de Raphaël, Jean-Louis
Roos, Le Grand Châtelet, 2001.
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