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Autel

Un autel est une plate-forme élevée, ou simplement lieu haut, tertre de gazon ou de pierres, sur lesquels l'homme, dès la Préhistoire, offrit aux dieux des sacrifices ou déposa des offrandes, pour leur témoigner sa reconnaissance. On en trouve des exemples dans l'ancienne religion des Hébreux. Ainsi, dans la Bible, Abel offrait le premier-né de ses troupeaux; Caïn, les prémices de ses fruits; Abraham éleva la pierre du serment, et Jacob, passant le gué de Jaboc, construisit un autel grossier, qui rappela à ses enfants la miséricorde du Seigneur. Les descendants d'Abraham sacrifièrent à Yahveh sur des autels qu'ils élevaient tantôt dans un lieu, tantôt dans un autre. La loi de Moïse interdit les autels particuliers, pour ne pas favoriser le penchant à l'idolâtrie, et ordonna qu'il n'y aurait qu'un seul temple. Là furent placés deux autels : l'un, en bois de sittim, recouvert d'airain, fut destiné aux sacrifices; il était placé dans le parvis, en face de l'entrée du sanctuaire, avait 5 coudées en long et en large, 3 de hauteur (2,25 m, et 1,35 m), et un feu sacré y était perpétuellement entretenu; l'autre, placé dans le sanctuaire, devant le rideau du saint des saints, était revêtu de lances d'or, et servait à brûler les parfums. Quand le temple de Jérusalem remplaça le tabernacle de Moïse, l'autel des holocaustes eut, selon le 2e liv. des Chroniques, 20 coudées en long et en large, et 10 de hauteur (9 m sur 4,50 m) : dans le temple construit après le retour de la captivité de Babylone, il eut, selon Josèphe, 50 coudées en long et en large, et 15 de hauteur (25,50 m et 6,75 m).
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Autel de l'église Saint-Aignan, à Chartres.
L'autel de l'église saint-Aignan, à Chartres.

Les autels égyptiens étaient des monolithes en granit ou en basalte, de forme conique tronquée, évasés à la partie supérieure, ayant 4 pieds de haut environ, creusés en entonnoir, terminés par une ouverture qui traversait la pierre dans toute sa longueur, et couverts d'inscriptions hiéroglyphiques. Le musée du Louvre en possède un en basalte vert, d'un très beau poli. Par le trou dont l'autel était percé, on pouvait mettre le feu à des matières combustibles placées au-dessus, et faire croire qu'elles étaient incendiées par des feux surnaturels; supercherie fréquente chez les peuples anciens de l'Asie.

Les autels grecs, en bois dans le principe, plus tard en pierre, en marbre, et quelquefois en métal, sont remarquables par le goût qui a présidé à leur exécution. Peu élevés pour ne pas effacer la statue de la divinité, ils sont de diverses formes, carrés, ronds, oblongs ou triangulaires, creux pour les libations, et massifs pour les holocaustes. On les ornait de fleurs et de feuilles d'olivier pour Athéna, de myrte pour Aphrodite, de pin pour Pan; les sculpteurs imitèrent ces ornements, et la différence des feuilles, des fleurs et des fruits qui les décorent indique le dieu auquel les autels sont consacrés. On y voit aussi dans certains (aegicraneset bucranes) des têtes de victimes, des animaux ou des objets consacrés aux diverses divinités, des patères, des vases et autres ornements religieux, et des inscriptions rappelant le nom de la divinité, le motif de la dévotion, et le nom de celui qui les a élevés. 

Un autel pouvait être consacré à plusieurs divinités à la fois, quand il existait entre elles certains rapports : ainsi, l'on voyait, à Olympie, 6 autels, dont chacun était dédié à deux divinités. Le musée des antiques du Louvre possède un Autel des douze dieux, de forme triangulaire, beau monument de l'école attique, découvert à Gabies; on y voit en bas-relief les 12 grands dieux de la religion grecque. II y avait dans le temple de Délos un autel merveilleux, tout en cornes d'animaux, qui se soutenaient par leur seul entrelacement.

Les autels romains, peu différents de ceux des Grecs, étaient le plus souvent des piédestaux carrés, portant base, soubassements, guirlandes, ornements divers, emblèmes et inscriptions. On en plaçait dans les péristyles, en plein air, dans les bois sacrés, au pied des statues, aussi bien que dans les temples. Chaque temple avait ordinairement trois autels : le 1er, dans le sanctuaire, au pied de la statue du dieu; le 2e, appelé anclabris, et destiné à recevoir les offrandes et les vases sacrés; le 3e, à la porte du temple, pour les holocaustes. Ils devaient être, selon Vitruve, toujours tournés vers l'Orient, la renaissance du jour semblant manifester avec le plus d'éclat la puissance de la divinité. Les jours de fête, on les ornait de feuilles ou de branches de l'arbre consacré à chaque dieu, et de rubans ou bandelettes. Les Anciens professaient un grand respect pour les autels; on pensait que les dieux y résidaient; on y consacrait les unions conjugales, et on y scellait les conventions et les traités de paix : ils étaient pour les coupables un asile inviolable. Les Grecs et les Romains ont élevé beaucoup d'autels simplement votifs, où l'on ne faisait ni sacrifices, ni libations, ni offrandes. Les Romains désignaient par le mot ara toute construction élevée au-dessus du sol et destinée à recevoir les offrandes qu'on faisait aux dieux; le mot altare s'appliquait à des constructions plus grandes et plus dispendieuses, à celles, selon Servius, qu'on élevait aux divinités supérieures, tandis que les arcs étaient consacrées non seulement à celles-ci, mais aux divinités inférieures, aux héros et demi-dieux. Quant aux dieux infernaux, c'était dans un trou creusé en terre, et appelé scrobiculus, qu'on leur immolait des victimes. Presque, tous les actes religieux étant accompagnés d'un sacrifice, Il était souvent nécessaire d'avoir sur le champ un autel aussi pouvait-on en construire avec de la terre, du gazon ou des pierres ramassées sur le lieu même.

On appelait autels tauroboliques ceux sur lesquels on offrait des sacrifices expiatoires à Cybèle. Ils étaient placés au-dessus d'une fosse, recouverte de planches percées de trous, et dans laquelle le prêtre se faisait arroser du sang d'un taureau immolé par le victimaire sur l'autel (Taurobolies). 

Bertolius, De ara, 1636, in-8°; Traité sur les autels païens, Nantes, 1636; Mesny, Degli altari e delle are degli antichi, Florence, 1763.
Les autels druidiques étaient des pierres massives, sans inscriptions ni bas-reliefs, sur lesquelles on offrait des sacrifices humains au fond des forêts, au bord des torrents, à l'entrée des cavernes , Après J. César, les Gaulois adoptèrent les autels romains. Le musée de Reims possède un autel gallo-romain, découvert en 1807, et portant un bas-relief à trois personnages, une figure symbolique de l'agriculture, un Apollon et un Mercure
L'autel chrétien fut, dans le principe, la tombe des martyrs, sur laquelle les premiers évêques consacraient le pain mystique, au fond des catacombes : de là ses noms divers, memoria, martyrium, testimonium, titulus. Depuis ce temps, les autels ont conservé la forme d'un sarcophage; comme ils étaient creux, on leur appliqua souvent le nom d'arca (coffre). La table qui les recouvre rappelle le banquet divin auquel les fidèles sont conviés. L'autel est donc à la fois table et tombeau. Au milieu de la table de l'autel, à l'endroit où le prêtre offre le saint sacrifice, est une pierre bénite, carrée, marquée de cinq croix, aux coins et au milieu, et sous laquelle on place ordinairement quelques reliques de saints; c'est la pierre de consécration, sans laquelle on ne pourrait user des autels. La table a été, en outre, ornée quelquefois de figures symboliques, telles que le labarum, la palme, l'A et l'W. Les autels furent souvent élevés au-dessus d'une fosse, dite concession, où étaient renfermés les corps de quelques martyrs : sous celui de la basilique de St-Pierre, à Rome, se trouvent les restes des apôtres St Pierre et St Paul. Les églises ne contenaient jadis qu'un seul autel fixe, et les Orientaux sont toujours restés fidèles à cet usage; mais, en Occident, les autels se sont multipliés peu à peu, pour faciliter la pompe des cérémonies. La cathédrale de Magdebourg en compta jusqu'à 49. II n'y a pas de règles fixes pour la forme et la décoration des autels. Le concile de Paris, en 509, défendit de les construire désormais en bois. Ils furent souvent formés de métaux précieux et de pierres fines. Dès le IVe siècle, St Sylvestre faisait exécuter un autel d'or et d'argent massif, orné de 210 pierres fines. Constantin donna à St-Jean-de-Latran sept autels d'argent, du poids de 200 livres chacun. Justinien fit faire, pour l'église de Sainte-Sophie, à Constantinople, une table d'autel formée des métaux les plus précieux, des émaux les plus riches, et enrichie de perles et de pierreries d'un prix immense. En 835, à Saint-Ambroise de Milan, un autel d'or fut exécuté par un artiste nommé Volvinius. Des baldaquins enrichis d'or et de pierreries recouvraient les autels, surtout en Italie, et dans le Nord à l'époque romane. On y suspendait, en outre, des rideaux qui entouraient et voilaient entièrement l'autel. La Renaissance construisit quelques, autels d'une grande richesse de style, mais sans rideaux, dont l'usage se perdit; le plus remarquable est celui de la basilique de Saint-Pierre, à Rome.

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Fécamp : autel de l'église Saint-Etienne.
L'autel de l'église Saint-Etienne à Fécamp. 

Dans les temps antérieurs au Xe siècle, on exclut des autels tout ce qui ne sert pas au saint sacrifice, même les reliquaires; ils ne se composent que d'une table plate et carrée, portée le plus souvent sur des colonnes placées aux angles ou sur des points d'appui isolés. Aux quatre angles se placent quatre chandelier, et, de plus, on la recouvre d'une nappe portant l'image de l'agneau et diverses inscriptions. L'autel est le plus souvent à l'entrée du sanctuaire; le clergé est placé derrière, et l'officiant, lui tournant le dos, fait face aux assistants; on comprend alors que les autels devaient être assez bas, pour ne pas masquer le prêtre officiant.

Durant la période romano-byzantine (XIe et XIIe siècles), les édifices religieux s'agrandissent, les autels se reculent au fond du sanctuaire, le clergé se place en avant, et le prêtre alors tourne le dos aux assistants. Dans les églises monastiques, il y eut presque toujours un autel pour la célébration de la messe à l'entrée du sanctuaire, et, au fond, un autel pour les reliques; il en fut ainsi jadis à l'église de St-Denis. Dans la plupart des églises, l'autel est d'une grande simplicité; c'est un massif en pierres de taille, au centre auquel on a pratique une cavité pour recevoir le corps de quelque saint ou des reliques; mais aux jours de fête, cet autel, simple jusqu'à la rudesse, se recouvre de draperies et de parements d'une grande richesse. Il nous est resté un assez grand nombre de beaux autels de cette époque, notamment ceux de Spire, de Saint-Savin, de Bâle (en or massif, déposé aujourd'hui au musée de Cluny), de Ste Marthe à Tarascon, de Saint-Germer à Beauvais, etc. Auprès des autels étaient placés des tabernacles, sacraria, armaria, qui recevaient la réserve eucharistique et le livre des Evangiles. Souvent aussi on plaçait la réserve eucharistique dans de petites tours ou des colombes d'or et d'argent, suspendues, au-dessus de l'autel, à la voûte du ciborium.
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Senlis : autel de la cathédrale.
L'autel de la cathédrale de Senlis.  Photo : © Serge Jodra, 2009.

Pendant la période gothique, les autels deviennent de véritables monuments; on les orne d'un tabernacle et de reliquaires. La sculpture, l'architecture et la peinture rivalisent pour les décorer; les baldaquins disparaissent en partie, et sont remplacés par des retables d'une grande richesse. 

Au XVe siècle, le goût pour les tabernacles isolés se ranime, et on en voit encore aujourd'hui qui excitent notre admiration à Ulm, Nuremberg, Grenoble, Liège, Tournai, etc. Dans quelques églises on les transporta au milieu de l'autel, dont ils firent le principal ornement. 

Lors de la Renaissance du XVIe siècle, les ordres gréco-romains, amincis et légers, les étages superposés, les gracieuses arabesques et les fines statuettes de cette époque de transition, ne font que diversifier les formes antérieures, sans changer les dispositions générales. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les ordres gréco-romains ont repris leurs proportions antiques; mais ils ont, en passant par les mains des architectes modernes, perdu une partie de leur grâce et de leur légèreté; les autels sont de véritables portiques de temple, ornés de frontons brisés, de colonnes torses, de consoles, de volutes et de découpures plus ou moins heureuses; le marbre et les dorures y sont répandus à profusion. On en trouve dans presque toutes les églises de Belgique et de France. On leur fait un juste reproche, c'est de ne pas être en harmonie avec le style des églises du Moyen âge, où cependant ils sont si nombreux. Nous citerons comme un des plus beaux de cette époque celui de la chapelle de la Sainte Vierge dans la cathédrale de Rouen. Nous devons encore ajouter que la peinture joue un grand rôle dans ces autels, dont le contre-retable est toujours orné d'un magnifique tableau. Aujourd'hui on suit une voie plus sage, et on s'attache à établir un accord parfait entre les autels nouveaux et le style des édifices.

Aujourd'hui, pour célébrer la messe sur un autel, il faut qu'il soit couvert de trois nappes. Ces nappes, et tout le linge employé au service de l'autel, doivent être de lin ou de chanvre. Un autel brisé ou transféré perd sa consécration; il en est de même si on en a enlevé les reliques. On donne le nom d'autels portatifs, mobiles ou itinéraire à des disques ou à des tables de bois, de pierre, de marbre, encadrées dans un cercle de métal, souvent garnies d'un anneau pour en faciliter le transport, et qu'emportaient autrefois les apôtres et les missionnaires, pour y dire la messe dans les lieux où il n'y avait pas d'autels consacrés. Quelques-uns ont été conservés dans les trésors des églises. (B. / E. L.).
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Thaïlande : autel bouddhiste, à Bangkok.
Un autel bouddhiste à Bangkok (Thaïlande). Source : The World Factbook.


En bibliothèque. - J.-B. Thiers, Dissert. sur les principaux autels des églises, Paris, 1688; l'abbé Texier, Autels émaillés (dans les Annales archéologiques, t. IV); Didron, l'Autel chrétien (ibid.); Ramée, Mémoire sur les autels chrétiens (ibid., t. XI).
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Dictionnaire Architecture, arts plastiques et arts divers
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