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Apollon
Apollon est un des grands dieux grecs, une des divinités olympiennes. Ce n'est pas un dieu de premier rang comme Zeus, Hadès ou Poseidon, qui sont censés se partager le gouvernement du monde; mais il les dépasse en importance, aussi bien que les autres dieux de second rang comme Arès, Athéna, Artémis ou Héphaistos. En effet, les dieux suprêmes ont été de bonne heure négligés par les fidèles et peu considérés; l'esprit grec, net et précis, les dépouilla de tous les éléments qui n'étaient pas parfaitement intelligibles, c.-à-d. de tout ce qui leur eût donné une grandeur analogue à celle des divinités des peuples de l'Orient. Les dieux de second rang, plus voisins de l'humain, l'occupèrent davantage. Mais la plupart n'eurent que des cultes locaux, épars, presque sans lien les uns avec les autres; au contraire, la religion d'Apollon faillit devenir universelle dans le monde grec; conçu comme le type idéal de l'Hellène, il resta pour les poètes, comme pour les dévots qui venaient consulter ses oracles, la divinité la plus active et la plus constamment vénérée. Ce n'est pas qu'il ait jamais tenté de supplanter Zeus; il ne fit que s'associer au dieu suprême, et toute sa prétention fut de parler en son nom. Important déjà dans Homère, prépondérant au VIe siècle et au Ve, au moment de l'apogée de l'oracle de Delphes, son culte déclina avec le véritable esprit grec, mais ne périt qu'avec l'hellénisme et quand le christianisme en eut achevé la ruine.
L'origine d'Apollon.
L'étymologie du nom d'Apollon est douteuse : on en a proposé beaucoup : les deux principales sont Apellon et Abelios; celle-ci affirme qu'Apollon est avant tout un dieu solaire, celle-là s'accorde aussi bien avec les hypothèses opposées. En tout cas on trouve le nom sous les formes Apellwn (vases de Vulci, de Cadmos aujourd'hui à Berlin, inscription de Mégare, etc.) et Aploun, forme thessalienne (Aplu, étrusque). On a beaucoup discuté ces questions d'étymologie, depuis le Cratyle de Platon, on espère arriver ainsi à préciser la nature primitive du dieu. Apollon est-il ou non un dieu solaire? Nous exposerons les deux systèmes en présence; une synthèse serait forcément incomplète, d'autant plus que la discussion porte non seulement sur la nature primitive du dieu, mais sur toute sa mythologie. Nous exposerons la théorie d'Apollon dieu solaire, d'après Roscher qui l'a développée suivant une rigoureuse logique, et la théorie d'Apollon, divinité morale d'après Otfried Müller. Nous commencerons par l'analyse du système de Roscher. 

Apollon, dieu solaire.
Apollon est un dieu solaire, cela résulte des épithètes par lesquelles on le caractérise : Lukeios, lukhgenhs ramènent à la racine luk (= lumière); tel est aussi le sens de Foibos  ( = brillant), d'Ewios , Enauros ( = dieu de l'aube), de Crusokomas (aux cheveux d'or), etc. Dieu du soleil, Apollon préside naturellement aux divisions de l'année, aux saisons, aux mois; spécialement aux saisons chaudes (printemps, été, automne). On suppose que pendant l'hiver il est retiré chez les Hyperboréens; au printemps des fêtes célèbrent son retour que chante le Péan ; sa naissance est placée au printemps. Dieu de l'été et de l'automne, il préside aux maladies que développe la chaleur, c'est lui qui envoie et guérit les fièvres; il est le protecteur de l'agriculture. 
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Apollon de Paros.
Apollon de style éginétique.
Figure primitive d'Apollon. Ile de Paros.
Musée du Louvre
Apollon. Bronze de style éginétique
(Ve s. av. J.-C.). Musée d'Athènes.

D'autre part le dieu de la lumière physique devient naturellement le dieu de la lumière spirituelle, il prédit l'avenir et d'abord les phénomènes météorologiques qui dépendent de lui. Apollon étant le dieu des oracles et de l'enthousiasme divinatoire, fut, par association d'idées, le dieu de la musique et de la poésie. Le dieu solaire est souvent représenté comme un héros combattant les fléaux naturels (nés de l'hiver ou de l'obscurité), d'où la conception d'Apollon dieu de la guerre. Comme il préside aux faits les plus importants de la vie sociale (agriculture, santé, guerre), on est porté à en faire le patron des cités, par suite des colonies qu'on fonde, d'autant que c'est au printemps, sous ses auspices, que recommence la navigation. Il s'occupe de la santé morale comme de la santé du corps, et il est le dieu de l'expiation et des purifications. Enfin, comme tous les dieux solaires, on se le représente beau et d'une éternelle jeunesse. Dans cette hypothèse, les caractères moraux d'Apollon dérivent de sa nature physique.

Apollon, dieu moral.
C'est un point de vue diamétralement opposé à celui d'Otfried Müller, pour qui Apollon n'a qu'un rôle et des attributs exclusivement moraux. Il est complètement distinct du dieu du soleil, Hypérion ou Hélios, dont partout le culte subsiste à côté du sien; ce n'est qu'assez tard qu'on songea à les identifier : les mages perses par une idée superficielle, les philosophes partant d'idées préconçues; même  l'époque Alexandrine, l'assimilation est encore contestée. Apollon n'a aucun des caractères des dieux naturalistes qui incarnent l'une des puissances créatrices de la nature; il reste célibataire; à peine peut-on lui reprocher quelques amourettes avec des nymphes; nulle trace dans son culte de l'adoration des forces productives; quel contraste avec celui de Dionysos par exemple! Apollon d'apellwn ou apeirgwn, est un synonyme d'alexikakos, le dieu qui écarte, le dieu protecteur et vengeur, les épithètes de foibos, lukeios s'appliquent à la pureté morale. 
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Apollon.
Tête d'Apollon archaïque. Déjà se marque le type classique et
définitif du dieu. Musée du Louvre.

Apollon est un dieu vraiment grec : il n'est ni italique, ni pélasgique (pré-hellénique), ni oriental; c'est le dieu des Doriens, les Hellènes par excellence. Le premier centre de son culte est Tempé, d'où il se propagea à Delphes, à Délos et à Cnossos en Crète. Dans une seconde période, les Crétois, maîtres de la mer, le portèrent sur les côtes de la mer Egée (Lycie, Troade, Ionie, Ténare, Trézène, Mégare). De Delphes il se propagea en Béotie et en Attique où agit aussi l'influence crétoise. La troisième période est proprement dorienne; après l'invasion et les conquêtes des Doriens, partout ceux-ci élevèrent des temples à leur dieu national; la colonisation, en partie provoquée et dirigée par Delphes, achève de faire d'Apollon le grand dieu grec. Son culte atteste cette unité d'origine; ce n'est pas une combinaison de plusieurs divinités sous un seul nom, partout on le désigne par les mêmes épithètes (Lykeios, Delphinios, Pythios), partout on retrouve les mêmes légendes et les mêmes usages.

L'origine orientale.
On ne conteste plus guère aujourd'hui qu'Apollon soit en principe un dieu solaire; les épithètes par lesquelles on le désigne, son rapport avec le calendrier, la date et la nature de quelques-unes de ses fêtes, certains traits de sa légende, surtout celle des Hyperboréens (ci-dessous) ne sont guère explicables autrement; en tant cas, il est incontestable qu'Apollon a hérité d'un grand nombre de fonctions d'Hélios. Il est assez probable aussi, contrairement à l'opinion d'O. Müller, que son culte est d'origine orientale; on le rencontre d'abord aux confins du monde grec, en Lycie, en Troade, en Crète, et il est facile de comprendre comment de là il a pu passer à Tempé. Sur les questions d'origine, la théorie d'O. Müller paraît donc excessive; mais quant à la conception générale du culte apollinien et de son rôle en Grèce (sauf quelques exagérations), elle est bien plus solide. Apollon peut être une personnification du Soleil, mais quand son individualité se fut dégagée, « il agit d'après les lois de la psychologie, et non d'après celles de la physique » et son caractère originel de dieu solaire ne rend compte ni de toute sa légende ni de son culte. Dans les poèmes homériques, le document le plus ancien que nous ayons sur la religion grecque, Apollon n'a presque aucun trait qui rappelle sa supposée origine naturaliste; c'est un dieu puissant et redoutable qui ne se départit jamais de sa gravité sereine et ne se laisse pas aveugler par la passion; il sait combien est grande la distance des dieux aux humains; il protège les mortels ou les châtie, aussi bien pour venger ses prêtres, que pour punir l'orgueil des Niobides. Hésiode distingue soigneusement Apollon d'Hélios; de même l'hymne homérique à Apollon pythien. A mesure que nous descendons le courant de la littérature grecque, les rapprochements se multiplient et Apollon finit par devenir tout à fait le dieu du Soleil; mais cette transformation coïncide avec le déclin de son culte. Sans nous attarder davantage à cette question d'origine, nous allons étudier successivement l'histoire légendaire du dieu avec les principaux mythes qui s'y rattachent, les différents aspects sous lesquels Apollon se présente et l'organisation de son culte.

Les mythes apolliniens.
Apollon est fils de Zeus et de Lêto et frère d'Artémis; sa naissance nous est racontée par l'Hymne homérique à Apollon délien. Lêto, poursuivie par le ressentiment d'Héra, l'épouse de Zeus, erre autour de la mer Egée, cherchant une terre qui veuille abriter son fils; elle finit par l'obtenir de Délos au prix de magnifiques promesses. Protégée par les déesses de l'Olympe et assistée par llithyia, elle met au monde Apollon. On montrait encore à Délos, au pied du mont Kynthios, le palmier sur lequel elle s'était appuyée et le petit lac circulaire consacré au dieu. Une autre légende faisait naître le dieu près d'Ephèse, dans le bois sacré I'Ortygie.

Une autre variante veut que l'île de Délos ait flotté et erré sur la mer jusqu'au moment de la naissance d'Apollon. 

Le premier exploit du jeune dieu nous est raconté dans l'hymne homérique à Apollon pythien : c'est sa victoire sur le monstre Python, le plus intéressant et le plus important des mythes relatifs à Apollon. Python ou Delphyne est un dragon femelle, établi près du temple de Delphes, qui dévorait les humains et leurs troupeaux. Le dieu le perça de ses flèches et s'écria :

« Pourris maintenant sur la terre féconde; tu ne seras plus le fléau des mortels qui amènent ici leurs hécatombes; ni Typhaeus ni la Chimère ne te sauveront, la noire terre et le rayonnant Hypérion te feront pourrir .» 
Tel est, résumé dans ses traits essentiels, le plus ancien récit; il y en a beaucoup d'autres, mais les divergences portent sur des points secondaires. On a essayé d'expliquer ce mythe de bien des manières : les uns voient dans le monstre le torrent qui descend de la montagne au printemps, ravage la plaine et tarit bientôt, séché par le soleil; pour d'autres, c'est un symbole des forces indisciplinées de la nature, domptées par Apollon (d'après une version, en effet, le monstre aurait été suscité par Gaïa à qui Apollon enleva l'oracle de Delphes) d'autres enfin, s'appuyant sur la mythologie comparée, retrouvent dans ce mythe grec une tradition indo-européenne; la victoire d'Indra sur le dragon Vritra ou le serpentAhi leur en fournit la clef : il retrace soit la lutte de la lumière contre les ténèbres, soit le drame de l'orage, où le dragon personnifie l'éclair. Ces questions d'origine sont, par leur nature même, à peu près insolubles. En tout cas les grecs ne prenaient pas leur mythe au sens allégorique. Après sa victoire, Apollon, qui s'était souillé par un meurtre, était obligé d'aller se purifier; son exil durait huit ans (99 mois lunaires), au bout desquels il se purifiait à Tempé, faisait les sacrifices expiatoires, se couronnait de lauriers et revenait à Delphes. Le chemin qu'il suivait était la Voie sacrée. Tous les huit ans, à la grande fête du Septérion, on donnait une nouvelle représentation du mythe. On construisait près du temple une cabane qui était censée abriter le dragon. Un jeune garçon, jouant le rôle du dieu, s'en approchait par un chemin détourné et y lançait une flèche; puis il se précipitait à l'attaque avec son cortège, démolissait et brûlait la cabane. Il s'enfuyait alors vers le Nord, allait jusqu'à Tempé où il se purifiait et d'où il revenait par la Voie sacrée. Ce mytheest intimement lié aux fêtes de Delphes.
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Apollon et Héraclès.
Dispute du trépied de Delphes entre Apollon et Héraclès.
Bas-relief antique. Musée du Louvre.

L'absence d'Apollon, son voyage dans un pays septentrional, son retour au printemps sont autant de traits invoqués par ceux qui font de lui un dieu solaire; ces traits se retrouvent, plus accentués, dans le mythe de son séjour chez les Hyperboréens. Chaque année, dit-on, il se retire dans la région hyperboréenne, dans l'extrême Nord, au delà des monts Riphée, séjour de Borée, dieu de l'hiver et des mauvais temps. Dans ce pays règne un jour perpétuel, et les Hyperboréens, prêtres du dieu, sont ses serviteurs favoris. Chaque année, en automne, des hymnes d'une gravité triste, chantent le départ d'Apollon (apodhmia); au printemps on le rappelle par des hymnes dits klhtikoi et il reparaît monté sur un cygne ou un griffon. D'autres mythes, admettent aussi que le dieu s'absente pendant l'hiver; à Delphes, il cède la place à Dionysos; à Délos, on croit qu'il se retire à Patara en Lycie. 

Les autres mythes apolliniens sont d'importance secondaire. Enumérons les principaux-

1° la servitude chez Admète, à laquelle Zeus le condamne pour venger la mort des Cyclopes. Apollon guide les troupeaux du roi. O. Müller voulait lier ce récit à celui de l'expiation imposée après la mort du dragon : il identifiait Admète avec Hadès et veut que l'expiation ait consisté dans cette sujétion vis-à-vis des divinités souterraines; le mythe aurait un profond sens moral.

2° Apollon et Poseidon subissent une servitude analogue au profit du roi de Troie Laomédon.

 3° Le mythe de Daphné, où Max Müller voyait une personnification de la fuite de l'Aurore devant le Soleil, est un des plus gracieux; poursuivie par Apollon, la jeune nymphe est changée en laurier.

4° Le dieu tue son jeune ami Hyacinthe en jouant au disque avec lui; Hyacinthe personnifierait la végétation du printemps tuée par le Soleil d'été

5° Les différentes luttes soutenues par le dieu contre ses ennemis; le monstre Tityos (analogue à Python), les géants Aloades, l'archer Eurytos d'Oechalie (les Oechaliens étaient ennemis des Doriens, les fidèles d'Apollon); l'extermination des Niobides.

6° La défaite et la mort de Linus et de Marsyas qui lui avaient disputé le prix de la musique. 

Tels sont les principaux actes par lesquels Apollon a prouvé sa puissance. On pourrait consacrer à chacun de ces mythes une longue étude : elle nous en apprendrait moins sur la nature d'Apollon que les quelques détails que nous allons donner sur ses différents cultes et les différents aspects sous lesquels il était conçu par les populations grecques.

L'empire d'Apollon.
Les épithètes par lesquelles on le désigne le plus fréquemment sont : Phoebus (Phoibos), dont nous avons indiqué le sens; Pythien (Pythios ou Pythoktonos), qui se rapporte au mythe du dragon ou à la racine puq ( punqanomai = consulter) et à l'idée de la divination, une attribution fondamentale d'Apollon; Delphinios, qu'on peut rapprocher du nom de Delphes, et du Dauphin, consacré à Apollon; Lycien (Lykios) qu'on explique, soit par l'idée de lumière, soit par les rapports du dieu avec la Lycie, soit par le nom du loup (lukos) qui lui est consacré. Ce sont là des épithètes qu'on retrouve partout : la plupart ont été expliquées indifféremment par son origine solaire ou par son caractère moral. Nous allons maintenant étudier les différentes formes et les différentes fonctions d'Apollon, en les rattachant autant que possible à ses principaux caractères : dieu solaire, divinité agricole, divinité morale, dieu des arts, enfin, il est le principal interprète de la volonté céleste dans la divination.

Il  est difficile d'expliquer autrement que par le caractère solaire d'Apollon ses rapports avec le calendrier; attestés par plusieurs surnoms, wriths, neomhnios (dieu des heures, dieu qui renouvelle les mois), de nombreuses fêtes qui toutes tombent dans la saison chaude. Les Daphnéphories, fêtes d'Apollon Isménien à Thèbes, sont particulièrenent significatives; on couronnait de laurier, d'olivier et de fleurs, un morceau de bois, surmonté d'une sphère qui représentait le Soleil et entouré de boules plus petites représentant les autres astres. Les fêtes qui célèbrent la naissance du dieu, les Théophanies sont placées au printemps; en été on trouve les Thargélies, fêtes ioniennes (avec procession et sacrifices à Hélios, aux fleurs et aux Kharites); les Hyacinthies laconiennes (Hyacinthe). Le septième jour du mois est consacré à Apollon; de même les jours de pleine lune et assez généralement le vingtième jour du mois. La période de huit années (99 mois) qui établit la concordance entre l'année lunaire et l'année solaire est aussi la période sacrée du culte de Delphes. L'Apollon Aiglétès, adoré à Anaphé, près de Théra, l'Apollon Kynnicos d'Athènes et de Corinthe sont aussi des dieux solaires; de même l'Apollon Heoos, et l'Apollon Enauros de Crète, dieux de l'aube, et l'Apollon Horomédon de Ténos, dieu des heures. En outre, nous avons vu qu'on prétend retrouver des mythes solaires dans la plupart des mythes apolliniens.
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Apollon et Artémis.
Apollon et Artémis. Peinture d'une Amphore trouvée à Mélos (Milo).

Bien différente est la physionomie d'Apollon dieu agricole; à ce type se rattache l'Apollon Carneios, apporté à Amyclées par les Agides et adoré par tous les Doriens; c'est bien le dieu d'un peuple pasteur; karnos  veut dire mouton. Non moins important était le culte arcadien d'Apollon Nomios qu'O. Müller lui-même renonce à rattacher à son type d'Apollon. C'est encore un dieu pasteur. Ce culte est très ancien, et une des principales faces d'Apollon est certainement ce type de dieu berger; c'est à lui qu'Hermès dérobe ses vaches (Hymne homérique à Hermès). Apollon a gardé les troupeaux d'Admète et de Laomédon. Il a aussi de nombreux rapports avec les Nymphes, leur chef dit une inscription de Thasos. D'autres épithètes dérivent de la même idée, Smintheus, tueur de rats, le fléau des laboureurs; Parnopios, tueur de sauterelles; Galaxios, Epimélios, Poimnios, etc., dieu berger; Agreus, dieu chasseur; on prétend même qu'Aristée, héros et protecteur divin des bergers, doit être identifié avec Apollon.

L'ApolIon d'Amyclées paraît avoir été une divinité naturaliste, analogue à l'Arès thrace, peut-être d'origine minyenne; c'est le dieu qui vivifie et qui tue, c'est de ce culte que relèvent les Hyacinthies (Hyacinthe).

Citons encore l'Apollon Agyieus, le dieu des rues, symbolisé par un pilier conique que l'on trouvait à Athènes devant chaque porte ou dans chaque cour, et l'Apollon Patroos, divinité nationale des Athéniens, fils d'Athéna et d'Héphaïstos, ancêtre mythique des Ioniens, protecteur des Phratries qui ne put d'ailleurs évincer Athéna, la grande divinité locale.

L'empire d'Apollon est, avant tout, le monde moral. C'est le dieu pur par excellence; à Délos, dans son île sacrée, on ne doit ni naître ni mourir; après avoir tué Python, il faut qu'il expie et se purifie; il préfère les sacrifices ou le sang n'est pas versé; si, en certains endroits, il exige des sacrifices humains (ou du moins le simulacre), c'est qu'il faut que la cité se débarrasse des criminels qui la souillent. Mais que ce criminel s'approche de l'autel du dieu, qu'il expie et se purifie selon les rites, Apollon l'accueille avec bienveillance comme il fit pour Oreste. Aux Thargélies les fêtes purificatives (kaqarmoi) jouent un grand rôle. Toute justice criminelle étant liée à une purification, il est dans une certaine mesure le dieu de la justice; à Athènes le polémarque la rend dans le Lycée, près de la statue d'un loup. Le Péan, le chant national des Doriens, se chante après qu'on a écarté un malheur. C'est qu'en effet le dieu pur est aussi un dieu puissant qui sait punir ses ennemis et protéger ses fidèles. On attribue à ses flèches invisibles, non seulement la peste, mais toute mort subite; il est le conducteur des Moires (Parques) (moirageths) ; il châtie l'orgueil des Niobides jouant le rôle de la Némésis d'Hérodote. Mais il est aussi le dieu qui secourt (epikourios) et qui écarte les maux ou les dangers (alexikakos); en un mot, il remplit une grande partie du rôle qu'on est habitué à voir jouer au dieu suprême. Il protège l'humain et les cités, non seulement contre les ennemis ou les fléaux, mais aussi contre la maladie en général; il est le dieu médecin, Apollon Oulios : c'est lui qui a enseigné leur science à Chiron et aux médecins de l'âge héroïque, Machaon, Podalise, Asklèpios même, qui finit par s'élever au rang de grand dieu et s'asseoir dans l'Olympe à côté de son protecteur devenu son père.

Apollon est aussi le dieu de la musique, au sens où l'entendaient les Grecs, c.-à-d. de l'ensemble des arts. Il est représenté portant dans sa main les trois Kharites (les trois Grâces); il conduit le choeur des Muses. Il charme l'Olympe des mélodies de sa cithare et triomphe de ses imprudents rivaux Linus et Marsyas.

Les oracles, le culte.
Apollon est par-dessus tout le dieu de la Divination. C'est par ses oracles, surtout celui de Delphes, que son culte s'est généralisé, a étendu son influence jusqu'aux limites des pays helléniques et acquis, vers le VIe siècle, une prépondérance incontestée. La divination ne paraît pas cependant avoir été une de ses fonctions primitives et il est probable que le premier oracle d'Apollon fut celui de Pytho ou de Delphes. Il l'enleva, non sans luttes, aux divinités chtoniennes qui le détenaient et l'écho des combats soutenus contre Gaïa ( = la Terre), la vieille déesse locale, est venu jusqu'à nous. Il finit par les supplanter, grâce à ses adorateurs crétois, venus par mer, et aux Doriens, descendus de la montagne; il hérita de l'antre prophétique, de cette crevasse par laquelle on pouvait communiquer avec les puissances souterraines. Aux vieux rites, s'en ajoutèrent d'autres; on apprit à discerner la volonté des dieux non seulement dans les voix souterraines entendues surtout dans les songes et dans les signes célestes, mais aussi dans le vol des oiseaux; on appliqua presque toutes les méthodes divinatoires, jusqu'au jour où I'on emprunta au culte de Dionysos l'élan mystique et l'enthousiasme prophétique de ses élues, instrument passif de la pensée divine, et où l'on assit la pythie sur son trépied, au-dessus de la fameuse crevasse. Nous ne ferons pas ici histoire de l'oracle ni de l'habile corporation sacerdotale qui y était préposée. Ou trouvera à l'article Delphes à la page consacré aux Oracles en Grèce le détail de cette histoire; qu'il nous suffise de rappeler ses tendances oligarchiques, son influence directrice sur l'expansion coloniale (d'où le nom d'Apollon Archégète, fondateur de cités), son intervention dans les affaires politiques et religieuses, les encouragements donnés au culte des héros, enfin les doctrines morales de l'oracle, dont on ne saurait méconnaître le rôle et la portée.

Les autres oracles apolloniens furent nombreux, subordonnés cependant à celui de Delphes; énumérons les principaux : Abae en Phocide; Tégyre en Béotie qui disputait à Délos l'honneur d'avoir donné le jour au dieu; Akraephia (consacré à Apollon Ptoos); l'lsménion de Thèbes; l'oracle d'Argos, celui d'Hysise, etc. En Asie Mineure, on peut citer entre autres le grand oracle des Branchides à Milet, celui de Klaros près de Colophon, celui de Troade d'où partit la légende de la Sibylle, de Patara en Lycie, de Daphné à Antioche, qui tous eurent leur moment de grande vogue. Néanmoins, les sacerdoces apolliniens ne réussirent jamais à monopoliser à leur profit la divination; ils en donnèrent l'expression la plus élevée, et éclipsèrent leurs rivaux, mais ils connurent eux aussi, et avant d'autres, les vicissitudes de la fortune. C'est que le culte d'Apollon déclina en même temps que le libre génie hellénique dont il était dans l'ordre religieux la création la plus parfaite. Dieu des Ioniens, archer divin, musicien et poète, héritier d'Hélios et de Poseidon, les Doriens en avaient fait le dieu moral et purificateur, qui guérit le corps et l'esprit, l'interprète attitré de Zeus. II était devenu le type idéal de Hellène, beau, sage, vaillant et habile, dieu de la science et des arts; mais avec la décadence de l'Hellade, l'invasion des cultes orientaux, on reconnut ou crut reconnaître son identité avec le Soleil; les stoïciens la démontrèrent; il se confondit avec Hélios et Hypérion; les caractères physiques l'emportèrent et sa personnalité s'effaça peu à peu; il dut céder la place à des divinités nouvelles, qui satisfaisaient mieux les aspirations mystiques des générations nouvelles ou les besoins superstitieux du vulgaire.

Il nous reste à dire quelques mots du culte d'Apollon à Rome. II y fut importé de bonne heure sous les Tarquins, avec les livres sibyllins venus de Cumes ou par Caere dont nous savons les relations avec Delphes. Il n'eut longtemps à Rome qu'un temple, bâti en 422-428 pour détourner une épidémie; aux Lectisternia institués dans le même but, Apollon jouait un rôle capital. Les jeux apollinaires furent introduits en 212 au temps de la seconde guerre punique, après consul tation des livres sibyllins (comme les lectisternia). L'importance d'Apollon s'accrut à mesure que prévalait l'interprétation philosophique qui en faisait le dieu du Soleil. Elle devint très grande sous Auguste qui révérait en lui le patron d'Enée, l'ancêtre mythique de la gens Julia et qui lui attribuait en partie sa victoire d'Actium; c'est dans le temple d'Apollon sur le Palatin que fut chanté le Carmen saeculare d'Horace. En somme, Apollon fut toujours pour les Romains un dieu étranger; introduit et développé par les livres sibyllins, son culte n'eut avant et après Auguste qu'un rôle secondaire. (A.-M. B.).

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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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