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Virgile

Virgile (P. Vergilius Maro) est  le plus grand des poètes latins, naquit, le 15 octobre 70 av. J.-C. (an 684 de Rome), à Andes, près de Mantoue (Mantua me genuit...), bourg de la Cisalpine. Ce fils d'un huissier, d'un artisan potier ou d'un petit fermier assez aisé, et de Magia Polla est, sans conteste, l'écrivain le plus parfait, sinon le plus puissant, de toute l'antiquité romaine. Son style est pur, facile, harmonieux, varié, toujours en rapport avec le sujet; sa versification l'emporte infiniment sur celle de tous les poètes latins qui l'ont précédé.
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Virgile.
Virgile (Tableau du XVe s.).

La qualité qui domine en lui, c'est la sensibilité. Bien que, sous le rapport de la force et de l'élévation, il puisse paraître inférieur à Homère : il ne lui cède pas dans les livres IIe et VIe de l'Enéide; les six derniers livres du poème sont ce qui lui appartient le plus en propre; ils brillent surtout par la couleur locale et par la connaissance approfondie des antiquités nationales; toutefois c'est avec quelque raison qu'on reproche à ce poème une action double. Les Églogues (Bucoliques) de Virgile sont inférieures à celles de Théocrite : on y sent trop l'imitation, cependant la 10e, la 4e et surtout la 6e sont de la plus haute beauté. Pour les Géorgiques, tout le monde reconnaît que c'est le chef-d'œuvre des poèmes didactiques

la biographie de Virgile.
Elevé à Crémone, à Naples, à Milan, puis, sans doute, à Rome, il reçoit une culture solide et soignée il étudie grammaire, rhétorique, philosophie (sous l'épicurien Siron, estimé de Cicéron), voire sciences mathématiques et médecine

En 41, il se trouve dans son pays natal quand les triumvirs, après la bataille de Philippes, partagent entre leurs vétérans le territoire de Crémone, entamant aussi le district, « hélas! trop voisin », de Mantoue. Exproprié, Virgile a la chance de rencontrer, grâce à son précoce renom, d'influents protecteurs : Asinius Pollion, Cornélius Gallus, Alfénus Varus, Mécène surtout, et, par suite, Octave Auguste en personne. Dès l'an 39, il présente, à son tour, à Mécène, son ami le poète Horace. En 37, il fait avec lui le voyage de Brindes en Calabre.

A part d'assez pénibles débuts, troublés par les orages des discordes civiles, l'existence de Virgile se passe simple et calme : nul incident à noter, sauf la composition et la publication de ses poèmes : les Bucoliques, entre 43 et 37; les Géorgiques, de 37 à 30; il entreprend aussitôt après l'Enéide, qu'il ne doit pas achever. Il vécut célibataire, pourvu d'une fortune suffisante due « aux libéralités de ses amis », dit Donat. ll n'habitait guère la capitale, où pourtant il possédait une maison, aux Esquilies, non loin des fameux jardins de Mécène : il préférait séjourner en Campanie, à Nola, ou à Naples, ou en Sicile

De santé délicate, il conserva les allures embarrassées et l'extérieur un peu inculte du franc campagnard qu'il était : teint hâlé, basané, haute stature, taille mince. Sa parole, agréable et nuancée dans le débit de ses vers en petit comité, n'était pas facile et vive : il eût échoué au barreau ou à la tribune. Ses familiers vantaient son caractère droit, loyal, sincère, son âme honnête, tendre et candide. Son idéal était noble, son labeur d'une conscience admirable : on le voyait polir et retoucher sans cesse, en artiste impossible à satisfaire, le peu de vers, fruit de son inspiration quotidienne. 

Comme la plupart des lettrés ses contemporains, il demeure attaché fidèlement au nouveau régime, saluant dans le prince, avec qui lui-même finit par devenir intime sans jamais s'afficher plat courtisan, le restaurateur et le garant de la paix romaine, qui succédait aux affreuses convulsions engendrées par la lutte des partis. 

Avant de terminer cette Enéide à laquelle il travaillait depuis dix ans, il voulut contempler de ses yeux « les lieux où fut Troie ». Muni des voeux et du poétique adieu d'Horace (Carm., I, 3), il partit pour l'Orient; mais, frappé d'une insolation peut-être, il prit la fièvre à Mégare. Le voyage par mer le lassa fort. Peu de jours après son débarquement à Brindes, il mourut, le 21 septembre de l'an 19 av. J.-C. (735 de Rome), âgé d'un peu plus de cinquante ans. Son corps fut, d'après son désir, transporté à Pouzzoles près de Naples. On mit sur son tombeau ce distique qu'il avait composé à ses derniers moments :

Mantua me genuit; Calabri rapuere; tenet nunc Parthenope : cecini pascua, rura, duces.
L'oeuvre de Virgile.
Ecartons, tout d'abord, certains ouvrages de jeunesse qui lui furent longtemps attribués-: les Dirae sont de Valérius Cato; l'Etna, probablement de Lucilius
Junior; le Culex, que nous possédons n'est pas celui de Virgile; la Ciris, imitée de Virgile et de Catulle, est peut-être de Cornélius Gallus; le Moretum et la Copa, opuscules d'un goût réaliste, sont plausiblement de Virgile, ainsi que la majeure partie des Catalecta et quelques-uns des Priapeia (V. Waltz, De carmine Ciris, 1881).

Les Bucoliques.
Sous le titre de Bucoliques, Virgile a réuni dix églogues qui marquèrent ses débuts poétiques. Il a vingt-cinq ans quand il publie sa première églogue, la deuxième des éditions, qui lui vaut le patronage de Pollion et de Mécène : ceux-ci firent rendre au poète sa propriété, perdue par lui (41-40) dans le partage des terres et annexée en vertu de la mesure qui adjugeait aux soldats des triumvirs, les provinces de Crémone et de Mantoue (43 av. J.-C. V. plus haut). 

On retrouve dans ces églogues le cadre du paysage champêtre où s'écoule sa première enfance : l'humble domaine paternel, bordé d'un côté par des roches mises à nu par les pluies, de l'autre par un marécage obstrué de joncs, la haie en fleurs qui le clôture, le Mincio aux sinueux méandres, le refrain de l'émondeur, les abeilles bourdonnant dans la ruche et les tourterelles qui roucoulent au colombier. 

La 1re de ces compositions est un hommage plein de reconnaissance envers Auguste, qui avait rendu au père de Virgile le modeste héritage de ses aïeux. Le poète met en scène deux bergers, Tityre et Mélibée; celui-ci, ruiné par la cruelle guerre, se voit réduit à quitter ses douces campagnes, à abandonner ses troupeaux, tandis que l'heureux Tityre, « assis sous le feuillage d'un hêtre touffu, essaye un air champêtre sur ses légers pipeaux ». Un dieu bienfaisant lui a créé ces aimables loisirs; il célèbre sa mémoire et lui consacre les prémices de ses biens.

Tityre représente Virgile ou son père; il y a sans doute exagération à diviniser Auguste comme il le fait, mais cette faiblesse adulatrice est en partie excusée par le louable sentiment qui l'inspire. Rien de gracieux comme cette églogue; l'amour de la patrie y revêt une teinte douce et forte. Mille contrastes animent la scène; aux agrestes plaisirs de la vie pastorale, Mélibée oppose les rigueurs de l'exil, sous un ciel triste et sombre. Tityre le console affectueusement et l'invite à partager une fois encore avec lui un frugal repas : des fruits savoureux, des châtaignes amollies par la flamme, du laitage abondant. 

« Déjà, lui dit-il, les toits des hameaux fument au loin, et les ombres grandissantes tombent des hautes montagnes. »
Ces derniers vers, tout mélancoliques, terminent de la manière la plus achevée ce délicieux tableau. Le poète, selon Bernardin de Saint-Pierre, répand toujours ainsi les derniers rayons ou plutôt les dernières ombres du soleil couchant sur ses paysages, lorsqu'il y introduit un sujet mêlé de tristesse.

La Ille, la Ve et la VIIIe églogue retracent, avec une agréable variété de détails, des combats de flûte ou de chant entre des bergers. L'éloge de Pollion se mêle de temps à autre à ces refrains champêtres. Dans la Ve, Mopsus et Ménalque, après avoir pleuré la mort de Daphnis, célèbrent son apothéose; Virgile a voulu, dit-on, rappeler les honneurs divins rendus à Jules César.

Dans la IVe, le poète, abandonnant tout à coup les sujets frivoles où sa muse se joue, célèbre en termes mystérieux la naissance prochaine d'un enfant qui, fils du ciel, renouvellera le monde et y ramènera  l'âge d'or. Quelques critiques ont vu dans cet enfant un fils d'Auguste ou de Pollion , bien qu'il soit difficile d'accorder cette hypothèse avec les faits. 

La VIe est dédiée à Varus, gouverneur de la Gaule transpadane et protecteur de Mantoue. Elle débute par un trait charmant; Apollon, s'apercevant que le poète s'exerce à chanter les rois et les combats, 

« le tire doucement par l'oreille un berger, lui dit-il, doit chercher pour ses brebis de gras pâturages et se borner à de simples chansonnettes. »
Ainsi Varus n'entendra qu'un air champêtre, dont les bois et les bruyères répéteront les échos. La parole est donnée au vieux Silène, qui célèbre la création et les premiers âges du monde.

Enfin, la Xe et dernière, intitulée Gallus, du nom d'un des amis du poète, est plus riche encore que les précédentes par la beauté des descriptions, la force des contrastes et par les accents plus émus d'une âme tendre et sensible.

Les Bucoliques eurent un vif succès; des cantica en furent chantés au théâtre, notamment par la comédienne Cythéris, la Lycoris de l'églogue X; mais gardons-nous de le qualifier de chef-d'euvre. 

Les défauts n'y sont pas rares : copie quelque peu gauche des originaux grecs, manque de précision dans le pittoresque, élégance froide et conventionnelle, virtuosité laborieuse ou pédantesque. Mais déjà, par accès, éclate ce don merveilleux du molle et du facetum (sensibilité et grâce) que le fin jugement d'Horace découvrait, dès l'abord, à travers l'oeuvre un peu confuse et compliquée de son camarade. Le style pèche parfois par le vague et par une certaine obscurité. On sait, au surplus, que ce disciple indépendant des alexandrins ne prétend être bucolique qu'en apparence : ses bergers, ses chevriers n'ont, en somme, que le masque des Ménalques, des Mélibées, des Tityres et des Silènes. Bref, en guise de pastorales, il donne des allégories transparentes aux Romains du premier siècle : en vain l'on chercherait, en ces causeries continûment polies, mesurées et convenables, cette vivacité, cette rudesse, cette savoureuse brutalité du dialogue, cette vérité dramatique et cette incomparable variété de sujets, de tours et de tons, qui recommandent aux délicats les tableaux de genre et les mimes  de Théocrite.

Ses bergers, il est vrai, sont des êtres imaginaires qui laissent loin d'eux la vérité et la naïveté de ceux de Théocrite; mais Virgile l'emporte de beaucoup, par les qualités d'un style enchanteur et qui atteint déjà la perfection, par le charme des tableaux que lui fournit le beau ciel de Naples, berceau de sa jeunesse. 

« Il n'est pas de galerie si vaste, a dit Marmontel, qu'un peintre habile ne pût décorer avec une des églogues de Virgile. »
Les Géorgiques.
Passons aux Géorgiques. Les Romains possédaient déjà des livres théoriques et descriptifs sur l'agronomie et l'astronomie, mais nul poème didactique relatif à la première de ces deux sciences. Or Mécène voulait en restaurer le goût, détruit par les guerres et les spoliations farouches dont l'Italie avait été le théâtre. Il s'adressa donc à son auteur favori, lequel accepta d'assumer cette tâche ardue (30-37). Ses sources furent, sans doute, l'Économique de Xénophon, les ouvrages spéciaux de l'Africain Magon, traduits par ordre du Sénat, ceux de Caton, de Varron, les Phénomènes d'Aratos pour les signes du temps, ceux d'Erastosthène pour les zones du ciel, les écrits de Démocrite sur le cours de la lune, etc. Il fond toute cette doctrine avec un art exquis, l'adaptant, sans la choquer, à la vieille expérience des cultivateurs indigènes. Aussi Pline l'Ancien aura-t-il le droit de louer Virgile d'être devenu, pour son compte, une ferme autorité, quoique modestement il déclare avoir pris pour guide le grave poète des Travaux et Jours, Hésiode, le vieillard d'Ascra (Géorgiques, ch. II, v. 175).
Ascraeuumque cano Romana per oppida carmen.
Ce poème,  dédié à Mécène, n'est pas un simple compendium de leçons sur la culture-: il comprend, dans son ensemble, à peu près ce que l'on entend par économie rurale, selon le plan de l'ouvrage de Varron en général. Le premier livre est consacré aux préceptes concernant la culture proprement dite. Il s'agit, dans le second, de l'arboriculture, notamment de l'entretien de la vigne. Le troisième traite de l'élève des bestiaux; et le quatrième, des soins qu'exigent les abeilles. 

Mais Virgile se garde des nomenclatures arides - qui apportent de l'ennui - des préceptes sèchement exprimés. Sans rien sacrifier de l'exactitude et de la netteté désirables, il trouve moyen de rehausser ses enseignements pratiques et d'en raviver l'intérêt technique en y entrelaçant de charmants épisodes, d'un accent gracieux ou sérieux, tantôt touchant et tantôt patriotique : la mort de César, accompagnée d'effrayants prodiges; la retraite du vétéran de Tarente; le panégyrique de la robuste Ausonie, terre de Saturne, mère puis sante et féconde de moissons et d'hommes; la peste des animaux, où se décèle sa sensibilité et son empathie face aux souffrances des frères des humains; le récit des fautes et des tribulations du pasteur Aristée, bourreau, à son insu, de ce divin couple, Orphée et Eurydice. La postérité partage l'avis de Montaigne, un bon juge, qui tenait les Géorgiques pour « le plus accompli ouvrage de poésie ».

L'Enéide.
L'oeuvre capitale de Virgile et son entreprise la plus hardie, c'est, à coup sûr, l'immortelle Enéide : épopée superbe conçue sur le modèle des rapsodies homériques, plus peut-être par la propre initiative du poète conscient d'un talent qui grandissait sans cesse que sur l'invitation intéressée d'Auguste, jaloux de glorifier la gens Julia. Virgile y mit abondamment à profit toutes les ressources offertes par les riches trésors de la littérature hellénique. Mais l'Enéide est, en même temps et surtout, une épopée nationale et religieuse; elle a pour sujet essentiel les origines premières du peuple et du culte romains, telles que les contait une ancienne légende qui présentait, à cette époque, un vif intérêt d'actualité. L'auteur y travailla longtemps; l'attente du public, comme celle du prince, était excitée au plus haut point. Certes, l'épopée ne sied guère aux civilisations très avancées; mais il s'agissait là du héros Enée, fils de Vénus et d'Anchise, presque aussi populaire que Romulus, transportant dans le Latium les Pénates et les grands dieux de Troie, afin de les installer sur ce sol promis aux plus magnifiques destinées et à la domination de l'univers. 

Sur les douze chants, les six premiers, avec leurs récits extraordinaires d'aventures et de voyages, rappellent la fertile imagination de l'aède de l'Odyssée; les six derniers, avec leurs opérations stratégiques, leurs scènes de combats, de tueries, leur fracas d'armes et de batailles, participent plutôt de l'Iliade : on y voit le chef troyen luttant, pour réaliser les oracles, avec l'aide de quelques alliés fidèles, contre les prétentions rivales de Turnus, roi des Rutules, et l'insurrection des vieilles populations indigènes, soulevées contre l'envahisseur marqué par les destins pour rester, en fin de compte, le roi du pays. Faut-il ajouter que Virgile n'a su reproduire absolument ni l'attachante simplicité des erreurs d'Ulysse, ni l'énergie impétueuse et le souffle guerrier de l'Achilléide antique, et qu'il n'a pas créé des caractères aussi vivants, aussi variés qu'Homère? Mais pourtant, si la naïveté de Virgile est moindre, à n'en pas douter, si son art est plus apparent, à maintes reprises, il faut l'avouer, il sut montrer une maîtrise incomparable dans le développement de la narration et la peinture des passions. Il faudrait de longues pages pour résumer les éloges et les critiques provoqués par ce poème merveilleux, encore qu'inachevé (il renferme une soixantaine de vers incomplets), auquel, comme dit encore le moraliste des Essais, « l'auteur eust donné encores quelque tour de pigne, s'il en eust eu le loisir ». 

L'art de Virgile a pour trait caractéristique la sympathie; il sait allier une inspiration très originale au propos le plus docte, qui souvent est le fruit d'une imitation fort érudite, mais toujours libre et personnelle, jamais esclave du texte de ses devanciers. Joignez à ces rares qualités le mérite d'avoir porté à leur absolue perfection la langue poétique et la versification latines. On a mille fois exalté l'unique, l'irréprochable correction, l'élégance et l'harmonie suprêmes de ce style exquis, naturel et facile, unissant les plus subtiles délicatesses de l'art au charme de l'émotion spontanée que n'altèrent jamais le mauvais goût, le faux brillant, la rhétorique et le bel esprit. 

Cette grâce aisée de langage permet au poète de prendre successivement tous les mouvements, toutes les formes : majesté sublime, force imposante, mélancolie douce, alerte vivacité. L'Enéide est, au gré de Voltaire, « le plus beau monument qui nous reste de toute l'antiquité ». C'est, en tout cas - et l'expérience l'a prouvé - un des essais les plus solides et les plus durables en son genre, un granit sur lequel le temps ne mord point. On sait l'immense popularité du poète modeste, que la foule saluait respectueusement au théâtre et dans les rues de Rome; la notoriété de ses vers, récités dans les festins, gravés sur les parois des maisons, sur les pierres des tombeaux et les enseignes des boutiques; le culte que Silius Italicus et Stace rendaient à sa mémoire; la vogue des centons, des Sortes Virgilianae, où l'on interrogeait l'avenir, enfin la légende, si longtemps perpétuée à travers les siècles, du chantre des héroïques aventures d'Enée.
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Statue de Virgile par Thomas.

La légende de Virgile.
Dès les derniers siècles de l'Empire romain, la biographie de Virgile, retracée par son ami Varius et par Mélissus, affranchi de Mécène, se surcharge des fictions compliquées qu'engendre spontanément l'immense renom du poète. L'imagination fantasque du Moyen âge fait croître encore ce trésor de récits légendaires. Le grand écrivain latin, devenu classique aussitôt après sa mort, inspire une abondante littérature de commentaires Servius, Donat, Philargyrius, Probus. En outre, par une fortune bizarre, il se forme de bonne heure, sur sa personne et sur son rôle, un tissu d'histoires superstitieuses, pour la plupart. 

C'est ainsi qu'il passe (XIIe s.) pour un saint, dont on montre la tombe aux environs de Naples et à Pouzzoles, ou tout au moins pour un prophète ayant prédit la venue du Christ; pour un docte détenteur de toute science, élu par Dante comme guide dans l'Enfer; pour un thaumaturge, un magicien qui, par la vertu de ses sortilèges, opère des miracles, ouvrant, à travers le Pausilippe, la route de Naples à Pouzzoles, fabriquant un colossal cheval de bronze dont l'influence mystérieuse guérit tous les chevaux malades qui vont sous son ombre ou tournent autour de lui. Faut-il attribuer cette fable étrange aux notions vétérinaires de Virgile qui, dit-on, avait étudié, à Parthénope, les mathématiques et la médecine, si bien qu'à Rome il soigna plusieurs chevaux malades des écuries d'Auguste, et aussi des chiens de chasse envoyés d'Espagne à l'empereur? 

Au début du XVIIe siècle, on montrait encore, à Florence, le miroir dont Virgile était censé s'être servi pour ses pratiques de nécromancie. On portait au cou son image comme un talisman contre les enchantements. On se figurait découvrir dans les Bucoliques, voire au Vle livre de l'Enéide, des formules magiques, des philtres, des dogmes secrets. Le nom de son aïeul maternel (Magius), le nom de Virgilius lui-même (virgae = baguettes), étaient cités à l'appui de ces fantaisistes interprétations! Bien plus, l'Eglise n'hésitait pas à l'introduire dans ses chants liturgiques, à titre de prophète. Bref, son autorité, invoquée par l'auteur du Roman de la Rose et par celui de la Divine Comédie, se maintint très considérable, en dépit de certaines attaques (d'Alcuin, de Notker, de saint Odon, abbé de Cluny). On alla jusqu'à le représenter comme un fondateur de villes. (Victor Glachant / A19).



Éditions anciennes - Les éditions de ce poète sont innombrables. On remarque surtout celles de Venise, 1482, avec les Commentaires de Servius celle des Aldes, Venise, 1519; du P. Larue, ad usum Delphini, Paris, 1682, avec une paraphrase fort utile; de Burmann, Amst., 1746; celle de Heyne, Leipzig, 1800, 6 vol. grand in-8, reproduite avec d'utiles additions dans les Classiques latins de Lemaire, Paris, 1819, etc., 7 vol. in-8; celle de Forbiger, Leipz., 1836 et 1852, 3 vol. in-8, enfin celle d'E. Benoist, 3 vol. in-8, Paris (1867-1872). Une édition de luxe a été donnée par P. Didot le jeune, Paris, 1798, grand-in-fol., avec des gravures d'après Girard et Girodet. Les traductions de Virgile sont très nombreuses. En français on distingue, en prose : celles de Marolles, Desfontaines, Binet, Morin, De Guerle, De Lestre, Pongerville, Pessonneaux; celle de Villenave et Charpentier (dans la collect. Panckoucke, 1833-35,), d'Aug. Nisard (dans la collect. D. Nisard); en vers, celles de Delille (la meilleure de toutes), de Cournand, Gaston, Mollevaut, Becquey, Barthélémy, Duchemin, H. Cournol. La traduction de Delille comprend les Géorgiques et l'Enéide. MM. Didot, Lauwereyns et Tissot ont traduit en vers les Bucoliques seules. On doit à Malfilâtre, le Génie de Virgile, à Tissot et à Ste-Beuve des Études sur Virgile, à M. Eichhoff des Études grecques sur Virgile, qui offrent des rapprochements pleins d'intérêt. Ludewig a donné une Clavis Virgiliana, Berlin, 1805.

En librairie - Virgile, Bucoliques /Georgiques, Flammarion (GF), 2001; L'Enéide, Flammarion, 2001; Bucoliques, Les Belles Lettres, 1997; Georgiques, Imprimerie nationale, 1997; on peut également trouver les oeuvres de Virgile dans la série latine des Belles lettres : Enéide (3 vol. ), Bucoliques, Georgiques; Virgile, L'Enéide (choix de textes, Hatier (para-scolaire), 1997; L'Enéide (à partir de 12 ans), L'Ecole des loisirs (version abrégée), 1998. 

Sur Virgile : Gianfranco Stroppini, L'amour dans les Georgiques de Virgile, L'Harmattan, 2003; du même, Amour et Dualité dans les Bucoliques de Virgile, Klincksieck, 2000; Gianfranco Stroppini et Philippe Henzé, L'amour dans les livres I-IV de l'Enéide de Virgile (ou Didon et la mauvaise composante de l'âme), L'Harmattan, 2003;  Collectif, Doré, Dante et Virgile, Les Presses du réel, 2003; Solange et Jean Maillat, Les Fleurs de Virgile, Le Sureau (Beaux livres), 2001; Pierre Grimal, Virgile ou la seconde naissance de Rome, Flammarion (Champs), 2001; Théodor Haecker, Virgile, Père de l'Occident, Ad Solem, 1995;Jean Dufourt, Virgile, Valet de Chambre et moraliste, Bartillat, 1994; Antoinette Novara, Idées romaines sur le progrès, Les Belles Lettres, 1983-84, 2 vol. ; I - Périodes précicéroniennes, II - Virgile; Hermann Broch, La Mort de Virgile, Gallimard, 1980; Jean Giono, Virgile ou les palais de l'Atlantide, Les Belles Lettres, 2001;du même, Virgile, Buchet Chastel, 1996.

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