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Pierre-Paul Rubens
est un peintre flamand, né
à Siegen, près de Cologne ,
le 28 Juin 1577, mort à Anvers
le 30 mai 1640, Un tapissier, Jean Rubens, échevin d'Anvers, suspect
de calvinisme, était parti pour Cologne
en 1568 avec sa femme, Maria Pypelincz, après l'exécution
des comtes d'Egmont et de Hornes. Il eut là
l'occasion d'assister, comme juriste, la femme de Guillaume le Taciturne;
entraîné par elle dans des relations clandestines, il fut
emprisonné à Siegen (1571) par le comte de Nassau, frère
de Guillaume. Maria Pypelincx, coeur généreux et femme de
tête, profitant de ce que les Nassau craignaient le scandale, obtint
à prix d'or son internement d'abord à Siegen (1573), puis
à Cologne (1578), enfin sa liberté complète (1583).
Voilà comment Pierre-Paul Rubens naquit et fut élevé
en terre germaine. Ramené à Anvers après la mort de
son père, en juin 1587, il apprit le flamand, le français
et le latin; il devait, plus tard, se servir
couramment de l'italien dans sa correspondance.
Enfant, Rubens copia les figures de la
Bible
de Stimmer. Le pompeux décor du culte catholique
lui fit une impression ineffaçable, dont la trace devait se retrouver
plus tard dans sa prédilection pour les scènes où
l'on pouvait introduire des chapes d'évêque et des vêtements
de brocart. Entré comme page, à treize ans, chez une princesse,
il fut bientôt placé (1590) chez le paysagiste Tobie Verhaecht;
peu après, il entra pour trois à quatre ans chez Adam van
Noort, excellent professeur, maître aussi de Jordaens
et de van Balen; en 1594, il devint l'élève d'Otho Venius
ou van Veen (italianisant correct, élégant, parfois ému,
capable d'être à l'occasion un savant dessinateur, comme le
montre le portrait de sa famille au Louvre )
qui lui inculqua, avec le goût des compositions décoratives,
l'amour de l'Antiquité
et de l'Italie .
Maître de la gilde en 1598, il s'établit à Anvers .
Le portrait de Vieille femme de Munich est sans doute celui de sa mère,
fait, en ce cas, avant son départ pour l'Italie (3 mai 1600). A
Venise ,
il se passionna pour les grands Vénitiens
et rencontra Vincent de Gonzague, duc de Mantoue ,
chez qui il devait rester huit ans pour faire des portraits et des copies
de maîtres à Mantoue, à
Rome
et ailleurs. Il copia aussi, pour son plaisir, des oeuvres de Raphaël,
Michel-Ange,
Léonard
de Vinci, Tintoret,
Titien,
Baroccio. Corrège et surtout Caravage
(Mise au tombeau). Mais ses dix années d'éducation
flamande percent dans la plupart de ces copies. Ses premières compositions
authentiques (1601-1602) sont aujourd'hui à Grasse .
L'une d'elles, inspirée du Tintoret et de Michel-Ange, est le prototype
encore maladroit de l'Erection de la croix d'Anvers.
-
Pierre
Paul Rubens, Autoportrait (ca. 1639).
Le 5 mars 1603, Rubens partit en mission
semi-diplomatique, chargé de cadeaux pour le roi d'Espagne '
Philippe
III et le duc de Lerme. Il fit à Madrid
de bons portraits. Il y admira les «
merveilleuses productions de Raphaël, de
Titien
et d'autres grands maîtres ». De retour en 1604, il fit
pour l'église des Jésuites
de Mantoue trois grands tableaux, dont l'un, la Transfiguration
(musée de Nancy ),
avec des réminiscences de Raphaël et du Caravage,
est dejà très « rubénien » par l'ordonnance
et la couleur, malgré un reste de lourdeur dans les ombres. En 1606-1607,
nouveau séjour à Rome ,
où il acheta pour le duc la Mort de la Vierge (Louvre )
du Caravage. Envoyé à Gênes ,
il y fit, en deux mois, divers portraits et les dessins
et plans de palais qu'il devait publier en 1622, à Anvers, dans
ses Palazzi di Genova. A Rome, il termina plusieurs compositions
et des copies de maîtres. II parti en novembre 1608 pour retrouver
sa mère malade et arriva trop tard.
Devenu peintre de l'archiduc Albert (gouverneur
des Flandres ,
à Bruxelles ,
et époux de l'infante Isabelle, fille de Philippe
II), Rubens s'établit pourtant a Anvers ,
où il épousa la bonne et charmante Isabelle Brandt (3 octobre
1609). En pleine joie, il laissa un libre essor à son génie
dans le triptyque de l'Erection, de la croix (1610, cathédrale
d'Anvers), où, malgré l'allure un peu théâtrale
qui sera souvent sa marque, il traduit dans une riche harmonie une scène
tumultueuse et même émouvante. Notons que ce tableau fut retouché
par lui en 1627. Il exposa dans la même église, le 12 septembre
1612, la Descente de croix, un de ses plus parfaits chefs-d'oeuvre.
Ses contemporains ne s'y trompèrent pas : de ce jour, Rubens ne
fut pas pour eux le plus grand peintre de son pays, il fut le seul. Les
artistes qui auraient pu essayer de rivaliser avec lui préférèrent
travailler sous ses ordres et ne crurent pas déroger.
-
Descente
de la croix, par Rubens, 1612.
Il est à noter que Rembrandt
a connu ce tableau, au moins par des copies, car son eau-forte de la
Descente de croix, exécutée vingt et un ans après,
le rappelle par bien des points, ainsi que ses Descentes de croix
de Munich
et de Saint-Pétersbourg .
Dans ces ouvrages, tout comme dans le tableau d'Anvers, le poids du cadavre
de Jésus porte sur son bras gauche retenu
par en haut; la tête douloureuse s'incline lourdement sur l'épaule
droite Joseph d'Arimathie soutient sous
l'aisselle le bras droit qui retombe, tandis que saint Jean reçoit
sur ses deux bras tout le bas du corps du supplicié.
De pareilles analogies ne peuvent être
fortuites. Elles ne prouvent d'ailleurs que l'admiration d'un artiste pour
un autre, et elles ne gênent en rien l'originalité de l'emprunteur.
Rubens, resté profondément Flamand
par le choix de ses modèles, a mis dans sa Descente de croix;
certains mérites propres aux grands Italiens,
le parfait équilibre dans la combinaison des lignes et des masses,
parfois la vraie noblesse : Fromentin a pu
comparer le corps du Christ
à une « belle fleur coupée » : mais c'est surtout
au Caravage que Rubens a emprunté - sans
imitation servile - la concentration de l'effet lumineux, la sobriété
de la couleur et la solidité du modelé des figures. Un peu
plus tard, il obtiendra plus d'aisance dans l'exécution, plus de
richesse dans les reflets, mais ce sera un peu aux dépens de la
solidité.
On a loué aussi, non sans justice,
dans ce tableau, la vérité de l'expression. Pourtant ici
une réserve est nécessaire : à notre avis, même
dans ses meilleurs ouvrages, Rubens met en scène de merveilleux
acteurs, aussi voisins de la nature qu'on le voudra, tandis que Rembrandt
nous fait voir les personnages eux-mêmes. Son eau-forte de 1633,
exécutée en grande partie par ses élèves, ne
peut lutter dans l'ensemble contre le chef-d'oeuvre d'Anvers ;
mais là, déjà, ses personnages sont d'un naturel extraordinaire,
aussi bien dans l'effort physique - et même dans l'indifférence
- que dans l'élan d'amour ou l'humble pitié, et son Christ,
pauvre loque humaine d'une vérité criante, est d'autant plus
émouvant qu'il est plus misérable. Voilà sans doute
pourquoi, de ces deux génies, l'un gracieusement triomphant et favori
des grands de ce monde, l'autre discret jusqu'à la sauvagerie, la
postérité, sans rabaisser le premier, a pu mettre le second
encore plus haut que lui.
Tous les genres intéressaient Rubens
: aux tableaux religieux et aux portraits
qu'il avait fait alterner avec les compositions
historiques, mythologiques et allégoriques, il allait ajouter
les natures mortes et les scènes
de chasse, par exemple la Chasse aux lions du musée de Munich ,
d'une extraordinaire furie; en même temps, ses souvenirs de la chapelle
Sixtine (Vatican )
se retrouvaient dans la Chute des damnés et, le petit Jugement
dernier du
même musée. La Vierge
aux anges du
Louvre ,
admirable surtout par sa fraîche guirlande d'enfants potelés,
est du même temps.
Rubens n'aurait pu suffire aux commandes
sans l'aide, d'élèves et, de collaborateurs qui exécutaient
en grand, sous ses yeux, ses incomparables esquisses : Van
Dyck et Jordaens peignaient les figures;
Snyders, Paul de Vos, les animaux; Breughel
de Velours, Jean Wildens, Martin Ryckaert, le paysage.
Nous citons les meilleurs. Quand chaque élève avait rempli
sa tâche dans la grande composition destinée à devenir
définitive, mais tenue encore dans les tons clairs, le maître
tantôt revenait sur la couleur fraîche,
tantôt - le plus souvent - reprenait le tableau déjà
sec et le faisait sien en y ajoutant des accents de dessin
ou d'effet, des touches plus hardies et plus transparentes, des ombres
plus intenses et plus profondes. Très honnête d'ailleurs,
Rubens variait ses exigences vis-à-vis des acheteurs selon sa part
de travail personnel. On trouve un curieux spécimen de ses «
prix courants » dans une lettre de 1618 à sir Dudley,
qui désirait échanger sa collection d'antiquités contre
des tableaux de lui.
-
Rubens
- Vénus au miroir,
1616.
Naturellement, la postérité
a porté ses préférences sur les petites esquisses
originales qui sont la pure expression de son génie, et sur les
grandes compositions sorties entièrement de sa main; mais, parmi
les autres, on trouve encore des chefs-d'oeuvre, témoin les Enfants
,jouant avec des fruits (vers 1619, Munich), où la guirlande
de fruits est de Snyders, tandis que les enfants au modelé serré
et l'harmonie générale sont du maître.
La période de 1615 à 1621
est très féconde. Citons, entre autres, la Communion de
saint François (musée d'Anvers ),
les Miracles de saint Ignace de Loyola (musée de Vienne ),
oeuvres de premier ordre, quoique ou parce que caravagesques; le Coup
de lance (musée d'Anvers); Saint Ambroise et Theodose
(musée de Vienne); le Combat des amazones (Munich ),
étonnant de pittoresque et de vie; l'élégant Adam
et Eve du musée de La Haye, dans un joli paysage
trop détaillé de Breughel; enfin
et surtout l'Enlèvement des filles de Leucippe (Munich) où
les corps féminins sont des merveilles de puissante souplesse. Vers
ce temps aussi : la Mort de Madeleine (musée de Lille ),
sobre comme un Caravage, et le petit Christ
en croix du musée de Montpellier ,
où l'expression dramatique et profonde s'unit à l'effet sinistre
de la couleur.
-
L'Enlèvement
des filles de Leucippe, par Rubens (ca. 1620).
La maison qu'il avait achetée en
1611 et embellie renfermait des oeuvres de Titien,
Tintoret,
Véronèse,
Léonard,
Raphaël,
Ribera,
Holbein,
Antonio
Moro,
Van Eyck,
Breughel le Vieux,
Brouwer, etc. Il y recevait les visiteurs dans son atelier et causait parfois
avec eux en même temps qu'il peignait, dictait une lettre et se faisait
lire Tacite. Il s'intéressait d'ailleurs
à tout : voyages, histoire naturelle, art antique, archéologie,
comme en témoigne sa longue correspondance avec le célèbre
érudit provençal Peiresc, qu'il
ne devait connaître personnellement qu'en 1622.
Vers la fin de 1621, il reçut la
commande des grandes compositions de la galerie du Luxembourg
(aujourd'hui au Louvre )
destinées à raconter la Vie de Marie
de Médicis. Venu à Paris
en janvier 1622, il accepta de faire les cartons de l'Histoire de Constantin,
dont les esquisses seules sont de lui, et la galerie de Henri
IV, projet à demi réalisé, dont il n'est resté
que quelques esquisses et deux admirables compositions (celles-ci au musée
des Offices, à Florence ).
Rentré à Anvers
en mars 1622 avec le plan de quinze sujets choisis pour la galerie du Luxembourg,
il fit en deux mois les quinze esquisses. Le 24, mai 1623, malgré
la mort récente de sa fille aînée Clara Serena, Rubens
revenait à Paris avec neuf tableaux terminés. Chargé
de faire le portrait de Marie de Médicis - aujourd'hui au musée
du Prado, à Madrid
- oeuvre exquise en un genre où il est rarement supérieur,
il profita de ses longues séances avec la reine pour essayer de
rapprocher habilement la France
de l'Espagne .
Il reprit ces tentatives très discrètes lorsqu'il revint,
en mars 1625, apporter toutes les autres compositions, sauf deux qu'il
fit sur place. Ces vingt et un tableaux, d'inégale valeur, constituent
l'ensemble le plus important qu'il ait exécuté.
-
Rubens
et Isabella Brandt, par Rubens (1609).
Jusqu'aux dernières années
du XIXe siècle, cette galerie du
Luxembourg
avait été mal connue de quelques-uns; mais, au moment de
l'ouverture des salles Rubens du Louvre ,
on peut la voir plus à portée, séparée d'immenses
toiles secondaires qui en alourdissaient l'impression, et rangée
dans l'ordre chronologique des épisodes de la vie de la reine. Il
y a mieux : ces vingt et une compositions, à part leur valeur individuelle,
avaient été conçues par le maître
flamand comme autant de « taches » claires ou foncées,
douces ou puissantes, qui faisaient de l'ensemble une vaste symphonie pittoresque.
La salle Rubens du Louvre, en restituant presque entièrement cet
ensemble, a contribué à une compréhension plus vive
du génie du maître; elle a permis aussi de goutter plus à
l'aise la valeur individuelle de ces ouvrages.
Pour accomplir cette immense tâche,
l'artiste se fit aider par ses élèves, le fait n'est pas
douteux; mais il est non moins évident que Rubens, en cette circonstance,
fit un puissant effort personnel et essaya de mettre dans ces immenses
toiles la richesse et le charme qui caractérisent ses esquisses.
Dans l'Henri IV recevant le portrait de Marie
de Médicis, le roi est vraiment exquis de bonne grâce
et de juvénile désinvolture; on sait quelle allure vraiment
royale l'artiste a su donner à la reine dans le Mariage par procuration
(Florence ),
plein d'ailleurs d'excellents portraits rajeunis
de vingt-cinq ans ou reconstitués d'après des documents;
le Couronnernent de la Reine contient aussi beaucoup de portraits (il
semble vraiment que Rubens soit, parfois plus à l'aise quand il
n'a pas la nature sous les yeux), mais c'est en même temps un délicieux,
riche et sérieux bouquet de couleurs et de tons.
On ne peut tout énumérer;
disons seulement que, dans la Naissance de Louis
XIII, les pieds nus de la reine, par leur élégance
et leur tonalité finement nacrée, ont excité l'admiration
passionnée de bien des artistes des écoles les plus diverses,
Delacroix
et Henner entre autres; que le Gouvernement de la Reine, si l'on
n'est pas trop exigeant pour le sens des allégories ni pour la noblesse
des types, mérite la place d'honneur qu'il occupe actuellement,
parce qu'il offre, au milieu d'un délicieux groupement pittoresque,
certains torses souples de femmes qui sont d'un grand modeleur; que dans
le Débarquement de
Marie
de Médicis, enfin, triomphale harmonie de personnages
princiers et royaux, de divinités marines, de Renommées aux
trompettes retentissantes, on éprouve autant de plaisir à
regarder les trois sirènes aux corps éblouissants fouettés
d'écume, que l'artiste a dû en éprouver quand, avec
l'aisance du génie, il les a fait naître sous son pinceau
joyeux et fier. Redisons-le, on pourra trouver çà et là,
dans ses voyages quelques tableaux isolés qui rivalisent franchement
avec tel ou tel de ces chefs-d'oeuvre : on ne rencontrera nulle part, signé
du nom de Rubens, un ensemble pareil. Infatigable, il avait trouvé
le moyen, en poursuivant cet énorme travail, d'exécuter l'Adoration
des mages (1624, musée d'Anvers), la charmante Fuite de Loth
(1625, Louvre), etc.
-
Rubens
- Le Chapeau de paille
(portrait
de Susanna Lunden?), 1626.
Devenu veuf, en juin 1626, d'Isabelle Brandt,
qui lui laissait deux fils, Rubens accepta, pour distraire son chagrin,
une mission politique secrète, vint à Paris
pour cela en décembre 1626, y retrouva le duc de Buckingham, qu'il
y avait vu en 1625 et qui lui acheta 100.000 florins sa collection d'oeuvres
d'art; passa en Hollande, sous prétexte de voir les peintres,
pour y rencontrer un envoyé anglais; en Espagne
(1629), enfin en France
et en Angleterre
(1629-1630). Il avait emporté en Espagne des tableaux de lui et
quatorze très belles esquisses sur l'Eucharistie. Il conquit
dans ces voyages la faveur de Philippe
IV et de Charles ler.
A Londres ,
il peignit les belles esquisses de neuf compositions à la gloire
de Jacques ler,
des portraits et une Minerve protégeant la paix (National
Gallery).
Nous n'avons pas parlé, jusqu'ici,
d'un procédé auquel Rubens attachait de l'importance comme
moyen de répandre sa renommée : la gravure.
II en usa très peu lui-même, ce genre de travail étant
beaucoup trop lent pour lui. Mais, dès 1619, il avait fait graver
ses tableaux sous sa surveillance directe, par N. Swanenburg, J. Matham,
J. Müller, Soutman; plus tard, par Pontius (Paul Dupont), Witdoeck,
Marinus, Boèce, les deux Bolswert et Schelte; ces trois derniers
plus spécialement pour le paysage.
Mais rien ne vaut les gravures qu'il fit exécuter par Christoffel
Jegher d'après ses dessins sur bois : l'Hercule terrassant l'Hydre
de Lerne est un chef-d'oeuvre par le caractère et la noble tournure.
Son mariage (6 décembre 1630) avec
Hélène Fourment, née le 14 avril 1614, fut, malgré
la disproportion des âges, le début d'une nouvelle ère
de bonheur pour Rubens. Les nombreux portraits
de sa jeune femme (musées de Munich, Ermitage, etc.) et, plus encore,
les innombrables compositions où il l'a reproduite sans voiles,
prouvent combien il était épris d'elle. Hélène
a probablement posé aussi pour les jeunes femmes élégamment
vêtues à la mode du temps, qu'il introduisit dans une de ses
oeuvres les plus lumineuses, le triptyque de Saint Hildefonse (musée
de Vienne) commandé en 1631 par l'archiduchesse devenue veuve. Presque
en même temps, comme pour montrer la variété de ses
aptitudes, Rubens exécutait la Cène
(musée de Brera, à Milan ),
très belle d'effet et de modelé, inspirée du Caravage.
-
Hélène
Fourment, par Rubens.
Repris par la diplomatie à cause
de la fuite de Marie de
Médicis (1631) et des victoires du prince Fredéric-Henri
sur les Espagnols (1632), Rubens revint à la peinture
en 1633. Thomyris et Cyrus (Louvre) remonte peut-être a cette
époque. L'Offrande à Vénus (musée de
Vienne, vers 1635), riche composition, chef-d'oeuvre d'harmonie, de vie
et de mouvement est peut-être le tableau où il a le mieux
réalisé l'élégance des types et la grâce
des lignes. Tout Watteau et presque tout l'art
du XVIIIe siècle français
sont sortis de cet ouvrage et du Jardin d'amour (Prado, 1635-1636),
parc aux fraîches harmonies peuplé de seigneurs et de dames
élégantes. Dans cette période, les « fêtes
de la chair » battent leur plein; il serait long de les énumérer.
Bornons-nous à citer deux portraits : celui de Rubens avec sa femme
et leur enfant (1635, coll. A. de Rothschild), un de ses plus exquis chefs-d'oeuvre
en ce genre est la Pelisse (vers 1636-1637, musée de Vienne),
d'une fraîcheur inouïe, portrait de sa femme peu vêtue,
s'enveloppant le milieu du corps dans une fourrure.
La peinture religieuse ne perd pas ses
droits : en 1636 et 1637. il peint le Martyre de saint Liévien
et la Montée au calvaire (Bruxelles ),
d'une liberté de facture étonnante, et dont la couleur fraîche
contraste avec l'horreur des sujets. Mais le maître, goutteux, se
réfugiant au château de Steen
(acheté en 1635) évite les trop grands tableaux. Ses beaux
paysages,
parfois trop détaillés (National Gallery, Munich, Louvre)
ont inspiré les Constable et les Turner.
Il se délasse en peignant de souvenir cette étonnante Kermesse
(Louvre, 1638-1639) où les crudités du sujet sont sauvées
par le « lyrisme-» de l'exécution.
Son dernier ouvrage, la Vierge entourée de saints, fut mis,
selon sa volonté, devant son tombeau, dans l'église
Saint-Jacques d'Anvers. Jamais, depuis la Descente de croix, il
n'avait traité aussi magistralement un sujet religieux. Le tableau
de 1612 montrait, plus visible, l'influence des vieux rnaîtres; mais,
trente-six ans après, l'oeuvre qui fut son testament artistique
et où la couleur est plus vierge, l'exécution plus prestigieuse,
nous laisse voir comme une leçon suprême le profond respect,
de la nature, le culte de la forme que ces vieux maîtres lui avaient
enseigné et qu'il n'avait, jamais oublié complètement,
même dans ses oeuvres les plus hâtives.
-
Le déclin de la vieillesse lui
fut épargné; Rubens mourut en pleine gloire, à peine
âgé de soixante-trois ans. Il avait eu un fils, Albert
Rubens (1614-1657), qui se distingua par ses connaissances en histoire
et en numismatique. On a de lui Regum et imperatorum romanorum numismata,
Anvers, 1654; De re vestiaria veterum, 1665. Parmi ses nombreux
élèves, les plus célèbres furent Van
Dyck. Soutman, Pepyn, J. van Hoeck, Th. van Tulden,
J. van Egmont, Diepenbeck, Schut, etc. Anvers
lui a élevé une statue. Son Histoire
a été écrite par A. Vanharfelt.
-
La
Fuite de Marie de Médicis, par Rubens, ca. 1625.
On a souvent parlé de Rubens comme
d'un fougueux improvisateur : rien n'est moins juste. Ambitieux avec mesure,
il géra son oeuvre, comme sa vie et sa fortune. Les quinze cents
ouvrages créés par lui furent, conçus sagement, préparés
de même. Grand exemple pour les jeunes peintres. Son inspiration,
plutôt « extensive » qu' «-intensive
», était moins d'un luministe que d'un coloriste la pompe
de l'ordonnance, la splendeur d'un jardin fleuri sous un éclatant
soleil, voilà l'idéal au service duquel il mit une main étonnamment
agile, jamais fiévreuse. Nous avons dit quel fut, aux bons moments,
son culte de la forme. Si la noblesse de certains Italiens
lui est étrangère, il sait, et un degré singulier,
donner l'impression du mouvernent, de la vie débordante, parfois
même, quoi qu'on en dise, de l'élégance; et s'il n'alla
pas aussi loin qu'un Rembrandt ou qu'un Roger
van der Weyden dans l'intimité de l'expression, il fut, à
l'occasion, vraiment émouvant. C'était plus qu'il ne fallait
pour le faire entrer dans le groupe des grands maîtres qui perpétuent
les traditions et président aux renaissances.(L. Durand-Gréville). |
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