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Fra Angelico

Fra Angelico (Fra Giovanni da Fiesole, dit), célèbre peintre florentin, né en 1387, dans la province de Mugello, près du château de Vicchio, à quelque distance de Florence, mort le 18 mars 1455 à Rome. Issu, selon toute apparence, d'une famille plébéienne très aisée, il s'appelait simplement Guido ou Guidolino di Pietro, c.-à-d. Guide fils de Pierre; le nom patronymique Santi Tosini qu'on lui a quelquefois attribué est donc erroné. On ne sait absolument rien de ses jeunes années, ni de ses premières études d'art. On suppose qu'il eût pour maître le Florentin Gherardo Starnina. A l'âge de vingt ans, il entra dans l'ordre de Saint-Dominique à Fiesole, avec son frère Benedetto, qui se fit un nom comme calligraphe et miniaturiste (mort en 1448). Ce couvent venait à peine d'être construit, mais l'art de la miniature y était cultivé avec ardeur, sous la direction même de son fondateur, Giovanni di Domenico Bacchini. C'est dans ce milieu paisible et affectueux que le jeune Guido, qui prit en religion le nom de Giovanni, se livra à la pratique d'un art dont toutes ses oeuvres laissent voir l'influence indéniable.

A la suite des troubles provoqués par le schisme, la communauté tout entière dut se réfugier au couvent de Foligno, d'où la peste la fit émigrer en 1414 à Cortone; mais on croit que Fra Giovanni s'était rendu directement dans cette dernière localité, où se trouvait une succursale de son couvent, sans avoir séjourné à Foligno. Il n'y laissa en effet aucune oeuvre, tandis que Cortone en a conservé quelques-unes. C'est d'abord un retable, dont la partie supérieure se voit dans l'église Saint-Dominique et qui offre les sujets suivants : la Vierge trônant entre quatre saints, et, en plus petit, l'Annonciation et la Crucifixion; la predella de ce retable, avec des Scènes de la vie de saint Dominique, de même qu'un tableau d'autel représentant une Annonciation, avec des Scènes de la vie de la Vierge, sur la predella, se trouvent dans l'église du Gesù. C'est aussi pendant son séjour à Cortone qu'il exécuta un grand retable dont la partie centrale : la Vierge trônant entourée d'anges, et les volets avec deux saints d'une grande beauté, ont été transportés à la fin du XIXe siècle de l'église Saint-Dominique de Pérouse au musée de cette ville; la predella, avec des Scènes de la vie de saint Nicolas de Bari, est en partie dans la sacristie de la même église, en partie dans la galerie du Vatican (II, n° 4). L'ensemble est superbe par la splendeur du coloris et la vigueur de la composition. 
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La Conversion de Saint Augustin, 1436. (Source : Museum Images).

En 1418, toute la communauté put enfin retourner à Fiesole, où Fra Giovanni passa dix-huit années consécutives. Les peintures qu'il y fit pour son couvent, pour des églises de Florence et pour d'autres villes furent nombreuses. A l'église Saint-Dominique de Fiesole (dont les principales richesses ont pris le chemin de l'étranger), on voit encore de lui un tableau d'autel, repeint en 1501 par Lorenzo di Credi. L'Annonciation qui est à l'église Saint-Alexandre de Brescia date de 1432. De l'année suivante est le célèbre triptyque exécuté pour la corporation des ouvriers en lin, au prix de 190 florins d'or. Il est aujourd'hui dans la galerie des Offices, à Florence. Le sujet central offre une Vierge avec l'Enfant Jésus, grandeur nature. Les anges peints dans la bordure sont d'une grâce idéale. Cette oeuvre importante accuse néanmoins des défauts inhérents à un élève des miniaturistes. De cette période encore, sont : le Couronnement de la Vierge, de la même galerie, ainsi que celui du Musée du Louvre, deux compositions ravissantes; deux Madones entre des saints et une Crucifixion, seuls ouvrages du maître que le couvent de Fiesole ait conservés; nombre de tableaux se trouvant aujourd'hui à l'Académie des beaux-arts à Florence, parmi lesquels on remarquera les Scènes de la vie du Christ (35 peintures), deux tableaux d'autel avec Madone trônant, un de ses plus beaux Jugements derniers, et surtout une Descente de croix, énorme retable, qu'on regarde comme l'une des plus séduisantes créations de l'art italien, pour la pureté du dessin, le charme du coloris et la profondeur du sentiment. En 1436, Fra Giovanni fut appelé à Florence pour décorer le couvent  de San-Marco, récemment réédifié aux frais de Côme de Médicis. Dans cette nouvelle résidence, il passa environ dix années. Ce fut la période la plus féconde de sa carrière, et où son génie ne cessa de grandir. Il y put enfin donner une libre carrière à ses idées et à ses pieuses aspirations dans le domaine de l'art. C'est là qu'il aborda la fresque pour la première fois.
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Une Annonciation. (Source : Musée du Prado).

Transformé en musée en 1867, ce couvent est un véritable monument consacré par notre sublime artiste à l'exaltation mystique du christianisme. Tous les principaux sujets du Nouveau Testament s'y trouvent représentés, et, parmi les fresques de ce cycle religieux, il y a à signaler : l'Annonciation, l'Adoration des Mages, la Cène, le Couronnement de la Vierge et surtout la grande Crucifixion de la salle capitulaire, composition absolument originale, comprenant vingt-trois figures, parmi lesquelles celles des saints, chefs et fondateurs religieux.

« Dans cette page monumentale, a dit Müntz, l'artiste a parcouru toute l'échelle des sentiments, depuis la douleur la plus poignante jusqu'à l'espérance la plus sereine, la plus inaltérable. Il y a là des gestes, des attitudes dignes du dramaturge par excellence, Giotto. »
En 1445 Fra Giovanni se rendit à l'invitation du pape Eugène IV. On suppose que lors de ce voyage il s'arrêta à Cortone et que c'est à ce moment qu'il y peignit, dans le tympan et la voussure du portail de l'église de Saint Dominique, une Madone avec l'Enfant; les quatre Évangélistes, saint Dominique et saint Pierre martyr, fresque fortement dégradée. A Rome, il fut d'abord chargé de décorer la chapelle du Saint-Sacrement au Vatican, L'immortel Nicolas V, qui succéda en 1447 à Eugène IV sur le trône pontifical, témoigna à l'humble artiste de Fiesole encore plus d'attachement et d'égards particuliers. Son traitement, supérieur à celui de Bramante, fut alors de 200 ducats d'or. Les peintures de la chapelle du Saint-Sacrement consistaient en Scènes de la vie du Christ, à fresque, et en portraits de plusieurs personnages vivants, tels que le pape Nicolas V, l'empereur Frédéric, l'archevêque Antonin de Florence, etc. Malheureusement cette chapelle fut démolie sous Paul III, pour le redressement des escaliers, et les portraits, après avoir appartenu à Paolo Giovio, ont également disparu. En été de 1447, Fra Giovanni alla, avec ses élèves Benozzo Gozzoli, Giovanni d'Antonio de Florence et Giacomo d'Antonio de Poli, peindre un Jugement dernier au dôme d'Orvieto; mais l'oeuvre resta inachevée et ne fut terminée qu'en 1499, par Luca Signovelli, en partie d'après les esquisses mêmes de notre maître. 

En 1449, il décora le cabinet de travail du pape de fresques retraçant la vie et la mort de saint Étienne et de saint Laurent, auxquelles il ajouta les figures de quatre évangélistes et celles de huit docteurs de l'Église. Dans ses Compositions, il laisse voir combien la vue des monuments de l'Antiquité conserves à Rome firent, par leur simplicité et leur noblesse, une impression profonde sur son esprit si plein de modestie et si porté aux aspirations idéales. D'ailleurs, il s'était toujours mieux harmonisé, dans le domaine de l'architecture et de la décoration, avec les principes sévères de l'art roman, issu de l'antique, qu'avec les raffinements du gothicisme. Ici, en empruntant plus directement à l'art païen certaines formules, Fra Giovanni ne se douta nullement qu'il devenait un précurseur inconscient de la Renaissance. C'est la dernière oeuvre que nous connaissions de lui. Il mourut à l'apogée de la gloire, et fut enterre au couvent dominicain de la Minerve, où sa sépulture est marquée par une modeste pierre tombale, avec sa figure couchée et une éloquente épitaphe. Son protecteur, l'illustre pontife Nicolas V, ne lui survécut que six jours.
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Un Ange. (Source : CGFA).

Dans l'histoire de l'art, Fra Giovanni apparaît comme un brillant météore qui laisse derrière lui une traînée lumineuse, mais nullement comme un astre destine à orienter des successeurs. C'est un peintre spiritualiste et subjectif au plus haut degré. La correction des formes physiques n'occupe dans son idée qu'une place secondaire, et, d'ailleurs, en raison de ses scrupules religieux, il ne connut qu'imparfaitement l'anatomie du corps humain. Beaucoup de ses peintures sont dépourvues de relief et ont l'aspect des grandes miniatures, même sous le rapport du coloris; souvent aussi la science du clair-obscur lui fait défaut. Dans la technique, il procède de Giotto, dont il fut le dernier imitateur, et si à cet égard il n'a rien innové, il ne cessa jusqu'à sa mort de poursuivre un progrès constant et acquit une remarquable sûreté de main. Mais il a une originalité propre qui suffit pour lui assurer une gloire immortelle. Pour lui, l'art ne devait servir qu'au triomphe de la religion. Son unique préoccupation, fut de fixer l'idéal qu'il portait en lui et d'incarner ses visions célestes. Ses oeuvres reflètent admirablement son âme tendre et rêveuse, la chasteté de son imagination, l'humilité de son caractère, la profondeur de sa foi, la ferveur de sa piété, l'élévation de son esprit et la sainteté de sa vie, vertus qui lui valurent d'être mis au rang des bienheureux (Il Beato). 

Son art, est avant tout expressif, mais empreint toujours d'une suavité et d'une douceur infinies. La douleur même est voilée d'une teinte de mélancolie sous son pinceau, et jamais il ne put parvenir à le rendre tragique ou austère, à l'exemple de Giotto ou d'Orcagna, tout en traitant les mêmes sujets. On l'a appelé« le peintre des rêves séraphiques », car ses madones juvéniles, ses anges, ses figures .féminines en général rayonnent d'une beauté céleste. L'admiration de ses contemporains s'est formulée dans le surnom d'Angélique (Fra Angelico), accordé au grand artiste, et l'humanité restera toujours subjuguée par le charme de ses créations extatiques qui ravissent l'âme dans les régions éthérées. Sous ce rapport et sous celui de l'intensité du lyrisme religieux, Fra Angelico fut sans prédécesseur, comme il resta sans rival. Nul ne l'avait précédé dans cette voie, et nul ne l'y suivit. Bien qu'il eût des élèves tels que Benozzo Gozzoli, il ne fit point école. Il fut dans l'art le dernier représentant de l'idéal religieux du Moyen âge, et il se tint en dehors du mouvement qui emportait ses contemporains dans le courant réaliste. (G. Pawlowski).

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Dictionnaire biographique
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