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Les langues de l'espace altaïque
Les langues turciques, Mongoliques et toungouses
Langues turciques (turques) Langues sibéro-altaïques :
    yakoute, soïote, tatar de l'Ienisseï, chor, dolgan, oïrote, etc.

Langues ouïghoures :
   ouïghour, ouzbek, turc de l'Orkhon (éteint), djagataï.

Langues oghouz : 
    turkmène, azéri et turc.

Langues kiptchak :
    Aralo-caspiennes : kazakh, kirghiz, nogaïque, karakalpak.

    Ponto-caspiennes : koumyk, karadjaï, karaïm.

    Ouraliennes : tartar, bachkir.

Tchouvache.

Langue Hunnique.

Langues mongoliques Khalkha :
    mongol, bouriate.

Oïrat :
    kalmouk, darkhat.

Mongour :
    tu, pao-an, dongxiang, yugour oriental.

Dagour.

Langues toungouses Groupe septentrional.
    evenk, lamoute, negidal

Groupe méridional :

    Mandchou : mandchou,sibo, jou-jouen.

    Nanaï : nanaï, orok, ulch.

    Udihe : khor, orotch. 

L'hypothèse altaïque désigne un regroupement linguistique historique qui unit traditionnellement trois grandes familles de langues : les langues turciques, les langues mongoliques et les langues toungouses. Certains chercheurs ont également proposé d'y inclure les langues coréaniques et japoniques, formant ainsi ce que l'on appelle le "macro-altaïque". Géographiquement, cet ensemble couvre une zone immense de l'Eurasie, s'étirant de l'Europe de l'Est et de la Turquie jusqu'à l'océan Pacifique, en englobant l'Asie centrale, la Sibérie, la Mongolie et la Mandchourie.

Si le concept de famille altaïque au sens strict de la phylogenèse linguistique a perdu de sa crédibilité scientifique au profit d'une approche aréale, le terme demeure extrêmement utile. Il permet de décrire une réalité culturelle, historique et typologique indéniable, unifiant des peuples aux modes de vie souvent liés à l'élevage nomade, aux vastes empires steppiques et à une vision du monde commune, cristallisée dans les structures mêmes de leurs langues respectives.

Les similarités frappantes entre ces langues ont longtemps suggéré l'existence d'une langue ancestrale commune, le "proto-altaïque", mais les recherches modernes privilégient l'explication du continuum géographique. Selon cette théorie, les ressemblances s'expliquent par des millénaires de contacts intenses, d'emprunts lexicaux et de convergences grammaticales entre les peuples nomades et sédentaires de la steppe eurasienne, formant ce qu'on appelle une union linguistique, plutôt que par une filiation génétique directe issue d'un ancêtre commun.

Malgré ces débats sur leur origine, les langues de l'espace altaïque partagent un profil typologique très cohérent qui facilite souvent leur apprentissage mutuel et justifie l'usage du terme d'un point de vue structural. La caractéristique la plus marquante est l'agglutination, un processus par lequel les mots se forment par l'ajout successif de suffixes à une racine invariable, chaque suffixe remplissant une fonction grammaticale précise. À cela s'ajoutent l'harmonie vocalique, qui impose une cohérence phonétique entre les voyelles de la racine et celles des suffixes, l'absence quasi totale de genre grammatical, ainsi qu'une syntaxe où le verbe se place systématiquement à la fin de la phrase, selon l'ordre Sujet-Objet-Verbe.

Cet ensemble linguistique est d'une richesse et d'une vitalité remarquables. Le turc, l'ouzbek, le kazakh, l'azéri ou le tatar comptent parmi les langues turciques les plus parlées, totalisant des centaines de millions de locuteurs à travers l'Asie centrale, le Caucase et le Moyen-Orient. Le mongol, avec ses différents dialectes, domine les steppes de Mongolie et de Chine intérieure, tandis que les langues toungouses, comme le mandchou ou l'evenki, bien que souvent menacées d'extinction, témoignent de la diversité historique de la Sibérie et de l'Extrême-Orient russe.

 
Les langues turciques

La famille des langues turciques peut se diviser en quatre groupes principaux. 1°) Le premier rassemble les langues de l'Altaï (ouïgour et ouzbek, etc.), auxquelles ont adjoindra le yakoute, parlé en Sibérie; 2°) le deuxième, correspondant à la portion sud-ouest de l'aire linguistique des langues turques, est composé des langues oghouz : azeri,  turkmène et turc; 3°) le troisième de ces groupes réunit des langues parlées entre l'Oural, la mer Caspienne et la mer d'Aral, groupe dit kiptchak, et lui-même subdivisé en deux sous-ensembles : le kazakh, le kirghiz et le nogaïque, se rangent dans le premier sous-ensemble, et le tatar et le bachkir, dans le second. 4°) Enfin, la langue tchouvache forme avec ses dialectes le quatrième et dernier groupe. A quoi pourraient s'ajouter les langues turques mortes, parmi lesquelles l'énigmatique langue des Huns.

Les langues sibéro-altaïques.
On peut reconnaître ici deux sous-ensembles. Le premier comporte autour de l'ouzbek et du ouïgour (ouïghour) des langues telles que l'oïrote (70 000 locuteurs), parlé à la frontière de la Chine et de la Mongolie, le djagataï (au Turkménistan), le yougour, etc. Le second sous ensemble, dont la plupart des locuteurs habitent en Russie, est représenté par le yakoute, parlé par près de 400 000 personnes (bassins de la Lena et de la Kolyma), par le soïote (ou ouriankhi) pratiqué par 200 000 personnes, surtout en Russie et dans une moindre mesure en Mongolie, par le tatar de l'Iénisséi parlé autour d'Abadan, au nord de l'Altaï, par 70 000 personnes, ou encore par des langues telles que le shor et le dolgan, aujourd'hui menacées d'extinction.

Les langues oghouz.
On range ici des langues, dont le nom se réfère au groupe de population turque qui a commencé à migrer à partir du Xe siècle vers le Sud et l'Ouest, et dont sont issues notamment les Seldjoukides et les Osmanlis. On distingue dans cette famille trois idiomes, eux-mêmes subdivisés en de nombreux dialectes : le turkmène, l'azéri et le turc moderne, héritier direct de l'osmanli ( = turc ottoman), parlé par la classe dirigeante de l'Empire ottoman, forme littéraire et la langue turque.

Les langues kiptchak
Ces langues sont parlés dans la région qui correspont à l'ancien khanat du Kiptchak, c'est-à-dire de la Horde d'Or. Trois groupes peuvent être définis : l'aralo-caspien, le ponto-caspien, et l'ouralien.

Les langues mongoliques

Cette famille comprend trois groupes principaux : les langues khalkas (dans lesquelles on range le mongol et le bouriate), les langues oïrates (kalmouk, darkhat) et les langues mongour, avec plusieurs langues parlées en Chine (tu, pao-an dongxiang, yougour oriental). On adjoint à ces groupe le dagour, également parlé en Chine.

Les langues khalkha.
Ces langues forment le "noyau dur" de la famille. Il s'agit d'une part du mongol, qui peut lui-même se diviser en deux langues distinctes, le khalka, parlé en Mongolie, et le mongol périphérique, parlé en Chine, chacune ayant ses propres dialectes, et d'autre part du bouriate.

• Le mongol. - Le mongol périphérique est parlé par plus de 3 millions de locuteurs principalement en Chine (Mongolie intérieure). Il s'écrit en caractères chinois, langue à laquelle il fait par ailleurs de nombreux emprunt. Le mongol khalka est, lui, parlé par près de deux millions et demi de personnes, qui constituent les neuf dixièmes de la population de la Mongolie. On le parle aussi en Russie et au Kirghizistan.

• Le bouriate. - Le bouriate, proche du mongol, possède une dizaine de dialectes. Il est principalement parlé en Sibérie au Sud et à l'Est du lac Baïkal, par environ 300 000 personnes. On rencontre également quelques dizaines de milliers de locuteurs en Chine (Mongolie intérieure) et autant en Mongolie. Influencé, soit par le russe, soit par le chinois, soit par le khalkha, selon le côté de la frontière où l'on se place, le bouriate abonde en articulations nasales et gutturales. C'est de toutes les langues de cette  famille celui qui a le plus altéré leurs radicaux communs.

Les langues oïrates.
Ces langues sont représentées par le kalmouk (appelé ainsi en Russie) ou oïrat (nom chinois) et le darkhat.  Le kalmouk est parlé par 200 000 personnes, principalement réparties en Russie entre le Don et la Volga. Plusieurs dialectes peuvent être signalés :  torgout, oïrat proprement dit, etc. On écrit le kalmouk avec des caractères particuliers, semblables à l'écriture mongole et dérivés du syriaque. Le darkhat, pour sa part, a aujourd'hui moins de 5000 locuteurs. Ils vivent au nord de la Mongolie. 

Les langues mongour.
Ces langues sont parlées en Chine. Il s'agit du dongxiang, du tu, du baonan et du yougour oriental. Le dongxiang, aussi connu sous le nom de santa est parlé par près de 400 000 personnes. Plusieurs dialectes existent, mais il existe entre eux peu de différences. Le tu (ou mongour proprement dit) est pratiqué par 100 000 locuteurs. Plusieurs dialectes existent aussi, mais dans ce cas l'intercompréhension de l'un à l'autre est difficile. Le baonan ou pao-an, dont les trois ou quatre dialectes ont subit l'influence soit du chinois, soit du tibétain, est parlé par un peu plus de 10 000 locuteurs. Le yougour oriental, enfin, n'est plus parlé que par 3000 personnes. 

Le dagour.
Le dagour ou daour est parlé par près de 100 000 personnes en Chine. Plusieurs dialectes existent. Certains semblent pouvoir faire le lien entre les langues mongoles et les langues toungouses.

Les langues toungouses

Les langues toungouses sont vives et saccadées. Bien qu'elles forment à l'intérieur des langues altaïques un rameau bien distinct, c'est encore des langues mongoles qu'elles se rapprochent le plus. Langues auxquelles d'ailleurs, elles pourraient aussi se comparer pour la richesse des formes verbales, et qu'elles dépassent par l'abondance des formes nominales. On peut les diviser en deux  groupes : le groupe septentrional, qui rassemble les langues evenk, lamoute et negidal; et le groupe méridional, dans lequel on range les langues mandchoue, nanaï et udihe, qui sont d'ailleurs plutôt des ensembles linguistiques. On rangera ainsi dans le mandchou, la langue mandchoue proprement dite,  le sibo, et  la langue éteinte des anciens jou-jouen. Le nanaï (ou golde) se réunira pour sa part le nanaï proprement dit, l'orok et l'ulch. Enfin, l'udihe rassemble la langue khor (udihe) et l'orotch.
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L'écriture des jou-jouen

La langue et l'écriture jou-jouen (ou jou-tchen), dont la langue toungouse est l'héritière, ont donné lieu  à de nombreuses recherches dès le XIXe siècle. Langlès (Alphabet mandchou, pp, 38-39, 3e éd.) avait dressé à cette époque une liste des mots jou-jouen avec les mots mandchous correspondants et a prouvé l'identité de ces deux langages; cette démonstration avait été faite aussi par A. Wylie dans sa préface à la traduction du Tsing wen ki mong. Les Mandchous se déclaraient d'ailleurs eux-mêmes les descendants des Kin (Jin). 

Quant à l'écriture, les Jou-jouen n'en avaient aucune avant que leurs chefs eussent pris le titre d'empereur. Agouta, en 1119, nomma une commission composée de Ouyé, Moulianho et Kouchen pour inventer une écriture tirée du chinois, sur le même principe que l'écriture khitane. En 1138, l'empereur Hi tsong proposa un système simplifié qui fut appelé les petits caractères jou-jouen, par opposition aux grands caractères jou-jouen qui étaient ceux d'Agouta; les petits caractères jou-jouen furent mis officiellement en usage à partir de 1145.

On possède une inscription en petits caractères jou-jouen, c'est celle dite de Yentaï (Devéria : Examen de la stèle de Yen-tai, dans Revue de l'Extrême Orient, t. I, pp. 173-185). D'autres textes lapidaires ont également été découvert qui peuvent lui être rapprochés. Ce sont en particulier l'inscription de Salican et une partie de l'inscription hexalingue de Kiu yang koan, mais ces deux textes n'ont rien de commun ni entre eux, restent bien différents de l'inscription de Yen-tai. 

La plupart de ces langues sont aujourd'hui menacées de disparition. La langue mandchoue, qui fut celle des empereurs de Chine n'est plus aujourd'hui parlée que par quelques dizaines de locuteurs déjà âgés. L'orok  (île de Sakahaline) est lui aussi presque éteint désormais, tout comme le négidal, l'orotch et le khor. L'ulch, à peine mieux loti en nombre de locuteurs (moins de 500) n'est plus du tout parlé par la jeune génération. La langue nanaï est encore  connue par  5000 personnes, mais est menacée. Même chose pour le lamoute (ou even), fractionné en une quinzaine de dialectes (en y incluant le rameau orochon), qui n'est plus parlé que par une petite dizaine de milliers de personnes en Sibérie orientale. Seules deux langues toungouses s'en tirent encore relativement bien : le sibo et l'evenk.

• Le sibo, proche du Mandchou, est surtout parlé en Chine (Xinjiang), et rassemble  près de 30 000 locuteurs, qui sont les descendants d'une garnisons installée dans la région à l'époque au XVIIIe siècle. 

• L'evenk est surtout parlé en Chine (20 000 locuteurs), mais aussi en Russie (10 000 locouteurs) et, dans une moindre proportion, en Mongolie. Beaucoup de dialectes existent, surtout en Russie, où les Evenk (appellation qui est devenue depuis le début du XXe siècle que l'on donne à toutes les populations de langues toungouses) occupent un très vaste  territoire. (H. Cordier/ Thévenot / B.).

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