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| Les puissances turciques |
Les Peuples
turciques (Turks) ont formé au cours de leur longue histoire de nombreux
États. Les plus anciens que l'on connaisse sont ceux des Hioung-nou
(IIIe et IIe
s. av. J. C.), chez qui se rencontrent probablement certaines des composantes
de ce que seront par la suite les confédérations hunniques. En
Asie centrale, les Turks forment des États tels que le Kharezm,
ou divers États turkmènes (celui des
Petchenègues, des Kiptchaks, des Ghaznévide,
etc.). C'est également aussi de l'ensemble turkmène que grandiront les
puissances seldjoukide et ottomane
(à partir du XIVe siècle), de laquelle
est issue la Turquie moderne (1923). Des anciens États d'Asie centrale
naîtront, avec la disparition de l'Union Soviétique, en 1991, plusieurs
États turciques indépendants : Turkménistan, Ouzbekhistan, Kirghiztan,
Kazakhstan, Azerbaïdjan.
Dates clés :VI-VIIIe s. - Khanat des Göktürks. |
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L'empire des GöktürksLes Göktürks, ou Türüks Bleus, ont fondé le premier empire turc historique pleinement identifié comme tel. Ce khaganat turc, fut une puissante confédération tribale nomade fondée au milieu du VIe siècle sur les ruines de la domination des Ruanruan dans les steppes mongoles et altaïques. Le clan Ashina, dont les mythes fondateurs mêlent la louve nourricière et des origines célestes, prend la tête d'une révolte et, sous la conduite du khagan Bumin, écrase les Ruanruan en 552. Bumin meurt la même année, mais l'empire se structure rapidement en un double système de gouvernement, avec un khagan suprême à l'est, dans la région sacrée de l'Ötüken, et un yabgu subordonné à l'ouest.Les successeurs de Bumin, notamment son fils Mugan, mènent une expansion foudroyante. Le frère de Bumin, Istämi, conquiert l'ouest, soumettant les peuples des steppes jusqu'à la mer Caspienne et s'alliant avec l'empire byzantin contre la Perse sassanide. Pour la première fois, un empire contrôle l'intégralité du corridor steppique de la Mandchourie à la Crimée. C'est sous leur règne qu'apparaissent les premières inscriptions en langue turque, gravées en alphabet runiforme sur les stèles de l'Orkhon, au coeur de la Mongolie actuelle. Ces textes, notamment ceux dédiés à Kul Tegin et à Bilge Khagan au VIIIe siècle, ne sont pas de simples épitaphes mais un véritable miroir des princes, un appel à l'unité du peuple turk face aux périls qui le guettent. L'empire des Göktürks orientaux s'effondre une première fois en 630, absorbé par la Chine des Tang qui profite de querelles intestines. Le peuple turc subit la tutelle chinoise, mais le souvenir de l'indépendance reste vif. Une renaissance spectaculaire a lieu sous la dynastie des Göktürks occidentaux, menée par le clan Ashina qui restaure le khaganat oriental en 682 sous le nom de Second Empire turc, avec pour capitale la montagne sacrée de l'Ötüken. Les khagans Ilterish, Qapaghan et Bilge, aidés du sage conseiller Tonyukuk, mènent des guerres incessantes contre les Chinois, les Kirghizes et les Turgesh pour maintenir l'unité de la confédération. La grandeur de ce second empire est immortalisée sur les stèles de l'Orkhon, rédigées par Bilge Khagan et son frère Kul Tegin, véritables monuments de la littérature politique turque ancienne où s'exprime une conscience historique aiguë. L'empire succombe finalement en 744 sous les coups d'une coalition de tribus sujettes, les Ouïghours, les Basmyls et les Karlouks, qui mettent à mort le dernier khagan Ozmich. L'héritage des Göktürks est immense : ils ont donné leur nom à l'ensemble des peuples turcs, créé une tradition impériale steppique qui servira de modèle à tous leurs successeurs et laissé une culture écrite qui témoigne d'une organisation politique et d'une idéologie du pouvoir d'une sophistication remarquable. Le Khwarezm et les khanats ouzbekhsLe Khwarezm.Le Khwarezm (ou Kharezm) désigne la région historique formée par le delta et la basse vallée de l'Amou-Daria, au sud de la mer d'Aral, correspondant aujourd'hui pour l'essentiel à l'ouest de l'Ouzbékistan et à une partie du Turkménistan. Cette oasis fertile, isolée par les déserts du Kara-Koum et du Kyzyl-Koum, développe dès l'Antiquité une civilisation originale, attestée par l'archéologie dès le Ier millénaire avant notre ère, avec des centres urbains fortifiés et un système d'irrigation sophistiqué tirant parti des eaux du fleuve. Le Khwarezm antique appartient à l'aire culturelle iranienne orientale, parlant une langue iranienne propre (le khwarezmien) apparentée au sogdien et au bactrien, et pratiquant vraisemblablement une forme de zoroastrisme ou de religions iraniennes locales. La région passe sous la domination ou l'influence de l'Empire achéménide perse, puis connaît une période d'indépendance relative après la conquête d'Alexandre le Grand, sans être véritablement intégrée à l'empire séleucide ni aux royaumes gréco-bactriens voisins. Le Khwarezm joue un rôle commercial important sur les routes reliant l'Asie centrale à la steppe pontique et à la Volga L'islamisation de la région intervient à la suite des conquêtes arabes du VIIIe siècle, qui soumettent progressivement la Transoxiane et le Khwarezm aux califats omeyyade puis abbasside, malgré des résistances locales prolongées. La culture khwarezmienne ancienne décline alors progressivement au profit de la langue et de la culture perso-islamiques, tout en conservant certaines spécificités locales; la ville de Khiva, ainsi que l'ancienne capitale de Kath puis Gurganj (l'actuel Köneurgench, au Turkménistan), deviennent des centres urbains et intellectuels notables, produisant notamment le savant Al-Biruni au tournant des Xe-XIe siècles, l'une des figures majeures de la science médiévale islamique, originaire de la région. À partir de la fin du XIe siècle, le Khwarezm passe sous l'autorité de gouverneurs turcs au service des Seldjoukides, les Khwarezm-Shahs de la dynastie des Anushtéginides, qui profitent du déclin seldjoukide pour constituer progressivement un État indépendant et puissant à partir du milieu du XIIe siècle. Sous des souverains comme Tekech puis surtout Ala al-Din Muhammad II, au tout début du XIIIe siècle, l'empire khwarezmien s'étend sur une grande partie de l'Asie centrale, de l'Iran oriental et de l'Afghanistan, faisant de lui l'une des plus grandes puissances musulmanes de son temps, rivale potentielle du califat abbasside de Bagdad. Cette puissance est cependant anéantie avec une rapidité et une violence extrêmes par l'invasion mongole de Gengis Khan entre 1219 et 1221, déclenchée selon la tradition historique par le massacre de marchands mongols à Otrar sur ordre du gouverneur local. Les grandes villes du Khwarezm et de la Transoxiane (Boukhara, Samarcande, Ourgench ) sont prises et largement détruites, leurs populations massacrées ou déportées selon des proportions que les sources, sans doute exagérées, présentent comme catastrophiques. Le dernier Khwarezm-Shah, Muhammad II, meurt en fuite; son fils Jalal ad-Din Mingburnu poursuit une résistance acharnée mais finalement vaine pendant encore une décennie en Iran et en Afghanistan. Cet épisode marque durablement la mémoire historique de la région et l'intégration de l'Asie centrale à l'Empire mongol. Après le partage de l'Empire mongol, le Khwarezm relève principalement de la Horde d'or (l'ulus de Jötchi), tandis que la Transoxiane orientale et la région de Samarcande appartiennent au khanat de Djaghataï. Cette situation perdure approximativement jusqu'au XIVe siècle, période durant laquelle la région connaît une certaine prospérité commerciale liée aux routes caravanières reliant la Horde d'or à l'Iran et à la Chine. À partir des années 1370, Timur (Tamerlan), issu de l'aristocratie turco-mongole de Transoxiane, entreprend la conquête de l'ensemble de l'Asie centrale et fait de Samarcande la capitale d'un vaste empire; le Khwarezm, plusieurs fois rebelle, est durement réprimé et la ville d'Ourgench détruite à plusieurs reprises sur son ordre. L'empire timouride, puis ses successeurs, dominent la Transoxiane jusqu'au début du XVIe siècle, marquant un âge d'or artistique et architectural à Samarcande et Hérat, notamment sous Shah Rukh et Husayn Bayqara. Les khanats Ouzbeks.
Boukhara
et Khiva.
Le khanat de Boukhara connaît, après l'extinction de la dynastie shaybanide à la fin du XVIe siècle, le passage du pouvoir à la dynastie djanide (ou ashtarkhanide), elle aussi d'origine djötchide, qui règne du début du XVIIe siècle jusqu'au milieu du XVIIIe siècle. Cette période est marquée par des rivalités constantes avec la Perse safavide à l'ouest, notamment pour le contrôle du Khorassan, ainsi que par des tensions internes entre les grandes tribus ouzbeks et le pouvoir khanal, souvent affaibli face à l'aristocratie tribale. Le commerce caravanier, notamment vers la Russie, l'Inde et la Chine, demeure une ressource économique essentielle pour ces khanats, qui tirent également profit du commerce d'esclaves et de la production agricole irriguée des oasis. Le XVIIIe siècle est une période de crise profonde pour l'ensemble de l'Asie centrale. En 1740, le conquérant perse Nadir Shah envahit la Transoxiane, prend Boukhara et Khiva, et impose sa suzeraineté, provoquant un effondrement durable du pouvoir central dans les deux khanats. À Boukhara, ce contexte permet l'ascension de la dynastie manghite, issue d'une tribu ouzbek, qui prend effectivement le pouvoir à partir de 1756 sous le titre d'émir (et non plus de khan, marquant une certaine rupture symbolique), donnant naissance à ce que l'on appelle généralement l'émirat de Boukhara, qui perdure jusqu'au XXe siècle. À Khiva, après une période de troubles et l'extinction de la lignée arabshahide, c'est une autre tribu ouzbek, les Qongrats (Qungrats), qui s'impose progressivement à partir de la fin du XVIIIe siècle et prend formellement le titre de khan à partir de 1804, fondant la dernière dynastie du khanat de Khiva. Kokand.
La
conquête russe.
L'émirat de Boukhara et le khanat de Khiva subsistent ainsi formellement comme entités autonomes, sous tutelle russe, jusqu'à la révolution russe de 1917 et ses suites immédiates en Asie centrale. Affaiblis par les troubles révolutionnaires et les mouvements sociaux et nationaux locaux (notamment le mouvement réformiste jadidiste), les deux derniers khanats sont renversés au début des années 1920 par des soulèvements appuyés par l'Armée rouge soviétique : le khanat de Khiva en 1920, remplacé par la République socialiste soviétique populaire du Khorezm, et l'émirat de Boukhara la même année, remplacé par la République socialiste soviétique populaire de Boukhara, le dernier émir Sayyid Alim Khan trouvant refuge en Afghanistan. Ces républiques populaires de transition sont elles-mêmes absorbées en 1924 dans le cadre de la réorganisation administrative soviétique connue sous le nom de délimitation nationale de l'Asie centrale, qui aboutit à la création de la République socialiste soviétique d'Ouzbékistan ainsi que d'autres républiques voisines (Turkménistan, puis ultérieurement Tadjikistan, Kirghizstan, Kazakhstan), mettant ainsi un terme définitif à l'existence politique distincte du Khwarezm et des anciens khanats ouzbeks, dont l'héritage culturel et historique demeure néanmoins central dans l'identité nationale ouzbèke contemporaine. Les TurkmènesL'histoire des Turkmènes s'enracine dans le vaste mouvement des peuples turcs qui, depuis les premiers siècles de notre ère, migrent depuis l'Asie centrale orientale vers l'ouest. Leur ethnogenèse est un processus complexe qui mêle des populations turques anciennes, en particulier les Oghouzes, à des substrats iraniens présents sur le territoire de l'actuel Turkménistan, héritiers des civilisations de Margiane et de Parthie. Ce long cheminement voit l'émergence d'une identité turkmène distincte, la constitution d'États puissants, une longue période de fragmentation tribale, et finalement la formation d'une nation moderne.Aux confins de la protohistoire, le territoire est le creuset de civilisations avancées de langue iranienne, comme celle de Margiane, centrée sur l'oasis de Merv, et plus tard la Parthie, dont les premiers capitales, Nisa, se trouvent près d'Achgabat. L'élément turc s'introduit progressivement à partir du VIe siècle avec l'expansion du Khaganat turc, mais c'est la migration massive des tribus Oghouzes, entre le VIIIe et le XIe siècle, qui transforme profondément le peuplement de la région. Ces nomades turcs, mentionnés dans les sources comme les "Turcomans", commencent à s'imposer comme la force dominante. Leur conversion à l'islam, largement achevée au Xe siècle, est un tournant majeur qui les intègre au monde musulman et modifie leurs structures politiques et culturelles. Des Turkmènes sont issues deux dynasties importantes, qui ont joué un rôle majeur dans l'histoire de l'Asie centrale et du Moyen-Orient : Les Ghaznévides et les Seldjoukides. Fondée par Alp Tegin, un esclave turc au service des Samanides (dynastie persane), la dynastie ghaznévide a émergé à la fin du Xe siècle. Centré sur Ghazni (actuel Afghanistan), l'empire ghaznévide a dominé une grande partie de l'Iran, de l'Afghanistan et du nord de l'Inde. L'empire Seldjoukides, quant à lui a été gouverné par une dynastie fondée par Tughril Beg et Chaghri Beg, petits-fils de SeldjoukLes Seldjoukides ont migré depuis l'Asie centrale vers le Khwarezm, puis vers la Perse, où ils ont établi leur empire au Xe siècle. Les Ghaznévides ont été surtout connus pour leurs conquêtes en Inde (comme les raids de Mahmud de Ghazna), tandis que les Seldjoukides ont dominé la Perse, l'Irak, la Syrie et l'Anatolie, jouant un rôle clé dans l'histoire de l'Islam (notamment en protégeant les califes abbassides). Les Ghaznévides.
Mahmoud transforme
ce petit émirat en un empire vaste et redouté. Depuis Ghazna, il lance
des expéditions annuelles vers les riches plaines de l'Inde du Nord, non
pour convertir les populations de force mais pour le pillage systématique
des temples hindous, dont le produit finance sa cour brillante et son armée
de métier, composée d'esclaves turcs, de mercenaires et de volontaires
de la foi. Le sac le plus célèbre est celui du temple de Somnath en 1025,
qui assoit sa réputation de champion de l'islam sunnite face aux chiites
bouyides et aux ismaéliens. Mahmoud est un souverain Janus : un guerrier
impitoyable menant la guerre sainte en Inde, et un mécène fastueux qui
fait de sa capitale un centre culturel de première importance. C'est sous
son règne que Firdousi achève son immense
épopée nationale persane, le Shâh Nâmeh L'État ghaznévide est une synthèse originale entre l'héritage administratif persan samanide, la tradition militaire turque et l'orthodoxie sunnite au service de laquelle il se place, reconnaissant l'autorité nominale du calife de Bagdad. Après la mort de Mahmoud, son fils Mas'ud hérite d'un empire aux fondations fragiles. La menace vient de l'ouest avec l'arrivée d'une nouvelle vague de Turcs Oghouzes, les Seljoukides. En 1040, Mas'ud est écrasé à la bataille de Dandanakan par les forces de Toghrul Beg. Cette défaite chasse les Ghaznévides du Khorassan et les cantonne définitivement à leurs possessions indiennes et afghanes. La dynastie, repliée sur Lahore, survit un siècle et demi, perpétuant des raids en Inde et maintenant une vie de cour brillante, avant d'être définitivement anéantie par la conquête de Ghazna par la dynastie ghouride en 1186. Les Ghaznévides
ont joué un rôle historique majeur en ouvrant définitivement la voie
à l'islamisation en profondeur du Pendjab et du bassin de l'Indus L'empire Seldjoukide.
L'apogée de l'empire
se situe sous le règne du fils d'Alp Arslan, Malik Shah, et de son vizir
persan de génie, Nizam al-Mulk. L'empire s'étend alors des portes de
l'Inde à la Méditerranée L' empire OttomanL'Empire ottoman émerge au tournant du XIIIe et du XIVe siècle dans le contexte tourmenté de l'Anatolie post-seldjoukide, morcelée en multiples beylicats turkmènes. Son fondateur éponyme, Osman Ier, est à la tête d'une modeste principauté située aux confins de l'Empire byzantin, dans la région de Bithynie. Cette position de marche frontalière lui confère un rôle de champion de la guerre sainte qui attire des guerriers nomades avides de butin et de terres. Très vite, le petit État se distingue par une dynamique expansionniste continue. Les successeurs d'Osman, Orhan puis Mourad Ier, franchissent les Dardanelles et prennent pied en Europe au milieu du XIVe siècle, exploitant les divisions et les guerres civiles des royaumes balkaniques. La victoire écrasante de Mourad Ier sur la coalition serbe à Kosovo Polje en 1389 ancre durablement la domination ottomane dans les Balkans, malgré la mort du sultan au combat.Cette progression foudroyante manque d'être anéantie au début du XVe siècle, lorsque le conquérant turco-mongol Tamerlan écrase les armées de Bayezid Ie la bataille d'Ankara en 1402, faisant prisonnier le sultan. L'empire sombre alors dans une guerre civile interminable entre les fils de Bayezid, une décennie de chaos qui aurait pu signifier sa fin. Pourtant, l'État ottoman survit à cette crise dynastique et en ressort même renforcé et réunifié sous Mehmed Ier puis Mourad II. Le grand tournant est l'avènement de Mehmed II le Conquérant qui, en 1453, s'empare de Constantinople après un siège de cinquante-trois jours. La chute de la ville, rebaptisée Istanbul, est un séisme géopolitique et symbolique qui met fin à l'Empire romain d'Orient et assoit la légitimité impériale des Ottomans. Mehmed II transforme la ville en une capitale cosmopolite, y transférant le centre du pouvoir, et poursuit ses conquêtes en mer Noire, en Anatolie orientale et en Méditerranée. Son oeuvre est complétée par ses successeurs, Sélim Ier et Soliman le Magnifique, qui au XVIe siècle portent l'empire à son apogée territorial et culturel. Sélim Ier, en quelques années foudroyantes, écrase le Shah Ismail de Perse à Tchaldiran en 1514, puis conquiert le sultanat mamelouk en 1516-1517, s'emparant de la Syrie, de l'Égypte et des lieux saints de l'islam, La Mecque et Médine. Ce faisant, le sultan ottoman devient le Calife, protecteur des villes saintes et chef religieux du monde musulman sunnite. Sous Soliman le Magnifique, l'empire atteint ses frontières maximales avec la prise de Belgrade, la conquête de la Hongrie après la victoire de Mohács en 1526, et le siège de Vienne en 1529. Au sud, les amiraux Barberousse et ses successeurs font de la Méditerranée un lac presque ottoman, tandis que le pouvoir s'étend jusqu'à Bagdad, Aden et les côtes du Maghreb. Ce siècle est marqué par une centralisation administrative remarquable autour du sultan, par la mise en place d'institutions étatiques sophistiquées grâce aux vizirs compétents, et par un âge d'or artistique et architectural incarné par l'architecte Sinan, dont les mosquées monumentales redessinent la silhouette d'Istanbul. La mort de Soliman en 1566 devant Szigetvár ouvre une période de lente transformation souvent qualifiée de déclin, mais qui serait plus justement vue comme une adaptation difficile à un monde en mutation. L'empire reste une puissance redoutable, mais sa dynamique expansionniste se heurte à des réalités nouvelles. À l'est, les guerres incessantes contre la Perse safavide épuisent les ressources sans gain territorial durable. À l'ouest, la bataille de Lépante en 1571, où la flotte ottomane est détruite par la Sainte-Ligue, brise le mythe de l'invincibilité navale, bien que la flotte soit reconstruite en un an. L'équilibre militaire bascule lentement avec la révolution militaire européenne. Les interminables conflits avec la Maison d'Autriche se terminent par le traité de Karlowitz en 1699, le premier traité où l'empire cède des territoires majeurs : la Hongrie, la Transylvanie et la Podolie. Ce recul est un choc psychologique et stratégique. Le XVIIIe siècle est un temps d'introspection et de premières réformes défensives. La période des Tulipes, sous Ahmed III, voit une ouverture prudente à l'Occident, mais la tentative de modernisation militaire des sultans Selim III et Mahmoud II se heurte à la résistance farouche du corps des janissaires, devenu un État dans l'État, freinant toute réforme. La solution radicale intervient en 1826 lorsque Mahmoud II fait massacrer les janissaires révoltés dans ce qui reste dans l'histoire comme le "Vaka-i Hayriye", l'événement favorable, éliminant physiquement le principal obstacle à la modernisation. Le XIXe
siècle est celui des Tanzimat, des
réformes globales visant à refonder l'État sur des principes d'égalité
des sujets devant la loi, de centralisation administrative et de modernisation
de l'armée et de l'éducation. L'empire se dote de codes de loi inspirés
de l'Europe, garantit officiellement la sécurité et les droits de tous,
musulmans comme non-musulmans, et tente de créer un sentiment d'ottomanisme
pour contrer les nationalismes. Mais ces réformes arrivent alors que la
question d'Orient devient le problème lancinant de la diplomatie européenne.
L'empire, surnommé l'" homme malade de l'Europe", subit de plein fouet
les soulèvements nationaux. L'indépendance de la Grèce en 1830 ouvre
la voie. La révolte de la Bosnie, de la Serbie, la pression russe constante,
mènent à la guerre de Crimée de
1853-1856, où l'alliance franco-britannique sauve provisoirement l'intégrité
ottomane contre l'expansionnisme russe ( C'est un empire profondément diminué, traumatisé, et dominé par le triumvirat unioniste d'Enver, Talaat et Djemal Pachas, qui se jette dans la Première Guerre mondiale aux côtés des Empires centraux. Le conflit se solde par une série de défaites, à l'exception de la résistance acharnée de Gallipoli en 1915. Mais c'est durant ce conflit que se déroule l'acte le plus sombre de l'histoire ottomane finissante : le génocide des Arméniens, planifié et exécuté par le gouvernement jeune-turc, accompagné de massacres de populations assyriennes et grecques pontiques. La défaite de 1918 livre l'empire démembré aux vainqueurs. Le traité de Sèvres de 1920 le réduit à un noyau anatolien sous occupation, avec des zones d'influence italienne, française et grecque. L'invasion de l'Anatolie par l'armée grecque et les conditions draconiennes du traité suscitent une réaction nationaliste turque menée par le général Mustafa Kemal, héros de Gallipoli. Depuis Ankara, il organise une guerre d'indépendance, défait les Arméniens à l'est, repousse les Français en Cilicie, et écrase finalement l'armée grecque lors de la Grande Offensive de 1922. L'Empire ottoman, déjà moribond, est aboli officiellement le 1er novembre 1922 par la Grande Assemblée nationale de Turquie. Le dernier sultan, Mehmed VI, quitte Istanbul à bord d'un navire de guerre britannique. L'année suivante, la République de Turquie est proclamée, abolissant le califat lui-même en 1924, mettant un point final à plus de six siècles d'une histoire impériale qui a profondément modelé le monde méditerranéen, balkanique et moyen-oriental. |
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