.
-

Les Toungouses
Des Jou-Jouen (J√ľrchen) aux Evenks
Les Toungouses, dont le nombre est estim√© √† 600 000, vivent √©parpill√©es en Sib√©rie orientale, se r√©partissant sur l'immense espace entre l'oc√©an Glacial arctique et le 40¬į degr√© de latitude d'une part, entre l'Ienise√Į et l'oc√©an Pacifique de l'autre. Aujourd'hui d√©sign√©s sous le nom d'Evenk, ces diff√©rentes tribus toungouses, parlant des langues proches (evenk, proprement dit, mandchou, orotch, nana√Į, etc.), apparent√©es aux langues turco-mongoles

Une population toungouse, ou √©troitement apparent√©e aux Toungouses, les Khitans (Kitan) a constitu√© au Nord de la Chine un premier Etat entre 947 et 1125 (dynastie Leao). Et, par la suite, deux dynasties qui ont r√©gn√© sur la Chine ont √©galement √©t√© toungouses : celle des Kin (Jin), issue de la population Jou-chen, et celle des Qing, qui appartenait au groupe linguistique mandchou. Les Kin ont r√©gn√© sur une partie de la Chine au XIIe si√®cle; ils y succ√©d√®rent aux Khitans (proto-Mongols), mais leur empire fut d√©truit par les successeurs de Gengis Khan. Les Mandchous, pour leur part, ont commenc√© √† se s√©parer des autres populations toungouses au Moyen √Ęge, √©poque √† laquelle ils ont d'abord form√© plusieurs royaumes au Nord de la Chine, √† partir du XIIIe si√®cle. Apr√®s un si√®cle d'une existence nationale qui les avait unifi√©s dans un but de conqu√™tes, ils soumis cet immense empire au XVIIe si√®cle (1644), lui donnant la dynastie qui a r√©gn√© depuis cette date jusqu'√† la d√©position du dernier empereur en 1912.

Dates clés :
XIIIe - XVIe. - Expansion en Sibérie des Toungouses à partir de la Corée.

947-1125 - Empire khitan (dynastie Leao).

1115 - 1234 - La dynastie toungouse des Kin r√®gne sur le Nord de la Chine, avant d'√™tre chass√©e par les Mongols. 

1644 - Ta√Įtsoung fonde la dynastie mandchoue des Qing en Chine.

1858 - Le Trait√© d'A√Įgoun conf√®re une partie de la Mandchourie √† la Russie.

1908 - Ev√©nement de la Tunguska (un fragment d'ast√©ro√Įde ou de noyau com√©taire s'abat sur la Sib√©rie orientale).

1912 : Le dernier repr√©sentant de la dynastie Mandchou est d√©pos√© par Yuan Shika√Į.

1931-1945 - Occupation japonaise de la Mandchourie.

Qui sont les Toungouses?

Les Toungouses ou Evenk se donnent √† eux-m√™mes les noms de Boya (hommes) ou d'Euveun. Les ethnographes (Middendorf, Schrenck, Sierochevski, Ma√Įnov) qui ont √©tudi√© les Toungouses  au XIXe si√®cle, ont reconnu l'existence de deux groupes, d√©finis au point de vue des moeurs et du genre de vie  : les M√©ridionaux et les Septentrionaux (auxquels ils ont joint  les Toungouses maritimes ou Lamoutes). Le fleuve Amour constitue √† peu pr√®s exactement la fronti√®re entre ces deux groupes. 
-


Un chasseur golde.

On distingue par ailleurs, selon des crit√®res d'ordre linguistique, parmi les Toungouses m√©ridionaux et septentrionaux  les populations suivantes : 

Toungouses m√©ridionaux : les Goldes (aussi appel√©s Nana√Į, Nana√Įou Goldes ou Hetchen), au nombre de 60 000 environ, qui sont diss√©min√©s entre les villages russes de la basse vall√©e de l'Amour et dans la vall√©e de l'Oussouri; les Orotches, quelques milliers encore tr√®s attach√©s √† leurs tradiditions, et les Udihe, du littoral et de l'int√©rieur, depuis la fronti√®re cor√©enne jusqu'au voisinage de l'embouchure de l'Amour; enfin, les Solones-Daoures (Evenk de Chine), du bassin du Nonni; de ces derniers il existe une colonie, dans le pays de Kouldja, √† des milliers de kilom√®tres plus √† l'Ouest. Les Mandchous, peuvent √™tre rattach√©s √† ce dernier groupe. On estime leur nombre √† pr√®s de deux millions, mais la langue n'est plus gu√®re parl√©e que par quelques dizaines de personnes d√©j√† √Ęg√©es. Ils sont cultivateurs, et leur religion se partage entre la religion traditionnelle chamaniste et le bouddhisme. Les Sibo, 30 000 personnes, sont uneTribu linguistiquement tr√®s proche de la pr√©c√©dente  qui, aux environs de Moukden, fut transport√©e vers 1770 √† Sud-Ouest de Kouldja, sur l'Ili, formant une colonnie militaire de 4000 familles. Une partie ont √©migr√© dans la province russe de S√©miretchi√©. Ils sont bouddhistes. Ajoutons qu'un dernier groupe de Toungouses m√©ridionaux, les Jou-Jouen, Nuzhen ou J√ľrchen, parlaient √©galement un dialecte apparent√© au Mandchou, ils ont disparu.
Toungouses septentrionaux : les Oltchas ou Mangounes (avec les tribus voisines : Neghida et Samaghir), cantonnés entre le bas Amour et le bassin de l'Ouda; les Oroks, apparentés aux précédents, désormais très peu nombreux et dispersés parmi les Ghiliaks, dans le Nord de' Sakhaline; les Orotchones, les Manègres, les Birares, qui se succèdent sur la rive gauche de l'Amour en suivant le courant du fleuve, depuis Nertchinsk jusqu'au confluent de la Soungari; enfin les Toungouses, dits nomades ou Olennyié (possédant des rennes), répandus dans le reste du territoire toungouse, sauf le littoral de la mer d'Okhotsk, le Nord-Ouest du Kamtchatka et le bassin du haut Yana, occupés par les Lamoutes (ou Even), qui représententenviron 200 000 personnes, mais dont moins de 10 000, semble-t-il, parlent encore la langue. Ces dernières populations formant un lien avec avec les populations dites paléo-asiatiques : Tchouktches, Koriaks, Youkaghirs, etc.


Modes de vie traditionnels.
Le mode de vie traditionnel des Toungouse est celui des nomades, et lorsqu'ils ne vivent plus exclusivement de chasse ou de pêche (comme les Goldes par exemple), ils ne continuent pas moins son genre d'existence faite de déplacements continuels. Il suffit que les conditions de récoltes changent une année pour que les Goldes change leur habitat. L'hiver, ils vivent dans une tente circulaire à parois verticales, surmontées d'un toit conique, dont la carcasse en poutres est recouverte avec des peaux de renne fumées ou, plus rarement, avec des peaux de poissons; à l'intérieur, cette tente comprend plusieurs compartiments, très chauds, en peaux de renne. En été, une tente conique légère en écorce de bouleau suffit.

La nourriture est presque exclusivement animale : la viande de renne bien grasse, le poisson bien huileux, le tout sans sel ni pain. La moelle des os du renne est le plat le plus convoité des gourmets. Les Toungouses, hommes et femmes, se tatouent sur les joues. Le costume, presque entièrement en peaux de renne, chez certaines tribus en peaux de saumon, est bien ajusté et très élégamment orné de découpures en cuir, de broderies en laine, de perles de toutes les couleurs, avec une foule de pendeloques en métal chez les femmes, qui portent aussi un bonnet caractéristique. Ce costume léger et commode répond bien au mode de vie remuant des Toungouses, grands amateurs de longues courses suivies de causeries animées et de danses effrénées...
-

Photo d'une habitation toungouse traditionnelle.
Famille toungouse devant son habitation, vers 1920.

Les femmes, encore qu'accablées de tous les travaux de ménage et des soins à donner aux troupeaux, sont cependant traitées en amie, presque en égale. Les filles sont libres dans le choix de leurs futurs. Le mariage est exogamique jusqu'à un certain point et comporte un paiement aux parents de la femme. Le régime de la propriété découle tout naturellement du mode principal de l'existence, qui est la chasse. Chaque clan ou gens a son territoire de chasse bien délimité et si, en poursuivant sa proie, le chasseur s'engage dans le domaine réservé de son voisin, il doit se contenter de la chair de l'animal abattu, laissant sa peau au propriétaire du terrain de chasse. Pour se guider à la chasse, il existe toute une écriture spéciale à l'aide des objets : une branche posée à travers le chemin indique qu'on ne peut avancer au delà; une flèche enfoncée dans l'écorce d'un arbre dont on a abattu les branches indique différentes choses, suivant que sa pointe est dirigée en haut (je suis parti plus loin), ou en bas (je pose des pièges à proximité), etc.

Les Mandchous, qui avaient jadis leur centre sur le cours sup√©rieur du Soungari, au Sud de Kirin, vivaient parfois de la chasse, mais surtout de l'√©levahge du b√©tail et de l'agriculture. On cultivait dans le Sud de la mandchouri le bl√©, le riz, le ma√Įs, les haricots, les pommes de terre, le chanvre, le coton, l'indigo, le tabac, le ginseng. On √©levait √©galement de petits chevaux, des mulets, des boeufs, des moutons, de grands porcs. L'industrie √©tait encore, au d√©but du XXe si√®cle, pratiquement absente de cette r√©gion. Il n'y avait gu√®re que la distillerie et l'huilerie. Les principales routes  √©taient les voies fluviales de la Soungari (1500 km), de la Noni et de la Khourka; les voies terrestres vers P√©kin, vers la Cor√©e et la Sib√©rie par Moukden, Kirin, Tsitsihar. Un t√©l√©graphe a √©t√© install√© √† la fin du XIXesi√®cle de P√©kin √† Blagovetchensk par Niout-chouang, Moukden, Kirin, Tsitsihar, Holoung-kiang; un autre de Hountchonn par Tioumen √† Vladivostok.

Depuis qu'ils ont conquis la Chine au XVIIe si√®cle, ils ont adopt√© de plus en plus les mode de vie chinois. On sait que cependant dans l'empire chinois le dualisme subsiste et que dans les minist√®res de P√©kin tout haut fonctionnaire chinois √©tait doubl√© d'un Mandchou; ces derniers avaient de plus le monopole du commandement de l'arm√©e imp√©riale. En Mandchourie, les indig√®nes gardaient encore la terre, ayant seule le droit de propri√©t√©; les Chinois ne pouaient qu'affermer. C'est pourtant dans les villes qu'on trouvait le plus de Mandchous, fonctionnaires ou commer√ßants. Ils ne dominaient plus que dans les montagnes qui entourent la vall√©e du Liao. Leurs maisons, toujours b√Ęties en bois, se distinguaient des maisons chinoises par leurs toits longs, plats, √† convexit√© cylindrique, avec fen√™tres garnies de papier. Jusqu'√† l'√©poque de la r√©volution communiste, la seule ville de pierre √©tait la capitale Moukden. 
-

La religion des Toungouses

La religion primitive des Toungouses est un chamanisme. Elle est rest√©e vivace chez les Man√®gres et m√™me chez la plupart des Orotchones et des Toungouses nomades, o√Ļ elle s'est amalgam√©e, souvent de la fa√ßon la plus √©trange, avec les id√©es de la religion chr√©tienne orthodoxe qu'avait embrass√©e offciellement ces peuples. Les pratiques des ¬ę chamanes ¬Ľ (dont le nom est toungouse) sont tr√®s vari√©es et souvent compliqu√©es. Aux dires des voyageurs cit√©s plus haut, les Toungouses ont une grande peur de la mort et des morts. Ceux-ci sont mis le plus souvent dans des troncs d'arbres vides ou dans une sorte de caisse appel√©e so√Įva o√Ļ l'on d√©pose √©galement les objets ayant appartenu au d√©funt. On place ces boites ou ces troncs au haut des arbres pour mettre les cadavres √† l'abri des b√™tes; quelquefois on met ces cercueils par terre en les recouvrant de pierres, mais on ne les enterre jamais, car la terre est la demeure des esprits malfaisants, selon les Toungouses, comme d'ailleurs beaucoup d'autres peuples sib√©riens.

En Chine, √† l'√©poque de leur domination, la presque totalit√© des Mandchous  avaient accept√© le lama√Įsme introduit de la Mongolie. Ceux qui √©taient rest√©s fid√®les √† la vie nomade avaient conserv√© le chamanisme comme les autres Toungouses. L'abandon de la coutume chinoise de mutiler les pieds des femmes d'un rang √©lev√© est un des rares changements qui soient dus √† leur influence. 

Le passé des Toungouses

Les donn√©es historiques sont d'accord avec l'ethnographie pour attester l'arriv√©e r√©cente des Toungouses en Sib√©rie. Les Jou-tchen ou Niu-tchi, au sein desquels s'est constitu√©e la dynastie des Kin (Jin), et qui sont aussi les anc√™tres des Mandchous, habitaient primitivement les montagnes de la fronti√®re Nord-Ouest de la Cor√©e; de l√†, ils se port√®rent vers le Nord. 

Les Jou-Jouen (J√ľrchen) - Nom d'une importante tribu plus ou moins li√©e aux Sien-pi qui a r√©gn√© dans le Nord et le centre de l'Asie pendant plus de deux si√®cles. Le nom de ce peuple a √©t√© diversement √©crit, vu l'incertitude elle-m√™me de la prononciation chinoise; en tous cas le mot √©tant √©crit avec deux fois le m√™me caract√®re, la vraie transcription doit √™tre une m√™me syllabe redoubl√©e, soit Jouen-jouen, soit Jeou-jeou, etc. On a vu √† la page consacr√©e aux Huns que, vers l'an 360 de notre √®re, les Jou-jouen, venus du Nord-Est se pr√©cipitent vers le centre de l'Asie et, apr√®s avoir chass√© une branche des Sien-pi, deviennent √† leur tour ma√ģtres de toute la Mongolie et de la Tartarie orientale avec Ho-lin sur l'Orkhon (plus tard Karakorum) pour capitale.

L'anc√™tre des Jou-jouen para√ģt avoir √©t√© Mokoliu, qui, vers l'an 256 de J.-C. s'√©tait rendu ind√©pendant des Sien-pi et avait rassembl√© plusieurs hordes tartares sous sa domination. Son fils Tchelou-hoe√Į augmenta encore le nombre des tribus et prit le titre de Teng-li-shen-y√ľ ou Tanjou qui √©tait l'expression de la souverainet√© chez les Hioung-nou et tous les peuples tartares depuis de longs si√®cles et qui correspondait au Tien-tz√©, ¬ę fils du ciel ¬Ľ, √©pith√®te dont les Chinois se servaient depuis la dynastie des Chang (XVe si√®cle av. J.-C.).

Ce fut un de ses descendants, Tou-loun, qui √©changea ce titre de tanjou contre celui de Kho-h√Ęn ou khaq√Ęn en l'an 39 du 52e cycle (vers 402 de J.-C.). A partir de cette √©poque commence la grande puissance des Jou-jouen, mais ils eurent √† lutter contre la Chine et divers peuples tartares, notamment les Kao-k√ľ (ancien nom chinois des Ou√Įgours) qui devaient plus tard devenir les ma√ģtres de l'Asie. Les auteurs chinois (notamment l'histoire intitul√©e Nan-she et l'histoire des Wei, We√Į-shu) nous ont conserv√© l'histoire des Jou-jouen et les noms de leurs khaq√Ęns (au nombre de quinze) depuis Tou-loun jusqu'√† No-hoan ou O-na-hoe√Į et son fils Ngan-lo-tchin qui furent d√©tr√īn√©s par Mokan dit Sse-kin, chef des Turks Tou-kioue, la 11e ann√©e du 55e cycle (vers 554 de J. C.) un peu avant la d√©faite des Huns Blancs. Apr√®s la destruction de leur empire, les d√©bris des Jou-jouen s'enfuirent vers l'Ouest, p√©n√©tr√®rent en Europe et ils apparaissent en 558 √† Constantinople sous le nom d'Avars.

Les Solons-Daours, qui sont √©galement une des branches des Niu-tchi, au m√™me titre que les Mandchous se sont pour leur part plus avanc√©s vers le Nord; d'autres tribus toungouses ne p√©n√©tr√®rent dans le Nord-Est de la Sib√©rie qu'au XIIIeou au XIVe si√®cle, pouss√©s d'abord par les Bouriates (Mongols), puis par les Yakoutes (Turks). Il y a eu cependant des mouvements secondaires dans le sens contraire : ainsi les Daoures sont venus de la Transba√Įkalie dans la vall√©e du Nonni, au XVIIe si√®cle, fuyant devant les Cosaques; leur place a √©t√© prise par les Man√®gres, venus du Nord, etc

Les Khitans.
Les Khitans √©taient un peuple d'Asie Orientale que l'on range aujourd'hui parmi les proto-Mongols, pour signifier qu'ils ont √©t√© l'une des composantes √† partir desquelles Gengis-Khan b√Ętira l'empire Mongol. Peut-√™tre √©taient-ils les h√©ritiers des Tong hou, comme le laisse penser une chronique chinoise, ou bien, peut-√™tre aussi, √† l'instar des Bouriates actuels, descendaient-ils des Sien-Pei. Abel R√©musat (Recherches sur les langues tartares, pp. 21 et 81), a propos√© de rapprocher plut√īt les les Khitans des Toungouses; Howorth (Journal of the Royal Asiatic Society, vol. XIII, p. 123) les consid√©rait comme form√©s par les m√©langes de Toungouses aborig√®nes et de Mongols conqu√©rants. Quoi qu'il en soit, il appara√ģt que l'identit√© Khitane s'est constitu√©e progressivement au cours des premiers si√®cles de notre √®re. Par la suite, les Khitan ont √† deux reprises √©t√© √† la t√™te d'√©tats puissants. D'abord aux d√©pends du Nord de la Chine, avec la dynastie des Leao (Liao), puis, apr√®s la conqu√™te  de l'√Čtat Khitan par les Kin,  et l'√©migration d'une  partie de la population vers le pays des Sept Rivi√®res, au Sud-Est du du lac Balkach, autour de la myst√©rieuse cit√© de Balagasoun, avec le nouvel √Čtat que les Chinois d√©signeront comme celui des Si Leao (ou Leao occidentaux), et que les auteurs persans feront conna√ģtre sous le nom de khanat de Kara-Khita√Į (ou Kara Kita√Į), c'est-√†-dire des Khitans noirs
-


Les h√©g√©monies tougouses entre les Xe et XIIe si√®cles. 
En bleu, l'empire Khitan (947-1125); en rouge, celui des Kin (1125 et 1205).

La dynastie jou-chen des Kin.
La dynastie  toungouse des Kin a r√©gn√© sur le Nord de la Chine pendant un si√®cle environ, de 1115 √† 1234 ap. J.-C. Le peuple d'o√Ļ sortit cette dynastie est appel√© les Jou-tchen (ou Niu-tchen) par les √©crivains chinois, les Tchourtch√©s par les auteurs persans et arabes; les lieux qui furent son berceau se trouvent en Mandchourie, au Nord de la Longue Montagne Blanche (Tchang p√© chan), o√Ļ prennent leur source la rivi√®re Yalou √† l'Ouest, la rivi√®re Tiumen √† l'Est, et la Soungari au Nord. Au temps de la dynastie Leao (Les Khitan), les Jou-tchen (J√ľrchen) √©taient distingu√©s en deux cat√©gories, les sauvages et les soumis. Les Jou-tchen soumis √©taient ceux qui occupaient le royaume de Po-hai (Leao-tong); les Jou-tchen sauvages vaguaient dans la Mandchourie orientale, depuis les fronti√®res de la Cor√©e jusqu'√† l'Amour. Ce sont ces derniers qui, au commencement du XIIe si√®cle, s'√©lan√ß√®rent, conduits par un chef habile, Agouta, √† l'assaut de l'empire des Leao.

Agouta √©tait n√© en 1068; d√®s son av√®nement, en l'an 1113, il refusa de rendre hommage comme l'avaient fait tous ses pr√©d√©cesseurs, √† l'empereur khitan; le premier jour de l'ann√©e 1115, il prit lui-m√™me le titre d'empereur et donna √† la dynastie qu'il fondait ainsi le nom d'Aisin ou, en chinois, Kin, qui signifie ¬ę or ¬Ľ; il justifia cette appellation en disant : 

¬ę Les Khitans ont attribu√© √† leur dynastie le nom de Leao, ce qui signifie de l'acier de tr√®s fine trempe; ils pensaient, en agissant ainsi, affirmer que leur dynastie serait aussi durable que l'acier; mais quelque durable qu'il soit, l'acier est sujet √† se rouiller. Il n'y a que l'or, parmi les m√©taux, qui soit imp√©rissable. ¬Ľ 
La guerre ouverte ne tarda pas √† √©clater entre Agouta et les Khitans; le nouvel empereur, Kin, fut vainqueur en plus d'une rencontre; mais il ne parvint pas √† d√©poss√©der compl√®tement ses rivaux et mourut en 1123 en chargeant son fils Ukima√Į de terminer son oeuvre. Il fut canonis√© sous le nom de Tai-tsou.

Ukima√Į soumit l'empire Hia ou Tangout (L'histoire du Tibet), puis acheva la ruine de la dynastie Leao en faisant prisonnier, en 1124, le dernier empereur Yelu Yen-hi. ll d√©clara ensuite la guerre √† l'empire proprement chinois des Song dont la capitale √©tait Pien-leang (auj. Kai fong fou, au Sud du Koang ho); il s'empara de cette ville et emmena captif l'empereur Kin tsong en d√©cembre 1126. A la suite de cette victoire, les Kin refoul√®rent les Song dans le Sud, et les rivi√®res Han et Hoai furent la limite des deux empires.

Les Kin poss√©daient le Tche-li, le Chan-si, la partie Nord du Chen-si, le Chan-tong et le Hunan; ils avaient leur capitale √† P√©kin, qu'ils agrandirent, et qui √©tait pour eux la capitale du centre, Tchong ton ou Tchong king. Leurs quatre autres r√©sidences imp√©riales √©taient : Si-king, c.-√†-d. la capitale de l'Ouest, ou Ta-tong fou, dans le Chan-si; Ton king, c.-√†-d. la capitale de l'Est, ou Leao-yang tcheou, dans le Leao-tong;  Nan-king, c.-√†-d. la capitale du Sud, ou Pien-leang (Kai-fong fou) dans le Hunan); enfin Pe-king, c-√†-d. la capitale du Nord, ou Ta-ting fou (cette ville √©tait situ√©e dans la partie nord du Tche-li, sur la rivi√®re Loha, au Sud de l'aile droite des Mongols Kartchins). On voit que l'empire des Kin occupait en Chine une √©tendue pratiquement aussi consid√©rable que celle qu'avait eue l'empire khitan; en revanche il √©tait enferm√© dans des limites bien plus restreintes en dehors de la Chine propre, car il ne poss√©dait gu√®re que le Leao-tong et la Mandchourie. Les Na√Įmans et les Kara Khitans √©taient tout-puissants dans l'Ouest, et, en Mongolie, commen√ßait d√©j√† √† s'√©difier l'identit√© mongole qui devait, dans un avenir rapproch√©, faire table rase de toutes les dominations rivales. Ce fut d√®s le commencement du XIIIe si√®cle que les Kin commenc√®rent √† souffrir des attaques mongoles; ils lutt√®rent jusqu'en 1234, √©poque √† laquelle ils disparurent √©cras√©s par les forces r√©unies de l'empereur Song et du khan mongol Ogota√Į. 

La liste des empereurs de la dynastie Kin est la suivante Tai-tsou (1115-22); Tai-tsong (1123-34); Hi tsong (1135-48); Hai-ling wang (1149-60) Che tsong (1161-89) Tchang-tsong (1190-1208), Wei-chao wang (1209-12); Siuen tsong (1213-23); Ngai tsong (1224-33); Mo-ti (1234). 
La dynastie mandchoue des Qing (Tsing).
La Mandchourie a de tout temps jou√© le r√īle d'interm√©diaire entre les Chinois septentrionaux et les Toungouses, chasseurs de fourrures et p√™cheurs du bassin de l'Amour. Tant√īt elle a √©t√© (surtout la partie Sud, le Leao ou Liao-toung) dans la d√©pendance de la Chine, tant√īt elle a √©t√© le point de d√©part de conqu√©rants de cet empire, souvent aussi en conflit avec les peuples turcs et mongols √©tablis √† l'Ouest. Au temps de l'√®re chr√©tienne, les Toung-hou ("Barbares orientaux"), sont refoul√©s par les Hioung nou. Ils se divisent en deux royaumes : les Ouhouan, √† l'Est du Soungari; les Sien-pi, √† l'Ouest. Le royaume des Sien pi (Mongols) s'√©tendit sur la Mandchourie, la Mongolie et la Dzoungarie actuelles. Vers le IV si√®cle, les principaut√©s Sien-pi qui subsistaient en Mandchourie furent conquises par les Toungouses. Et c'est seulement vers le milieu du XIIIesi√®cle, qu'une nouvelle tribu toungouse se distingue, et √† laquelle on va appliquer le nom de mandchoue. 

Les fondateurs de sa puissance sont le l√©gendaire A√Įchin-gioro, pr√©tendument fils d'une vierge (vers 1350), et surtout le Thai-tsou (1580-1626), qui organisa l'Etat mandchou, groupa son peuple en compagnies (niourou) de 300 hommes, porta par la conqu√™te de 17 √† 70 le nombre des tribus soumises √† son autorit√©, transf√©ra sa capitale de Yend√®n √† Moukden (1621). Il √©tait rest√© vassal de la Chine. Son fils et successeur Ta√Įtsoung (1626-61) se fit proclamer empereur (1636), conquit le Liao-toung, la Cor√©e, et par la prise de P√©kin substitua sa dynastie √† celle des Ming sur le tr√īne de Chine (de 1644 √† la d√©position de Pou-yi en 1912). Les Mandchous, pendant toute cette p√©riode ont eu cependant peu d'influence sur l'organisation politique et les moeurs des Chinois. Au contraire, en grande partie diss√©min√©s, notamment au Nord, √† la surface de leur nouvel empire, ils en ont adopt√© ou subi la civilisation. Et dans leur propre pays, dans la Mandchourie, n'abandonnant d'abord qu'√† regret leur ancienne vie nomade, ils ont c√©d√© le pas aux Chinois. En fait, l'histoire de la dynastie Qing appartient surtout √† l'histoire de la Chine, et l'on se contentera ici de ne signaler que deux jalons importants concernant la Mandchourie : le Trait√© d'A√Įgoun et l'occupation par le Japon.

Le Trait√© d'A√Įgoun.
Le Trait√© d'A√Įgoun consacre la partition de la Mandchourie au milieu du XIXe si√®cle, √©poque √† laquelle son territoire  a √©t√© entam√©e au Nord par les Russes, qui en acquis 650 000 km¬≤ aux termes de ce trait√©  (1858), et de la convention de 1860, qui c√©d√®rent √† la Russie la r√©gion entre l'Oussouri et la mer, d√©finir l'Amour comme la fronti√®re entre la Russie et la Chine. C'est aussi √† partir de cette √©poque, semble-t-il, que l'appellation d'Evenk (Evenki ou Even), initialement appliqu√©e √† un groupe restreint, a commenc√© √† se substituer √† celui de Toungouse pour d√©signer l'ensemble des populations appartenant √† ce groupe linguistiques vivant dans la ta√Įga sib√©rienne. 

La Mandchourie proprement chinoise a √©t√© alors divis√©e administrativement en trois provinces : Ching-kong, comprenant la presqu'√ģlle de Liaotoung, Kirin ou Ghirin et Holoung-kiang. La premi√®re comprend la capitale Moukden, le port Niou-tchouang, la ville sacr√©e de Hsingking avec les tombeaux des vieux rois mandchous; elle comptait au d√©but du XXe si√®cle plus de 5 millions et demi d'habitants, presque tous Chinois. Celle de Kirin avait une capitale du m√™me nom (120 000 habitants) sur le Soungari-oula et d'autres grandes villes, Houng-ch√©ou-fou, Ningouta-Achiso, Sanhsing. La province de Holoung-kiang avait pour capitale A√Įgoun (60 000 habitants); on y trouvait encore Tsitsiar, r√©sidence du chef des troupes mandchoues. La province de Ching-king, assimil√©e √† la Chine, avait un gouverneur g√©n√©ral; les deux autres des gouverneurs. 
L'organisation √† cette √©poque gardait  l'apparence militaire. On divisait les 65 tribus mandchoues en 8 banni√®res, chacune ayant ses pr√™tres, ses tribunaux, ses √©coles. L'arm√©e comptait 67 800 hommes, dont 27 000 r√©guli√®rement enr√©giment√©s. Elle √©tait arm√©e d'arcs et de fl√®ches et devait annuellement livrer 2400 cerfs et une certaine quantit√© de peaux de zibelines. Les provinces payaient des redevances en argent et en nature, sacs de bl√©, peaux de zibelines, etc. 
-
L'événement de la Tunguska

Le 30 juin 1908 √† 7 heures 17 mn du matin, une √©norme explosion a affect√© le r√©gion  de Podkamennaya, dans le bassin de la moyenne Toungouska (ou Tunguska = "rivi√®re des Toungouses"). Son √©picentre se situait √† proximit√© du comptoir de Vanovara (60¬į 55' N, 101¬į 57 E). Le bruit, compar√© par les t√©moins √† un roulement de tonnerre, a √©t√© entendu √† plus de mille kilom√®tres de distance. Les arbres ont √©t√© arrach√©s sur une surface de 250 km¬≤ autour de l'√©picentre et couch√©s sur plusieurs milliers de kilom√®tres carr√©s.

Des milliers de rennes, appartenant à un riche éleveur toungouse nommé Vasiliy IIyich ont été proprement carbonisés. On n'a pas rapporté officiellement de victime humaine. Tout au plus a-t-on indiqué qu'une tente evenke, située à une quarantaine de kilomètres a été soulevée dans l'air par le souffle, ainsi que tous ses occupants. Un paysan situé à Vanovara a pour sa par indiqué qu'il avait cru au moment de l'événement que ses vêtements allaient prendre feu.

On signale par ailleurs des effets sismiques, enregistr√©s simultan√©ment en Angleterre, et une diminution de la transparence atmosph√©rique, constat√©e en Californie, tout au long de l'√©t√© 1908. La luminosit√© du ciel au moment du coucher du Soleil a √©galement √©t√© modifi√©e en Europe jusqu'au mois d'ao√Ľt de cette m√™me ann√©e. On explique cela par l'√©parpillement sur tout le globe de poussi√®res lib√©r√©es dans l'atmosph√®re lors de l'√©v√©nement.

Du fait de son isolement, la r√©gion n'a √©t√© √©tudi√©e qu'en 1927. Les chercheurs russes qui s'y sont rendu ont seulement pu constater la pr√©sence d'arbres couch√©s sur une vaste √©tendue, mais n'ont  pu mettre en √©vidence le moindre crat√®re, alors m√™me que l'hypoth√®se privil√©gi√©e pour expliquer l'√©v√©nement √©tait l'impact dune tr√®s grosse m√©t√©orite. Une hypoth√®se alternative souvent avanc√©e depuis est qu'il s'agissait plut√īt d'un fragment de noyau com√©taire (peut-√™tre d√©tach√© de la com√®te de Encke) qui se serait compl√®tement d√©sint√©gr√© dans l'atmosph√®re sans, donc, atteindre le sol et y laisser de traces d'impact.


R√©gion affect√©e par l'√©v√©nement. Les cercles concentriques repr√©sentent la zone o√Ļ une colonne de feu a √©t√© observ√©e, celle o√Ļ un flash a √©t√© vu, et enfin celle o√Ļ un son a √©t√© entendu. (Source  : Griffith Observer).

L'occupation japonaise et le Manzhuguo.
Le Japon, après avoir gagné en puissance et en influence, cherche à étendre son empire et ses ressources en Asie de l'Est. La Mandchourie, une région riche en ressources naturelles située au nord-est de la Chine, devient une cible stratégique. En 1931, l'incident de Mukden (ou incident de la Mandchourie) est un prétexte utilisé par le Japon pour envahir la Mandchourie. L'armée japonaise met en scène un sabotage du chemin de fer sud-mandchourien, attribué aux Chinois, pour justifier l'invasion. L'Etat fantoche du Manzhuguo ( = Mandchoukouo), est officiellement proclamé le 1er mars 1932, avec Pu Yi, e dernier empereur de la dynastie Qing, placé par les Japonais à sa tête comme empereur nominal. Cependant, le véritable pouvoir reste bien entre les mains des autorités militaires japonaises.

Le Mandchoukouo est dirig√© comme un √Čtat satellite du Japon. Le gouvernement est compos√© de politiciens chinois et mandchous, mais les d√©cisions importantes sont prises par les Japonais. Le Japon investit massivement dans l'industrie et les infrastructures du Mandchoukouo, mais principalement pour ses propres int√©r√™ts. Les ressources naturelles de la r√©gion (charbon, fer et soja), sont exploit√©es pour alimenter l'√©conomie japonaise et soutenir son effort de guerre.

Le Japon pr√©sente le Mandchoukouo comme un mod√®le de coop√©ration entre les peuples asiatiques et comme une lib√©ration de la domination chinoise.  L'id√©ologie officielle du Mandchoukouo pr√īne la coexistence pacifique et la prosp√©rit√© partag√©e, mais en pratique, les politiques japonaises visent principalement √† renforcer leur domination et √† int√©grer la r√©gion dans leur sph√®re d'influence. Les populations toungouses sont en fait tr√®s mal trait√©es. Et les autorit√©s chinoises accuseront plus tard les Japonais d'avoir utilis√© des armes bact√©riologiques contre elles. Il semble en tout cas, que les survivants de cette occupation se soient trouv√© dans une d√©tresse sanitaire extr√™me.

Durant la Seconde Guerre mondiale, le Mandchoukouo sert de base militaire et de zone de production pour l'armée japonaise. À la fin de la guerre, en 1945, après la défaite du Japon et l'invasion de la Mandchourie par l'Armée rouge soviétique, le Mandchoukouo s'effondre. Pu Yi est capturé par les Soviétiques et plus tard remis aux autorités chinoises (il sera plus tard conseiller au seind es instances de la Chine communiste et mourra en 1967). Le territoire du Mandchoukouo est réintégré à la Chine. Les dirigeants collaborant avec les Japonais sont jugés et condamnés. (J. Deniker / Zaborowski / A.M.B / Ed. Ch. / E. Drouin).



En librairie -Le preux Sodani / le preux Develtchen (Epop√©es orales des Evenks de Sib√©rie), Gallimard, 2000. - Laurence Delaby, Chamanes toungouses, Klincksieck (Etudes mongoles n¬į 7), 1978.
.


[Histoire politique][Biographies][CartothŤque]
[Aide][Recherche sur Internet]

¬© Serge Jodra, 2004 - 2024. - Reproduction interdite.