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Iran
Jomhuri-ye Eslami-ye Iran

32 00 N, 53 00 E
La RĂ©publique islamique d'Iran est un Etat du Moyen-Orient (Asie). Ce pays, connu autrefois en Occident sous le nom de Perse, correspond Ă  une partie seulement de l'Iran gĂ©ographique, ou Iran proprement dit, qui est un plateau de forme trapĂ©zoĂŻdale, et qui s'Ă©tend entre la mer Caspienne et les steppes du Turkestan au Nord et le golfe Arabo-Persique et l'OcĂ©an Indien au Sud. A l'Ouest  ce plateau est limitĂ© par la vallĂ©e du Tigre (en Irak) et les montagnes de l'ArmĂ©nie (Petit Caucase), Ă  l'Est par la vallĂ©e de l'Indus. La surface de ce plateau peut ĂŞtre Ă©valuĂ©e, en chiffres ronds, Ă  2.600.000 km², dont la plus grande moitiĂ©, 1.648.000 km², forme le territoire de l'Iran; le reste est partagĂ© entre l'Afghanistan et le Pakistan
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Carte de l'Iran.
Carte de l'Iran. Source : The World Factbook.
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La population de l'Iran est de près de 88 millions d'habitants (2025). Le pays est administrativement divisée en 30 provinces (ostanha, singulier : ostan). La capitale est Téhéran. Autres grandes villes : Chiraz, Ispahan, Abâdân, Tabriz, Meched.

Les divisions administratives de l'Iran

Ardabil
Azarbayjan-e Gharbi
Azarbayjan-e Sharqi
Bushehr
Chahar Mahall va Bakhtiari
Esfahan (Ispahan)
Fars
Gilan
Golestan
Hamadan
Hormozgan
Ilam
Kerman
Kermanshah
Khorasan-e Jonubi
Khorasan-e Razavi
Khorasan-e Shomali
Khuzestan
Kohgiluyeh va Buyer Ahmad
Kordestan (Kurdistan)
Lorestan
Markazi
Mazandaran
Qazvin
Qom
Semnan
Sistan va Baluchestan
Tehran (Téhéran)
Yazd
Zanjan

L'Iran est une république' théocratique, dirigée par un clergé chiite. Le Guide suprême, actuellement (2025) Ali Khamenei, détient le pouvoir suprême en Iran. Il supervise toutes les institutions, à commencer par le gouvernement, le Parlement et l'armée, et est choisi par un conseil de juristes religieux, le Conseil des gardiens de la Constitution.

Le président de la République est élu pour un mandat de quatre ans, renouvelable une fois. Il dirige le gouvernement et est responsable de la gestion des affaires courantes du pays. Le président nomme les ministres et d'autres hauts fonctionnaires avec l'approbation du Parlement.

Le Parlement iranien, ou Majles-e Shoura-ye Eslami, est composé de 290 députés élus pour un mandat de quatre ans. Le Parlement vote les lois et approuve le budget national. Toutefois, les lois doivent être validées par le Conseil des gardiens de la Constitution, qui examine si elles sont conformes à la charia et à la Constitution.

Le Conseil des gardiens de la Constitution est composé de six juristes nommés par le Guide suprême et six théologiens choisis par le Conseil des experts. Ce conseil a le pouvoir de valider les lois, d'annuler les élections, et de contrôler la conformité des candidats aux postes électifs avec les principes de l'islam.

Le système judiciaire iranien est théoriquement indépendant du pouvoir exécutif, mais il reste sous la coupe du Guide suprême. Le juge de la Révolution, nommé par le Guide, supervise les affaires impliquant des violations de la sécurité de l'État et des infractions à la charia. Les tribunaux réguliers traitent des affaires civiles et pénales selon le droit civil iranien.

L'Iran dispose également d'une force armée distincte, les Gardiens de la Révolution, qui sont responsables de la défense de la Révolution islamique et de la sécurité intérieure. Ils jouent un rôle central dans la politique étrangère et la sécurité nationale.

Enfin, le système politique iranien repose sur une forte participation de la population dans les institutions religieuses et politiques, notamment via le vote consultatif dans certaines instances, tout en étant largement contrôlé par les institutions islamiques.

Géographie physique de l'Iran

L'orographie de l'Iran.
Le plateau iranien se maintient à la hauteur de 1500 à 2500 m au-dessus du niveau de la mer. Il est délimité par deux grandes chaînes de montagnes, dont plusieurs pics dépassent 5000 m. La chaîne du Nord se sépare des montagnes d'Arménie sous le nom de Karadagh, contourne la côte méridionale de la mer Caspienne sous le nom d'Albourz, Alborz ou Elbourz (Hara-Berezaïti de l'Avesta), d'où se détachent les monts du Tâlich, du Guilân et du Mazandéran; son point culminant, qui est aussi celle de l'Iran, est la masse volcanique du Démavend ou Kuh-e Damavand (5671 m). Il se termine, au Sud-Est de la Caspienne, par les montagnes du Khoraçan (Boudjnourd, Binalout), qui se rattachent, à la source de l'Atrek, aux montagnes des frontières du Turkménistan, le Dereguez, le Kopet-Dagh et le Kuren-dagh, puis il lance encore dans l'Est, au delà de la frontière avec l'Afghanistan, les deux chaînes parallèles du Safid-Kouh (montagne blanche) et du Siyâh-Kouh (montagne noire). Le système de montagnes du Khoraçan est, au point de vue géologique, de la même formation que l'Albourz.

La chaĂ®ne du Sud commence Ă©galement dans les monts d'ArmĂ©nie (Petit Caucase) et se dirige vers le Sud-Est, d'abord Ă  cheval sur la frontière avec l'Irak (Kurdistan), ensuite en Iran mĂŞme, jusqu'aux bords du golfe Arabo-Persique. Les Anciens donnèrent Ă  ces monts le nom de Zagros, que les gĂ©ographies modernes leur ont conservĂ© (KĂ»hhâ Ye Zâgros, en farsi). Cette chaĂ®ne prend ensuite la direction Est, parallèlement Ă  la cĂ´te de l'OcĂ©an Indien jusque vers l'embouchure de l'Indus : les monts du Makran  bordent, dans leur partie occidentale le golfe d'Oman, et se poursuivent au Sud du Pakistan

C'est Ă  travers le Zagros que passait la route historique entre le plateau iranien Ă  la MĂ©sopotamie; le dĂ©filĂ© qui la ferme est appelĂ© Porte du Zagros par PtolĂ©mĂ©e et Porte MĂ©dique par Strabon. Ce chemin, qui existe toujours, a continuĂ© par la suite Ă  ĂŞtre suivi par le commerce, aussi longtemps que la situation politique l'a permi : il part de Bagdad, remonte la vallĂ©e de la Diyâla et d'un de ses affluents de gauche jusqu'Ă  la passe de KĂ©rend, qui marque la frontière entre Irak et l'Iran, et d'oĂą l'on gagne la petite ville de Bâkhtâran (Kermânchâh), puis Bisitun, oĂą se trouve gravĂ©e, sur le rocher, la grande inscription de Darius Ier, et l'on aboutit Ă  Hamadan. 

Dans la partie Sud-Est des mont Zagros (provinces du Fars du Homozgan), on trouve des routes qui mènent de Bandar-e'Abbâs et de Bandar-e Bushehr Ă  Chirâz; cette dernière, autrefois un sentier de montagne excessivement difficile, Ă©tait la route des caravanes, qui allait du golfe Arabo-Persique Ă  TĂ©hĂ©ran en passant par Ispahan et Kachan. 

GĂ©ologiquement, les chaĂ®nes du Sud et de l'Est forment un seul système, composĂ© en grande partie de calcaire Ă  nummulites (dĂ©but du CĂ©nozoĂŻque). Dans le Zagros, on rencontre le granit, qui commence au lac d'Ourmia (Daryâcheh-ye OrĂ»miyeh) et forme l'Alvend (3571 m), au-dessus de Hamadân. L'intĂ©rieur du plateau est coupĂ©, dans l'angle Nord-Ouest, de masses volcaniques, telles que les deux volcans Ă©teints du Sahènd (3712 m) et du Sabalan (4814 m). 

Ce plateau lui-même est loin d'être uniforme; il est coupé de petites chaînes, généralement de médiocre hauteur, mais qui, dans les chaînes qui bordent l'Iran à l'Est peuvent aussi atteindre 4000 m (comme au Taftân, haut de 4002 m, dans le Baloutchistan iranien). Il comprend enfin un grand désert nommé Dasht-e Kavîr (Grand désert salé), formé d'une large ceinture de décombres de pierres concassées, qui commence à partir des collines qui entourent ce désert, se continue par un sol jaune salé ou du sable et se termine au centre par un lac salé ou les débris de celui qui y existait. Au Sud-Est de ce désert est le Dasht-e Lût (désert du Lut), qui ressemble davantage à un désert sablonneux avec quelques rares incrustations salines, sans traces d'humidité.

Les ressources minérales.
Le fer, le plomb et le cuivre sont abondants en Azerbaïdjan; l'Albourz a des mines de fer et de houille; on trouve aussi ce dernier près de Tabriz. Nichâpour est célèbre par ses turquoises, Yezd (Yazd) par son marbre jaune et transparent, les îles du golfe Arabo-Persique, Ormuz (Hormoz) et Qeshm, par leur sel gemme et leur ocre. L'Iran possède également du gaz naturel et d'importantes réserves de pétrole. Ce dernier produit représente d'ailleurs 80% des exportations du pays, surtout en direction de la Chine et du Japon.

L'hydrographie de l'Iran.
Les cours d'eau de l'Iran forment deux systèmes entièrement différents, celui de la périphérie, comprenant les fleuves qui se jettent dans l'Océan Indien et le golfe Arabo-Persique, ou dans la dépression de la Caspienne et de l'Aral (dépression touranienne); et celui du centre, contenant les rivières n'ayant pas d'écoulement au dehors et se jetant dans des lacs, tels que le Mûriân et le lac d'Ourmia, ou dans le désert.

Le Sefid ou Qezel-Owzan forme une remarquable exception à cette distribution; né dans les montagnes du Kurdistan, il se dirige vers le Nord, perce l'AIbourz au moyen de vallées profondément creusées et se jette dans la Caspienne, non loin de Rasht. Il rentre donc dans le système de la périphérie et il faut lui adjoindre le Lâr, sorti du Damavând, l'Atrek (Atrak) et le Gorgân, qui ont leurs sources dans les montagnes du Khoraçan : tous se jettent dans la Caspienne.

Le Silup, le ShĂ»r KĂ»l, le Mand sont de petits fleuves qui se jettent dans l'OcĂ©an Indien ou dans le Golfe Arabo-Persique. Le KârĂ»n, rivière de ShĂ»shtar et d'Ahvâz, navigable jusqu'Ă  180 kilomètres au-dessus de son embouchure, unit ses eaux au Chatt-el-Arab, dans le delta que forme celui-ci avant de tomber dans le golfe Arabo-Persique; la Karkheh, rivière du Luristan, se perd dans des marais entre Ahvâz et le Tigre; enfin, la Sirvân et Petit Zab, tous deux nĂ©s en Iran, atteignent  le Tigre et forment ses principaux affluents de gauche.

Dans le Seistan (Sîstân), à la frontière avec l'Afghanistan, le bassin du lac Hâmoun, reçoit plusieur petites rivières; la plupart venant d'Afghanistan. En dehors du Hâmoun, série de marécages qui forment un grand lac après les pluies abondantes, on compte le lac de Chirâz, qui n'est guère qu'un marais salé; le lac Niriz ou Bakhtégân, qui recueille les eaux du Bend-Emir, formées du Polwar ou Mourgbab, qui coule près des ruines de Pasargadeet de Persépolis, et du Kor; le lac d'Ourmia ou Dervâï-Châhi, à 1250 m au-dessus du niveau de la mer, avec 15 m seulement à sa plus grande profondeur, dont les eaux sont presque aussi salées que celles de la mer Morte.

Le climat.
Le climat de l'Iran est extraordinairement sec; on a estimĂ© l'humiditĂ© contenue dans l'air Ă  11,2%, dans le dĂ©sert central, ce qui en fait le point l'un des points les plus secs de la Terre. Il tombe peu d'eau; la hauteur annuelle de la pluie ne dĂ©passe pas 254 mm sur le plateau central, la moitiĂ© Ă  peine de ce chiffre dans la plus grande partie de l'intĂ©rieur et au Sud-Est (Baloutchistan iranien). En revanche, le climat est très humide dans le Gilân et le MazandĂ©ran, sur les bords de la mer Caspienne, ou les brises humides du Nord, arrĂŞtĂ©es par l'Albourz, se rĂ©solvent en pluies chaudes. L'hiver est très froid, l'Ă©tĂ© très chaud; les nuits de la belle saison sont fraĂ®ches. Il pleut en novembre, mars et avril; il neige en dĂ©cembre et en fĂ©vrier. Dans le Nord-Ouest (AzerbaĂŻdjan), l'hiver est très rude, tandis qu'il se manifeste Ă  peine dans la dĂ©pression du Hâmoun. 

Biogéographie de l'Iran

L'Iran se situe majoritairement dans le royaume paléarctique, mais il présente des affinités avec le royaume afrotropical au sud et le royaume indomalais au sud-est. Cette position de carrefour se reflète dans sa faune, qui inclut des espèces aux origines diverses. De nombreux endémiques se trouvent dans les montagnes isolées et les déserts, résultat d'une longue histoire d'isolement et d'adaptation. Les conditions environnementales qui prévalent en Iran donnent ainsi naissance à plusieurs grandes écorégions :

Les forêts hyrcaniennes de la Caspienne, le long du littoral nord et sur les pentes de l'Alborz, sont un trésor de biodiversité, reconnues par l'Unesco. Ces forêts humides et tempérées, considérées comme des reliques de l'ère tertiaire, abritent une grande variété d'arbres feuillus comme le chêne de l'Est (Quercus castaneifolia), le hêtre oriental (Fagus orientalis), l'aulne, l'érable, et de nombreuses espèces endémiques. La faune y est également riche, incluant le léopard de Perse, l'ours brun, le sanglier, le cerf élaphe et une avifaune diversifiée.

La chaîne du Zagros est dominée par des forêts claires de chênes de Perse (Quercus brantii) et des steppes montagnardes. Cette région, bien que soumise à une aridité estivale, abrite une flore et une faune adaptées, notamment le mouflon d'Arménie, la chèvre sauvage (Capra aegagrus), divers félins (lynx, chat sauvage) et une avifaune rupestre. L'altitude crée des gradients écologiques, avec des prairies alpines au-dessus de la limite des arbres.

Le plateau central est largement occupé par des déserts et des steppes arides. Les deux déserts les plus célèbres, le Dasht-e Kavir (Désert de Sel) et le Dasht-e Lut (l'un des endroits les plus chauds du monde), présentent des conditions extrêmes. La végétation y est rare et hautement spécialisée (plantes xérophytes, halophytes), adaptée à la sécheresse, à la salinité et aux températures extrêmes. La faune comprend des espèces résilientes comme le guépard asiatique (en danger critique), la gazelle, divers rongeurs, reptiles et oiseaux. Les steppes arides environnantes sont le domaine des graminées clairsemées et d'arbustes épineux.

Les montagnes de l'Alborz présentent une zonation altitudinale marquée, similaire au Zagros mais influencée par la proximité de la Caspienne et des sommets plus élevés (comme le Damavand). On y trouve des forêts claires sur les pentes sud, des steppes montagnardes, des prairies alpines et des zones de haute altitude au climat froid et venteux.

Les plaines côtières du sud, étroites le long du Golfe Persique et de la mer d'Oman, ont un climat subtropical à tropical sec et chaud. La végétation est différente, incluant des plantes adaptées à la chaleur et à la salinité, ainsi que des zones de mangroves (forêts de palétuviers, comme celle d'Hara près de Qeshm) qui constituent un habitat essentiel pour les oiseaux migrateurs et la vie marine.

Les activités humaines, telles que l'agriculture intensive (gourmande en eau dans un pays aride), le surpâturage, la déforestation historique, l'urbanisation rapide, la pollution et le développement des infrastructures, ont eu un impact considérable sur les habitats naturels et la biodiversité. De nombreuses espèces, notamment les grands mammifères comme le guépard asiatique, le léopard de Perse, l'ours noir d'Asie ou le dugong (dans le Golfe Persique), sont menacées. La gestion de l'eau et la lutte contre la désertification sont des enjeux majeurs pour la préservation des écosystèmes iraniens.

Géographie humaine de l'Iran

Population.
L'Iran compte aujourd'hui environ 88 millions d'habitants. L'une des caractĂ©ristiques les plus frappantes de sa dĂ©mographie rĂ©cente est la rapiditĂ© de sa transition dĂ©mographique. Après la RĂ©volution islamique de 1979, la politique a encouragĂ© une forte natalitĂ©, qui  a entraĂ®nĂ© un baby-boom dans les annĂ©es 1980. Cependant, dès les annĂ©es 1990, le gouvernement a mis en place des programmes de planification familiale très efficaces, menant Ă  une chute spectaculaire du taux de fĂ©conditĂ©. L'Iran a ainsi connu l'une des baisses de natalitĂ© les plus rapides au monde. Cette Ă©volution se traduit aujourd'hui par une population relativement jeune dans l'ensemble, avec une proportion importante d'adultes jeunes et d'âge moyen qui sont les enfants du baby-boom, mais aussi par un vieillissement progressif de la population qui deviendra un dĂ©fi majeur dans les dĂ©cennies Ă  venir. L'espĂ©rance de vie a Ă©galement augmentĂ© de manière significative au cours des dernières dĂ©cennies. La population est fortement concentrĂ©e dans les zones urbaines, les grandes villes comme TĂ©hĂ©ran (la capitale, une mĂ©galopole), Mashhad, Ispahan, Tabriz et Shiraz qui concentrent une part majeure de la population, de l'Ă©conomie et de la vie culturelle. L'exode rural a Ă©tĂ© un phĂ©nomène constant, bien que les vastes zones rurales et dĂ©sertiques restent habitĂ©es, souvent par des groupes ethniques spĂ©cifiques.

Sur le plan religieux, l'Iran est défini comme une République Islamique. L'Islam chiite duodécimain est la religion d'État et est pratiqué par la grande majorité de la population (environ 90-95%). C'est une caractéristique majeure qui distingue l'Iran de la plupart des autres pays de la région à majorité sunnite. La structure sociologique et politique est intrinsèquement liée à cette identité religieuse, avec un clergé chiite qui joue un rôle central dans la gouvernance et la société. Il existe cependant une minorité sunnite significative, principalement. Le pays reconnaît également constitutionnellement de petites minorités religieuses non musulmanes : les Zoroastriens (l'ancienne religion de Perse), les Juifs et les Chrétiens (principalement Arméniens et Assyriens). D'autres minorités, comme les Baha'is, ne sont pas reconnues et font face à des discriminations. La vie religieuse, pour la majorité chiite, est très présente dans l'espace public et privé, bien que l'observance et l'interprétation des préceptes religieux varient considérablement au sein de la population, notamment entre les générations et entre les milieux urbains et ruraux.

On observe des disparités économiques importantes. Une élite génréalement liée aux sphères du pouvoir politique, religieux ou économique (comme les Bazari, marchands traditionnels) coexiste avec une large classe moyenne urbaine composée de fonctionnaires, de professionnels, d'enseignants et de petits entrepreneurs, dont la situation économique a été rendue précaire par les sanctions et les difficultés économiques. La pauvreté est également présente, notamment dans les zones périphériques des grandes villes et les régions moins développées. Les facteurs économiques, fortement impactés par la dépendance aux hydrocarbures et les sanctions internationales, jouent un rôle majeur dans la dynamique sociale et la stabilité.

La famille reste une institution fondamentale dans la société iranienne, jouant un rôle central dans le soutien social, l'identité et les réseaux. Les liens de parenté sont très importants. Bien que les valeurs traditionnelles restent fortes, la famille iranienne moderne, particulièrement en milieu urbain, est confrontée à des changements, tels que l'augmentation de l'âge au mariage, l'accroissement des taux de divorce et l'évolution des rôles au sein du couple. L'éducation est très valorisée en Iran, avec des taux d'alphabétisation élevés, notamment chez les jeunes. L'accès à l'enseignement supérieur s'est largement développé, avec une présence remarquée des femmes dans les universités. Cependant, l'adéquation entre la formation et le marché du travail, ainsi que les débouchés professionnels, constituent des défis importants, notamment le chômage des jeunes diplômés.

Depuis la Révolution, des restrictions légales et sociales ont été imposées aux femmes, notamment l'obligation du port du voile (hijab) et des limitations dans certains domaines du droit familial. Néanmoins, les femmes iraniennes sont très présentes dans la sphère publique (éducation, santé, arts, certains métiers), actives sur les plans social et culturel, et ont constamment cherché à repousser les limites imposées. Elles constituent une force majeure dans la société civile et ont été au coeur de mouvements sociaux significatifs. Pour cette seul raison, aujourd'hui 20 000 femmes sont emprisonnées.

La jeunesse, qui constitue une part importante de la population bien qu'en diminution relative, est confrontée à des aspirations du plus en plus en décalage avec les contraintes sociales et économiques. Ouverte aux influences mondiales (via internet et les réseaux sociaux malgré la censure), elle recherche des perspectives économiques, des libertés sociales et une plus grande autonomie. La culture jeune urbaine, dynamique et diverse, est devenue un lieu de négociation et parfois de tension avec les normes plus conservatrices.

Quelques-unes des grandes villes de l'Iran

• Téhéran (Province de Téhéran). - Environ 9 millions d'habitants (ville) et plus de 16 millions (zone métropolitaine). Capitale et plus grande ville de l'Iran, située au pied des montagnes de l'Alborz.. Centre politique, économique et culturel du pays, abritant le gouvernement, des institutions académiques et des entreprises majeures. Célèbre pour ses musées, ses parcs et sa modernité.

• Mashhad (Province du Khorasan-e Razavi). - Environ 3 millions d'habitants. Deuxième plus grande ville d'Iran et centre religieux majeur. Célèbre pour le sanctuaire de l'Imam Reza, le plus grand lieu de pèlerinage chiite en Iran. Mashhad est également un centre commercial important, notamment avec ses échanges avec les pays d'Asie centrale.

• Ispahan (Province d'Ispahan). - Environ 2 millions d'habitants. Une des villes les plus historiques et artistiques du pays, connue pour son architecture islamique, ses mosquées, ses ponts et ses bazars. L'une des capitales culturelles de l'Iran, avec des monuments emblématiques tels que la place Naghsh-e Jahan et la mosquée du Shah.

• Karaj (Province d'Alborz). - Environ 1,9 million d'habitants. Ville située près de Téhéran, c'est un centre industriel et résidentiel en pleine expansion. Karaj a vu une croissance rapide, notamment en tant que banlieue de la capitale.

• Chiraz (Province du Fars). - Environ 1,8 million d'habitants. CĂ©lèbre pour son histoire en tant que centre de la culture perse et du savoir. Connue 

pour ses poètes (Hafez, Saadi), ses jardins, et ses monuments comme la mosquée Nasir-ol-Molk et le tombeau de Cyrus à proximité de Persépolis.

• Tabriz (Province d'Azerbaïdjan oriental). - Environ 1,6 million d'habitants. Située dans le nord-ouest de l'Iran, Tabriz est un important centre industriel, commercial et culturel. Elle est connue pour son bazar historique, classé au patrimoine mondial de l'Unesco, et sa communauté azérie.

• Qom (Province de Qom). - Environ 1,2 million d'habitants.  Centre religieux et thĂ©ologique majeur, Qom est le foyer du clergĂ© chiite et des principales institutions religieuses du pays. Elle est Ă©galement un centre de pèlerinage pour le sanctuaire de Fatima Masoumeh.

• Ahvaz (Province du Khouzistan). - Environ 1,3 million d'habitants. Ville industrielle située dans le sud-ouest de l'Iran, importante pour l'industrie pétrolière. Située sur les rives du fleuve Karoun, Ahvaz est un carrefour commercial, notamment pour les ressources naturelles.

• Kermanshah (Province de Kermanshah). - Environ 950 000 habitants. Située dans l'ouest de l'Iran, Kermanshah est une ville historique avec des monuments importants tels que le site de Bisotun, classé au patrimoine mondial. Centre agricole et industriel, avec une forte communauté kurde.

• Rasht (Province du Guilan). - Environ 700 000 habitants. Située au nord, près de la mer Caspienne, Rasht est un centre commercial et agricole important, connu pour sa verdure et son climat tempéré. Capitale de la province du Guilan, elle est réputée pour ses spécialités culinaires et son tourisme côtier.

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Groupes ethnolinguistiques.
L'Iran se présente comme une mosaïque de peuples et de cultures, bien au-delà de l'image souvent simplifiée d'une nation uniformément persane. Sa position géographique stratégique, carrefour entre différentes civilisations et empires, a façonné au cours des millénaires un paysage ethnolinguistique d'une grande richesse. Si le persan (farsi) est la langue officielle et le vecteur principal de la culture et de l'identité nationale, une part importante de la population appartient à d'autres groupes ethniques et linguistiques, chacun avec sa propre histoire, sa langue ou son dialecte, ses traditions et son territoire d'origine.

Les relations entre le gouvernement central et les groupes minoritaires, ainsi qu'entre les groupes eux-mêmes, sont complexes et dynamiques, avec à la fois par des périodes d'intégration et de coexistence pacifique et par des moments de tension liés à des questions de droits linguistiques, culturels, socio-économiques ou politiques. La constitution iranienne reconnaît l'existence des minorités et garantit certains droits, mais la pratique et l'accès à la pleine expression culturelle et linguistique varient considérablement selon les groupes et les périodes.

Perses.
La majorité de la population iranienne est d'origine perse et parle le persan. Ce groupe, bien que dominant numériquement et culturellement, n'est pas homogène et se trouve réparti sur l'ensemble du territoire, avec des concentrations particulières dans les régions centrales, les grandes villes comme Téhéran, Ispahan, Chiraz, Machhad et Yazd. Les Persans ont joué un rôle central dans la formation de l'État iranien moderne et dans la diffusion de la culture iranienne, caractérisée par une riche tradition littéraire, artistique et philosophique en langue persane.

Azéris.
Aux côtés de cette majorité, le groupe le plus important numériquement est celui des Azéris, une population turcophone concentrée principalement dans le nord-ouest de l'Iran, dans les provinces d'Azerbaïdjan-Est, d'Azerbaïdjan-Ouest, d'Ardabil et de Zanjan, ainsi que dans la capitale Téhéran et d'autres grands centres urbains où ils ont migré. Ils parlent l'azéri, une langue très proche du turc de Turquie et de la République d'Azerbaïdjan. Historiquement, les Azéris d'Iran ont joué un rôle majeur dans l'histoire politique et religieuse du pays, notamment pendant la période safavide. Bien qu'ils partagent la religion chiite avec la majorité persane, ils maintiennent une identité culturelle distincte.

Kurdes.
Plus à l'ouest et au nord-ouest, le long des frontières avec l'Irak et la Turquie, vivent les Kurdes. Ce groupe ethnique iranien non turc partage sa langue (le kurde, avec plusieurs dialectes comme le sorani et le kurmanji parlés en Iran) et sa culture avec les populations kurdes des pays voisins. Ils sont majoritairement musulmans sunnites, bien qu'il existe aussi des groupes chiites et adeptes d'autres religions ou croyances syncrétiques comme le Yarsanisme. Les régions kurdes d'Iran (principalement les provinces du Kurdistan, de Kermanchah, d'Ilam et certaines parties de l'Azerbaïdjan-Ouest) ont une histoire marquée par des revendications d'autonomie culturelle et politique, qui ont régulièrement entraîné des tensions avec le gouvernement central.

Lors et Bachtiari.
Dans les monts Zagros, s'étend le territoire des Lors et des Bachtiaris, des groupes ethniques iraniens qui parlent le lori et le bachtiari, des langues ou dialectes étroitement liés au persan. Ils sont traditionnellement associés à un mode de vie pastoral et nomade ou semi-nomade, bien qu'une urbanisation croissante ait lieu. Répartis dans les provinces du Lorestan, du Kohgiluyeh et Buyer Ahmad, du Tchahar Mahaal et Bakhtiari, d'Ilam, et dans certaines parties du Khuzestan et d'Ispahan, ils possèdent une culture riche, notamment dans leur musique, leurs danses et leurs vêtements traditionnels.

Arabes.
Au sud-ouest, particulièrement dans la province du Khuzestan, se trouve une importante population arabe. Ils parlent l'arabe, principalement un dialecte connu sous le nom d'arabe khuzestani, et partagent de nombreux liens culturels avec les populations arabes des pays voisins du Golfe Persique. Leur présence historique dans cette région, riche en pétrole, a parfois été source de défis socio-économiques et de revendications identitaires.

Baloutches.
Dans le sud-est désertique et montagneux, principalement dans la province du Sistan et Balouchistan, vit la population Baloutche. Parlant le baloutchi, une langue iranienne distincte, ils sont majoritairement musulmans sunnites. Traditionnellement nomades ou semi-nomades, ils vivent dans une région souvent confrontée à des difficultés économiques et des problèmes de sécurité. Leur culture est fortement influencée par le désert et les liens avec les populations baloutches du Pakistan et d'Afghanistan.

Gilakis et Mazandaranis.
Le long de la côte de la mer Caspienne, dans les provinces verdoyantes de Gilan et du Mazandaran, vivent les Gilakis et les Mazandaranis. Ils parlent respectivement le gilaki et le mazandarani, deux langues iraniennes du Nord distinctes du persan standard, avec des influences turques et caucasiennes. Cette région, caractérisée par son climat humide et sa production de riz, possède des traditions culinaires et culturelles spécifiques.

Turkmènes et Qashqai.
Parmi les utres groupes turcophones importants, on trouve les Turkmènes, concentrés dans le nord-est, principalement dans la province du Golestan, près de la frontière avec le Turkménistan. Ils parlent le turkmène et sont majoritairement musulmans sunnites, avec une histoire liée aux tribus des steppes d'Asie centrale. Dans le sud de l'Iran, en particulier dans la province du Fars, on trouve les Qashqai, une confédération de tribus turcophones traditionnellement nomades, qui parlent un dialecte turcique et sont chiites.

Autres groupes.
Au-delà de ces groupes majoritaires ou importants, l'Iran abrite une multitude d'autres communautés ethnolinguistiques, généralement plus petites mais non moins significatives pour la richesse culturelle du pays. Parmi elles figurent :

• Les Tats et les Talyshes, des populations iraniennes du Nord-Ouest et du Nord, parlant des langues distinctes;

• Les Arméniens et les Assyriens, des minorités chrétiennes (respectivement de l'Église arménienne apostolique et de diverses églises syriaques/assyriennes) avec leurs propres langues (arménien et néo-araméen) et des communautés historiquement importantes dans des villes comme Ispahan, Téhéran et Ourmia;

• Les Juifs iraniens, l'une des plus anciennes communautĂ©s juives du monde, parlant des dialectes judĂ©o-persans et rĂ©sidant principalement dans les grandes villes. 

On trouve également des groupes comme les Géorgiens, les Circassiens et diverses tribus et groupes linguistiques locaux.

Culture.
La culture de l'Iran est un phénomène d'une richesse et d'une profondeur extraordinaires, façonnée par des millénaires d'histoire, des empires puissants, l'influence de la religion, et une tradition artistique et intellectuelle ininterrompue. Elle ne se résume pas à une seule facette mais constitue un tapis complexe tissé de fils pré-islamiques et islamiques, de traditions ancestrales et d'adaptations modernes. Au coeur de cette culture se trouve une fierté profonde pour un héritage civilisationnel qui a rayonné bien au-delà de ses frontières actuelles, et influencé l'Asie centrale, le Caucase, l'Inde et le Moyen-Orient.

L'histoire est omniprésente dans la culture iranienne. Des ruines majestueuses de Persépolis, témoins de l'empire achéménide il y a 2500 ans, aux vestiges des empires sassanides, l'Iran porte le poids et la gloire de son passé. L'arrivée de l'Islam au VIIe siècle a marqué un tournant majeur, mais loin d'effacer la culture persane, elle l'a enrichie, en créant une symbiose très spéciale. L'Iran est devenu un centre majeur de la civilisation musulmane, et a contribué de manière significative à la philosophie, aux sciences, à la médecine et aux arts pendant l'âge d'or de l'Islam. Le choix du chiisme comme religion d'État sous les Safavides au XVIe siècle a ajouté une couche distinctive à l'identité iranienne, la différenciant de ses voisins majoritairement sunnites et forgeant un sentiment national fort autour d'une identité religieuse particulière.

Langue indo-européenne, le langue persane (farsi) possède une littérature parmi les plus riches et les plus importantes du monde. Les grands poètes comme Firdousi, Hâfiz, Saadi, Roumi (bien qu'associé à la Turquie, il a écrit en persan) sont vénérés non seulement comme des figures littéraires mais aussi comme des guides moraux. Leur poésie, volontiers imprégnée de mysticisme soufi, aborde des thèmes universels comme l'amour (divin et terrestre), la condition humaine, la quête de la sagesse et la beauté du monde. La poésie fait partie intégrante de la vie quotidienne, récitée lors de réunions familiales, chantée dans la musique, et même utilisée comme source de divination informelle. La calligraphie, l'art d'écrire magnifiquement le persan et l'arabe, est également une forme d'art très respectée.

La littĂ©rature iranienne contemporaine est caractĂ©risĂ©e par une exploration profonde des thèmes du soulèvement politique, de la rĂ©pression sociale, de l'identitĂ© et de la dualitĂ© culturelle, dans une nĂ©gociation permanente entre tradition et modernitĂ©. Les auteurs abordent les luttes personnelles et collectives sous l'autoritarisme, les rĂ´les sociaux des femmes, l'exil et les tensions entre hĂ©ritage culturel et contraintes institutionnelles. L'Ă©criture se nourrit Ă  la fois des traditions persanes — rĂ©cits poĂ©tiques, influences soufies — et d'expĂ©rimentations modernistes et postmodernes. Des figures majeures comme Shahrnush Parsipur, avec son roman Femmes sans hommes (1978, portĂ© au cinĂ©ma par  Shirin Nesha), qui dĂ©nonce les structures patriarcales et coloniales Ă  travers le surrĂ©alisme, ou Houshang Golshiri, figure de la fiction expĂ©rimentale, incarnent cette dynamique. Les Ă©crivains de la diaspora, comme Azar Nafisi (Lire Lolita Ă  TĂ©hĂ©ran, 2003), offrent des regards internationaux sur l'expĂ©rience iranienne, mĂŞlant mĂ©moire et distance gĂ©ographique. La poĂ©sie conserve une place centrale : Forugh Farrokhzad, pionnière d'une poĂ©sie fĂ©ministe, et Simin Behbahani, surnommĂ©e « la lionne de l'Iran », interroge l'amour, la rĂ©sistance et les limites sociales. MalgrĂ© la censure d'État et l'autocensure, les auteurs utilisent mĂ©taphores, satire et langage codĂ© pour critiquer le pouvoir. Internet et les rĂ©seaux sociaux ont ouvert des espaces pour des voix Ă©mergentes, notamment fĂ©minines et minoritaires, tandis que les initiatives de traduction rendent ces oeuvres accessibles au monde. Cette littĂ©rature inventive, allie rĂ©cits intimes et questionnements politiques ou existentiels, et offre une fenĂŞtre sur un pays en mutation, oĂą la psychologie collective se renouvelle sans cesse.
L'art iranien est d'une diversité éblouissante. L'architecture, qu'il s'agisse des mosquées aux dômes turquoise et aux minarets élancés, des palais ornés de miroirs et de fresques, ou des maisons traditionnelles avec leurs cours intérieures paisibles, est un témoignage de raffinement et d'ingéniosité. Les motifs géométriques complexes, les arabesques, et les calligraphies ornent les bâtiments religieux et profanes. Illustrant des scènes de poésie, d'histoire ou de la vie de cour, les miniatures persanes sont célèbres pour leur détail exquis et leurs couleurs vives. L'artisanat est également central, avec le tapis persan comme emblème national. Chaque tapis est une oeuvre d'art, qui raconte fréquemment une histoire ou représente des symboles complexes, et sa fabrication est une tradition transmise de génération en génération. La musique traditionnelle iranienne, avec ses instruments comme le setar, le tar, le santour, le kamancheh, et sa structure modale (dastgah), est profondément expressive et souvent contemplative.

Les Iraniens sont réputés pour leur accueil chaleureux et généreux envers les invités, qu'ils soient étrangers ou amis. Le partage d'un repas est un élément essentiel de l'interaction sociale. La famille joue un rôle central dans la vie iranienne, avec une importance accordée aux réunions familiales. Une caractéristique sociale est le taarof, un système complexe de politesse ritualisée et d'échanges formels où les gens offrent humblement des choses ou refusent des offres par courtoisie, ce qui crée une danse sociale subtile de respect et d'humilité affichée.

Le calendrier iranien est ponctué de célébrations importantes. La plus significative est Norouz, le Nouvel An persan, célébré au moment de l'équinoxe de printemps. C'est une fête joyeuse d'origine pré-islamique, axée sur le renouveau, la famille, les visites et les festivités. D'autres célébrations comme Shab-e Yalda (la nuit la plus longue de l'année, célébrée par la lecture de poésie et le partage de fruits secs), ou des commémorations religieuses importantes, notamment celles liées au calendrier chiite comme Ashura, font partie intégrante du tissu culturel et social.

La cuisine iranienne utilise des ingrédients frais, des herbes abondantes, des épices subtiles comme le safran, la cardamome et le curcuma. Les plats de riz (chelow ou polo), ordinairement cuits avec une croûte dorée au fond (tahdig), sont centraux. Les ragoûts (khoresh) variés, les brochettes (kebab), les soupes épaisses (ash), et une grande variété de pains plats accompagnent les repas. Les fruits secs, les noix et les sucreries occupent également une place importante, en particulier lors des festivités.

La culture iranienne est vivante et dynamique, naviguant entre le poids des traditions et les influences du monde moderne. Le cinéma iranien a acquis une reconnaissance internationale. Il aborde souvent des thèmes sociaux et existentiels avec une sensibilité et une subtilité uniques. La jeunesse iranienne, bien que confrontée à des défis, est connectée au monde et contribue à une scène artistique contemporaine dans les domaines de la musique, des arts visuels et du théâtre. La relation entre la vie privée, souvent plus libérale, et la sphère publique, soumise aux règles religieuses, est encore une dimension notable de la culture iranienne contemporaine.

Le cinéma iranien, depuis son émergence au milieu du XXe siècle, s'est imposé comme l'un des plus créatifs et engagés au niveau international, marqué par une évolution profonde après la Révolution islamique de 1979. Bien que soumis à des contraintes socio-politiques strictes, notamment des règles de censure et des restrictions liées aux normes morales, il a développé une esthétique distinctive caractérisée par une attention à la réalité sociale, une poésie visuelle et une narration subtile. Les réalisateurs iraniens, souvent issus d'une école documentaire et humaniste, privilégient des sujets universels comme la famille, la justice sociale, les inégalités, les conflits intergénérationnels et les défis de la jeunesse, tout en abordant avec délicatesse les limites imposées par un contexte autoritaire. Des figures emblématiques telles qu'Abbas Kiarostami (Au travers des oliviers, Le Goût de la cerise), Mohsen Makhmalbaf (Le Cycliste, Le Cri des fourmis), Jafar Panahi (Le Cercle, Taxi Téhéran) et Asghar Farhadi (Une Séparation, Le Passé) ont marqué le paysage cinématographique mondial par leur réalisme poétique, leur sensibilité et leur capacité à transcender la censure grâce à des métaphores et des récits universels. La place des femmes est également centrale, que ce soit en tant que personnages ou en tant que réalisatrices, comme Rakhshan Bani-Etemad ou Samira Makhmalbaf, qui abordent des enjeux féminins avec audace. Le cinéma iranien privilégie souvent des acteurs non professionnels, des décors réels et une narration minimaliste, renforçant une authenticité perçue comme son empreinte distinctive. Malgré les restrictions, il a conquis des prix prestigieux (Palme d'Or, Oscars) et un public international, devenant un miroir de la complexité d'une société en mutation, où traditions ancestrales, modernité et tensions politiques se confrontent. Les plateformes numériques et les festivals internationaux ont permis une diffusion accrue, même si les réalisateurs continuent de naviguer entre autocensure et expression libre.
Economie.
L'économie de l'Iran est caractérisée par une forte dépendance aux hydrocarbures, une intervention significative de l'État, et surtout, l'impact majeur et persistant des sanctions internationales. Riche en vastes réserves de pétrole et de gaz naturel, le pays tire une part considérable de ses revenus d'exportation et de ses recettes budgétaires de ce secteur, le positionnant comme un acteur énergétique clé sur la scène mondiale. Cette rente pétrolière a historiquement financé le développement, mais a également contribué à freiner la diversification et a rendre l'économie vulnérable aux fluctuations des prix mondiaux et, de manière cruciale, aux restrictions sur ses exportations.

La structure de l'économie est un mélange d'entreprises d'État, de grandes fondations quasi-publiques (bonyads) qui détiennet des actifs importants dans divers secteurs, et d'un secteur privé qui peine parfois à se développer pleinement face à la concurrence ou à l'influence de ces entités. Le rôle de l'État reste prépondérant dans des domaines clés comme la banque, la finance, l'industrie lourde, et bien sûr, le secteur énergétique.

L'implication des Pasdaran dans l'Ă©conomie iranienne. - Les Pasdaran, ou Corps des Gardiens de la RĂ©volution Islamique sont une force militaire et idĂ©ologique en Iran sur lequel le rĂ©gime s'appuie en premier lieu. Ils ont aussi une implication dans l'Ă©conomie du pays  Ă  la fois vaste, profonde et d'une opacitĂ© considĂ©rable. Cette prĂ©sence Ă©conomique s'est dĂ©veloppĂ©e de manière significative depuis la fin de la guerre Iran-Irak (1980-1988), Ă©poque Ă  laquelle les Pasdaran ont jouĂ© un rĂ´le majeur dans la reconstruction du pays, se positionnant ainsi comme des acteurs capables de mener Ă  bien de grands projets d'infrastructure. Au fil des dĂ©cennies, cette capacitĂ© s'est transformĂ©e en une domination Ă©conomique dans de nombreux secteurs clĂ©s, qui a fait d'eux un pilier central de l'Ă©conomie iranienne, dont ils contrĂ´lerait les deux tiers..

Leur mode d'opĂ©ration Ă©conomique est multiple. Ils possèdent ou contrĂ´lent directement d'Ă©normes conglomĂ©rats, le plus cĂ©lèbre Ă©tant le QG de construction Khatam al-Anbiya (Ghorb), qui est impliquĂ© dans une multitude de projets d'infrastructure majeurs,  - des barrages et des routes aux ports, pipelines et raffineries. Ces entitĂ©s bĂ©nĂ©ficient gĂ©nĂ©ralement de contrats de grĂ© Ă  grĂ©, sans appel d'offres, accordĂ©s directement par le gouvernement ou des entitĂ©s publiques, ce qui leur confère un avantage compĂ©titif Ă©crasant sur le secteur privĂ© traditionnel. Au-delĂ  de Ghorb, les Pasdaran opèrent via un vaste rĂ©seau d'entreprises affiliĂ©es, de filiales et de sociĂ©tĂ©s Ă©cran dans presque tous les secteurs Ă©conomiques stratĂ©giques.

Ils sont fortement présents dans l'énergie (pétrole, gaz, pétrochimie), les télécommunications (ils détiennent une part importante de l'opérateur mobile principal, Hamrah-e Aval - MCI), la banque et la finance (contrôle ou participation significative dans plusieurs banques et institutions financières), l'automobile, l'industrie manufacturière, l'import-export, et même des activités commerciales plus courantes. Cette diversification leur permet de contrôler des chaînes de valeur entières et de générer des revenus considérables.

Outre le besoin de reconstruction qui a suivi la guerre et le manque de capacité du secteur privé de l'époque qui justifié l'implication des Pasdaran, plusieurs facteurs expliquent cette emprise économique. Les sanctions internationales, en limitant l'accès aux entreprises étrangères et aux technologies, ont servi de prétexte aux Gardiens pour s'impliquer dans des secteurs stratégiques sous le couvert de l'autosuffisance nationale et de la "résistance économique". Par ailleurs, cette implication économique permet aux Pasdaran de générer des revenus pour leurs propres opérations, de récompenser la loyauté au sein de leurs rangs, et d'accroître leur influence politique en liant leur sort financier à celui de l'État.

Les conséquences de cette domination sont profondes pour l'économie iranienne. Elle crée un terrain de jeu inégal où le secteur privé non affilié aux Gardiens a du mal à prospérer, faute de pouvoir rivaliser avec leur puissance, leurs connexions et leur accès privilégié aux contrats et aux ressources. Cela nuit à la concurrence, à l'innovation et à l'efficacité économique. Le manque de transparence et de responsabilité au sein de ces entités économiques liées aux Pasdaran est également une source majeure de corruption. De plus, cette structure opaque rend l'économie iranienne particulièrement vulnérable aux sanctions, qui ciblent de plus en plus directement les entités affiliées aux Gardiens. L'imbrication de l'économie et du pouvoir militaire rend toute réforme économique ou tentative de privatisation complexe et politiquement chargée. En bref, l'implication des Pasdaran dans l'économie iranienne n'est pas une simple participation, mais un contrôle tentaculaire qui façonne la structure, la performance et la résilience de l'économie tout en renforçant leur puissance politique et militaire au sein de la République Islamique.

Outre les hydrocarbures, l'agriculture joue un rôle non négligeable. Elle contribue à l'emploi et à la sécurité alimentaire. L'Iran produit une large gamme de produits aqui va du blé aux fruits, en passant par les pistaches, le safran et les dattes. L'industrie est relativement diversifiée. Elle comprend la production automobile, la pétrochimie, les métaux, le textile et les matériaux de construction, bien que beaucoup de ces secteurs souffrent d'un manque d'investissement, de technologies obsolètes et des difficultés d'accès aux intrants et marchés internationaux dues aux sanctions. Le secteur des services est également en croissance. Il englobe la finance (largement sous contrôle étatique), le commerce, le transport, et un potentiel touristique freiné par les restrictions.

Les performances économiques de l'Iran sont marquées par une grande volatilité, étroitement corrélée à l'évolution des sanctions et des prix du pétrole. Le PIB réel a connu des contractions sévères lors de l'intensification des sanctions, suivies de périodes de croissance modérée lorsque certaines restrictions étaient levées ou que le pays parvenait à contourner les obstacles. Cependant, l'un des défis les plus persistants et dommageables est l'inflation élevée, qui érode le pouvoir d'achat des ménages et nuit à la stabilité macroéconomique. Le chômage, en particulier chez les jeunes, demeure également une préoccupation majeure.

Les sanctions imposées par les États-Unis et d'autres pays en raison du programme nucléaire iranien et d'autres politiques géopolitiques constituent le principal facteur de contrainte de l'économie. Elles limitent sévèrement les exportations de pétrole, restreignent l'accès de l'Iran au système financier international (ce qui rend les transactions bancaires et le commerce extrêmement difficiles), dissuadent l'investissement étranger direct, et entravent l'accès aux technologies et équipements modernes. Cet isolement financier contraint l'Iran à recourir à des mécanismes de commerce alternatifs, généralement plus coûteux et moins efficaces, et rend la gestion de ses réserves de change très complexe.

Face à ces défis, l'Iran cherche à diversifier son économie en promouvant les exportations non pétrolières, notamment les produits pétrochimiques, les métaux, les produits agricoles et l'artisanat. Des efforts sont faits pour développer les secteurs manufacturiers et des services, mais ces initiatives sont ralenties par les contraintes structurelles internes (bureaucratie, corruption, manque de transparence) et les obstacles externes (sanctions).

Le commerce extérieur de l'Iran a vu ses partenaires évoluer sous l'effet des sanctions, avec une dépendance accrue vis-à-vis de l'Asie, notamment la Chine et l'Inde, ainsi que des pays voisins, pour ses échanges. Les difficultés de paiement et les risques associés au commerce avec l'Iran compliquent les relations commerciales traditionnelles.-



Azam Hadj Heydari, Le prix de rester humain, JC Gawsewitch, 2010.

Mohammad-Reza Djalili, L'Iran de A Ă  Z, AndrĂ© Versaille, 2010. 

Armin Arefi, Rubans et turbans : Iran, la jeunesse contre les mollahs, Editions Denoël, 2010.

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