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Ormuz

Ormuz ou Hormuz est une île rocheuse de la côte du Kirman (Iran méridional), située au Sud-Est de Bandar Abbâs, à la pointe Est de l'île Tavila, au fond du golfe qui forme la partie Nord du détroit d'Ormuz qui fait communiquer le golfe Persique avec le golfe d'Oman et l'océan Indien

L'île d'Ormuz est un rocher de 20 km de circonférence; sa plus haute altitude ne dépasse pas 200 m : la partie Nord est formée par une plaine basse de sable, où s'élevait autrefois la ville d'Ormuz, peuplée de 40,000 habitants et où l'on ne trouve aujourd'hui qu'un petit village et des ruines. 

Au XIIIe siècle, Ormuz fut la capitale d'un royaume et l'entrepôt du commerce de tout le golfe Persique. En 1506, Albuquerque obligea le roi d'Ormuz à laisser les Portugais construire dans l'île une forteresse qui devint une des stations portugaises les plus importantes, en même temps qu'une des places de commerce les plus puissantes des mers d'Asie. Mais en 1622, Abbas le Grand, shah de Perse, aidé par les Anglais, s'empara d'Ormuz, eu chassa les Portugais et rasa la ville. (Ph. B.).

Le Dtroit d'Ormuz.
Ormuz et les autres îles du détroit d'Ormuz.

Le détroit d'Ormuz.
Le détroit d'Ormuz est une voie maritime étroite reliant le golfe Persique à la mer d'Oman et, par extension, à l'océan Indien. Il s'étend sur environ 167 km de longueur, avec une largeur qui varie entre 39 km à son point le plus étroit et jusqu'à 95 km à ses extrémités. Sa profondeur peut atteindre près de 200 m au large de la péninsule de Musandam, et diminue vers le nord du côté iranien.

Au nord, il est bordé par la côte iranienne, qui comprend des îles telles que Qeshm, Ormuz, Hengām et Larak - cette dernière séparant la partie la plus étroite, à environ 39 km, de la côte omanaise. Au sud, la péninsule de Musandam, enclave du Sultanat d'Oman partagée avec les Émirats arabes unis, forme la rive méridionale du détroit. 

Géologiquement, la région est active, située à la convergence des plaques arabique et eurasienne, bien que le détroit lui-même soit un élément géographique plus récent, formé par la montée du niveau de la mer après la dernière ère glaciaire et l'évolution du bassin sédimentaire. Les eaux du détroit sont chaudes, sujettes à une évaporation intense dans le golfe Persique, ce qui génère des courants et une salinité plus élevée côté golfe par rapport au golfe d'Oman. Sur le plan climatique, la région est aride et caniculaire (jusqu'à trente degrés en été), parfois enveloppée de brume, poussière ou brouillard matinal qui peuvent compliquer les manoeuvres des navires.

Il s'agit d'une voie de navigation étroite mais structurée. Deux couloirs opposés d'environ 3 km chacun, séparés par une zone tampon d'égale largeur, forment le Traffic Separation Scheme (TSS) défini par l'Organisation maritime internationale pour sécuriser le trafic. Ce dispositif garantit aux navires, même très chargés (VLCC), de passer en sécurité.

Structuré autour de huit principales îles (dont trois font encore l'objet d'un litige entre l'Iran et les Émirats - Abu Musa, Grande et Petite Tomb), le détroit est également équipé de stations radar comme celle de l'Oman sur Musandam pour surveiller les mouvements maritimes.

Ce passage est vital, car environ 17 à 20 millions de barils de pétrole brut et un tiers des exportations mondiales de gaz naturel liquéfié transitent chaque jour par cette voie étroite. Cela représente près de 20–30 % de la consommation mondiale de pétrole. Plus de 85 % des exportations pétrolières de la région, notamment d'Arabie saoudite, d'Iran, du Koweït ou des Émirats, transitent par là.

Ce fait du détroit d'Ormuz une arène stratégique. Le nord très proche des côtes iraniennes permet à l'Iran d'y appliquer sa doctrine A2/AD (anti-accès/denial area), qui mobilise des petites embarcations, des mines ou des missiles pour potentiellement contrôler ou menacer le trafic. Il est aussi historiquement sensible, notamment lorsqu'il a été le théâtre de la « tanker war » (guerre des tankers ou guerre des pétroliers) pendant la guerre Iran-Irak dans les années 1980.

La guerre des tankers fut une phase intense et particulièrement dommageable de la guerre Iran-Irak (1980-1988), qui s'est déroulée principalement dans le golfe Persique et le détroit d'Ormuz. Elle a débuté de manière significative en 1984, bien que les attaques sur le transport maritime aient commencé plus tôt dans le conflit. L'objectif principal de cette "guerre dans la guerre" était de paralyser les économies de l'adversaire en ciblant leurs exportations de pétrole, dont les revenus finançaient l'effort de guerre.

L'Irak, ayant un accès limité au golfe par rapport à l'Iran, et ne pouvant pas bloquer efficacement les exportations iraniennes par voie terrestre, a d'abord cherché à frapper les terminaux pétroliers iraniens, notamment le grand complexe de l'île de Kharg, et les tankers qui s'y rendaient ou en partaient. L'Irak utilisait principalement des avions de chasse équipés de missiles anti-navires comme les Exocet. L'Iran a riposté en ciblant les navires se dirigeant vers ou partant des ports irakiens, ainsi que les tankers des pays du Golfe (comme le Koweït et l'Arabie Saoudite) qui soutenaient financièrement et logistiquement l'Irak. L'Iran a utilisé des avions, des navires de guerre, des missiles côtiers, des mines et, de plus en plus au fil du temps, des essaims de petites vedettes rapides armées. Le détroit d'Ormuz est devenu une zone de danger extrême.

Des centaines de pétroliers et de navires marchands d'une multitude de nationalités ont été attaqués, endommagés ou coulés des deux côtés. Cette escalade a menacé la libre navigation et l'approvisionnement mondial en pétrole, ce qui a poussé les puissances internationales à intervenir. Des pays comme le Koweït ont demandé la protection de leurs tankers, ce qui a conduit à l'opération de reflagging (changement de pavillon, notamment vers le pavillon américain) et au déploiement de forces navales étrangères, en particulier les États-Unis (Opération Earnest Will), mais aussi des flottes européennes. La présence militaire étrangère a elle-même entraîné des incidents graves, comme l'attaque du missile irakien sur la frégate américaine USS Stark en 1987, ou l'escalade directe entre les forces américaines et iraniennes, qui a culminé avec des engagements navals (comme l'opération Praying Mantis en 1988 après qu'une frégate américaine ait heurté une mine iranienne) et la destruction tragique du vol civil Iran Air 655 par un croiseur américain en juillet 1988.

Malgré les attaques constantes, ni l'Iran ni l'Irak n'ont réussi à arrêter complètement les exportations de pétrole de l'autre, qui trouvaient des moyens de contournement (réparations rapides, routes terrestres ou alternatives). Cependant, la guerre des tankers a eu un coût humain et économique énorme, a internationalisé le conflit et a contribué à la pression globale qui a finalement mené à l'acceptation du cessez-le-feu par l'Iran en août 1988, qui mis fin à la guerre.

Juridiquement, les eaux territoriales combinées de l'Iran et de l'Oman recouvrent entièrement le détroit depuis les années 1970, mais la Convention des Nations unies sur le droit de la mer garantit encore le « transit passage » pour les navires et aéronefs, bien que des divergences subsistent sur l'autorisation préalable pour les navires militaires.
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