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Irak
Al Jumhuriyah al Iraqiyah

33 00 N, 44 00 E
L'Irak est un Etat de l'Asie (Proche-Orient / Moyen-Orient), riverain du golfe Arabo-Persique. Il possède des frontières avec le Koweit, l'Arabie Saoudite, la Jordanie, la Syrie, la Turquie et l'Iran. Sa superficie est de 438.317  km² et sa population d'environ 45 millions d'habitants (2025). 

Du point de vue de son administration, le pays est divisé  18 gouvernorats (muhafazat) et une région (Gouvernement régional du Kurdistan) : 

Les gouvernorats de l'Irak

Al Anbar
Bassorah 
Al Muthanna 
Al Qadisiyah 
Nadjaf
Erbil
Suleymaniyeh
Babil (Babylone)
Bagdad
Dahuk 
Dhi Qar
Diyala
Kerbala
Kirkouk
Maysan 
Ninawa
Salah ad Din
Wasit

Bagdad (5,7 millions d'habitants) est la capitale du pays. Autres grandes villes : Bassorah (2,6 millions d'hab.), Mossoul (1,7 million), Erbil (933.000), Suleymanieh, (723.000), Kirkouk (600.000), etc.
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Carte de l'Irak.
Carte de l'Irak. Source : The World Factbook.
(Cliquer sur l'image pour afficher une carte plus détaillée).

Géographie physique

L'Irak occupe tout le bassin de Tigre et de l'Euphrate inférieurs et moyens, c'est-à-dire une vaste territoire centré sur ce qui était autrefois la Mésopotamie. Au Nord, il y une série de hauteurs qui s'étendent du voisinage du golfe d'Alexandrette (auj. Iskenderum, en Turquie) à la frontière iranienne et dépendent du Taurus, du massif Arménien et la chaîne plissée des monts du Kurdistan, auquel appartient tout le Nord-Est du pays. A l'Ouest et au Sud-Ouest, le bassin des deux fleuves est bordé par le plateau de la péninsule Arabique, et se trouve dans le prolongement des déserts Syrien et du Nefoud.

Une falaise escarpée, formée de calcaire ou de grès, borde à l'Ouest presque sans interruption la rive droite de l'Euphrate, jusqu'à Faloudja (à la hauteur de Bagdad), surplombant le fleuve de 150 mètres et y descendant par des pentes escarpées. A partir de Faloudja, les hauteurs s'écartent du fleuve jusqu'à une distance de plus de 100 kilomètres et la limite avec ce qui appartient à la péninsule arabique  est indécise.

On peut distinguer deux parties dans la région centrale de l'Irak, entre les deux fleuves-

1° au Nord,  là où les deux fleuves sont le plus éloignés, c'est la Mésopotamie au sens propre, qui porte aujourd'hui le nom d'El Djezireh (= l'île), avec un sens similaire.

2° au Sud d'une ligne qui irait de Faloudja à Bagdad, points où les deux fleuves sont le plus rapprochés, s'ouvre une seconde plaine beaucoup plus petite que la première, et presque complètement isolée comme une autre île par le Tigre, l'Euphrate et le Chatt-el-Arab : c'est l'ancien Irak Arabi.

La partie la plus au nord une sorte de steppe, peu productive, bonne tout au plus pour I'élevage du mouton, et couverte au printemps d'une herbe assez épaisse. Seul, le fond de la vallée de l'Euphrate est couvert de grands taillis plus ou moins épais, et de nombreuses clairières, d'herbes drues, mélangées de graminées et de légumineuses. Le fond de la vallée devient d'ailleurs de plus en plus fertile à mesure que l'on s'avance vers le Sud. Mais dès que l'on s'éloigne des rives, le désert reprend, sans villes, sans habitants, sauf quelques tribus de Bédouins.

Vers le parallèle 33° 30' les derniers contreforts des collines marquent le début d'une région de formation plus récente. Elle est constituée uniquement par les alluvions des fleuves. Elle est absolument plate, sans aucun accident de terrain et sans autres arbres que des palmiers. Celle-ci possède les terres les plus fertile du pays : c'est l'antique Babylonie. La proximité très grande du Tigre et de l'Euphrate (50 à 200 km) a permis très tôt l'établissement d'un très grand nombre de canaux d'irrigation qui, bien avant l'expoitation des ressources pétrolières, ont permis un développement presque unique de la richesse naturelle du pays et lui ont assuré, dans l'Antiquité et aux premiers siècles de la civilisation arabe, une extraordinaire prospérité. Aujourd'hui, la plupart de ces canaux sont tombés en ruine et le pays est aride. Les rives sont bordées de jungles coupées par les anciens canaux remplis d'eau pendant les crues. La topographie est confuse; le cours du fleuve et de ses affluents est, en effet, soumis à de constantes fluctuations.Plus au Sud, l'Euphrate forme une série de lagunes désolées, et s'épanche avec ses affluents en d'immenses marais, coupés de chenaux étroits bordés de fourrés de joncs. Pendant la saison des crues, l'Irak tout entier devient une véritable mer intérieure.

Le climat. 
Le climat de l'Irak, en grande partie désertique, a des caractères qui le rapprochent du climat continental. Les maxima atteignent +47°C (et parfois la chaleur oblige les
habitants à vivre dans des chambres souterraines), les minima -6°C. L'hiver, soufflent de terribles vents froids du Nord.

La pluie tombe d'octobre à mai. De mai à octobre le ciel reste d'un bleu éclatant, s'il n'est pas troublé par des tourbillons de poussière. Les chutes de pluie deviennent de moins en moins abondantes à mesure que l'on s'éloigne de la région méditerranéenne pour se rapprocher du golfe Persique. L'atmosphère est extraordinairement claire et pure.

Dans les régions montagneuses du Nord le long des frontières iraniennes et turques, les hivers sont froids avec des neiges parfois abondantes qui fondent au début du printemps, causant parfois des inondations dans le centre et le sud de l'Irak

Biogéographie de l'Irak

L'Irak pays peut être grossièrement divisé en plusieurs zones biogéographiques distinctes, chacune abritant une flore et une faune spécifiques, adaptées aux conditions environnementales locales.

La partie nord et nord-est de l'Irak est caractérisée par un relief montagneux,qui  bénéficie d'un climat méditerranéen à continental. L'altitude élevée et les précipitations relativement plus importantes permettent le développement d'une végétation plus dense. On y trouve des formations steppiques, des prairies de montagne, et des zones de forêts claires ou de maquis, dominées par des chênes (notamment Quercus brantii), des pistachiers et divers arbustes épineux. La faune y est adaptée à ces paysages vallonnés et montagneux. Elle englobe historiquement des espèces comme la chèvre sauvage, diverses espèces d'oiseaux de proie, et des mammifères plus petits. Cette zone sert également de refuge à certaines espèces ayant disparu des plaines plus peuplées.

En descendant des montagnes vers le sud, on trouve une vaste zone de steppe et de plaine semi-aride dans le nord-ouest et le centre-ouest. Le climat y est aride à semi-aride, avec des précipitations faibles et irrégulières. La végétation est dominée par des graminées, des herbes annuelles qui fleurissent après les rares pluies printanières, et des arbustes bas et adaptés à la sécheresse, comme diverses espèces d'armoises (Artemisia). Cette zone est une transition entre les montagnes humides et le désert. La faune y est adaptée aux espaces ouverts et aux variations de température. Elle comprend des rongeurs, des renards, divers reptiles, et une avifaune typique des milieux ouverts et steppiques.

Le coeur de l'Irak est occupé par l'immense plaine alluviale, formée par les dépôts sédimentaires du Tigre et de l'Euphrate. Historiquement, cette région, la Mésopotamie, était un centre de biodiversité lié aux systèmes fluviaux. Le climat y est aride à très aride, mais la présence des fleuves permet une irrigation extensive. La végétation naturelle de cette plaine a été largement transformée par des millénaires d'agriculture. Les zones riveraines abritaient autrefois des forêts galerie avec des peupliers et des saules, mais elles sont aujourd'hui fortement réduites ou dégradées. Le paysage actuel est dominé par les cultures (dattiers, céréales), avec des zones de végétation rudérale ou halophile (adaptée aux sols salinisés, un problème croissant dans la plaine). La faune de cette zone est soit adaptée aux milieux agricoles et péri-urbains, soit fortement dépendante des rivières et des canaux d'irrigation restants. Les oiseaux migrateurs utilisent encore ces couloirs fluviaux.

L'une des caractéristiques biogéographiques les plus remarquables de l'Irak se trouve à l'extrême sud, à la confluence du Tigre et de l'Euphrate : les vastes marais mésopotamiens. Cet écosystème de zones humides d'eau douce, l'un des plus importants du Moyen-Orient et inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco, est un havre de biodiversité qui contraste fortement avec les déserts environnants. La végétation y est dominée par les roseaux (Phragmites), les joncs et d'autres plantes aquatiques et semi-aquatiques. Les marais sont d'une importance capitale pour l'avifaune, et servent de lieu de reproduction, d'hivernage et d'étape pour des millions d'oiseaux migrateurs le long de la voie de migration afro-paléarctique, incluant des espèces emblématiques comme les flamants roses, les pélicans, et une grande variété de canards, d'oies et d'échassiers. Ils abritent également une faune mammalienne spécifique comme la loutre à pelage lisse, le sanglier, et divers petits mammifères, ainsi qu'une riche faune piscicole, base de l'économie traditionnelle des habitants des marais. L'histoire récente des marais, marquée par un assèchement quasi total dans les années 1990 suivi d'une restauration partielle, illustre à la fois leur résilience et leur extrême vulnérabilité aux interventions humaines et aux changements climatiques.

Enfin, la vaste étendue désertique couvre la majeure partie de l'ouest et du sud de l'Irak, formant une partie du grand désert d'Arabie. Le climat y est hyperaride, avec des températures extrêmes et des précipitations quasi nulles. La végétation y est très rare et clairsemée, composée de plantes hautement adaptées à la sécheresse (xérophytes), comme certaines acacias, des buissons épineux et des herbes éphémères qui germent et fleurissent rapidement après une pluie rare. La faune est également spécialisée, incluant des reptiles (lézards, serpents), des insectes, des scorpions, et des mammifères capables de survivre avec peu d'eau, comme diverses espèces de rongeurs, de renards (dont potentiellement le fennec dans certaines zones), et autrefois de grandes antilopes comme l'oryx d'Arabie (aujourd'hui disparue de l'Irak à l'état sauvage, mais faisant l'objet de tentatives de réintroduction régionales) et diverses gazelles, dont les populations ont été décimées par la chasse et la perte d'habitat.

Cette biodiversité est aujourd'hui confrontée à de nombreux défis : la pénurie croissante d'eau due au changement climatique et construction de barrages en amont sur les fleuves (en Turquie, Syrie et Iran, mais aussi en Irak), la désertification progressive, la salinisation des sols dans la plaine alluviale, la perte et la fragmentation des habitats dues à l'agriculture et à l'urbanisation, la pollution, et les impacts persistants des décennies de conflits armés qui ont affecté les écosystèmes et la faune. 

Géographie humaine de l'Irak

Population.
L'Irak est peuplé d'environ 45 millions d'habitants. Sa population se caractérise par une relative jeunesse, bien que les décennies de conflit aient eu un impact significatif sur l'espérance de vie et la structure d'âge, aussi bien en raison des pertes humaines que de l'émigration. Le taux de fécondité a été historiquement élevé, et contribue à une croissance démographique rapide, même si les tendances récentes, comme dans d'autres pays de la région, montrent un certain ralentissement. La population est principalement concentrée dans les grandes villes et le long des fleuves Tigre et Euphrate, ce qui laisse de vastes zones désertiques ou montagneuses moins densément peuplées. L'urbanisation est un phénomène majeur, avec une proportion croissante de la population vivant dans des centres urbains comme Bagdad, Bassorah, Mossoul, et Erbil.

La structure sociologique de l'Irak est fondamentalement définie par sa composition ethno-confessionnelle, qui est à la fois une richesse et une source historique de tensions. Le groupe majoritaire est constitué par les Arabes, subdivisés principalement entre musulmans chiites et musulmans sunnites. Le deuxième groupe ethnique majeur est constitué par les Kurdes, généralement sunnites. En outre, la structure tribale reste une composante importante du tissu social irakien, particulièrement en dehors des grandes villes. Les affiliations tribales continuent de jouer un rôle dans les relations sociales, la résolution des conflits, et même la politique locale et nationale, en transcendant parfois les divisions ethno-confessionnelles (il existe des tribus arabes chiites, sunnites, et kurdes). Ces structures traditionnelles coexistent et interagissent de manière complexe avec les institutions étatiques modernes et les identités ethno-confessionnelles.

Enfin, les décennies de guerre, de sanctions, de violence sectaire et l'impact de groupes teroristes comme Daech (groupe Etat Islamique) ont profondément fragmenté le tissu social, et entraîné des déplacements internes massifs et une diaspora significative. Ces mouvements de population ont altéré la composition démographique de nombreuses régions, affaibli les liens communautaires traditionnels et posent des défis persistants en matière de réconciliation, de retour des déplacés et de reconstruction sociale. 

Quelques-unes des principales villes de l'Irak

Bagdad, la capitale de l'Irak, est située sur les rives du Tigre. Elle est le coeur politique, économique et culturel du pays. Fondée au VIIIe siècle par les Abbassides, elle fut longtemps un centre intellectuel majeur du monde musulman. Aujourd'hui, malgré les séquelles des conflits récents, elle reste une ville dynamique, avec des universités prestigieuses, des marchés animés comme celui de Shorja, et des quartiers qui mêlent traditions et modernité.

Bassorah, au sud du pays, est le principal port irakien, bien que l'accès à la mer soit limité par le golfe Persique. Elle joue un rôle stratégique en raison de ses richesses pétrolières et de son réseau de canaux. Ville au climat humide et chaud, elle est aussi connue pour ses palmeraies et ses dattes. Historiquement, elle fut un centre de commerce et d'art. Aujourd'hui, son importance économique demeure cruciale pour l'exportation du pétrole.

Mossoul, dans le nord-ouest, sur les bords du Tigre, est l'une des villes les plus anciennes d'Irak. Elle fut durement touchée par les conflits récents, notamment lors de l'occupation par Daech. Avant cela, c'était un centre culturel riche, notamment grâce à sa diversité ethnique et religieuse, avec des communautés arabes, kurdes, chrétiennes et yézidies. Sa reconstruction est en cours, avec des efforts pour restaurer des monuments emblématiques comme la mosquée Al-Nouri.

Erbil, capitale du Kurdistan irakien, est l'une des plus anciennes villes habitées en continu au monde (Arbeles). Elle a su maintenir une certaine stabilité grâce à l'autonomie régionale. Le coeur de la ville est la citadelle, site archéologique majeur. La ville connaît un développement rapide, avec des infrastructures modernes, des centres commerciaux et des investissements étrangers, ce qui en fait un pôle économique émergent.

Kirkouk, ville stratégique au nord, est connue pour ses gisements pétroliers 

parmi les plus importants du pays. Elle est aussi un point de tension ethnique, avec une population composée d'Arabes, de Kurdes, de Turkmènes et d'Assyriens. Cette diversité a souvent été source de conflits politiques, mais elle reflète aussi la richesse culturelle de la région. Kirkouk reste un enjeu dans les négociations entre Bagdad et le gouvernement régional kurde.

Najaf, au sud de Bagdad, est l'un des centres religieux chiites les plus importants. Elle abrite le tombeau de l'imam Ali, gendre du prophète Mahomet, attirant des millions de pèlerins chaque année. La ville est aussi un centre d'étude théologique majeur, avec de nombreuses écoles religieuses. Najaf joue un rôle religieux mais aussi politique, en raison de l'influence des autorités religieuses chiites sur la vie publique irakienne.

Kerbala, voisine de Najaf, est également une ville sainte pour les chiites. Elle est célèbre pour le mausolée de l'imam Hussein, petit-fils du prophète Mahomet, mort lors de la bataille de Kerbala en 680. Chaque année, des millions de pèlerins y viennent pour la commémoration de l'Achoura. En plus de son importance religieuse, la ville vit autour de l'accueil des pèlerins et de l'entretien de son patrimoine sacré.

Nassiriya, dans le sud, est située près des ruines de l'antique cité sumérienne d'Ur. Elle est traversée par l'Euphrate et conserve une importance historique et archéologique considérable. Aujourd'hui, elle est une ville provinciale marquée par l'agriculture, le commerce local, et une présence culturelle liée à son passé mésopotamien.

Falloujah, à l'ouest de Bagdad dans la province d'Al-Anbar, a été le théâtre de violents combats lors de l'invasion américaine et de la lutte contre l'insurrection djihadiste. Malgré les destructions, elle reste une ville importante sur le plan tribal et religieux sunnite. Sa reconstruction est en cours, mais elle reste un symbole des tensions de ces dernières décennies.

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Groupes ethnolinguistiques.
Arabes.
La majorité de la population irakienne est arabe. Elle représente environ 75 à 80% du total. Les Arabes sont répartis dans tout le pays, avec une concentration majeure dans le centre et le sud de l'Irak, ainsi qu'à Bagdad et dans les régions de l'ouest. Au sein de la population arabe, il existe une division religieuse majeure entre les Arabes chiites, majoritaires en Irak et principalement concentrés dans le centre et le sud, et les Arabes sunnites, présents dans l'ouest, le centre, le nord et dans les grandes villes comme Bagdad et Mossoul. La langue parlée par les Arabes est l'arabe irakien, avec des variations dialectales régionales.

Kurdes.
La deuxième plus grande composante ethnolinguistique de l'Irak est constituée par les Kurdes, qui représentent environ 15 à 20% de la population. Les Kurdes habitent principalement dans les régions montagneuses du nord et  du nord-est de l'Irak, dans une zone qui forme la région autonome du Kurdistan d'Irak (KRI), qui englobe les gouvernorats de Dohuk, Erbil et Souleimaniyeh, ainsi que des parties des gouvernorats de Kirkouk, Ninive et Diyala, considérées comme des territoires disputés avec le gouvernement central. Les Kurdes parlent la langue kurde, une langue indo-iranienne avec plusieurs dialectes importants en Irak, notamment le sorani et le kurmanji. Si la grande majorité des Kurdes sont musulmans sunnites, il existe également d'autres affiliations religieuses au sein de la communauté kurde : Kurdes chiites (Feyli) et Kaka'is. L'identité kurde est fortement liée à la culture, à l'histoire et à une aspiration à l'autonomie ou à l'indépendance.

Turkmènes.
Un autre groupe ethnolinguistique significatif est celui des Turkmènes (ou Turcomans), dont les estimations de population varient considérablement mais sont généralement placées entre 0,5 et 3%. Les Turkmènes sont d'origine turcique et parlent une langue turkmène distincte du turc de Turquie, mais qui lui est apparentée. Ils sont principalement concentrés dans une bande de territoires s'étendant du nord-ouest (Tal Afar) au centre-nord (Kirkouk, considérée comme leur centre culturel principal) et à l'est (Tuz Khurmatu, Khanaqin), en passant par des poches autour de Mossoul et Erbil. Les Turkmènes sont majoritairement musulmans, avec une division entre sunnites et chiites, ces derniers étant particulièrement présents dans des villes comme Tal Afar. L'histoire des Turkmènes en Irak est caractérisée par leur présence ancienne qui remonte aux périodes pré-ottomanes et ottomanes, et par des revendications politiques et culturelles, notamment dans les territoires disputés.

Chrétiens.
L'Irak abrite également une minorité chrétienne indigène, composée principalement de Chaldéens, d'Assyriens et de Syriaques. Bien que généralement regroupés, ils représentent des églises et des identités parfois distinctes. La majorité appartient à l'Église catholique chaldéenne, unie à Rome, tandis que d'autres appartiennent à l'Église assyrienne de l'Est, aux Églises syriaques orthodoxe et catholique, entre autres. Ces populations parlent des dialectes néo-araméens et se considèrent comme les descendants des anciens Mésopotamiens. Historiquement concentrées dans le nord de l'Irak, particulièrement dans la plaine de Ninive et le gouvernorat de Dohuk, ainsi que dans les grandes villes comme Bagdad et Bassorah, les populations chrétiennes ont considérablement diminué en nombre et en distribution géographique ces dernières décennies en raison de l'émigration forcée et de la persécution, notamment sous le groupe État Islamique.

Yazidis.
Les Yazidis constituent une minorité ethno-religieuse unique, principalement concentrée dans la province de Ninive, autour du mont Sinjar et dans le district de Sheikhan. Ils parlent principalement le kurde Kurmanji, mais leur identité est définie avant tout par leur religion, le Yazidisme, une foi syncrétique distincte qui intègre des éléments anciens mésopotamiens, iraniens, chrétiens et islamiques. Les Yazidis ont été victimes de persécutions historiques sévères en raison de leur religion, qui ont culminé avec le génocide perpétré par Daech en 2014, qui a entraîné des massacres, des enlèvements de femmes et d'enfants, et des déplacements massifs. Leur situation reste précaire et leur lutte pour la reconnaissance et la protection est continue.

Shabaks.
Un autre groupe minoritaire notable est celui des Shabaks, concentrés dans environ 60 villages dans la plaine de Ninive, à l'est de Mossoul. Ils parlent une langue shabaki, qui est considérée soit comme un dialecte kurde avec des influences turkmènes et arabes, soit comme une langue distincte. Les Shabaks suivent une forme syncrétique de l'islam, habituellement associée au chiisme ou au soufisme, bien que certains s'identifient comme sunnites. Comme les autres minorités de la plaine de Ninive, ils ont été durement touchés par les violences et les déplacements sous Daech.

Autres groupes.
L'Irak abrite également d'autres groupes ethnolinguistiques plus petits. Parmi eux figurent les Mandéens, adeptes d'une religion gnostique ancienne basée sur les enseignements de Jean le Baptiste, qui parlent une forme d'araméen mandéen et sont principalement concentrés dans le sud de l'Irak, près des fleuves. Il y a aussi des communautés de Kawliya (considérés comme des Roms d'Irak), des petites poches d'Iraniens, d'Arméniens, de Circassiens, et une présence juive autrefois importante qui a presque entièrement disparu. 
 

Le Peuple des marais (Maʻdān)

Les Maʻdān habitent les vastes zones humides du sud de l'Irak, une région formée par la confluence des fleuves Tigre et Euphrate. Ce Peuple des marais possède une histoire ancienne, potentiellement liée aux civilisations mésopotamiennes comme les Sumériens, et a développé un mode de vie centré autour de l'eau : ils construisent leurs villages sur des îles artificielles ou naturelles, et leurs habitations, notamment les imposantes maisons communautaires appelées mudhif, sont traditionnellement construites entièrement à partir des roseaux locaux. Le transport se fait principalement par bateau. Le mashhuf est une embarcation typique utilisée pour se déplacer dans les canaux. Les moyens de subsistance traditionnels comprennent la pêche, la chasse aux oiseaux et l'élevage de buffles d'eau qui paissent parmi les roseaux. Cependant, le Peuple des marais a subi d'énormes bouleversements, en particulier dans les années 1990 lorsque le régime de Saddam Hussein a massivement drainé les marais pour punir et déplacer cette population. Cette politique a causé une catastrophe écologique et humanitaire majeure, et a forcé la quasi-totalité des Maʻdān à fuir ou à se déplacer. Après la chute du régime en 2003, des efforts ont été faits pour restaurer une partie de l'eau, ce qui a permis à certains de retourner et de tenter de reconstruire leur mode de vie traditionnel, bien que les défis liés à la sécheresse, à la pollution et aux dommages environnementaux persistent. Les marais du sud de l'Irak sont aujourd'hui reconnus comme site du patrimoine mondial de l'Unesco.

Culture
La culture irakienne est d'une richesse immense, profondément enracinée dans l'histoire millénaire de la Mésopotamie, un des berceaux de la civilisation. Cette terre a vu naître et se succéder des empires sumériens, akkadiens, babyloniens et assyriens, qui ont laissé un héritage culturel, intellectuel et artistique qui a façonné non seulement l'Irak mais aussi une grande partie du monde antique. L'influence de ces civilisations primitives se retrouve encore dans l'art, la mythologie et les récits populaires irakiens.

Au fil des siècles, l'Irak a été un carrefour d'influences perses, grecques, romaines, puis arabes et islamiques, ainsi que turques et britanniques plus récemment. La conquête islamique au VIIe siècle a été particulièrement transformative, et a fait de l'Irak, et notamment de Bagdad durant l'âge d'or abbasside, un centre mondial d'apprentissage, de science, de philosophie, de littérature et d'art. Cet âge d'or a légué à l'Irak une fierté pour son héritage intellectuel et scientifique, ainsi qu'une forte tradition dans la poésie, la calligraphie et l'architecture.

La poésie a toujours été très estimée, avec une tradition qui remonte à l'époque préislamique et s'est développée à travers les âges. La musique irakienne est célèbre, en particulier le maqam irakien, une forme complexe et mélodique de musique vocale traditionnelle, ordinairement accompagnée d'instruments comme le oud (luth), le qanun (cithare) et le riq (tambourin). L'art visuel, la sculpture et surtout la calligraphie (considérée comme l'une des plus belles formes d'art) ont une longue histoire et continuent d'être pratiqués. L'artisanat traditionnel, tel que la poterie, le travail du cuivre, le tissage de tapis et la fabrication de bijoux, reflète également le riche héritage culturel.

La cuisine irakienne est une fusion d'influences mésopotamiennes, arabes, perses et turques. Elle utilise abondamment le riz, l'agneau, les dattes, les légumineuses, et une grande variété d'épices. Parmi les plats emblématiques, on trouve le masgouf (poisson grillé sur feu de bois, souvent une carpe d'eau douce), les dolma (feuilles de vigne ou légumes farcis), le kibbeh (boulettes de viande de blé concassé et de viande hachée), divers ragoûts appelés margat, et une multitude de pâtisseries et de desserts à base de dattes et de noix, souvent arrosés de sirop. Le thé (chai) est une boisson consommée tout au long de la journée en signe d'hospitalité.

Malgré les décennies de conflits, de sanctions et d'instabilité politique qui ont gravement affecté la société et les infrastructures culturelles, le peuple irakien a fait preuve d'une résilience remarquable pour préserver son identité et ses traditions. De nombreux sites archéologiques et monuments historiques ont souffert, et des institutions culturelles ont été pillées ou endommagées, mais les efforts de reconstruction et de préservation sont en cours, portés par des initiatives locales et internationales. La vie culturelle, bien que mise à l'épreuve, continue de s'exprimer à travers la musique, la poésie, l'art et la vie quotidienne. 

Economie.
L'économie irakienne est structurellement dominée par le secteur des hydrocarbures, principalement le pétrole, qui représente la quasi-totalité des exportations, environ 90% des recettes publiques et une part très significative du produit intérieur brut (PIB). Cette dépendance extrême au pétrole rend l'économie fortement vulnérable aux fluctuations des prix sur le marché mondial, et entraîne une volatilité importante de la croissance économique, des finances publiques et de la balance commerciale.

Historiquement, l'économie a été marquée par plusieurs décennies de conflits, de sanctions internationales et d'instabilité interne, ce qui a gravement endommagé les infrastructures, entravé le développement des secteurs non pétroliers et créé un environnement des affaires difficile. Après 2003, d'importants investissements ont été réalisés pour augmenter la production pétrolière, ce qui a permis une reprise de la croissance, mais les défis structurels persistants limitent la diversification et la stabilité.

L'agriculture, qui était autrefois un secteur important, a souffert du manque d'investissements, des pénuries d'eau accrues par le changement climatique et des tensions régionales, ainsi que de l'instabilité. Elle contribue désormais modestement au PIB. L'industrie est principalement liée aux hydrocarbures (raffineries, pétrochimie) ou reste limitée et peu compétitive. Le secteur des services est en croissance, notamment dans les télécommunications, la construction et le commerce, mais il est freiné par un environnement réglementaire complexe, la corruption et le manque de financement.

Le marché du travail irakien est caractérisé par un taux de chômage élevé, en particulier chez les jeunes, et un large secteur public qui a du mal à absorber la main-d'oeuvre croissante. La création d'emplois dans le secteur privé non pétrolier est insuffisante pour répondre à la demande.

Outre la dépendance au pétrole, les défis économiques majeurs auxquels l'Irak est confronté sont une corruption systémique qui mine l'efficacité des dépenses publiques et décourage les investissements; un déficit infrastructurel criant, notamment en matière d'électricité, d'eau potable et de transport, qui entrave l'activité économique et la qualité de vie; l'insécurité résiduelle et l'instabilité politique qui pèsent sur la confiance des investisseurs; un cadre juridique et réglementaire complexe et opaque; et des problèmes de gouvernance qui rendent difficile la mise en œuvre de réformes structurelles.

Malgré ces obstacles, l'Irak possède un potentiel considérable, fondé non seulement sur ses vastes réserves pétrolières, mais aussi sur sa position géographique stratégique et une population jeune. Des efforts sont en cours, bien que lents et parfois chaotiques, pour réformer le système financier, améliorer le climat des affaires, encourager la diversification vers l'agriculture, le tourisme ou d'autres industries légères, et attirer les investissements étrangers non pétroliers. La reconstruction des zones touchées par le conflit et l'amélioration des infrastructures sont des priorités, nécessitant des financements importants que le pays peine à mobiliser durablement hors des revenus pétroliers.



Ephrem-Isa Yousif, Une Chronique mésopotamienne, L'Harmattan, 2004.
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