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| Chiraz
est une ville d'Iran Sa situation confère à Chiraz un climat tempéré, plus doux que dans les déserts intérieurs de l'Iran, et a historiquement permis le développement d'une agriculture prospère grâce à la fonte des neiges des Zagros qui alimente les rivières. La rivière saisonnière Khoshk, qui traverse la ville, est un élément clé de ce paysage, structurant l'espace urbain et apportant une touche de fraîcheur, notamment dans des lieux emblématiques comme le jardin Bagh-e Eram, situé sur sa rive nord. La géographie physique de Chiraz est donc celle d'une cité-jardin, adossée à la montagne et baignée par des eaux temporaires, une rareté dans la région qui a contribué à sa prospérité et à son attrait. À seulement deux heures de route, dans la ville de Sepidan, la célèbre cascade de Margoon illustre la vigueur de ces paysages montagneux. Contrairement à la plupart des chutes d'eau, ses eaux jaillissent directement de trous dans la roche, et créent un spectacle où les torrents semblent ramper comme des serpents sur la paroi, d'où son nom en persan. Cette géographie généreuse a naturellement favorisé l'épanouissement d'une vie humaine et culturelle d'une richesse exceptionnelle. Chiraz est avant tout renommée comme la capitale de la poésie persane, une identité profondément ancrée dans ses paysages urbains. Les mausolées de deux des plus grands poètes du pays, Saadi et Hafez, sont des lieux de pèlerinage littéraire. Celui de Saadi, situé au pied d'une colline au nord-est de la ville, a été construit sur l'emplacement même de son ancien couvent, tandis que la tombe de Hafez repose dans les jardins de Musalla, tous deux entourés de jardins luxuriants qui invitent au recueillement et à la rêverie. L'empreinte humaine la plus marquante sur la ville est sans doute celle de Karim Khan Zand, souverain éclairé du XVIIIe siècle qui fit de Chiraz sa capitale. Il a doté la cité de monuments majeurs qui définissent encore aujourd'hui son centre historique. Parmi eux, la citadelle fortifiée d'Arg-e Karim Khan, qui servait de résidence royale, le Bazar-e Vakil, toujours vivant et animé, et la mosquée du Régent, avec sa vaste cour et ses colonnes torsadées, témoignent de cette époque florissante . À cette période s'ajoutent des joyaux d'autres époques, comme la mosquée Nasir-ol-Molk (la Mosquée Rose), un chef-d'oeuvre de l'architecture qadjare de la fin du XIXe siècle, célèbre dans le monde entier pour ses vitraux qui, aux premières lueurs du jour, transforment l'intérieur en un kaléidoscope de couleurs. La dimension religieuse de Chiraz est également caractérisée par des lieux de pèlerinage importants, comme le tombeau de Shah Cheragh, littéralement "l'Empereur de Lumière". Selon la tradition, le site doit son nom à la découverte de la tombe d'Ahmad, fils du septième imam chiite, grâce à une lumière qui en émanait au loin. Mentionnons encore le jardin de Bagh-e Eram, ou "jardin du Paradis", qui est un exemple parfait de l'art des jardins persans, vieux de plusieurs millénaires. Avec ses hauts cyprès, ses orangers, ses rosiers et ses longs bassins d'eau reflétant un pavillon orné de faïences, il incarne l'idée d'un paradis sur terre et abrite aujourd'hui une faculté de droit. L'histoire
de Chiraz.
Cependant, c'est au cours du premier millénaire de l'ère islamique que Chiraz s'épanouit véritablement. Dès le IXe siècle, la ville avait forgé une solide réputation de capitale du vin de Perse, produisant ce que l'on considérait alors comme le meilleur vin du monde. Cette prospérité attire l'attention des puissants, et au début du XIIIe siècle, les Mongols contribuent à l'embellissement de la ville en y édifiant la Nouvelle Mosquée et la forteresse de Bagh-e Takht. Sous la domination mongole puis celle des dynasties Inju et Mozaffaride, Chiraz vit un âge d'or culturel. C'est dans ce contexte florissant du XIVe siècle que naissent et travaillent deux des plus grands génies de la littérature persane : le poète Saadi, né à la fin du XIIe siècle, et surtout Hafez, né vers 1325. Ce dernier, dont l'oeuvre imprégnée de soufisme et d'éloges du vin et de l'amour allait rendre Chiraz éternelle, passa l'essentiel de sa vie dans sa ville natale, y mourant en 1389 ou 1390. La cité était alors devenue un centre intellectuel musulman rivalisant avec Bagdad, abritant une Grande Bibliothèque réputée. Cette période de splendeur fut brutalement interrompue par l'arrivée de Tamerlan, qui occupa Chiraz en 1387 puis de nouveau en 1393. Le XVe siècle, sous la domination timouride, fut marqué par une instabilité politique chronique, les gouverneurs se succédant, souvent en conflit avec le pouvoir central. Des princes comme Iskandar Sultan puis Ibrahim Sultan gouvernèrent la ville, avant qu'elle ne tombe aux mains des confédérations turcomanes des Qara Qoyunlu en 1452, puis des Aq Qoyunlu en 1468. Malgré ces bouleversements, le renom de ses vins, notamment ceux des vignobles en terrasses du village de Khollar, continuait de traverser les frontières. Les voyageurs et marchands européens des XVIIe et XVIIIe siècles, fascinés, décrivaient avec précision ces vins blancs. Le XVIIIe siècle fut une période de destruction puis de renaissance spectaculaire pour Chiraz. En 1724, la ville fut mise à sac par des envahisseurs afghans, un traumatisme dont elle mit du temps à se relever. La véritable résurrection vint avec l'avènement de la dynastie Zand. Son fondateur, Karim Khan Zand, choisit Chiraz comme capitale vers 1750 et entreprit, comme on l'a dit plus haut, de la parer des plus beaux atours. Cet héritage Zand a conféré à Chiraz une identité urbaine particulière, mêlant puissance militaire et raffinement civil. Le XIXe siècle, sous la dynastie Qadjar, fut ponctué par une série de catastrophes naturelles, avec des tremblements de terre dévastateurs en 1824 et 1853, ainsi que des inondations et des épidémies qui mirent à rude épreuve la résilience de la cité et de ses habitants. Pourtant, l'activité intellectuelle et artistique ne cessa jamais, comme en témoigne la construction à la fin de ce siècle de la somptueuse mosquée Nasir-ol-Molk, plus tard surnommée la Mosquée Rose pour la magie de ses vitraux. Chiraz conservait son aura et une image romantique qui séduisit l'Occident, notamment à travers la traduction des poèmes d'Omar Khayyam par Edward FitzGerald. L'histoire moderne de Chiraz, comme celle de tout l'Iran, a été bouleversée par la révolution islamique de 1979. La cité millénaire du vin dut alors dire adieu à une tradition viticole vieille de plusieurs millénaires. La production d'alcool, devenue illégale, entraîna la fermeture des quelque 300 établissements vinicoles qui existaient encore dans le pays et l'arrachage des vignes commerciales. Aujourd'hui, seules les minorités religieuses chrétiennes sont autorisées à fermenter du vin, perpétuant ainsi un savoir-faire de manière confidentielle. |
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