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La géographie
zoologique est la science qui s'occupe de la distribution géographique
des animaux à la surface du globe et qui
recherche les causes de cette distribution, afin de comprendre la constitution
des faunes. La faune d'un pays est l'ensemble des
animaux qui l'habitent et lui donnent son caractère zoologique,
de même que la flore, ou l'ensemble des plantes
qui croissent dans son étendue, lui donnent son caractère
botanique. Ces deux éléments, faune et flore, dépendent
étroitement l'un de l'autre, car les animaux phytophages ne se trouvent
que là où poussent les plantes qui leur conviennent, et la
flore à son tour est sous la dépendance de la constitution
géologique du pays : en outre, animaux et végétaux
sont directement ou indirectement influencés par le climat propre
à la région qu'ils habitent. Mais ce n'est pas tout : les
variations séculaires dans la forme des continents et des mers dont
l'étude fait l'objet de la géologie ,
les faunes anciennes (animaux fossiles), dont
l'étude fait l'objet de la paléontologie, sont les premiers
facteurs de la constitution des faunes actuelles, car on peut dire que
celles-ci ne sont formées que des lambeaux de celles qui les ont
précédées. Les connaissances les plus étendues
sont donc nécessaires au naturaliste, dès qu'il ne se contente
plus de dresser simplement la liste des animaux qui constituent une faune,
et veut remonter jusqu'aux causes qui ont déterminé la réunion
de ces formes zoologiques sur ce point particulier du globe, et reconstituer
l'histoire de cette faune.
La constitution
des faunes.
Le climat, auquel on a donné longtemps
le premier rang est loin d'être le facteur le plus important de la
distribution géographique des animaux.
La plupart de ces derniers supportent, à l'état sauvage,
des variations considérables de température, soit en se couvrant
d'un pelage en rapport avec cette température,
soit en échappant par l'hibernation
ou par le retour périodique du cycle du développement
(métamorphoses), aux conséquences
du froid qui se fait surtout sentir dans les régions circumpolaires.
Dans les régions tropicales, c'est le noctambulisme ou l'estivation
qui permettent aux animaux de supporter la grande chaleur ou la sécheresse
de ces contrées. Les oiseaux et les mammifères
marins se soustraient par des migrations à ces variations de climat
mais c'est la disette de nourriture bien plus que le changement de température
qui doit être considérée comme la cause déterminante
de ces habitudes vagabondes : le fait est bien évident lorsqu'il
s'agit des insectes et des mammifères
terrestres (Criquets voyageurs, Antilopes de l'Afrique australe ,
Lemmings du Nord). Les animaux domestiques, que les humains transportent
à leur suite, supportent encore mieux, grâce à leur
protection intelligente, les variations de climat les plus considérables.
La question de nourriture est donc celle
qui influe le plus sur la composition de la faune
d'un pays, les questions d'origine (géologie
et paléontologie) étant mises à part. Si la flore
est abondante, comme dans les régions de forêts
ou de plaines fertiles, arrosées par de nombreux cours d'eau, la
faune sera également très variée parce que l'on y
trouvera les animaux qui se nourrissent de ces
plantes
et de plus les animaux carnassiers qui font leur proie des animaux herbivores.
C'est ainsi que le Tigre (Felis tigris) se trouve jusque dans la vallée
de l'Amour, au Sud-Est de la Sibérie ,
malgré la température basse de cette contrée, parce
que les Sangliers (Sus scrofa) abondent dans cette vallée. De même,
le Lion (Felis Ieo) se montrait à une époque encore récente
aux environs de Chiraz ,
en Iran ,
parce que les forêts de chênes y font prospérer ce même
gibier dont le Lion faisait également sa nourriture.
La constitution géologique et géographique
d'un pays a sur la composition de sa faune une influence de premier ordre
et pour ainsi dire originelle, au point que l'on peut dire que les grandes
régions zoologiques du globe sont beaucoup mieux caractérisées
par les modifications fauniques que nous révèle leur histoire
paléontologique que par la comparaison des chiffres résultant
du dénombrement de leur population zoologique actuelle. Sclater
et Wallace
ont considéré comme faisant partie d'une même région
zoologique tous les pays où l'on trouve au moins un tiers de la
faune des Vertébrés supérieurs
(Mammifères, Oiseaux),
représenté par des genres particuliers, propres à
cette région. On arrive à un résultat beaucoup plus
précis en comparant les faunes actuelles aux faunes fossiles qui
les ont précédées, et en tenant compte des ressemblances
et des différences qui ressortent de cette comparaison. On est frappé
tout d'abord de ce fait que les faunes actuelles de l'hémisphère
austral ont un faciès archaïque beaucoup plus marqué
que celui des faunes de l'hémisphère boréal. Ainsi
la région australe (Australie), avec ses Marsupiaux
et ses Monotrèmes, a conservé,
presque sans mélange, un faciès crétacé, qui
ne se retrouve nulle part ailleurs. La région néotropicale
(Amérique du Sud )
vient ensuite, avec des Didelphes (Marsupiaux),
moins caractéristiques il est vrai, et les Rongeurs
subongulés lui lui sont propres : son faciès est éocène.
La région éthiopienne, dans son ensemble, présente
un faciès tertiaire Madagascar
avec ses Lémuriens particuliers est
éocène l'Afrique
continentale avec ses Girafes, ses Antilopes, ses Zèbres et le genre
Hyaemoschus, est miocène. La sous-région orientale (Inde )
est pliocène. Enfin, le Nord des deux continents (région
holarctique) présente un faciès quaternaire ou moderne par
suite de la disparition des grands Mammifères tertiaires (Eléphants ,
Rhinocéros ,
etc.).
La constitution géologique et les
variations plus ou moins considérables que le climat et la flore
de ces différentes régions ont éprouvées d'une
époque à l'autre, expliquent les modifications que la faune
a subies par une conséquence naturelle et inévitable. Dans
bien des cas, c'est la geologie qui nous donne à elle seule la véritable
solution des problèmes que soulève l'élude de la constitution
des faunes.
Ces considérations s'appliquent
également aux îles, quelle que soit leur dimension, et lors,
même qu'il s'agit de régions insulaires d'une étendue
telle qu'on peut les considérer comme de véritable continents.
Malgré son voisinage de l'Afrique
et sa vaste superficie, Madagascar
n'a pas de grands Mammifères, et le
petit Hippopotame (Chaeropsis), les oiseaux gigantesques
(Aepyornis) qu'on y trouve à l'état fossile
sont des indices insuffisants pour nous permettre d'affirmer qu'elle s'y
soit rattachée d'une façon beaucoup plus complète
à une époque antérieure. Le reste de sa faune semble
indiquer un centre de dispersion bien distinct qui a pu rayonner d'une
part vers l'Afrique australe, de l'autre vers Sri Lanka
et l'Insulinde ,
avant que cette grande île et les îles Mascareignes qui en
dépendent aient été réduites à leurs
limites actuelles. De même la Nouvelle-Zélande
dont la faune mammalogique est si pauvre et la faune ornithologique si
remarquable, doit ces particularités à son isolement, loin
de tous les grands continents tertiaires. Les archipels de la Polynésie ,
à part quelques rats (Mus), sont totalement dépourvus de
Mammifères terrestres, mais possèdent des Chauves-Souris
et des Oiseaux variés, c.-à-d. des Vertébrés
pourvus d'ailes, et qui, grâce à leur
vol, ont pu coloniser ces régions lointaines. Au contraire, les
grandes îles de l'archipel Malais (Bornéo, Sumatra, Java)
qui possèdent l'Eléphant ,
le Rhinocéros ,
le Tigre et beaucoup d'autres grands Mammifères, montrent par cela
même qu'elles sont détachées depuis peu du continent
sud-asiatique, ce que vient confirmer l'étude de leurs formations
géologiques.
Lorsqu'une faune
est formée de types très variés, on peut affirmer
qu'elle a subi beaucoup de remaniements par suite de bouleversements géologiques
et de migrations successives : telle est, par exemple, la faune du Mexique ,
région où s'opère d'une façon insensible le
mélange des faunes néotropicale et néarctique. Les
faunes de l'Australie et de Madagascar ,
au contraire, ont très peu varié depuis l'époque crétacée
ou l'époque éocène. Par contre, une ressemblance très
grande entre deux faunes séparées par de larges mers indique
une séparation relativement récente telles sont, par exemple,
les faunes des régions paléarctique et néarctique
(Europe ,
Sibérie, Amérique du Nord ),
et plus au Sud la faune du pourtour de la Méditerranée
(Europe du Sud, Asie Mineure ,
Afrique du Nord )
ou de la sous-région méditerranéenne, qui presente
une grande uniformité.
Les transformations géologiques
et les changements de climat qui en sont la conséquence nous donnent
également la clef des ressemblances que les faunes de toutes les
chaînes de montagnes de l'Europe présentent avec la faune
arctique et présentent entre elles, tandis qu'elles diffèrent
des faunes des plaines qui s'étendent à leur pied. Ce phénomène
de disjonction s'explique par l'extension, sur toute l'Europe, du climat
de la période glaciaire, extension qui amena jusque dans le Sud
de ce pays la faune des régions arctiques. Cette faune vécut
alors jusque dans les plaines et les vallées du Sud de la France .
Au retour d'un climat plus doux, ces animaux arctiques abandonnèrent
les plaines et se retirèrent sur les montagnes à température
plus basse, où ils continuèrent à vivre comme dans
des îles, tandis que les plaines se peuplaient d'animaux venus des
régions méridionales. On sait que la période glaciaire
détruisit complètement, dans le centre de l'Europe ,
la riche végétation de la fin de l'époque tertiaire
(Néogène), forçant par suite à émigrer
vers l'Afrique
ou l'Asie
la faune pliocène qui vivait au milieu de cette végétation.
La période glaciaire substitua à cette faune la faune des
toundras
arctiques; puis, lorsque le climat fut redevenu plus doux, mais avant que
les forêts aient eu le temps de repousser,
cette faune arctique fut remplacée peu à peu par la faune
des steppes asiatiques; enfin la réapparition des forêts fit
reculer vers l'Est cette faune des steppes et constitua la faune actuelle.
On peut donc dire que, depuis la fin du
Néogène jusqu'à l'époque actuelle, quatre faunes
bien distinctes se sont succédé sur le sol de l'Europe centrale.
Des phénomènes du même genre se sont produits dans
l'Amérique du Nord
et en Asie, sans que le sol même de ces régions ait été
profondément bouleversé et recouvert par la mer : cependant
la configuration des côtes occidentales de l'Europe devait être
au début de l'époque quaternaire (Pléistocène)
très sensiblement différente de ce qu'elle est actuellement
: les îles Britanniques étaient encore reliées au continent
et le Gulf strearn ne réchauffait pas les côtes du Nord de
la France et du Sud de la Scandinavie. Le percement du Pas-de-Calais et
l'entrée de ce courant tiède dans la mer du Nord a été
la principale cause du relèvement du climat et des changements qui
se sont produits dans la flore et dans la faune.
En résumé, on peut dire que
les causes qui déterminent la composition de la faune d'une région
zoologique peuvent toutes se ramener à l'un des quatre chefs suivants
(A. Milne Edwards) :
1° le mode de locomotion
auquel les animaux qui composent cette faune
sont appropriés (faunes insulaires, exclusivement formées
de types ailés);
2° les relations géographiques
de cette région, considérée comme foyer zoogénique,
avec les parties circonvoisines du globe;
3° l'aptitude de ces régions
(suivant les conditions de climat, de nourriture, etc.) à être
habitées par des immigrants; l'époque géologique à
laquelle remonte le type zoologique réalisé par ces êtres.
Cette dernière considération
est celle qui domine toutes les autres lorsque l'on se pose la question
de savoir « quel est le type zoologique (classe)
qui caractérise le mieux la faune d'une région donnée
» ? Les types inférieurs (lnvertébrés),
tels que les Mollusques et les Insectes,
sont d'un faible secours pour caractériser les régions zoologiques,
car il faut arriver jusqu'aux genres et aux espèces
pour trouver des différences d'une région à l'autre
: cela tient à l'ancienneté géologique de ces animaux
dont les familles encore vivantes présentaient
déjà leurs caractères actuels à l'époque
secondaire (Mésozoïque) et n'ont presque pas varié depuis
cette époque, malgré les modifications profondes subies par
les continents. La plupart des familles d'Invertébrés sont
en effet cosmopolites. Il en est tout autrement des Vertébrés
et plus particulièrement des Mammifères
qui n'ont eu leur entier développement qu'à l'époque
tertiaire (Paléogène et Néogène), et se sont
même profondément modifiés dans le cours de cette période.
Certaines familles et même certains ordres sont seuls restés
sans changements appréciables, sans doute parce qu'ils n'ont pas
subi de migrations et que les conditions d'existence sont restées
les mêmes dans leur berceau primitif. Tels sont les Monotrèmes
et les Marsupiaux si caractéristiques
de la région australe et qui gardent un faciès secondaire,
les Lémuriens, caractéristiques
de certaines parties de la région éthiopienne (Madagascar)
et qui gardent un faciès éocène, certains Rongeurs
et certains
Edentés, types de familles
bien distinctes, et qui sont presque exclusivement propres à l'hémisphère
austral. Les Mammifères terrestres, lorsqu'ils existent, sont donc
de tous les animaux d'une faune ceux qui caractérisent le mieux
la région zoologique à laquelle cette faune appartient.
A défaut de Mammifères,
connue cela a lieu dans les îles de la Polynésie ,
ce sont les Oiseaux et les Vertébrés
à sang froid qui doivent caractériser la faune d'un pays.
Les Oiseaux et les Chauves-Souris, pourvues d'ailes comme les Oiseaux à
ailes bien développées, sont à peu près les
seuls représentants de cette faune insulaire. Il est facile de constater
que ces animaux sont venus en volant des continents voisins (Australie
et Malaisie); par suite, ils caractérisent très incomplètement
cette faune. Les Reptiles terrestres, dont les
moyens de locomotion sont comparables à ceux des Mammifères,
sont de meilleurs indices. C'est ainsi qu'à la Nouvelle-Zélande
existe un curieux Lézard, l'Hatteria punctata,
type unique, à l'époque actuelle, de la famille des Rhynchocephalidae
qui se rattache, par ses caractères internes, à un ordre
de Reptiles qui vivaient en Europe
à l'époque jurassique (Homœosaurus, Pleurosaurus, etc.) et
forment avec lui les Rhynchocephalia de Gunther. C'est la preuve de l'antique
origine de ce petit continent, qui possédait à une époque
plus récente toute une faune de grands oiseaux sans ailes (Dinornis)
dont le curieux Apteryx est le dernier survivant. Les Batraciens
sont également très caractéristiques des faunes auxquelles
ils appartiennent. Etroitement attachés aux eaux douces par suite
des métamorphoses qu'ils y subissent
dans leur jeune âge, ces animaux ne s'écartent jamais volontairement
du bassin hydrographique qui est leur territoire d'origine, et comme leurs
conditions d'existence ont très peu varié depuis le Mésozoïque,
les principales familles de cette classe sont généralement
cantonnées dans des régions zoologiques bien délimitées.
Cependant, comme la configuration des continents
a changé depuis l'époque secondaire, on s'aperçoit
que les grandes régions zoologiques qu'on voudrait délimiter
en prenant pour base les Batraciens, ne coïncident
pas avec les régions zoologiques établies d'après
la distribution géographique des Mammifères.
Les Poissons d'eau douce sont dans le même
cas que les Batraciens, et Gunther a pu dire que « les organismes
d'eau douce sont ceux qui ont le moins varié depuis leur origine
», bien que cette origine remonte, pour les Poissons, souvent jusqu'à
l'époque paléozoïque. C'est ainsi que les Dipnoïques,
qui habitent encore les eaux douces de l'Australie (Ceratodus), de l'Afrique
(Protopterus) et de l'Amérique du Sud
(Lepidosiren) datent du Dévonien; les Ganoïdes, qui sont encore
représentés dans les eaux douces de l'Amérique du
Nord (Lepidosteus), ont cessé d'exister, partout ailleurs, depuis
l'époque crétacée. Ces types ichtyologiques ne se
sont conservés que grâce à ce que l'on peut appeler
leur « internement dans les eaux douces », car dès la
fin du Mésozoïque, ils n'existaient plus dans aucune mer.
Les caractères
fauniques.
On désigne sous le nom de caractères
fauniques, d'après Pucheran, l'ensemble des particularités
de formes et d'habitudes que présentent les animaux les plus caractéristiques
d'une région donnée : ainsi les animaux grimpeurs caractérisent
les régions couvertes de forêts; les
animaux coureurs, sauteurs et fouisseurs, les plaines découvertes,
arides et sablonneuses, désignées sous le nom de déserts
ou de steppes. Examinée à ce point de vue, l'étude
des faunes permet de subdiviser le globe terrestre en grandes zones continentales,
qui sont bien distinctes des régions zoologiques proprement dites.
En effet, si l'on passe d'un pôle à l'autre, on rencontre
successivement des zones sensiblement parallèles alternativement
boisées ou découvertes. Au Nord les plaines glacées
(toundras) de la zone arctique; puis la zone
couverte de montagnes et de forêts qui comprend les régions
paléarctique et néarctique; ensuite, la zone des déserts
du tropique du Cancer qui s'étend sur les deux continents; enfin,
la zone des forêts vierges équatoriales. Passant ensuite dans
l'hémisphère austral, nous trouvons au Sud de la zone forestière
intertropicale une seconde zone de déserts situés sous le
tropique du Capricorne (Pampas de l'Amérique du Sud ,
désert du Kalahari en Afrique ,
désert central de l'Australie); puis la zone des forêts qui
couvre la Terre de Feu, la Tasmanie et la Nouvelle-Zélande ;
enfin une septième et dernière zone formée par la
région antarctique. Les trois zones de forêts qui sont en
même temps les régions riches en eaux douces, se ressemblent
par l'abondance des types grimpeurs, ou nageurs, de même que les
zones de déserts par la présence des types coureurs, sauteurs
et fouisseurs. Les caractères fauniques sont souvent assez marqués
pour qu'un naturaliste exercé puisse reconnaître, par l'examen
seul de la dépouille d'un animal d'espèce nouvelle, quelle
est son origine. La couleur isabelle et le grand développement des
oreilles et des pattes chez les habitants des déserts, la longueur
du pelage chez les animaux des régions
arctiques ou montagneuses, le développement de la queue
souvent prenante, celui des ongles qui sont aigus
et recourbés, chez les animaux grimpeurs, ces mêmes ongles
émoussés chez les animaux fouisseurs, etc., sont autant de
caractères qui indiquent à la fois les habitudes de l'animal
et le lieu d'origine.
Influence des
humains sur la faune des continents et des îles.
Les humains ont complètement détruit,
sur plusieurs points du globe, des espèces animales autrefois nombreuses.
En Europe continentale ,
presque tous les grands Mammifères,
herbivores
ou carnivores, sont menacés d'être bientôt détruits
comme ils le sont déjà dans les îles Britanniques.
Dans l'Amérique du Nord ,
le Bison ou Buffalo (Bison americanus), autrefois si nombreux, est menacé
d'une destruction analogue à celle dont a été victime
son congénère l'Aurochs (Bison europeaus), et il a fallu
prendre de longue date des mesures de protection, afin de conserver les
derniers représentants de l'espèce. Le Dronte des îles
Mascareignes, le grand Pingouin du Nord (Alca impennis), le Rhytine (Rhytina
borealis) de la mer de Bering et beaucoup d'autres ont été
détruits dès le XVIIIe siècle
ou dans le courant du XIXe; malgré
toutes les campagnes de sensibilisation, la destruction des espèces
n'a fait que s'accélérer au cours du XXe
siècle. Il a déjà fallu prendre des mesures pour empêcher
la prochaine extinction de beaucoup d'autres types de grande taille auxquels
les humains ont fait ou continuent de faire une guerre d'extermination
(Lions, Tigres, Eléphants
d'Afrique, animaux à fourrure, grands Cétacés,
requins, etc.).
D'un autre côté, les humains
ont transporté avec eux, sur presque tous les points du globe, ses
animaux domestiques, et en a peuplé des îles autrefois dépourvues
de toute espèce de Mammifères.
Les Rats et les Souris, parasites et commensaux de l'humain, l'ont suivi
dans toutes ses migrations et se sont partout installés près
de lui. Les Chevaux et les Boeufs domestiques vivent aujourd'hui à
l'état sauvage dans les prairies de l'Amérique du Nord, les
Pampas de La Plata, le désert australien. Les Chèvres et
les Cochons ont prospéré sur presque toutes les îles
de l'Océanie ;
les Moutons sont la principale richesse agricole de l'Australie. Le Lapin
sauvage (Lepus cuniculus), transporté également en Australie
et en Nouvelle-Zélande ,
a si bien prospéré et s'est multiplié dans des proportions
tellement inquiétantes pour la culture, que les gouvernements de
ces pays ont dû prendre des mesures exceptionnelles pour restreindre
sa fécondité, le fusil du chasseur étant impuissant
contre le nombre.
Dans ces mêmes contrées, les
humains ont transporté, avec un grand nombre de plantes
dont ils font fait leur nourriture, les Insectes
qui vivent en parasites sur ces végétaux,
et qui s'y sont acclimatés comme eux. Ces migrations volontaires
ou involontaires, souvent répétées depuis les temps
historiques, ont si bien modifié la composition de certaines faunes
qu'il est quelquefois difficile de dire si telle on telle espèce
est indigène ou introduite, ce que les documents écrits que
nous possédons, et qui ne remontent pas au delà de quatre
ou cinq siècles, ne suffisent pas toujours à décider.
Faunes marines.
Ce que nous venons de dire s'applique
surtout aux faunes terrestres ou continentales. Les faunes marines ont
une constitution différente. En général, elles ont
varié, dans les temps géologiques, d'une manière beaucoup
plus lente et presque insensible, au moins pour certains types inférieurs.
Les plus anciens de ces types (Trilobites, Ammonites) se sont éteints;
des types plus modernes (Cétacés)
ont fait leur apparition, mais certains Mollusques
du Paléozoïque (Pleurotomaria, par exemple) vivent encore dans
les mers actuelles. Les Coraux (Cnidaires)
continuent à construire dans les mers intertropicales des récifs
semblables à ceux des mers de l'époque mésozoïque.
D'ailleurs, la distribution géographique des animaux marins est
surtout comparable à celle des animaux aériens (Oiseaux,
Insectes),
l'influence des courants (marins ou aériens) ayant sur la répartition
des uns et des autres une influence prépondérante. La division
par grandes zones parallèles à l'équateur prime ici
les divisions par régions ou provinces zoologiques. Les questions
de classe ou de groupe n'ont plus, lorsqu'il s'agit des animaux marins,
qu'une importance secondaire, l'action des courants s'exerçant indistinctement
sur tous les groupes et toutes les classes. Les familles, les genres et
les espèces ont en général une dispersion beaucoup
plus étendue que celle des animaux terrestres, et la ressemblance
que l'on peut établir entre les animaux bons nageurs (Cétacés,
Poissons)
et les animaux ailés (Oiseaux, Chiroptères)
est sous ce rapport aussi complète que possible.
La faune d'un océan se subdivise
en faune littorale et faune pélagique. A la première appartiennent
les animaux sédentaires qui s'éloignent peu du rivage, et
sont plutôt comparables, par leur distribution géographique,
aux animaux terrestres. La seconde est formée de tous les animaux
marins pourvus de moyens de locomotion plus
puissants et qui voyagent d'un continent à l'autre : ceux-ci sont
comparables aux Oiseaux et aux autres animaux aériens. Mais il ne
faut pas oublier que beaucoup de types pélagiques dans leur jeune
âge, sont littoraux à l'âge adulte, et la plupart des
animaux pélagiques de grande taille (Poissons,
Cétacés)
se s'approchent des côtes pour se reproduire ou pour trouver une
nourriture plus abondante. Beaucoup de poissons marins remontent périodiquement
les fleuves, passant ainsi sans difficulté de l'eau salée
à l'eau douce et réciproquement, et c'est ce qui explique
comment presque tous les organismes d'eau douce ont en des ancêtres
marins dont on trouve les débris dans les couches géologiques
anciennes.
Faune des hauts
sommets et faune des grandes profondeurs.
Lorsqu'on s'élève, dans
les grandes chaînes de montagnes, des vallées aux sommets
les plus élevés, on constate l'existence de plusieurs faunes
étagées en quelque sorte les unes au-dessus des autres. C'est
à la limite des neiges éternelles que l'on trouve ces animaux
qui sont des immigrants de la faune arctique : le Lièvre changeant
(Lepus variabilis) et la Perdrix des neiges (Lagopus alpinus), par exemple.
Il en est de même dans la mer : la
faune littorale se subdivise en plusieurs étages sous-marins ou
zones (zones entières) dont chacune a sa faune particulière,
caractérisée par un certain nombre de types qui se rencontrent
rarement en dehors de cette zone. Plus profondément encore on trouve
la faune abyssale ou des grandes profondeurs qui s'étend jusqu'à
plus de 5000 m, et dont les explorations sous-marines ont montré
la richesse en types spéciaux, intéressants et variés.
Cette faune abyssale se subdivise elle-même en plusieurs zones, dent
chacune a sa faune particulière. (E. Trouessart). |
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