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Les Lézards
Lacertidés
Tableau récapitulatif.
La famille des Lacertidés, dont le type est le Lézard, comprend des Sauriens aux formes sveltes et élancées, au corps allongé, aux membres toujours bien développés, aux doigts armés d'ongles crochus, à la queue généralement conique et verticillée, au ventre protégé en dessous par de grandes écailles, au-dessus de la tête revêtue de plaques cornées, nettement distinctes des écailles du corps. Nous devons ajouter que la langue est libre, charnue, mince, plate, plus ou moins extensible et plus ou moins échancrée à son extrémité; les dents sont implantées dans un sillon commun creusé dans la portion saillante des os maxillaires; les dents peuvent exister ou manquer au palais; elles sont pleines ou creuses.

Organes des sens. 
Les membres sont toujours au nombre de quatre chez les Lacertidés et munis de cinq doigts à chaque patte; dans le genre Acrante seulement, de l'Amérique du sud, on ne voit que quatre doigts aux pattes de derrière.

Le revêtement de la peau peut se composer sur le dos et sur les flancs d'écailles semblables entre elles; il peut être, au contraire, hétérogène. Il existe assez souvent, ainsi qu'on le remarque chez les Lézards proprement dits, un collier composé de grandes écailles. C'est le long du bord interne des cuisses qu'on voit les tubercules percés d'un pore dits pores fémoraux; ces tubercules existent dans tous les genres, à part chez les Aporomères et les Dragonnes; il ne s'en trouve que quelques-uns à la base de la cuisse chez les Tachydromes, ils sont bien développés dans tous les autres genres. Les écailles de la queue forment généralement des plaques disposées par anneaux ou par verticilles, écailles le plus souvent carénées.

La couleur de la peau varie beaucoup; elle est souvent extrêmement brillante; le fond général est assez généralement d'un vert plus ou moins foncé; le bleu, le jaune, le blanc, le rouge, le noir, le gris forment des taches, des ocelles, des lignes, des sinuosités qui tranchent  agréablement sur le ton général.

Les narines sont peu développées et s'ouvrent en dehors par deux petits trous dont l'ouverture est protégée par une sorte de soupape membraneuse.

La membrane du tympan est visible chez tous les Lacertidés; elle est parfois assez profondément enfoncée.

Les yeux sont bien développés; les paupières sont au nombre de trois, une étant membraneuse et clignotante; chez des reptiles de l'Anatolie, les Ophiops, les paupières font cependant défaut. Il existe un canal lacrymal.

Moeurs, habitudes, régime.
Les Lacertidés peuvent, à juste titre, passer pour les plus vifs et les plus agiles parmi les Sauriens. La progression a surtout lieu par une série d'élans, par une série de sauts; le tronc est cependant, en général, trop lourd pour être complètement supporté par les pattes qui, du reste, s'attachent sur le tronc à angle droit et qui sont fort écartées l'une de l'autre; aussi, pendant le repos, le ventre repose-t-il constamment sur le sol; la queue, qui est toujours très longue, joue un grand rôle dans la progression.

Les animaux dont nous parlons sont essentiellement terrestres. Le Crocodilure lézard, qui se trouve au Brésil et en Guyane, est aquatique, ainsi que le fait voir la forme de sa queue qui est comprimée en rame; il en est de même chez le Thoricte dragonne, chez le Neusticure à deux bandes de l'Amérique méridionale. Ces trois espèces passent la plus grande partie de leur existence dans les savanes noyées. 

Les Lacertidés dont les doigts ne sont ni dentelés, ni carénés sur le bord, fréquentent de préférence les bois, les taillis, les sentiers herbeux; les espèces à doigts carénés ou dentelés se tiennent surtout dans les lieux arides, déserts ou sablonneux.

Distribution géographique.
On peut noter comme un fait curieux de distribution que tous les Lacertidés à dents pleines ou Pléodontes sont particuliers au Nouveau-Monde, tandis que les espèces à dents creuses, ou Coelodontes, appartiennent à l'Ancien-Monde. Les Pléodontes abondent dans les parties les plus chaudes de l'Amérique; c'est surtout en Afrique et dans les îles qui géographiquement en dépendent que se trouvent les Coelodontes. 
Il y a d'assez nombreux Lacertidés, appartenant à divers genres, dans le sud de l'Europe; ces espèces se retrouvent presque toutes, du reste, dans l'étendue de la zone circumméditerranéenne.

Les Lacertinés

Les Lézards proprement dits se distinguent facilement des autres Lacertidés chez lesquels les dents sont creuses, par leurs doigts ni carénés, ni dentelés aux bords, par la présence de pores fémoraux et par l'existence au-dessous du cou d'un collier composé de grandes écailles. Ajoutons que la langue ne peut rentrer dans un fourreau, qu'elle est médiocrement longue, échancrée à sa pointe, couverte de papilles squamiformes.

Le genre Lacerta.
Les écailles du dos peuvent être grandes, imbriquées et carénées, ainsi qu'on le voit, entre autres, chez le Lézard maréotique et chez le Lézard de Fitzenger; elles ne sont pas, en général, imbriquées, mais granuleuses et juxtaposées. Les tempes sont parfois revêtues de squames de forme irrégulière ou d'écailles petites; le mode d'arrangement de ces squames fournit de bons caractères pour la distinction des espèces.

La paupière inférieure est opaque; elle est cependant transparente chez le Lézard à lunettes d'Algérie.

Distribution géographique.
Les Lézards sont presque exclusivement propres à la partie méridionale de l'Europe; on en retrouve quelques espèces en Anatolie et dans la partie circumméditerranéenne d'Afrique; trois espèces sont connues d'Afrique du Sud; des représentants du genre vivent également dans l'archipel du Cap-Vert,  aux Canaries, à Madère. Le genre se trouve dans toute l'Europe tempérée; le Lézard des souches et le Lézard vivipare remontent assez haut vers le nord, surtout cette dernière espèce qui, avec la Vipère bérus, se trouve jusque près du cercle polaire.

Mœurs, habitudes, régime. 
Les Lézards choisissent pour résidence les tertres ensoleillés, les murs bien exposés au soleil, les tas de pierre, les racines des grands arbres, les haies, les buissons, les broussailles, les chemins herbeux situés à la lisière des bois. Ils se creusent un petit terrier ou utilisent quelque excavation; ils ne s'éloignent, du reste, jamais beaucoup de l'endroit qu'ils ont choisi pour leur résidence; il est certain qu'ils restent à peu près là où ils sont nés et qu'ils ne migrent qu'en cas de nécessité absolue.

C'est en plein soleil que les Lézards ont toute leur activité; c'est alors seulement qu'ils chassent avec ardeur les mouches et autres insectes dont ils font surtout leur nourriture; ils se tiennent cachés dans leur trou pendant les journées froides et pluvieuses, c'est pourquoi les espèces de des pays tempérés hivernent avant même que l'hiver ne fasse ressentir ses rigueurs. Certaines espèces sont, du reste, plus frileuses les unes que les autres. On a remarqué que, pour une même espèce, les mâles âgés se terrent plus tôt que les femelles et que les jeunes sont les derniers à hiverner; ces derniers apparaissent, du reste, dès les premiers jours du printemps. Dans leurs résidences d'hiver, qu'ils habitent généralement en commun, les Lézards demeurent immobiles, les yeux fermés, la bouche ouverte, dans un état de mort apparente; si on vient à les réchauffer artificiellement ils reviennent à la vie, respirent, ouvrent les yeux, s'agitent et deviennent de plus en plus gais.

On a remarqué que dans une même espèce les couleurs sont d'autant plus brillantes, que l'animal est d'autant plus richement paré qu'il est plus méridional, ce qui fait qu'il existe souvent des variétés de coloration assez considérables suivant les régions dans lesquelles l'animal a été capturé. Chez un même individu, la coloration peut devenir beaucoup plus vive qu'auparavant, sous l'influence de certaines émotions et dans quelques circonstances encore mal déterminées; la structure intime de la peau ressemble en beaucoup de points, en effet, à celle du Caméléon.

Les Lézards sont des animaux essentiellement carnivores; ils font une guerre acharnée aux insectes, et surtout aux mouches; ils se nourrissent également de vers de terre, d'araignées, de mollusques; ceux qui ont une grande taille s'attaquent à de petits mammifères, à de jeunes oiseaux, à des Lézards plus faibles qu'eux. La proie doit toujours être vivante et jamais un Lézard ne touche à un animal mort; en captivité cependant on petit lui faire prendre cette nourriture, en agitant l'animal devant lui et en le trompant ainsi. Les Lézards saisissent leur proie subitement, en s'élançant sur elle, la broient entre les mâchoires et l'avalent lentement; ils secouent dans leur gueule les grands insectes, de manière à les étourdir, les relâchent alors, et après les avoir examinés les saisissent de nouveau pour les manger. Pendant les chaudes journées, ils boivent en plongeant leur langue dans le liquide. Les sucs des fruits savoureux leur plaisent beaucoup et il est probable que beaucoup d'espèces ne dédaignent pas ces fruits.

Un mois environ après le réveil printanier, la femelle effectue sa ponte, généralement pendant la nuit. Les oeufs sont un peu allongés, d'une teinte blanc-sale; ils sont déposés, au nombre de six à neuf, dans des endroits variables suivant les circonstances; on en trouve dans le sable, entre les pierres, dans la mousse; il faut qu'ils soient dans un endroit humide, car ils se dessèchent rapidement. Les petits éclosent en août ou en septembre et se mettent de suite en quête de leur nourriture, qui se compose d'insectes appropriés à leur taille; ils muent au commencement de la mauvaise saison, avant que de se terrer.

Les animaux adultes muent plusieurs fois dans le cours de l'été, et cela à des époques indéterminées. La vieille peau se détache d'abord partiellement, puis elle est complètement dépouillée par le frottement contre des pierres, des racines, des branchages.

Captivité
A condition d'avoir du soleil et  une nourriture suffisante, les Lézards suppor lent bien la captivité; on les perd cependant généralement à l'entrée de l'hiver. Au bout de peu de temps leur humeur farouche s'adoucit et ils deviennent familiers à ce point qu'ils viennent prendre leur nourriture dans la main, et qu'on peut les saisir, sans qu'ils cherchent nullement à fuir; le Lézard vert est tout particulièrement sociable.

Tant que les Lézards en captivité demeurent vifs et animés, il est certain qu'ils se portent bien, mais lorsqu'ils restent immobiles, les paupières closes, dans quelque coin de leur cage, on peut être assuré qu'ils souffrent.

Le genre Acanthodactylus.
Les Acanthodactyles sont des Lézards chez lesquels les pattes sont terminées par cinq doigts faiblement comprimés, carénés en dessous et dentelés latéralement; un collier d'écailles s'étend au travers du cou; il existe des pores fémoraux; le palais ne porte pas de dents; la langue est en fer de flèche, échancrée à l'extrémité, couverte de grandes papilles imbriquées; les narines s'ouvrent entre trois plaques.

Toutes les espèces du genre habitent la zone circumméditerranéenne; elles sont plus particulièrement abondantes dans le nord de l'Afrique.

L'Acanthodactyle commun.
L'Acanthodactyle commun (Acanthodactylus vulgaris), qui habite le midi de la France, l'Espagne et l'Italie, peut atteindre 0,20 m. Il est généralement d'un brun plus ou moins foncé; des gouttelettes blanches sont disséminées sur les pattes; quatre lignes blanchâtres se voient de chaque côté de la tête et du cou; toutes les parties inférieures sont blanches; la queue est colorée en rose tirant sur le rouge; parfois les raies blanches des flancs sont interrompues de telle sorte que des séries de taches semblent les avoir remplacées, l'intervalle qui sépare ces taches étant orné de petites taches noires alternant avec des taches blanchâtres.

Nous ajouterons que les écailles du dos sont lisses, égales entre elles, que le bord antérieur de l'oreille est granuleux, que la paupière inférieure est écailleuse, que le ventre est revêtu de dix séries de lamelles et que le palais est dépourvu de dents.

Cette espèce vit de préférence dans les endroits pierreux exposés en plein soleil ; l'animal, très agile et fuyant au moindre bruit, va se cacher dans quelque crevasse du sol, sous une pierre, entre les racines des cistes ou des chênes verts. Sa nourriture se compose de petits insectes; grâce à leur agilité, à leur adresse, ces Lézards s'emparent facilement des moucherons qui se posent à leur portée; ils les attrapent pour ainsi dire au vol.

Le genre Tropidosaura.
Très voisins des Lézards du genre Lacerta, dont ils ne diffèrent que par l'absence de collier, les Tropidosaures sont représentés en Europe par une espèce qui habite le pourtour de la Méditerranée, et qui, assez commune en Espagne et en Algérie, a été trouvée dans les Pyrénées françaises; les deux autres espèces que comprend le genre vivent en Afrique du Sud et dans l'île de Java.

Le Tropidosaure algire est un petit lacertien de 0,25 m à 0,30 m de long, aux membres postérieurs allongés; les squames ventrales forment des séries au nombre de six. La coloration est des plus éclatantes; le dos, d'un jaune fauve ou d'un jaune de cuivre, est glacé d'or et de vert métallique; quatre raies d'un jaune doré de teinte pâle s'étendent depuis la tête jusqu'à la queue, dont la base porte un semis de petites gouttelettes bleues entourées de noir; les tempes sont ornées d'un jaune d'or, le ventre est blanchâtre à reflets dorés, irisés de vert.

Cette charmante espèce se tient de préférence le long des haies herbeuses.

Les Gallotiinés

La famille des Gallotiinés se compose des genres Gallotia et Psammodromus. Ces-derniers peuvent servir de type. Les Psammodromes se distinguent facilement des Lacertidés par leurs doigts faiblement comprimés, carénés en dessous, sans dentelures latérales et par l'absence d'un véritable repli de la peau en travers du dessous du cou; ils ont des paupières; la plaque dans laquelle est percée la narine n'est pas renflée. La seule espèce du genre, le Psammodrome d'Edwards ou Psammodrome hispanique, habite la Péninsule ibérique et le midi de la France.

Le Psammodrome hispanique.
Ce reptile, merveilleusement conformé pour une course rapide, a le corps grêle et élancé, le museau effilé, les membres allongés, la queue longue et sensiblement aplatie; la gorge présente de petites plaques lisses et élargies; le ventre est protégé par six séries d'écailles; il existe une douzaine de pores fémoraux; les tempes sont garnies de plaques égales, non imbriquées; on ne voit qu'une seule plaque entre l'oeil et la narine; il n'existe pas de dents au palais.

D'après Dugès « tout le dessous du corps est d'un blanc luisant avec des reflets irisés; le dessus est d'un gris bleuâtre ou roussâtre, la tête saupoudrée de brun ; un point brun occupe la paupière supérieure. Le dos porte, de chaque côté, trois raies longitudinales et parallèles, de couleur jaunâtre; de distance en distance, une petite tache blanche interrompt ces lignes; chaque tache est flanquée de deux gros points de même forme et d'un brun noir. Pour l'ordinaire, ces groupes alternent d'une raie à l'autre, d'autres fois ils se touchent et se confondent. La queue est grise, le dessus des membres porte des aréoles rondes, blanchâtres, rayées de brun. Sur des sujets vivement colorés, on trouve sur chaque tempe une tache blanche, et près de l'épaule une tache d'un beau bleu verdâtre; une tache verdâtre règne aussi le long des flancs, au voisinage de la partie inférieure du corps. Les jeunes sont en général colorés d'un fond bleuâtre; les vieux sont roussâtres. On pourrait distinguer deux variétés suivant que les lignes pâles et les taches qui les interrompent prédominent ; il est, en effet, des individus tout à fait rayés, et d'autres comme marquetés. »
Le Psammodrome habite de préférence les dunes au bord de la mer; il se creuse au pied de quelque touffe de jonc un trou peu profond dans lequel, au moindre danger, il s'élance avec la rapidité d'une flèche, volant, pour ainsi dire, à la surface du sable étincelant; comme tous les animaux du même groupe, il se nourrit d'insectes. (A.E. Brehm).
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