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Les forêts

Les mots bois et forêt servent à désigner une certaine étendue de terrain plantée d'arbres; mais, dans le langage ordinaire, comme dans le langage administratif, on n'applique le nom de forêt qu'à un bois d'une étendue considérable. Pour l'administration, un bois devient forêt, quand sa superficie excède 5000 hectares. 

La répartition géographique des forêts est liée étroitement à la distribution des climats, et particulièrementnt aux conditions de température et d'humidité qu'ils expriment. Car il faut, d'une part, un certain temps à l'arbre pour terminer le cycle de sa végétation, et par là les forêts, colonies d'arbres, sont exclues des régions polaires, où la période de végétation ne peut guère dépasser trois mois et demi; et il lui faut, d'autre part, une quantité considérable et régulière, d'humidité pour assurer sa respiration et la circulation de sa sève; par là encore, les forêts sont exclues des régions à courte saison pluvieuse et à climat ordinairement sec.

Les régions forestières par excellence - réduites aujourd'hui par les progrès du déboisement - se trouvent donc en premier lieu dans les régions tempérées des deux hémisphères le plus abondamment et le plus régulièrement arrosées; en Europe, tous les pays atteints par les influences océaniques, et particulièrement le Nord-Est de la France, le plateau schisteux rhénan, où s'étendait jadis la grande forêt de l'Ardenne, les plateaux de l'Allemagne centrale (Forêt-Noire, Franconie, Thuringe), dans la Norvège, la Finlande, la Russie au nord du 55e parallèle et la Sibérie septentrionale. Dans ces forêts apparaissent, selon l'ordre de croissance et de durée des températures de la saison chaude, le pin et le bouleau, le chêne et le hêtre. En Amérique, une zone forestière correspondante existe au Canada et au nord des prairies de l'Ouest du continent nord-américain.

Peu nombreuses dans le domaine méditerranéen à climat sec, et reléguées au flanc arrosé des montagnes, les forêts reparaissent, au delà des déserts subtropicaux, alimentées par les régulières et abondantes pluies dites équatoriales. Elles sont composées surtout de laurinées, de guttifères, de palmiers, et encombrées d'une végétation étonnamment luxuriante de lianes' épiphytes. Ce sont les forêts primaires (tropicales et équatoriales), qui couvrent, en Afrique, à peu près toute la surface du bassin congolais (forêt équatoriale ainsi dénommée par deux de ses premiers explorateurs, Stanley et E. Foa), en même temps qu'une longue et étroite bande côtière au nord du golfe de Guinée, et, dans l'Amérique du Sud, le large et humide bassin de l'Amazoneet de la Madeira désignées dans la langue du pays sous le nom de selvas. On recontre également des forêts primaires tropicales et équatoriales en Asie du Sud-Est (Indonésie, Péninsule indochinoise). (NLI).

Forêts boréales et forêts australes

La zone tempérée est surtout caractérisée par les forêts, et elle est développée principalement dans l'hémisphère boréal, dans le nord et le centre de l'Europe et de l'Asie, et dans le nord de l'Amérique du Nord. Dans l'hémisphère austral, l'absence de grands continents, étendus suivant les parallèles, ne laisse constater la présence d'une telle flore qu'à la pointe extrême de l'Amérique du Sud, où elle est surtout caractérisée par des Hêtres (Nothofagus).

Le climat. 
Au point de vue du climat, il y a évidemment des variations notables à y signaler, mais ce qui caractérise ces contrées, c'est l'alternance nette de saison chaude estivale et de saison froide hivernale. L'humidité et la pluie sont assez abondantes toute l'année, surtout pendant les mois d'hiver, de printemps et d'automne, mais elles ne manquent pas au cours de l'été.

Les variations sont d'ailleurs très importantes, aussi bien quand on voyage vers l'est de l'Europe et en Asie que lorsqu'on traverse l'océan Atlantique pour aller dans l'Amérique du Nord. La principale différence qui existe entre l'ouest et l'est de l'Europe, entre le climat de la Bretagne et celui de la Russie du Nord, tient principalement à l'influence de la mer qui se fait fortement sentir dans tout l'ouest de l'Europe, c'est-à-dire dans tous les pays qui sont réchauffés par le Gulf-stream. Ce fait se manifeste par l'avance qui y a lieu dans l'éclosion du printemps.

On a dressé des cartes où sont représentées par une teinte uniforme les régions pour lesquelles un phénomène quelconque, par exemple la floraison du Lilas, se produit en même temps. On sait que lorsqu'on se déplace vers le Nord, cette floraison retarde, mais il y a un retard également appréciable quand on se dirige vers l'est de l'Europe.

Le retard dans l'éclosion du printemps est, par rapport à Paris, de 13 jours à Bruxelles, de 46 jours à Prague, de 52 jours à Varsovie, de 87 jours à Pulkovo, en Russie. Il est vrai que si, dans ces dernières contrées, la chaleur est lente à venir, une fois qu'elle a commencé, elle progresse avec une très grande rapidité et, vers le milieu de la saison, les fleurs d'été sont fréquemment plus tardives à l'Ouest qu'à l'Est. Le long de l'Atlantique, il règne donc, en Europe occidentale, des températures moins froides pendant l'hiver que dans l'Est; par contre, la sécheresse y est beaucoup moins grande pendant l'été. Ces différences s'exagèrent à mesure que l'on s'avance vers l'est de l'Asie.

Si l'on compare maintenant les États-Unis et la France ou l'ouest de l'Europe, on voit que le climat des premiers, malgré des variations, est assez analogue au nôtre, mais les hivers y sont plus rigoureux et les étés plus chauds. A égalité de latitude, il y a uns différence très notable dans l'apparition du printemps. 

Caractères généraux de la flore forestière.
Ces différences ne sont pas négligeables; elles expliquent bien des particularités de la végétation, mais elles sont compatibles avec le développement d'une flore qui partout affecte les mêmes caractères généraux. Ce qui la définit, c'est l'existence de grandes forêts, dont nous pouvons prendre une bonne idée en parcourant les régions de Compiègne ou de Fontainebleau. Sans doute, en beaucoup de points, on a opéré le défrichement et les cultures ont pris la place des grandes étendues forestières d'autrefois, mais ces changements sont relativement récents, et on peut caractériser la flore naturelle qui nous occupe par la présence d'un grand nombre d'arbres tels que les Hêtres, les Chênes, les Pins sylvestres, les Bouleaux blancs, les Frênes, etc.

Quelles conditions assignent une limite à cette zone? On pourrait être tenté de penser que c'est le froid qui est le principal obstacle au développement de la végétation arborescente dans le Nord. Il ne semble cependant pas qu'il en soit ainsi, car Verskoïansk, en Sibérie, point où l'on a observé quelques-unes des températures les plus basses à la surface du globe (- 64°C) est dans le domaine forestier et non dans la zone arctique. Le facteur le plus important qui tend à arrêter les Bouleaux et les Pesses au seuil de la toundra polaire est surtout le vent. Les tourmentes d'hiver ont une influence néfaste sur les arbres : elles enlèvent les branches et les dessèchent. Les froids tardifs du printemps sont aussi à redouter ils surprennent la végétation au moment de son départ; aussi ontils comme effet de raccourcir encore la période d'activité utile du végétal, période déjà très courte normalement dans ces régions. On doit donc conclure que ce n'est pas la chaleur, en valeur absolue, que réclame l'arbre pour se maintenir; ce sont des conditions secondaires (dérivant, il est vrai, de la température) qui sont, en fait, les vraies sources du mal dans lesquelles il faut chercher les causes de la disparition des arbres.
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Alaska : forêt de Conifères.
Une forêt de Conifères en Alaska.

Les arbres des forêts boréales. 
La forêt boréale peut affecter deux aspects principaux. Tout à fait dans le Nord, ce sont les arbres à aiguilles ou Conifères qui prédominent, caractérisés surtout par leurs feuilles persistantes; en outre, on y voit régner les mêmes espèces souvent sur d'énormes surfaces; dans les régions plus méridionales, ce sont les arbres à feuilles caduques qui deviennent plus nombreux. Ce n'est pas là, comme de juste, une division absolue: le Bouleau papyracé remonte très au Nord; par exemple, en Alaska, il accompagne la Pesse blanche, qui marque la limite septentrionale des forêts dans cette région élevée vers le pôle. Enfin, parmi les Conifères, les Mélèzes se différencient par la caducité de leurs feuilles; malgré cela, ces plantes peuvent s'élever très haut; et dans le Labrador, le Mélèze américain accompagne la Pesse blanche à l'extrême bord septentrional du domaine forestier.

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Les noms que nous venons de citer montrent que la flore n'est pas tout à fait semblable dans l'Amérique du Nord et dans le domaine correspondant de l'Eurasie. Les espèces sont assez voisines ; ce sont des espèces représentatives et correspondantes. Le Mélèze américain remplace le Mélèze d'Europe; le Pin résineux correspond au Pin sylvestre; le Sapin baumier prend la place du Sapin pectiné ; le Hêtre ferrugineux se substitue au Hêtre sylvestre. Il y a d'ailleurs des formes arborescentes qu'on ne trouve pas en Europe et qui sont caractéristiques de cette région américaine, comme le Tulipier de Virginie (Liriodendron), les Sassafras, les Magnolia.

Par les îles Aléoutiennes et le détroit de Béring, il s'établit une continuité de la flore de l'Asie et celle de l'Amérique du Nord, mais il y a de grandes différences entre les deux côtes américaine et européenne de l'Atlantique. Le voisinage de la mer modifie aussi souvent la flore; le Pin maritime, par exemple, remplace sur les côtes de France le Pin sylvestre.

Le sous-bois. 
Partout la forêt affecte les mêmes caractères généraux. Au-dessous des grands arbres, dans les forêts de Conifères, le sous-bois est très peu développé; les aiguilles s'accumulent en grand nombre et couvrent le sol, qui ne peut nourrir qu'un petit nombre d'herbes, de Fougères et de Mousses, et, à l'arrière-saison, de Champignons à chapeau. Dans les forêts qui se dépouillent l'hiver, le sous-bois est plus riche : on y voit des arbustes, comme les Cornouillers, le Houx aquifolié, les Genévriers, l'Épinevinette, les Aubépines, les Pruniers épineux; dans l'Amérique du Nord, le Fatsia horrida, les Myrica, etc.; en outre, il faut citer quelques types spéciaux le Houx cassine qui correspond au Houx aquifolié, les Mahonia qui remplacent les Berberis, les Calycanthes, la Comptorie, l'Asiminier trilobé; à la place des Bruyères, les Camarines, les Menziésies.

Entre les arbres et les arbustes, et s'appuyant sur eux, peuvent se développer quelques lianes, mais elles ne sont pas ici bien nombreuses, telles que le Lierre, lié à la distribution du Hêtre et surtout du Chêne; les Clématites, les Ronces, les Rosiers, le Houblon. Mais jamais cette végétation adventive ne prend un grand développement, sauf dans les forêts japonaises, qui ne sont d'ailleurs rattachées au domaine actuellement étudié que d'une manière un peu détournée, car on les considère comme appartenant à une flore de type méditerranéen. On trouve les Schizandres dans le bassin de l'Amour et les Ménispermes dans l'Amérique du Nord.

Dans les forêts à feuillage caduc, la flore printanière est riche : les Muguets, les Jacinthes, les Anémones, ornent de leurs fleurs variées le sous-bois. Pendant l'été, les feuilles des arbres se développent, et la lumière qui arrive dans le fond des bois s'atténue fortement; il en résulte qu'il n'y peut croître que des végétaux dont les exigences lumineuses sont très faibles, comme les Fougères herbacées Polypode, Aspide, Fougère grand aigle (Pteris), et une série d'Orchidées saprophytes, comme la Néottie nid d'oiseau, les Épipogons, les Corallorhizes.
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Forêt inondée das l'Etat de New-York.
Forêt inondée, dans l'Etat de New York (Iroquois National Wildlife Refuge).Photo : USFWS.

A l'aide de méthodes photométriques précises, Wiesner a pu déterminer la variation de l'intensité de la lumière à l'ombre de des forêts européennes, à mesure que se développaient les feuilles, et il a pu fixer ainsi quelles plantes pouvaient y réussir, et en suivre l'étiolement progressif à mesure que l'atténuation lumineuse devenait trop forte. Par exemple, pour l'Hépatique trilobée, le pétiole, qui a une longueur de 29 millimètres pour une lumière égale à l'unité, a une longueur de 108 millimètres pour une lumière égale à un sixième. En même temps que le pétiole s'allonge, le limbe diminue, et, à l'obscurité absolue, le pétiole a 174 millimètres et le limbe est presque complètement atrophié. Wiesner a fait des constatations analogues avec le Muguet, avec le Prenanthes purpurea, le Vincetoxicum officinale.

Clairières, prairies, montagnes. 
L'atténuation de la lumière en été rend la végétation sous les forêts très pauvre et souvent stérile; mais à l'orée des bois ou dans les clairières, la lumière arrive plus aisément et le sous-bois se développe. Lorsque les clairières se parent au premier printemps, on y peut voir fleurir des plantes bulbeuses comme les Safrans ou Crocus; elles peuvent former les prairies sèches avec toute la légion des Graminées : Paturins, Ivraies, Flouves, Avoines, etc., ou les prairies humides, avec les Cypéracées et Joncacées : Laiches, Souchet, Ériophore, Clade et Joncs. Le long des rivières, on rencontre une flore spéciale de grandes Graminées et Cypéracées aquatiques : Phragmite commun et Scirpe lacustre.

Un autre type de végétation que l'on rencontre dans la flore boréale est celui des hautes montagnes, avec certaines plantes caractéristiques, comme l'Edelweiss. Concentrées sur les grandes chaînes, comme les Alpes, les Pyrénées et les Montagnes Rocheuses, ces espèces se répandent peu à peu, à mesure que l'on va vers le Nord, en Scandinavie, en Sibérie, et en Alaska, dans l'Amérique du Nord. Au-dessous des prairies alpines, on observe la zone subalpine avec les Rhododendrons ferrugineux et hirsute; on retrouve plus bas sur les pentes des montagnes de l'Europe centrale la flore forestière, qui débute par la zone des Conifères.

D'autres variations sont à mentionner dans le domaine forestier proprement dit. Quand une rivière traverse une région humide, non seulement les lianes peuvent devenir plus nombreuses, mais les épiphytes peuvent apparaître en petit nombre. Le long de la Trave, en Allemagne, les vieux Saules hébergent une flore adventice formée de plantes à graines légères transportées par le vent (Achillée millefeuille, Laiterons, Épilobes, Rumex), ou à fruits charnus transportés par les oiseaux ou les autres animaux, comme les Fraisiers, les Chèvrefeuilles, etc.

C'est là un fait très exceptionnel et très intéressant car, en règle, les épiphytes font presque complètement défaut dans les pays froids. Ils ne sont représentés que par quelques Mousses, Hépatiques et Lichens. Quant aux parasites, nous ne les connaissons que par le Gui et la Cuscute.

Adaptation aux variations saisonnières. 
Si nous nous arrêtons aux caractères de la végétation arborescente, qui constitue le fond de la végétation du domaine forestier, on voit qu'ils dépendent à la fois du froid de l'hiver et de la chaleur de l'été. Pendant l'hiver, l'arbre se dépouille, mais son tronc reste exposé aux intempéries et son écorce épaissie, rugueuse, crevassée, est bien propre à supporter, grâce à sa couche épaisse de liège qui constitue un véritable matelas d'air, un abaissement inusité de température. La protection des bourgeons est également efficace et les matières gommeuses et la résine qui les couvrent, l'absence de stomates, sont évidemment propres à supprimer la transpiration en une saison où les racines ne fonctionnent pas, où la sève circule mal, et où toute cause qui tendrait à la mettre en mouvement porterait le plus grand trouble dans la plante.
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Forêt de feuillus.
Une forêt de feuillus en région parisienne. Photo : © Serge Jodra, 2011.

Si pendant l'hiver le végétal redoute toute cause qui produirait la transpiration, il n'en est pas ainsi pendant l'été, et la délicatesse des feuilles ainsi qu'une série de particularités de leur structure sont bien en harmonie avec ces besoins. Ainsi donc, les arbres à feuilles caduques doivent concilier, pour ainsi dire, deux besoins opposés : transpirer beaucoup pendant l'été, transpirer très peu pendant l'hiver. Les arbres à feuilles persistantes, comme les Houx, les Conifères, ont un problème plus délicat à résoudre, car ils gardent leurs feuilles pendant l'hiver; ils n'échappent à ce danger qu'en épaississant et en durcissant la cuticule, grâce à laquelle ces végétaux diminuent fortement la perte d'eau pendant l'arrêt de la végétation. Cependant, la présence de feuilles, même très étroites, pendant l'hiver, permet l'accumulation des neiges et du verglas, sous le poids desquels les branches peuvent se rompre; danger rendu minimum précisément par l'étroitesse des aiguilles foliaires.

Le domaine forestier peut être envahi, non seulement par des espèces polaires dans les parties froides, mais aussi par les plantes de pays plus chauds: c'est la flore adventice; on a signalé, notamment, 11 pour 100 d'espèces localisées surtout dans le domaine méditerranéen.

Forêts australes.
Il y a donc une harmonie marquée entre l'arbre et le milieu où il se développe, dans l'hémisphère nord. Les parties continentales de l'hémisphère sud, où des conditions semblables se rencontrent, sont beaucoup plus restreintes et la zone forestière est limitée à la pointe sud de l'Amérique du Sud. Ce sont surtout des Hêtres qui abondent dans cette contrée, mais, assez communément, ils ont des feuilles persistantes, particularité liée à l'étroitesse et à l'extrême humidité de la pointe de l'Amérique du Sud, comprise entre deux grands Océans.
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A mesure que l'on va plus au Nord, le climat devient plus sec et les Hêtres à feuilles caduques apparaissent : tel est le cas du Nothofagus pumilio, représenté sur la photographie ci-contre; on remarque, en l'examinant, qu'il y a un parasite sur les branches, mais qui est spécial à cette région : c'est le Myzodendron. On voit un certain nombre de Hêtres de la Terre de Feu s'avancer au Chili jusqu'à 35° de latitude : là on note un mélange d'espèces qui ont perdu leur feuillage persistant et d'autres qui l'ont gardé. Le Nothofagus obliqua et le N. procera ont un feuillage caduc au Chili, tandis qu'ils sont toujours verts dans les forêts antarctiques. Une autre espèce, le N. Dombeyi, qui a ses feuilles toujours vertes dans les pays froids, garde ce caractère dans les régions plus tempérées. On conçoit également comment il peut arriver qu'une plante comme le N. antarctica, qui se dépouille de son feuillage au Chili, le perde également dans les forêts antarctiques. On explique ceci en disant que les arbres à feuilles persistantes ont leur centre de formation dans le Sud; les espèces à feuilles caduques, leur centre de différenciation dans le Nord.

Darwin a donné de l'aspect désolé des forêts de la Terre de Feu cette belle description-:

« Tout d'abord, c'est à peine si je puis faire quelques pas à cause des cataractes et des nombreux troncs d'arbres tombés qui barrent le passage; mais le lit du torrent s'élargit bientôt, les inondations ayant emporté les bords. J'avance lentement pendant une heure en suivant les rives rugueuses et déchiquetées du torrent, mais la grandeur et la beauté du spectacle compensent bientôt toutes mes fatigues. La sombre profondeur du ravin concorde bien avec les preuves de violence crue Ion remarque de toutes parts. De chaque côté, on voit des masses irrégulières de rochers et des arbres déracinés; d'autres arbres, encore debout, sont pourris jusqu'au coeur et prêts à tomber. Cette masse confuse d'arbres bien portants et d'arbres morts me rappelle les forêts des tropiques, et cependant il y a une profonde différence : dans ces tristes solitudes, que je visite actuellement, la mort, au lieu de la vie, semble régner en souveraine. Le pays entier n'est qu'une énorme masse de rochers sauvages, de collines élevées, de forêts inutiles, le tout enveloppé de brouillards perpétuels et tourmenté de tempêtes incessantes. La terre habitable se compose uniquement des pierres du rivage. » 
Cette citation est bien propre à faire comprendre quelle impression profonde certains types de la végétation peuvent faire sur l'esprit humain.

Les forêts tropicales

Le climat. 
On serait tenté de penser que la chaleur est excessive dans les contrées tropicales; en fait, les hautes températures qu'on y observe ne sont pas plus élevées que dans les pays tempérés septentrionaux en été : 30°C à 33°C, températures moyennes de Java (Indonésie), de Sri Lanka, de Singapour. Ce qui caractérise donc les chaleurs tropicales, ce ne sont pas les hautes températures, mais leur constance. A Djakarta la différence entre la moyenne du mois le plus chaud et le mois le plus froid est de 1°C; quant aux variations extrêmes, elles sont de 9,2 °C (par exemple, 20,9 °C, température la plus basse, et 30,1 °C, température la plus haute).

Si l'on ne tenait donc compte que de la température, le climat serait très uniforme; les grandes variations viennent de la répartition des pluies.  En général, l'eau tombe abondamment chaque jour, et à Java, pendant le mois de janvier, il tombe, en moyenne, 475 millimètres d'eau; il y a donc une époque où les pluies sont très abondantes. Au mois d'août, qui correspond à ce que l'on appelle la mousson sèche, on peut encore récolter 275 millimètres d'eau par mois, ce qui indique qu'il pleut encore beaucoup pendant cette saison, qui s'oppose à la période des pluies. Java (Buitenzorg notamment) est d'ailleurs un des points du globe où il pleut le plus. Dans beaucoup de contrées tropicales, la différence entre la saison humide et la saison sèche est plus accusée. Au Brésil, dans l'État de Minas Gerais par exemple, la période des pluies s'étend d'octobre à mars, surtout de novembre à janvier, et il pleut abondamment de neuf à vingt jours par mois; d'avril jusqu'en septembre, la sécheresse est, au contraire, prédominante.

Forêt primaire.
Le climat dont nous venons de préciser brièvement les caractères a une influence profonde sur la végétation; une chaleur uniforme accompagnée de pluies abondantes entraîne inévitablement un pullulement extraordinaire de la vie végétale et amène la formation de ce que l'on a appelé les forêts pluviales, qui ont si profondément impressionné tous les voyageurs. La lutte pour l'existence, et surtout pour la place, y est tout à fait intense, et Stanley a pu dire avec juste raison que la forêt tropicale est si pleine que « si le sommet était plan, il serait facile de faire route par-dessus ». La puissance de cette végétation est extraordinaire; elle recouvre en quelques années les espaces défrichés par les humains, puis laissés incultes, les monuments abandonnés. La forêt tropicale se compose de quatre parties principales : 1° les arbres; 2° le sous-bois; 3° les lianes; 4° les épiphytes et les parasites.

Les arbres.
Étudions d'abord les deux premières parties qui constituent la forêt proprement dite. Les arbres affectent une architecture assez particulière, qui est l'indice de la lutte intense pour la lumière. La ramification, quand elle se produit pour eux, est accompagnée fréquemment de redressement des branches parallèlement au tronc principal, de manière à former une sorte de candélabre. Ailleurs, les rameaux se produisent à une grande hauteur sur le tronc principal, et les branches, en petit nombre, s'étalent obliquement, seulement vers la partie supérieure, affectant la forme d'un parasol. Enfin les ramifications peuvent avorter complètement et on a des arbres dont la tige reste simple : c'est le cas des Palmiers (sauf le Doum ou Hyphaene, qui se ramifie exceptionnellement une fois), des Fougères arborescentes et des Cycadées, qui contribuent à donner à la végétation des tropiques son aspect caractéristique.

L'énumération des Palmiers que l'on rencontre dans la région tropicale est impossible, car il faudrait dénombrer la plus grande partie de cette famille considérable. Mentionnons cependant les types à feuilles en éventail, comme le Rondier en Inde; d'autres à feuilles pennées, comme les Elaeis de Guinée, qui abondent en Afrique, ainsi que le Raphia vinifère. En Asie, on peut citer l'Arec cachou, le Métroxyle de Rumph, qui fournit le sagou. En Amérique, on peut observer le Mauritie vinifère, qui joue un rôle économique important; le Céroxylon andicole, les Oreodoxa, le Lodoicea (ou Cocotier) des Seychelles.

Les Vaquois et types voisins sont également représentés dans toutes les flores des tropiques; ils ramifient très peu leur tige en fourche : en Asie, c'est le Vaquois de Java; en Afrique, c'est le Vaquois candélabre. En Amérique, la famille des Pandanées, à laquelle appartiennent les plantes précédentes, est remplacée par le Carludovice palmé, qui a tout à fait l'aspect d'un Palmier, quoique d'une petite famille très distincte, celle des Cyclanthacées. Les Cycadées ont aussi le port des Palmiers : Cycas d'Asie, Zamies d'Afrique et des Antilles, Cératozamies du Mexique. Parmi les Fougères arborescentes, on peut mentionner les Alsophiles, les Cyathées, etc.
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Costa Rica: une forêt tropicale.
Une forêt pluviale tropicale au Costa Rica, près de Gulfito. Source : The World Factbook.

Un point essentiel à noter à l'occasion de ces forêts, c'est l'extrême variété des essences que l'on y observe. Il est très rare de rencontrer des régions où l'on ne voit que des individus appartenant tous à la même espèce comme dans les pays du Nord. Aussi l'inventaire des richesses forestières d'un pays représente-t-il un travail énorme, rendu très compliqué par la difficulté d'atteindre chaque arbre et de se procurer, en temps opportun, des fleurs et des fruits pour sa détermination. 

Parmi les arbres les plus célèbres des régions chaudes, on peut citer les Arbres à pain et le jacquier, le Kolatier, les Papayers ; les Bananiers sont aussi des types très caractéristiques. Parmi les formes arborescentes les plus répandues, on peut nommer beaucoup de Légumineuses et surtout de Mimosées; en Asie et dans les îles de la Sonde, on rencontre des Albizzies, les Indigotiers, les Casses, les Hématoxyles de Campêche, les Figuiers, etc. Les Liliacées et les Amaryllidées arborescentes sont également célèbres : Dragonniers, Dasylirions, Fourcroyers, Barbacenies, etc.

Les arbres peuvent atteindre de très grandes tailles, et les Rasamala ou Altingies que l'on rencontre à Java peuvent atteindre 60 mètres de haut. On conçoit que de pareils colosses, exposés aux tourmentes, aient besoin pour soutenir leur base de ces contreforts que l'on désigne sous le nom de racines-palettes. Les Fromagers ou Eriodendrons présentent aussi des contreforts analogues. Il arrive cependant que parfois les arbres s'étalent; c'est qu'il s'agit alors de ces lutteurs puissants qui écrasent peu à peu tous les concurrents se trouvant dans leur voisinage. Tel est le cas des Figuiers-Banians, notamment du Figuier des pagodes ou du Ficus Benjamina de Java. C'est grâce aux anastomoses de leurs branches, grâce aux mille racines adventives, qui forment autant de troncs nouveaux, que la plante peut s'étendre; elle atteint parfois jusqu'à 500 mètres de tour l'arbre est devenu une forêt.

Les sous-bois.
En général, la puissance de la vie végétale est moindre, et, malgré la lutte pour la lumière, il y a place pour un sous-bois. Il est formé de petits arbres, d'arbustes, qui ont des exigences moins impérieuses au point de vue de l'éclairement que les grands arbres. Leur nombre est parfois assez élevé, et dans le district de Lagoa Santa, au Brésil, tandis que sur 2 600 plantes Phanérogames il y a 380 espèces arborescentes, on compte 300 arbustes poussant dans ce petit district. Il y a aussi parfois des Fougères, et parmi elles on peut citer notamment les Gleichénies dichotomes qui sont herbacées, analogues à la Ptéride grand aigle de des forêts tempérées, mais qui peuvent atteindre jusqu'à 12 mètres de hauteur.

Les Graminées, que l'on est habitué à considérer comme formées surtout par des herbes dans les pays froids, sont représentées sous les tropiques par des plantes souvent magnifiques, comme les Bambous, qui sont de véritables arbres ayant jusqu'à 30 mètres de haut et plus. Il y a aussi des Graminées herbacées, comme la Canne à sucre. Parmi les familles auxquelles appartiennent les herbes vivaces, on peut citer quelques Composées, Rubiacées, Labiées, Scrofularinées, Euphorbiacées, Lycopodiacées.

Les phénomènes phénologiques que manifeste la végétation arborescente sont évidemment en harmonie avec le climat; l'éclosion des bourgeons se produit au moment du retour de la saisondes pluies, car sécheresse veut dire repos et arrêt de la végétation; cette éclosion des bourgeons et le développement des jeunes pousses aux feuillages pendants et vivement colorés contribuent à égayer la forêt tropicale. Les feuilles formées sont, en général, grandes et de consistance épaisse, de couleur sombre à l'état adulte, avec la surface supérieure brillante, réfléchissant la lumière. Ces organes ne tombent pas d'une manière régulière et, en général, dans les forêts humides, la plante est toujours verte. Il peut arriver cependant qu'elle se dépouille plus ou moins complètement pendant la saison sèche, et l'intensité de ce dépouillement devient d'autant plus grande que l'on passe à des contrées où la période sèche s'accuse. La floraison présente des variations analogues : par exemple à Java, sur 213 espèces arborescentes, 53 fleurissent toute l'année, 142 pendant la saison sèche, 18 pendant la saison des pluies. En général, c'est donc plutôt pendant la sécheresse que la floraison s'accuse.

Les lianes. 
Le sous-bois est formé de végétaux qui se contentent de peu de lumière; il y a une autre catégorie de plantes qui sont aussi habituées à cette existence dans une demi-obscurité : ce sont les lianes, et leurs caractères les plus étranges et les plus remarquables découlent de cet état d'étiolement. La pullulation des espèces grimpantes est, en effet, tout à fait intense et contribue puissamment à rendre la forêt primaire inextricable. 

Une plante étiolée (on en donne aisément la preuve en enfermant une plante en germination dans une armoire) s'allonge beaucoup et est incapable de se soutenir, par suite de la faiblesse de ses tissus; aussi retombe-t-elle sur le sol; mais si l'étiolement partiel a lieu dans un sous-bois épais, la plante étiolée ne retombera pas sur la terre, elle s'appuiera sur les branches des arbrisseaux voisins. On peut voir, par exemple, un Pusaetha scandens ramper pendant 25 mètres sur le sol, puis s'appuyer sur les plantes voisines pour grimper. La plante étiolée, n'ayant pas trouvé de support, est restée couchée sur le sol, mais dès qu'un appui a été rencontré, elle a pu acquérir un peu de vigueur pour se redresser vers le haut; à mesure qu'elle s'élève en rencontrant de nouveaux supports, sa vigueur s'accroît et elle tend de plus en plus à se rapprocher de la canopée. Incapable d'abord de se ramifier, parce qu'elle n'en a pas la force, elle se divise au contraire abondamment dès qu'elle a atteint la couronne où elle peut fleurir. Ces lianes se déforment souvent d'une manière étrange en s'élevant sur les arbres : leurs tiges s'aplatissent, deviennent irrégulières à une ou plusieurs ailes; elles se tordent, elles se gondolent d'une façon bizarre, comme dans ces Bauhinia, que l'on appelle souvent des « escaliers de singe ».

Une particularité de forme ou de structure, en apparence secondaire, peut assurer à certaines de ces plantes une supériorité incontestée sur leurs congénères. L'étude des Rotangs ou Palmiers grimpants est très instructive à cet égard. On en rencontre de plusieurs catégories, qui ont formé des aiguillons sur différents organes. Dans le Calamus extensus, qui vit dans l'Ancien Monde, c'est la tige qui est métamorphosée en un long fouet pourvu de piquants; dans les Raphiées, qui vivent dans des contrées semblables (Ancien et Nouveau Monde), c'est le pétiole qui est effilé en fouet et armé de pointes acérées. En Amérique, l'évolution des Palmiers vers la vie grimpante a pu s'effectuer dans une autre direction, car les Moréniées s'appuient simplement sur les branches, leurs pétioles orientés vers le bas formant crochet; c'est évidemment là un des premiers stades de I'adaptation. Enfin chez les Bactridées américaines, dont les Desmuncus peuvent nous fournir un exemple, les folioles des feuilles pennées sont raccourcies et orientées vers le bas, à la manière de harpons qui, en s'enfonçant dans les objets voisins, assurent à ces Palmiers une maîtrise incontestable dans l'art de grimper. La puissance de ces espèces pour s'élever dans la forêt est ainsi souvent tout à fait extraordinaire : on les voit s'élancer dans l'air avec leurs puissants fouets crochus qui explorent l'espace enquête de supports et, dès qu'ils en ont trouvé un, l'ascension devient rapide; mais, à mesure que la plante s'élève et grandit, son poids s'accroît et bientôt le tuteur devient incapable de supporter son fardeau : tout s'écroule à la base; nouvel essor vers le haut, suivi plus tard d'une catastrophe semblable. Ces phénomènes d'ascension et de chute peuvent se multiplier tellement que l'on voit parfois de véritables cordages s'enrouler sur le sol, atteignant jusqu'à 200 et 300 mètres de long.

La forêt primaire est donc un lieu très propice au développement de la vie grimpante, et c'est dans les régions tropicales que se rencontrent les principaux types de lianes. La famille des Cucurbitacées, par exemple, est presque exclusivement tropicale; elle n'est représentée dans notre pays que par la Bryone dioïque. Il peut y avoir des lianes en dehors des régions chaudes, mais c'est sous les tropiques qu'elles prédominent. En Europe, il y a 170 lianes sur 9400 espèces de végétaux supérieurs; ce qui correspond à 1,8 pont 100 de types grimpants. En Inde, les lianes représentent 8 pour 100 de la végétation phanérogamique.

Les lianes des forêts tropicales appartiennent surtout aux familles suivantes : Cucurbitacées, Vitées, Convolvulacées, Légumineuses, Pipéracées, Sapindacées, Mélastomacées. Parmi les Fougères, les Lygodium sont grimpants. En Amérique, il y a beaucoup de Passifiorées, de Malpighiacées, de Smilacées, et, parmi les Orchidées, les Vanilles s'enroulent par leurs racines.

Il y a un autre type de végétaux, plus caractéristique encore des régions chaudes que les plantes grimpantes : nous voulons parler des épiphytes.

Epiphytes et parasites. 
Les plantes épiphytes achèvent de remplir la forêt primaire. Ce sont là des hôtes très nombreux qui manquent à peu près complètement dans les pays froids.

Parmi les plantes qui réussissent surtout dans ces conditions et qui méritent d'être appelées les « filles de l'air », on peut citer d'abord les Fougères, et ce résultat s'explique aisément, étant donné la ténuité et la légèreté de leurs spores; parmi les Fougères épiphytes les plus remarquables, on peut citer les Trichomanes peltés, dans la partie basse, humide et sombre des forêts, puis les Fougères à terreau : Platycerium, Doradille en forme de nid, Polypode à feuilles de Berce dans la partie moyenne. 

Un second groupe également important parmi les plantes épiphytes est celui des Orchidées, tant les espèces à terreau de la partie moyenne, que les espèces à pseudo-bulbe de la couronne des arbres. C'est là que se développent toutes les espèces admirables que nous pouvons voir acclimatées dans les serres : les Cattleya, les Laelia, les Oncidies, les Odontoglosses, qui nous frappent par leurs caractères étranges de végétation, par leurs racines aériennes, leurs feuilles épaisses et charnues, leurs tiges à faux bulbes, autant que par la grandeur et la beauté de leurs fleurs.

Une autre famille, qui a une place également importante dans les serres d'Europe et qui s'installe sur les arbres, grâce aux aigrettes ou aux ailes de ses graines, est le groupe des Broméliacées. Les feuilles s'y disposent d'ordinaire en rosette, avec la partie inférieure creusée en cornets richement colorés de pourpre où l'eau de pluie s'accumule, de manière à constituer des réservoirs d'humidité pour la plante : c'est là ce qui caractérise les Nidulaires, dont les fleurs petites, mais aux couleurs vives, apparaissent au milieu de ces cornets. Le port de ces Broméliacées est un peu raide; leur feuillage est souvent armé de piquants qui en rendent le maniement redoutable, mais leurs inflorescences sont colorées des plus vives nuances et les font apprécier des horticulteurs et des amateurs : c'est dans ce groupe que se placent les Tillandsies, les Vriesies, les Billbergies, etc.

Les Aroïdées contiennent également un grand nombre de représentants adaptés à la vie sur les arbres, tels que les Philodendres, les Anthurium, les Monstères, et le feuillage, si curieusement perforé, de ces derniers, attire l'attention autant que leurs longues racines pendantes, semblables à des cordes atteignant plusieurs mètres de long.

A ces quatre groupes végétaux : Fougères, Orchidées, Broméliacées et Aroïdées, appartiennent presque toutes les plantes épiphytes, mais plusieurs autres familles : Liliacées, Gesnéracées, Asclépiadées, etc., en fournissent aussi quelques spécimens. En général, les épiphytes sont de petites plantes, plus ou moins rabougries, par suite de la faible quantité de nourriture qui est mise à leur disposition; mais parfois elles peuvent acquérir de grandes dimensions, comme c'est le cas des Clusies roses, qui sont des arbres qui s'installent sur d'autres arbres, ou comme les Orchidées géantes de Java, les Grammatophylles.

Toutes les plantes que nous venons de mentionner sont simplement posées sur les arbres; elles peuvent quelquefois les entourer, les encercler, mais jamais elles n'enfoncent aucun suçoir dans leur écorce. Il n'en est pas de même des parasites, qui sont légion dans les régions chaudes et qui sont surtout représentés par des Loranthacées, famille innombrable dont une espèce, dans les pays froids, est le Gui. C'est tout un monde infiniment varié de parasites qui s'incruste sur les branches des arbres, qu'ils déforment et tuméfient d'une manière parfois très étrange, formant ce que l'on appelle la rose de Palo au Mexique, la rose de Madère au Guatémala. Parfois, le parasite s'insinue dans la plante hospitalière sans se trahir au dehors. Nous avons déjà parlé des Rafflésiacées et des Balanophorées, plantes informes, décolorées, souvent nauséabondes, dont les dernières jouent dans les forêts tropicales le rôle des Champignons dans les bois tempérés.
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Végétation tropicale aux environs de Conakry.
A. Fromager, B. Bananiers, C. Palmiers à huile, D. Papayers.

Types spéciaux de végétation tropicale. 
La forêt igapo ou forêt marécageuse des bords de l'Amazone est composée presque exclusivement de Palmiers, avec un sous-bois riche en herbes et en arbustes. Comme Palmiers, des Astrocaryum, des Mauritia, des Euterpes, des Oenocarpes, etc., puis des Légumineuses (Campsiandra), des Euphorbiacées (Hevea), des Myristicées (Virola, sorte de Muscadier), des Sapotacées (Mimusops).

Au bord de la mer, en Asie et dans toutes les îles de l'Océanie, abonde le Cocotier. A noter aussi la flore des marigots, c'est-à-dire des lieux bas remplis d'eau par les pluies ou par les infiltrations d'un bras de fleuve; elle se compose d'une foule de hautes herbes, parmi lesquelles dominent les Graminées et les Cypéracées.

La flore du littoral, ou mangrove, est caractérisée dans les régions tropicales par des plantes très particulières qui frappent tout de suite le voyageur. A mer basse, les Rhizophores ou Palétuviers se montrent comme de grandes araignées végétales, appuyées sur le sol par de nombreuses racines en arceaux. C'est le Rhizophora Mangle, qui est l'avant-garde de la végétation dans la mer. Aux branches de ces plantes pendent des fruits qui atteignent parfois plus de 1 mètre de long. En réalité, il s'agit de graines qui ont germé sur la plante mère et qui ont acquis sur l'arbre, par suite de l'humidité de l'atmosphère où vivent ces plantes, la propriété d'être vivipares. Grâce à cette particularité, la graine qui, d'ordinaire, tombe dans la vase, fréquemment recouverte par la mer, a déjà germé et s'enfonce profondément dans ce sol mouvant ; elle peut donc s'y installer avec une grande promptitude; c'est la raison pour laquelle ces végétaux se maintiennent là où tout autre serait immédiatement balayé par les courants marins. (J. Constantin, F. Faideau).



Martine Chalvet, Une histoire de la forêt, Seuil , 2011.

Bernard Fischesser, La vie de la forêt, Editions de la Martinière, 2009; du même (avec des illustrateurs), La vie illustrée de la forêt, Editions de la Martinière, 2011.

Eva et Wolfgang Dreyer, Guide de la foret: Le milieu, la flore et la faune, Delachaux & Niestlé, 1999.

Claude Leroy, La forêt redécouverte, Belin , 2009.

Andrée Corvol, La forêt; perceptions et représentations, L'Harmattan, 1997.

Georges Plaisance, Guide des forêts de France, Horay, 1998.

André Croteau et Michel Sokolyk, Guide de la forêt québécoise saison par saison, Editions de l'Homme, 1996.

Philippe Rekacewicz, Atlas des forêts, Armand Colin, 2009.
200242794
Catherine Jouan, Jeanne Rius,  Jungles mystérieuses, Milan, 2007.

L.H. Olsen et al. Les Petits animaux des bois et forêts, Delachaux et Niestlé, 2004.




Pages du Kiosque forestier de l'INRA (nombreux liens).

Site de l'Institut pour la forêt (méditerranéenne).

Site Protège la forêt (WWF).

Site du réseau IEFC (association  pour la gestion durable des forêts cultivées).

Site de Office National des Forêts (ONF).

Page sur la Déforestation de Greenpeace.

Pages sur les Forêts du Québec. (site ministère québécois des Ressources naturelles et faune).
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