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Héraldique
Les armoiries
Principes du blason Les armoiries Les drapeaux Les ordres de chevalerie
On nomme armoiries des marques particulières, distinctives et généralement honorifiques, appartenant à une nation, à un souverain, à une ville, à une famille, à une corporation, etc. Elles sont héréditaires dans les familles et sont nommées armoiries, parce qu'elles se portaient jadis représentées sur le bouclier, sur la cuirasse, sur la cotte d'armes et qu'elles tirent leur origine des armes. Les auteurs qui ont écrit sur cette origine sont partagés en deux camps; les uns la font remonter aux temps anciens et veulent que les Grecs et les Romains aient fait usage d'armoiries, et les autres, plus raisonnablement, fixent le commencement de leur emploi à l'époque des croisades et des tournois. En effet, il ne faut pas confondre les emblèmes adoptés par les guerriers de l'Antiquité et qui leur étaient tout personnels avec les armoiries proprement dites. Tels furent le lion couronné des Arméniens, le hibou des Athéniens, les serpents de l'Egypte, etc.; l'aigle figurait sur les étendards des Perses au temps de Cyrus et les chefs des légions romaines l'arboraient comme enseigne, mais les signes gravés sur les anneaux des patriciens et qui semblent se rapporter davantage aux armoiries, comme la Vénus de César, les trois trophées de Pompée et le sphinx d'Auguste, étaient de purs symboles créés par la fantaisie et le caprice et changeaient au gré de leurs possesseurs. 
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Le blason japonais

Par une coïncidence d'autant plus étonnante qu'aucune relation n'existait alors entre les deux contrées, l'usage des armoiries apparaît au Japon presque exactement à la même épque qu'en Europe. Déjà on en rencontre au XIIe siècle. L'origine de la fleur de kiri du blason impérial se perd dans la nuit des temps ; quant au chrysanthème, son adoption, est attribut de l'empereur Go-toba-tennô (1184-1198). 

Le blason japonais ne paraît pas être symbolique comme celui de la chevalerie européenne; la fantaisie du fondateur de chaque famille semble avoir seule présidé au choix de son emblème distinctif. Cependant, en 1642, le shôgun Iyemitsu les membres que tous les membres de la noblesse militaire devront avoir deux mon : l'un appelé Djômon « armes réglementaires », blason originel de la famille l'autre Kahé-mon « armes exceptionnelles », destiné à distinguer les diverses branches d'une même maison, ou les familles différentes possédant les mêmes armoiries. Par exemple, la famille Sama possède les deux blasons ci-dessous.

Armoiries japonaises.
Djô-mon                    Kahé-mon

Quelques rares familles ont des « armes parlantes » : telles les Tori-i de Mibu, qui ont un portique (tori-i) et les Ma-su-ura de Hiratô, qui ont une branche de pin (matsu).

Les blasons japonais n'ont ni cimiers, ni couronnes, ni ni supports, ni devises, et ils n'usent pas d'émaux. (NLI).

Ce ne fut, en France, que sous Louis VII qu'on vit des figures particulières apparaître sur les boucliers et prendre un caractère fixe et héréditaire. Elles se perfectionnèrent sous Louis IX, et ce fut alors que leur composition fut soumise aux règles du blason. A partir des XIIe et XIIIe siècles, elles se transmirent de père en fils et devinrent allusives et souvent parlantes, c.-à-d. qu'elles exprimèrent plus ou moins exactement par l'objet représenté le nom de la famille à laquelle elles appartenaient. Toutefois les armoiries les plus simples sont considérées comme les plus anciennes et les plus nobles; les compliquées sont le résultat d'une recherche pénible pour les faire remarquer des autres. Il y a deux sortes d'armoiries, les pleines et les brisées; les pleines sont celles qui appartiennent au chef ou à la branche aînée d'une famille, les brisées sont le partage des puînés et des cadets. Elle se divisent en sept classes : la première comprend les armoiries particulières à chaque famille noble ou bourgeoise, car l'armorial général contient l'enregistrement d'un grand nombre d'armoiries concédées à des bourgeois, des marchands, merciers, bonnetiers, horlogers, etc. 

Ce qui distingue les armoiries d'une famille noble avec celle d'un bourgeois, c'est que les premières sont timbrées, c.-à-d. surmontées d'une couronne ou d'un casque, tandis que défense formelle fut faite à plusieurs reprises de timbrer les autres. La seconde classe comprend les armoiries attachées aux dignités et aux fonctions ecclésiastiques; la troisième les armoiries de concession, formées de la totalité ou d'une partie de celles d'un chef d'Etat qui en autorisant à les porter a voulu récompenser des services rendus; la quatrième, les armoiries de patronage, c. -à-d. celles d'un souverain ou d'un Etat que les villes portent quelquefois en chef; la cinquième, les armoiries de fiefs ou domaine, en d'autres termes, celles des divers Etats ou terres que possède un souverain (ainsi qu'autrefois les rois de France portaient celles de Navarre jointes aux leurs); la sixième, les armoiries de prétention qui dérivent des armes appartenant à une maison dont on prétend descendre, et enfin la septième, celles de communauté, c.-à-d. les armoiries des villes, des académies, des corporations, etc. Quelques héraldistes ajoutent à ce classement quatre autres catégories : les armoiries d'alliance contenant les quartiers provenant d'aïeux maternels; celles de succession dont on se sert au lieu et place des héritiers du sang; celles de substitution, c.-à-d. les armoiries d'une famille éteinte, dont on est chargé, par désignation testamentaire, de prendre le nom et les armes, et celles dite d'Assomption, qui sont, par l'adjonction d'une pièce quelconque. commémoratives d'un fait particulier. On nomme armoiries diffamées celles qui ont été modifiées dans un sens dégradant, par un édit ou un arrêt, pour cause de forfaiture; fausses ou à enquerre, celles qui n'ont pas été établies selon les règles héraldiques et donnant par cela même lieu à s'enquérir de la cause. 
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Armoiries du cardinal Wolsey, conseiller d'Henri VIII.

L'ensemble des armoiries comporte non seulement l'écu sur lequel elles sont représentées mais aussi les accessoires, lambrequins, couronnes, les marques extérieures destinées à indiquer les emplois et les fonctions, les supports, les tenants, les devises, en un mot tout ce qui accompagne l'écu. La couleur bleue (azur) et l'or dominent dans les armoiries françaises, les nobles ayant choisi de préférence les couleurs du souverain, surtout ceux appartenant à la province de l'lle de France; de même les familles bourguignonnes adoptèrent la couleur rouge (gueules), qui était celle des ducs de Bourgogne, et on reconnaît les armoiries des Bretons à l'hermine souvent employée dans leur composition. Certaines pièces fréquemment répétées servent aussi d'indication; les croix et les coquilles sont très répandues dans les armoiries de Normandie, parce que cette province a fourni beaucoup de chevaliers aux croisades. En Provence, on voit nombre d'armoiries qui diffèrent totalement de celles des provinces voisines, parce que la plupart des anciennes familles de cette contrée sont originaires d'Italie et d'Espagne. C'est ainsi que l'on y trouve beaucoup de tours, de châteaux, comme les lions et les léopards sont fréquents dans les armoiries de Guyenne et de Picardie par suite de l'occupation anglaise. Sous l'ancienne monarchie quiconque était anobli recevait en même temps des armoiries qui étaient composées par le juge d'armes; sous l'empire ce fut la chancellerie qui fut chargée de ce soin.

Armoiries des villes.
Jadis les villes comme les particuliers se choisirent un symbole. Venise prit le lion de saint Marc, Cologne la couronne des trois rois mages, en France elles adoptèrent à l'origine un emblème du pouvoir municipal. Amiens, Soissons, Compiègne, Meaux, etc., avaient sur leur scel la figure de leurs échevins ou consuls; mais, à partir du XVIe siècle, la plupart des cités adoptèrent des armoiries régulières qu'elles empruntèrent à des fastes locaux ou qu'elles avaient reçues de leurs seigneurs. Une enceinte, une tour, un pont, figurèrent dans les armoiries du plus grand nombre. Lors de l'édit de 1696, prescrivant l'enregistrement des armoiries, beaucoup de villes firent la sourde oreille pour ne pas acquitter les droits; d'Hozier leur imposa d'office des armoiries. Les quarante villes de France qui autrefois étaient représentées au sacre des rois par leurs maires portaient le titre de bonnes villes et, dans leurs armoiries, un chef d'azur, à trois fleurs de lis d'or ou semé de fleurs de lis d'or, appelé chef de France; c'étaient  :

Abbeville, Aix-en-Provence, Amiens, Angers, Antibes, Avignon, Besançon, Bordeaux, Bourges, Caen, Cambrai, Carcassonne, Colmar, Sète, Clermont-Ferrand, Dijon, Grenoble, Lille, Lyon, Marseille, Metz, Montauban, Montpellier, Nancy, Nantes, Nîmes, Orléans, Paris, Pau, Reims, Rennes, La Rochelle, Rouen, Strasbourg, Toulon, Toulouse, Tours, Troyes, Versailles et Vesoul

Le 4 août 1789, les armoiries furent proscrites. Sous l'Empire, les villes furent autorisées à reprendre des armoiries; un décret du 22 juin 1804 fixa à trente-six le nombre des bonnes villes Aix, Anvers, Bruxelles, Gand, Liège, Genève, Mayence et Nice figurèrent dans cette liste dont quatorze des anciennes furent éliminées. Un décret du 17 mai 1809 régla qu'à l'avenir aucune cité ou corpo ration ne pouvait prendre d'armoiries qu'après en avoir obtenu l'autorisation de l'empereur. Les villes furent partagées en trois classes; la première : les bonnes villes, portèrent un chef de gueules, chargé de trois abeilles d'or : celles de second ordre, dont les maires n'assistaient pas au sacre, portèrent un franc quartier d'azur à un N d'or, surmonté d'une étoile rayonnante du même. Celles dont les maires étaient à la nomination des préfets portèrent un franc quartier de gueules, à un N d'argent surmonté d'une étoile rayonnante de même (ces signes s'ajoutaient aux armoiries propres des villes). Le 26 septembre 1814, Louis XVIII autorisa par ordonnance les municipalités à se pourvoir en chancellerie afin de reprendre purement et simplement Ieurs anciennes armes. Sous le règne de Louis-Philippe, les villes prirent les armoiries qui leur convinrent; les unes conservèrent le chef de France, d'autres le chef chargé d'abeilles et quelques-unes adoptèrent un chef tiercé en pal, d'azur, d'argent et de gueules, en imitation du drapeau tricolore. Sous le second empire le chef chargé d'abeilles fut en majorité. Depuis le rétablissement de la République, les villes ont continué à se servir d'armoiries de leur choix.
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Armes de Marguerite de Navarre.
Armes et devise emblématique de Marguerite
de Navarre. Miniature du XVIe s.

Armoiries dans divers pays. 
Les armoiries devant servir à faire connaître les chevaliers qui se présentaient pour combattre soit dans les tournois, soit en champ clos, il était tout naturel que les hérauts d'armes des différentes nations s'entendissent pour adopter des figures conventionnelles qu'on pût expliquer partout. Aussi les armoiries en usage dans de nombreux pays sont-elles d'aspect à peu près identique, en ce qui touche la représentation des pièces et figures qui les composent.

Allemagne.
C'est surtout en Allemagne impériale que le goût des ornements extérieurs de l'écu a été particulièrement développé, des lambrequins gracieusement disposés accompagnent les armoiries et des cimiers en nombre les surmontent. Rien de plus singulier, de plus disparate et souvent de plus burlesque que ces trompes ou cornets de tournois, ces plumes de paon, ces figures humaines, ces membres d'animaux qui semblent sortir de l'écu et attirer le regard. C'est aussi en Allemagne qu'on voit des armoiries dont le fond est damasquiné : la damasquinerie et la multiplicité des casques et des cimiers (on cite un écu qui en est surmonté de trente-trois), c'est la caractéristique des armoiries de l'Allemagne qui sont rarement accompagnées de supports ou de tenants comme celles de France.

Angleterre.
En Angleterre, les divisions de l'écu sont très multipliées, les armoiries de chaque famille sont extrêmement compliquées ; les léopards tirés des armes des Plantagenet, les roses blanches et rouges, symbole des deux factions qui désolèrent si longtemps l'Angleterre, y sont très répandues; là aussi on use du cimier, mais en nombre moindre qu'en Allemagne, il ne dépasse guère quatre ou cinq. 

Italie.
L'usage des armoiries en Italie est quelque peu postérieur à celui de la France, nulle part on n'y rencontre plus d'armoiries parlantes; cela vient de ce que les noms de famille s'y sont conservés sans l'adjonction des noms de fiefs. Les chefs aux armes de France, qui les chargent souvent, sont des armes de concession; ils dénotent que le possesseur a appartenu à la faction des Guelfes tandis que les chefs à aigle de l'empire indiquent celle des Gibelins (Les Guelfes et les Giberins). Les châteaux forts, les pièces crénelées qu'on remarque sur beaucoup d'écus italiens représentent les palais seigneuriaux. 

Espagne.
En Espagne on voit aussi beaucoup d'armoiries parlantes et allusives : une pièce qui leur est particulière est la chaudière, attribut des ricos-hombres; les coquilles de Saint-Jacques, les croix de Saint-André y sont très employées, mais les châteaux et les lions sont plus souvent encore représentés dans les armoiries des Espagnols de Castille et de Léon, ainsi que les croissants qui rappellent les nombreux combats livrés aux Maures

Portugal.
Les armoiries portugaises ne différent guère de celles espagnoles, elles ont comme elles des divisions multiples. 

Pays-Bas.
Dans les armoiries des familles des Pays-Bas on peut voir une grande quantité de fleurs de lis et d'hermines; les premières viennent de ce que beaucoup de seigneurs hollandais prirent parti pour la France dans les guerres qu'elle eut à soutenir contre les Bourguignons et les Anglais, et les secondes de ce que la comtesse de Montfort mena avec elle en Bretagne nombre de combattants des Pays-Bas pour la défense de ses droits. La couleur de sinople (vert) est fort commune dans les armoiries de ce pays, à cause des grandes prairies qui existent dans les provinces des Pays-Bas; on y emploie souvent aussi, dans la composition des écus, des pals et des fasces, par allusion aux canaux et rivières qui les traversent. 

Suède.
En Suède, les armoiries n'empruntent pas leurs pièces aux souvenirs chevaleresques, celles qu'on y voit le plus figurer sont des instruments de chasse ou de pêche, des poissons et des bandes ondées rappelant les rivières. 

Danemark.
Le Danemark fournit aussi beaucoup d'armoiries parlantes et fait grand usage du cimier; de plus, il est facile de reconnaître les armoiries danoises au grand nombre de bannières dont elles sont accompagnées, elles attestent la richesse des possesseurs en terres; tel seigneur danois porte vingt bannières autour de son écu. 

Pologne.
En Pologne, le champ de l'écu est presque toujours de gueules (rouge), comme celui des armoiries nationales; les pièces qui y sont représentées sont généralement empruntées aux engins de guerre, mais des objets de caprice et des figures chimériques toutes spéciales rendent ces armoiries à peu près indéchiffrables. 

Suisse.
En Suisse, toute personne qui obtient son agrégation aux bourgeoisies de Berne, Zurich, Bâle, Saint-Gall, etc., doit se choisir, lorsqu'elle n'en a pas, des armoiries, et les faire enregistrer; à l'origine les armes nobles se distinguaient des bourgeoises par un casque grillé pour les premières, ouvert pour les autres; à partir de la fin du XVIIe siècle, cette distinction ne fut plus observée que dans la Suisse alémanique où des règlements sévères la maintinrent jusqu'en 1798. 

Dans la Suisse actuelle le port des armoiries semble appartenir à tout le monde; néanmoins des recueils officiels d'armoiries existent dans la plupart des cantons et ils font foi dans les affaires de revendication particulière. Les couleurs et les pièces des armoiries suisses n'ont pas de caractère distinctif de celles françaises.  (H. Gourdon de Genouillac).

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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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