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Grenoble
Grenoble, Cularo, puis Gratianopolis, est une ville de France, chef-lieu du département de l'Isère, sur la rivière du même nom, à 3 km en amont du confluent du Drac, au pied du mont Rachais, à 499 kilomètres au Sud-Est de Paris; altitude : 214 m; population : environ 153.000 habitants. 
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Grenoble.
Grenoble au début du XXe siècle.

Histoire

Grenoble existait avant la conquête romaine, sous le nom de Cularo, et était situé à l'extrémité du territoire des Allobroges, dont la capitale était Vienne. Il est cité dans une lettre de Munatius Plancus à Cicéron datée de l'an 43 av. J.-C. Jusqu'au IVe siècle, il ne fut qu'un vicus de la cité de Vienne. Station routière de la grande voie qui partant de Vienne se dirigeait sur Milan par le mont Genèvre, il était le siège d'un bureau de la douane dite le Quarantième des Gaules. Poste militaire important, il fut entouré d'une ceinture de murailles qui était terminée sous le règne de Dioclétien et de Maximien de 284 à 292. Erigé en civitas à la fin du IVe siècle, il devint le siège d'un évêché.

Occupé par les Burgondes à la fin du Ve siècle, puis conquis en 532 par les Francs, il suivit dès lors les destinées du Dauphiné. En 574, il faillit tomber aux mains des Lombards, mais fut heureusement sauvé par le patrice Mummol. Il semble reconnu, sans qu'on en puisse préciser la date, qu'au cours du Xe siècle il eut à subir une invasion des Sarrasins. Les anciens historiens dauphinois faisaient remonter à cette date l'origine du pouvoir temporel des évêques de Grenoble sur leur ville épiscopale. D'après eux, l'évêque lsarn (950-976), ayant chassé les envahisseurs, aurait repeuplé le comté de Grenoble avec des étrangers auxquels il aurait distribué des bénéfices, et serait ainsi devenu, par le droit des armes, suzerain de la terre reconquise par lui. 

Cette légende est contredite par l'histoire des églises voisines, telles que Valence et Gap. Le pouvoir temporel des évêques de Grenoble, comme celui des comtes de Grésivaudan qui devinrent ensuite les dauphins de Viennois, a pris naissance à la dissolution du royaume de Bourgogne. Après la mort de Rodolphe III, l'évêque de Grenoble Mallenus et le comte Guigue le Vieux s'entendirent pour se partager ses dépouilles dans la région. L'entente entre les deux seigneurs dura jusqu'à la fin du XIe siècle. A cette date, l'évêque de Grenoble, saint Hugues, se prétendant lésé, engagea la lutte contre le comte Guigue III. Après de longs démêlés, au cours desquels l'évêque fut expulsé de sa ville épiscopale, un accord intervint, le 11 septembre 1116, par lequel le comte abandonna à son rival tous les biens d'église qu'il possédait. En 1152, l'empereur Frédéric Barberousse, pour récompenser l'adhésion donnée par l'évêque de Grenoble Geoffroy à l'obédience de l'antipape Victor III, lui accorda les droits régaliens.
 

Les évêques de Grenoble

L'évêché de Grenoble  fut successivement occupé par les personnages suivants : saint Domnin, 381; saint Diogène? 390; Amicus, Sébastien, 418; Vitalien, Cerat, 450; Viventius, saint Victurius ou Victor, 516, 523; Ursulus, 538; Siagrius Ier, 555-567; Hésichius Ier, 573601 ; Syagrius II, 614; Clarus, 650, 653; saint Ferjus, 683; Boson, Hésichius II, Austrobert, 699; Ramnoldus, 707; Ragnomarus, 732; Austoricus?; Corbus, 743; Leopertus, Ardineus, Odolardus, 804; Radoldus, 825; Supertus, 829; Ebroaldus, Adalulfus, Ebbon, 855-860; Bernaire, 875-882 ; Isaac, 892-922; Alcherius, 944-949; Isarn, 950-976; Humbert, 990-1030; Mallenus, av. 1030-1036; Artaud, 1036-1057; Pons Ier, Pons II,1076; saint Hugues, 1080-1132; Hugues Il, 1131-1148; Othmar; Geoffroy, 1151-1463; Jean Ier de Sassenage, 1163-1220; Guillaume ler, 1220-1221; Pierre Ier de Seyssins, 1221; Solfrey, 1222-1237; Pierre Il Equa, 1237-1248; Pierre III, 1248-1250; Falque, 1250-1266. Guillaume II de Sassenage, 1266-1280; Guillaume Ill de Royn, 1281-1302; Guillaume IV de Royn, 1302-1337; Jean II de Chissé, 1337-1350; Rodolphe de Chissé, 1851-1380; François Ier de Conzié, 1380-1387; Aimon Ier de Chissé, 1388-1427; Aimon II de Chissé, 1427-1450; Siboud, Alleman, 1450-1477; Jost de Silenen, 1477-1484; Laurent Ier Alleman, 1484-1518 ; Laurent Il Alleman, 1518-1561; François II de Saint-Marcel d'Avançon, 1561-1575; François III Fléard, 1575-1606; Jean III de La Croix de Chevrières, 1607-1619; Alphonse de La Croix de Chevrières, 1619-1620; Pierre IV Scarron, 1620-1667; Etienne Le Camus, 1671-1707; Ennemond Allemand de Montmartin, 1707-1719; Paul de Chaulnes, 1721-1725; Jean IV de Caulet, 1726-1771; Jean V de Cairol de Madaillan, 1772-1780; Marie-Anne-Hippolyte Hay de Bonteville, 1780-1788; Henri-Charles Dulau d'Allemand, 1789-1802 ;Joseph Pouchot, évêque constitutionnel, 1791-1792; Henri Raymond, évêque constitutionnel, 1792-1802; Claude Simon, 1802-1826; Philibert du Bruillard, 1826-1853; Ginoulhiac, 1853-1870; Justin Paulinier, 1870-1875; Armand-Joseph Fava, 1875.

La situation de Grenoble au confluent de l'Isère et du Drac devait l'exposer à de redoutables dangers. Un vieux dicton dauphinois dit :

Le serpent (Isère) et le dragon (Drac)
Mettront Grenoble en savon,
Trente-deux fois, du XIIIe siècle au XIVe, il fut plus ou moins ravagé par ces deux rivières. La première inondation, si l'on en juge par les souvenirs qu'elle a laissés, semble avoir été la plus terrible. Elle eut lieu en 1219 et fut causée par la rupture d'un lac, formé dès 1191, dans la plaine du bourg d'Oisans, par les eaux de la Romanche, affluent du Drac, qu'un éboulement de rochers et de terres avait arrêtées dans la gorge de Livet, en face de l'Infernet. En 1377, à la suite d'un nouveau débordement du Drac, les consuls rectifièrent le lit de ce torrent et reportèrent à 3 km en aval de Grenoble son confluent avec l'Isère. Malgré cette sage mesure, les inondations revinrent périodiquement, alternant avec un autre fléau, plus redoutable encore, la peste, apportée à Grenoble par les armées que Charles VIII, Louis XII et François Ier conduisaient en Italie.

En juin 1242, l'évêque Pierre Il Equa et le dauphin Guigue V accordèrent aux habitants de Grenoble des franchises communales assez étendues qui leur furent successivement confirmées par les dauphins et les rois de France, leurs successeurs. En 1340, le dauphin Humbert Il fixait à Grenoble son conseil delphinal, transformé en 1452 en parlement par le dauphin Louis (depuis Louis XI). C'est encore Humbert Il qui créa en 1339 à Grenoble une université, qui n'eut qu'une brève existence; restaurée en 1542 par François de Saint-Pol, gouverneur du Dauphiné, elle eut une période de prospérité qui dura peu et fut définitivement supprimée en 1565 et réunie à l'université de Valence.

Le protestantisme fut introduit à Grenoble en 1522 par un religieux cordelier nommé Pierre de Sébiville. Il y fit de rapides progrès. Aussi les guerres de religion y furent-elles particulièrement âpres. Le baron des Adrets s'empara de Grenoble le 11 mai 1562 et y régna en maître jusqu'au milieu de 1563, rançonnant les catholiques et saccageant les églises. L'influence catholique reprit ensuite très rapidement le dessus. Toutefois, grâce à la modération du lieutenant général Bertrand de Cordes, les horreurs de la Saint-Barthélemy lui furent épargnées. En 1579, Catherine de Médicis y vint passer quelques semaines pour décider Lesdiguières, qui avait pris le commandement des troupes protestantes, à accepter la paix. Elle ne réussit pas et la lutte continua. A l'avènement de Henri IV, Grenoble était une des citadelles de la Ligue. Dans la nuit du 24 au 25 novembre 1590, Lesdiguières s'empara par surprise du quartier Saint-Laurent, situé sur la rive droite de l'Isère. 

Les ligueurs commandés par Albigny résistèrent pendant un mois encore, attendant un secours du Lyonnais, lequel ne vint pas. Le 22 décembre la ville se rendait à Lesdiguières qui en prenait possession au nom du roi Henri IV.

Lesdiguières s'occupa de suite de mettre Grenoble à l'abri d'un coup de main. Il fit reconstruire et agrandir l'enceinte et plaça une forteresse, la Bastille, au sommet
du mont Rachais, au-dessus du fort Rabot. Ces travaux de fortifications, interrompus à la mort du connétable en 1626, furent repris en 1636 par le maréchal de Créqui, son gendre, terminés en 1670 parle duc de Lesdiguières, son petit-fils, et régularisés en 1692 par Vauban qui, dans un mémoire daté de 1700, en reconnaissait déjà l'insuffisance et indiquait comme nécessaire l'agrandissement qui fut pratiqué en 1832. 

Pendant la première moitié du XVIIIe siècle, Grenoble se couvre de couvents. A la place de l'antique hôpital fondé en 1424 par l'évêque Aymon de Chissé, le maréchal de Créqui fait bâtir, en 1627, un vaste hôpital qui existe encore aujourd'hui. Un collège est fondé en 1606 et confié d'abord aux dominicains, ensuite aux jésuites. La révocation de l'édit de Nantes là comme partout ailleurs porta un coup funeste à l'industrie.

A la fin du XVIIIe siècle, Grenoble fut le foyer le plus ardent du mouvement qui devait aboutir à l'assemblée de Vizille. Aussi accueillit-il avec joie la Révolution; mais il n'en connut pas les excès. A la chute de l'Empire, il fut occupé, du 19 août au 28 mai 1814, par les troupes alliées. Il n'accepta pas sans répugnance la Restauration et le prouva le 7 mars 1815, lorsque Napoléon, débarqué au golfe Juan, se présenta devant ses murs. Il y fut reçu en triomphateur et en repartit le 9 mars pour marcher sur Lyon. Ces jours d'enthousiasme eurent un triste lendemain : le 26 juin on apprenait la défaite française de Waterloo, et l'on se préparait à un nouveau siège. Le 5 juillet, une division austro-sarde de 4000 à 5000 hommes, sous le commandement du général autrichien Latour, arrivait à La Galocherie, sous les murs de Grenoble. La population, déterminée à se défendre, résista autant que le permirent les faibles moyens mis à sa disposition; mais, le 9 août, elle dut se résoudre à une inévitable capitulation. 

L'année suivante, un agitateur nommé Paul Didier tenta de s'emparer de Grenoble dans un but qui n'a jamais été pleinement éclairci. Dans la nuit du 4 au 5 mai 1816, il marcha sur la ville à la tête de bandes composées de soldats licenciés et d'officiers en demi-solde. Prévenu à temps, le général Donadieu eut facilement raison de ces troupes mal armées et en désordre. La répression fut implacable. Didier et vingt-quatre de ses complices furent exécutés sur la place Grenette. De son côté, le gouvernement de la Restauration châtia la ville suspecte en lui enlevant son école d'artillerie et ses facultés des lettres et de droit. La dernière lui fut rendue après la mort de Louis XVIII. En 1820, on compléta d'après les plans de Vauban les fortifications du Rachais. En 1832 et en 1883 on agrandit dans de notables proportions l'enceinte créée par Lesdiguières. D'autre part, à la suite de la dernière inondation de l'Isère qui eut lieu en 1859, de grands travaux furent entrepris pour mettre la ville à l'abri de ce périodique fléau.

Monuments 

Grenoble comprend une partie ancienne percée de rues étroites et tortueuses, et une ville neuve élégamment bâtie et largement aérée par de grands boulevards. Dans la vieille ville se trouvent quelques monuments dignes de fixer l'attention. 

C'est d'abord, dans le quartier de Saint-Laurent, l'église du même nom bâtie au XIe siècle par les bénédictins, et sa crypte dans laquelle J. Quicherat a reconnu un reste d'une basilique carolingienne. 

Sur la rive gauche : la cathédrale qu'une tradition locale erronée attribue à Charlemagne et qui dut être commencée vers le milieu du XIIe siècle; Saint André bâtie en 1227 et qui contient la sépulture de Bayard; le palais de justice, commencé sous Louis XII et terminé sous Henri IV, élégante construction, qui est a été l'objet d'une importante restauration à la fin du XIXe siècle. Dans une salle du tribunal de première instance qui servait autrefois à la chambre des comptes se trouvent d'admirables boiseries, exécutées en 1521 par un artiste allemand nommé Paul Jude. 

De l'enceinte romaine il ne reste que quelques débris et les fondations d'une tour qui fait l'angle de l'hôtel de ville, ancienne résidence du connétable de Lesdiguières. 

Dans la nouvelle ville il faut citer l'hôtel de la préfecture et le palais des facultés, le musée-bibliothèque, merveilleusement aménagé et qui contient, d'une part, une remarquable galerie de tableaux formée principalement par un don fait à la ville en 1811 par Napoléon ler, et d'autre part une riche bibliothèque, comprenant notamment  640 incunables et d'environ 1700 manuscrits. (A. Prudhomme).

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Dictionnaire Villes et monuments
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