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Les Guelfes et les Gibelins

Guelfes et Gibelins. - Noms de deux partis puissants qui divisèrent l'Allemagne et l'Italie aux XIIe, XIIIe et XIVe siècles. La querelle prit naissance en Allemagne. Deux familles illustres de ce pays, ayant pour chefs, l'une Conrad, fils de Frédéric de Hohenstaufen, duc de Souabe, seigneur de Wiblingen (d'où par corruption Gibelin); l'autre, Henri le Superbe, duc de Saxe, neveu de Welf (Guelfe II), duc de Bavière, se disputèrent la couronne impériale apris la mort de Lothaire (1138). Conrad chef des Gibelins, ayant été élu empereur, les Guelfes refusèrent de le reconnaître, et lui cherchèrent partout des ennemis. Dès ce moment tout l'empire se partagea en Guelfes et en Gibelins : c'est dans une bataille livrée en 1140 par Guelfe III à Conrad devant le château de Weinsberg, et perdue par lui, que ces noms furent employés pour la première fois; ils servaient de cri de guerre et de mot de ralliement aux deux partis. 

Ces querelles, terminées en Allemagne par la victoire de Conrad, qui assura l'avantage aux Gibelins, furent transportées en Italie et elles y durèrent longtemps encore. La famille des Guelfes trouva des partisans dans presque toutes les villes de l'Italie, lasses du joug des empereurs, et vit se déclarer pour elle le pape, irrité de la vive opposition qu'il avait rencontrée de la part de l'empereur dans l'affaire des Investitures. Les villes de la Lombardie, Milan à leur tête, se proclamèrent libres et formèrent une ligue toute dévouée au parti guelfe. Une ligue contraire, mais moins puissante, formée sous le patronage de Pavie resta fidèle à l'empereur, et se mit à la tête des Gibelins. Ce ne fut toutefois qu'en 1159 que l'Italie devint le théâtre d'une guerre ouverte. 

Les Gibelins furent d'abord vainqueurs : l'empereur Frédéric Barberousse, malgré les efforts du pape Alexandre III, prit Milan, la détruisit de fond en comble (1162), et soumit toutes les cités lombardes. Mais il fut défait à son tour près de Legnano, en 1176, et forcé, à la diète de Constance, en 1183, d'assurer l'indépendance aux villes lombardes. La lutte recommença sous le règne de l'empereur Frédéric II. Ce prince fut d'abord vainqueur; il battit les Milanais à Corte-Nova (1237), mais son fils Entius fut vaincu par les Bolonais; l'Allemagne le déposa lui-même et se donna à Guillaume, comte de Hollande, compétiteur que lui avait suscité le pape Innocent IV : Frédéric, accablé de chagrin, alla mourir dans ses Etats de Naples (1250).

A partir de cette époque, la querelle des Guelfes et des Gibelins ne fut plus qu'une lutte particulière entre deux ou quelques villes d'Italie, ou entre deux ou quelques familles dans une même ville. A Vérone, Eccelin le Féroce fit triompher un instant le parti gibelin; mais il succomba enfin sous les efforts du marquis d'Este (1259). A Milan, les Torriani, chefs du parti guelfe et de la cause populaire, furent contraints de céder le pouvoir aux Visconti, partisan des Gibelins (1277). A Florence, où les Guelfes et Gibelins furent souvent désignés sous les noms de Blancs et Noirs (Blanchi et Neri), Silvestre de Médicis enleva l'autorité à la famille gibeline des Uberti, et donna une constitution démocratique aux Florentins (1258). Pise fut fidèle aux empereurs; mais, abandonnée par eux, elle tomba en 1284 sous l'influence des Guelfes, après une guerre désastreuse contre Gênes. Rome flottait entre l'oligarchie et la démocratie, entre les Gibelins et les Guelfes; le tribun Nicolas Rienzi donna un moment le pouvoir aux derniers (1347). 

En général les Gibelins étaient partisans de la domination impériale et de la hiérarchie féodale; les Guelfes, de la domination de l'Eglise et de l'indépendance nationale. Leurs querelles, après avoir ensanglanté l'Italie pendant quatre siècles, ne cessèrent que par l'effet de la lassitude universelle et surtout par la diversion qu'occasionna l'invasion des Français en Italie (1495).

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Dictionnaire biographique
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