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Troyes
Troyes, Trecae, et Augustobona Tricassirun. - Ville de France, chef-lieu du département de l'Aube, à 150 kilomètres au Sud-Est  de Paris, sur la Seine, dans une large plaine d'alluvions, où la Seine se divise en plusieurs bras et reçoit deux petites rivières, la Vienne à gauche, la Barse à droite. Altitude 110 m; population 60.960 habitants (2012). 

Le canal de la Haute-Seine divise Troyes en deux parties : à droite s'étend la ville basse, la plus ancienne, habitée jadis par le clergé et la noblesse; à gauche s'étend la ville haute, où l'on peut distinguer deux quartiers : le quartier du Sud-Ouest, où se trouvaient autrefois les tanneries, filatures et autres ateliers industriels et où sont concentrés aujourd'hui les établissements de commerce; le quartier du Nord-Ouest, sorte de ville neuve où sont disséminées, au milieu de petits enclos, des pavillons. Dans la ville neuve, les rues ont été tracées régulièrement, les maisons sont construites en briques ou en pierre. Un des quartiers du centre-ville a conservé une physionomie du Moyen âge (par exemple, la curieuse ruelle des Chats). Les remparts de Troyes ont été démolis et remplacés par de larges et belles promenades plantées d'arbres, les mails. 
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Troyes : l'hôtel de Vauluisant.
Troyes : l'hôtel de ville.
L'hôtel de Vauluisant (1550). Musée.
L'Hôtel de Ville de Troyes.

Monuments.
Troyes a conservé de nombreux monuments du passé, dont les plus remarquables sont les églises

La cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul. 
Cette église cathédrale est l'une des plus belles de la Champagne, commencée en 1208, et achevée seulement en 1492. L'abside, le choeur et les chapelles absidales sont en style gothique primitif; le transept et quelques piliers de la nef, en style secondaire; la nef, les chapelles accessoires et le portail principal, en style tertiaire. Un ouragan renversa en 1365 un clocher qui s'élevait an centre de la croisée. Les fondements du grand portail et des tours furent jetés en 1506, et Martin Cambiche, de Beauvais, fut chargé de cette construction, que poursuivirent après lui Jean de Soissons et Jean Bailly. Tous les membres résistants et épais de la construction sont en matériaux petits, inégaux, de mauvaise qualité; les fondations sont composées uniquement de mauvais sable et de débris de craie; les meneaux, corniches et colonnes sont seuls en pierre de taille; les voûtes sont en craie.

L'extérieur de la cathédrale de Troyes, bien qu'inférieur dans l'ensemble à celui
de plusieurs autres monuments religieux, ne manque ni de grandeur ni de richesse. L'abside, avec ses arcs-boutants et ses contre-forts couronnés de clochetons pyramidaux, est d'un effet pittoresque. Une balustrade en forme de créneaux règne autour du comble. Les flancs de l'édifice sont obstrués en plusieurs endroits. Le portail du transept méridional et les voûtes du choeur ont dû être reconstruits au XIXe siècle. Le grand portail, divisé à sa partie inférieure en trois portiques à voussures profondes, séparés par des contre-forts solides, offre toute la richesse de décoration qui caractérise l'art voisin du la Renaissance. Il a 53 m de largeur et 33 m de hauteur. La rose flamboyante peut soutenir la comparaison avec les plus belles. 
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Troyes : la cathédrale.
Troyes : le portail occidental de la cathédrale.
 La cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul de Troyes. Façade occidentale.

Une seule tour, celle du Nord, a été achevée, en 1648; elle atteint une élévation de 64 m; elle est carrée, et présente des tourelles de 10 m au sommet de deux de ses angles. Son étage supérieur, terminé par un couronnement corinthien, est en désaccord avec le reste de l'édifice. Le portail du croisillon septentrional, construit au XIIIe siècle, est divisé horizontalement par des balustrades en trois étages : le porche, une colonnade gothique formant fenêtres, et une rose de style rayonnant. Il a pour pignon terminal un pan de bois recouvert d'ardoises et tout à fait disgracieux.

L'intérieur de l'église, à 5 nefs, tout badigeonné en 1779, se distingue par la richesse de la perspective et l'élégance des formes : la longueur totale dans oeuvre est de 120 m environ; la largeur, au transept, de 48 m; la hauteur sous voûte, de 30 m. Les piliers sont flanqués de légères colonnettes destinées à supporter les retombées des voûtes; autour de l'abside, ce sont de grandes colonnes monocylindriques accompagnées de deux colonnettes qui ne leur sont réunies que par les bases et les chapiteaux : sur ces derniers s'élève un faisceau de trois colonnettes appliquées, qui soutiennent les voûtes du sanctuaire, et dont le fût est interrompu par des dais hexagonaux recouvrant autrefois des statues. La galerie ou triforium est à claire-voie.

Les fenêtres qui éclairent la cathédrale de Troyes sont larges, divisées en quatre compartiments par des meneaux que surmontent des roses à six feuilles, et garnies de magnifiques verrières de toutes les époques. Les vitraux des roses du transept sont également très remarquables. Les chapelles absidales sont admirables de tous points, surtout celle de la Vierge; les chapelles des collatéraux sont moins grandes, et attirent peu l'attention par leur architecture. 

Église Saint-Urbain.
Cette ancienne collégiale est un des chefs-d'oeuvre de l'architecture gothique; elle rappelle par sa légèreté, par la pureté et l'élégance de son style, la Sainte-Chapelle de Paris. Elle fut fondée en 1263 par le pape Urbain IV (1261-1264), qui voulait perpétuer le souvenir de son origine dans une ville où il était né d'un pauvre cordonnier. 

L'édifice n'a pas été achevé : il ne contient que le choeur, les transepts, et les premières travées de la nef, dont la voûte a une hauteur de 26 m A envisager la largeur des quatre piliers de la croisée, ils devaient supporter une tour probablement fort élevée. Deux porches profonds, bien abrités, donnent entrée dans les deux branches de la croix : au-dessus du rez-de-chaussée, à la hauteur de 3,30 m, toute la construction ne présente plus qu'une lanterne vitrée, d'une extrême légèreté, maintenue par des contre-forts pleins jusqu'aux chéneaux supérieurs. 

L'architecte de Saint-Urbain a fait sa bâtisse résistante en pierre commune, dite de Bourgogne, sorte de moellon piqué, et tout ce qui n'était qu'accessoire, décoration, chêneaux, claires-voies, en pierres de Tonnerre, basses de banc, très fermes, mais de grandes dimensions en longueur et en largeur; ces pierres ne sont réellement que des dalles de champ ajourées. La claire-voie du sanctuaire est un charmant monument de l'art du XIIIe siècle, qu'on a eu la malheureuse idée de masquer par une énorme décoration de sapin et de carton-pierre peinte en blanc. 

Église Sainte-Madeleine.
Cette église est la plus ancienne de la ville, car on y remarque des restes d'architecture du XIIe siècle. Son plan forme une croix parfaite. A droite du portail s'élève une tour haute de 33 m. On remarque, à l'intérieur de l'édifice, un magnifique jubé, construit au commencement du XVIe siècle, sous le règne de Louis XII, par un maître maçon de Troyes, nommé Jean Guaylde ou Gualdo. II consiste en une grande arche, dissimulée derrière des claveaux pendants qui forment un feston horizontal de trois arceaux gothiques; de sorte que l'aspect de la construction est celui d'une large plate-bande. Une incroyable profusion de broderies, de petits dais et de pinacles garnissent la face de ce balcon aérien, jeté de la façon la plus hardie, à une hauteur de 6,45 m, sur un écartement de 11,70 m. Pour résister à la poussée de l'arche, les deux piliers contre lesquels il s'appuie ont dû être enveloppés dans des massifs où l'on a sculpté des niches et des tableaux dans le goût du jubé lui-même. Les vitraux des chapelles qui entourent le sanctuaire sont remarquables par leur composition et l'éclat de leurs couleurs. 
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Troyes : le jubé de l'église de la Madeleine.
Le jubé de l'église Sainte-Madeleine, à Troyes.

L'Église Saint Pantaléon.
Cest un édifice construit en style de la Renaissance, et commencé en 1527. Le portail seul est du XVIIIe siècle. L'intérieur de cette église est digne d'intérêt. Les piliers qui soutiennent les voûtes sont ornés de dais richement sculptés, abritant des statues un peu moins grandes que nature et disposées sur deux rangs. On attribue ces statues à F. Gentil et à son associé Dominique. Les arcades de la nef et du choeur ont été garnies de 6 grands tableaux de Carré, élève de Lebrun, représentant la vie de Saint Pantaléon, ainsi que de deux tableaux d'Herluison, qui représentent la Nativité et le Christ au tombeau. De bonnes grisailles, figurant l'histoire de Daniel, celle de Jésus-Christ, et diverses batailles, ont été peintes aux fenêtres pendant le XVIe siècle par Macadie et Lutereau. La première chapelle à droite de la nef, disposée en Calvaire, contient plusieurs groupes remarquables, une Mère de pitié, Pilate montrant le Christ aux Juifs, et la Vierge soutenue par la Madeleine et Saint Jean. Le retable de la chapelle qui suit immédiatement est décoré d'un groupe en pierre représentant Saint-Crépin et Saint Crépinien occupés à fabriquer des chaussures, tandis que des soldats viennent les saisir. 

Les autres églises.
Les autres églises ont été achevées, à l'époque de la Renaissance, par une école d'architectes et de sculpteurs troyens fondée par un Florentin, Dominique Barbiere; il faut citer celles de Saint-Nicolas, Saint-Martin-ès-Vignes (verrières du XVIIe s.), Saint-Nizier, Saint-Jean et Saint-Rémi.
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Ils sont nés à Troyes...

Troyes a vu naître plusieurs personnages célèbres : Jacques Pantaléon (1185-4264), pape sous le nom d'Urbain IV; le rabbin" Salomon Jarchi (mort en 1105), érudit; Juvénal des Ursins (mort en 1131), prévôt de Paris; le président Mathieu Molé (mort en 1656); le poète Chrétien de Troyes (mort en 1191); Jean Passerat (mort en 1602), un des auteurs de la Satire Ménippée; le jurisconsulte Pierre Pithou (1539-1596); l'érudit Grosley (mort en 1785); les peintres Nicolas (mort en 1695) et Mignard (1612-1695); les sculpteurs Girardon (mort en 1745) et Simart (mort en 1857). 

Histoire.
Troyes occupe l'emplacement de l'ancienne capitale des Tricasses, appelée par les Romains Augustobona. La ville primitive, la Cité, n'occupait qu'une île entourée par la Seine; elle devint capitale de cité sous Auguste et fut embellie de monuments que les habitants démolirent bientôt, faute de pierres, pour élever une enceinte fortifiée. Pendant la période des invasions, les évêques troyens gouvernèrent habilement la ville, et l'un d'eux, saint Loup, réussit à en détourner Attila, après sa défaite des Champs catalauniques. A la fin du IXe siècle (notamment en 889), les Vikings s'emparèrent de Troyes, l'incendièrent et détruisirent la cathédrale. A la même époque, Troyes fut choisie comme capitale par les comtes de Champagne, qui y firent élever plusieurs monuments, creuser un canal pour alimenter les tanneries et dessécher les marécages. 
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Troyes : rue de la Cité.
La rue de la Cité, à Troyes, sur une ancienne photographie. A droite, l'entrée de l'Hôtel-Dieu, 
au fond, la cathédrale.

La Champagne fut réunie au domaine royal par Philippe le Bel en 1285, mais la capitale conserva presque tous ses privilèges. Pendant la guerre de Cent ans, les grandes compagnies et les troupes anglaises ravagèrent le pays, sans prendre la ville. En 1417, Jean sans Peur voulut faire de Troyes la capitale du royaume de France; d'accord avec la reine Isabeau de Bavière, il y transporta le siège du gouvernement, avec une Cour, un Conseil, un Parlement et une Chambre des comptes. C'est là que fut signé, en 1420, le célèbre traité qui donnait la couronne de France  à Henri V, roi d'Angleterre, après la mort de Charles VI. Les Anglais et les Bourguignons occupèrent la ville jusqu'à l'arrivée de Jeanne d'Arc, qui sous  Charles VII, s'en empara avec l'aide des habitants en 1429.

Pendant le Moyen âge, Troyes se composait de deux villes : la Cité, habitée par le clergé et la noblesse, et la ville haute, centre industriel et commercial. Dans le voisinage étaient les bourgs de Croucels, Saint-Martin-ès-Vignes, aujourd'hui réunis à la ville, et de Sainte-Savine. On comptait 45.000 habitants sous Charles VI, 23.000 sous Louis XII. La ville était administrée par un maire élu, assisté de 8 échevins et d'un conseil de ville de 24 bourgeois; elle était défendue par un fossé et une muraille crénelée garnie de tours. Elle fut dévastée à plusieurs reprises par la guerre, la famine, les épidémies, et il y eut jusqu'à 6000 mendiants. Néanmoins, l'industrie était prospère-: dans la ville haute existaient 400 ateliers de tanneurs et 3000 métiers de drapiers; le papier et les ouvrages d'orfèvrerie s'exportaient dans tout le royaume.

Des foires importantes se tenaient à Troyes deux fois par an, à la Saint-Jean et à la Saint-Rémi, sous la direction du maître des foires ; elles disparurent au XVIe siècle.

Les Troyens souffrirent beaucoup des guerres de François ler et de Henri Il; il fallut plusieurs fois payer des contributions très lourdes, vendre les objets d'art, jusqu'aux reliquaires des églises. A l'époque de la Réforme, plusieurs milliers d'habitants se convertirent au calvinisme; les massacres des Guerres de religion et la révocation de l'édit de Nantes en firent disparaître un grand nombre. 

Le XVIIe siècle fut une époque malheureuse : la famine et les impôts causèrent plusieurs émeutes sous Henri IV, Louis XIII et Louis XIV, les privilèges municipaux furent abolis et la mairie devint une charge héréditaire. Le XVIIIe siècle a été, au contraire, une période calme, troublée seulement par la querelle des jésuites et des jansénistes; il y eut un peu d'agitation en 1787, lorsque le Parlement de Paris fut exilé à Troyes par Louis XVI.

Pendant la période révolutionnaire, les Troyens adoptèrent avec ardeur les idées nouvelles et les réformes; plus tard, ils acceptèrent facilement le despotisme de Napoléon et les institutions impériales. En 1814, Troyes fut un des principaux points d'appui de la défense du territoire; des combats acharnés furent livrés dans la Champagne, mais la ville ne fut pas attaquée.

Le XIXe siècle a été une période de tranquillité, pendant laquelle s'est développée l'industrie de la bonneterie. Les premiers statuts des bonnetiers de Troyes datent de 1554 ; l'industrie bonnetière fut prohibée en 1700, autorisée de nouveau en 1754. Vingt ans plus tard, ou comptait 700 métiers à Troyes et plusieurs centaines encore dans les environs. L'industrie textile a été pendant longtemps florissante : en 1785, il y avait 2700 métiers à toiles et l'on exportait pour 1.750.000 livres de toiles. L'industrie des toiles a souffert beaucoup des traités de commerce signés avec l'Angleterre. (H. Conrad / B).

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Dictionnaire Villes et monuments
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