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Histoire de la Bretagne

Aperçu Du IVe au XIIe siècle Du XIIe au XVe siècle
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La Bretagne (en breton : Breiz, dont le sens originel serait l'équivalent de tacheté ou tatoué. Dans le breton moderne, le mot briz a conservé la même acception) était autrefois une province de France
La Bretagne des Romains (Britannia), c'était l'Angleterre. Le nom en a passé avec les Bretons insulaires qui émigrèrent sur le continent, du Ve au VIIe siècle, à la péninsule nommée jusque-là Armorique (Armorica). La petite Bretagne (Britannia minor), comme on l'appelait quelquefois, devint une des principales provinces de l'ancienne France.
Elle avait pour bornes à l'Ouest l'océan Atlantique, au Nord la Manche et la Normandie, au Sud le Poitou, à l'Est l'Anjou et la Touraine. Capitale : Rennes. Elle se divisait en Haute-Bretagne et Basse-Bretagne. La Haute-Bretagne formait 5 diocèses, Dol, Rennes, Nantes, Saint-Malo, Saint-Brieuc; dans la Basse-Bretagne étaient ceux de Tréguier, Vannes, Quimper, Saint-Pol-de-Léon. 

Aujourd'hui la Bretagne est une région administrative, dont le chef-lieu est toujours Rennes, et qui est formée de quatre départements créés à la Révolution : Ille-et-Vilaine, Morbihan, Côtes-d'Armor et Finistère. Un cinquième département, la Loire-Atlantique, qui correspond à une portion du territoire de l'ancienne province, fait aujourd'hui partie de la région Pays-de-Loire. La réforme territoriale de 2015 a conservé cette partition.

Histoire de la Bretagne jusqu'à la Révolution

La Bretagne pendant la Préhistoire et l'Antiquité.
La Bretagne-Armorique, de même que le reste de la Gaule, demeure, durant des siècles, enveloppée d'une obscurité profonde. On conjecture que l'Armorique fut peuplée de bonne heure, sans qu'on sache rien de précis sur la provenance de ses premiers habitants, venus probablement de points divers. Moins de mille ans avant l'ère chrétienne, l'Armorique en était encore à l'âge de pierre. Toutefois, elle s'était rapidement constitué un état social relativement élaboré. 

On a constaté qu'elle était en relations avec les populations méditerranéennes, plusieurs siècles avant l'arrivée des légions romaines; mais elle s'obstina longtemps à ne pas subir leur influence morale. Les habitants de la région possédaient des troupeaux, des animaux domestiques; ils avaient l'usage du cheval, ainsi que du boeuf et du chien; les céréales ne leur étaient pas inconnues, et ils connaissaient le travail du lin. Vers la partie occidentale de la péninsule, où la température est plus douce, poussaient certains arbres fruitiers; déjà l'on fabriquait des vases de terre; le lait et le fromage étaient des aliments familiers.

Par suite, cet état social était donc plus avancé qu'on ne croirait. L'organisation en familles, en tribus et en clans suppose une idée de gouvernement; les clans de commune origine formaient sans doute une confédération, à la manière des cités gauloises vers l'époque des guerres romaines. Mais leur religion surtout était instituée. Assurément il est impossible d'affirmer en quoi consistaient leurs croyances. 

C'est de cette époque que datent les nombreux monuments mégalithiques que l'on peut voir en Bretagne. Ceux-ci qui consistent en pierres brutes appelées dans le pays, selon leur forme ou leur destination, menhirs ( = pierres longue), dolmens ( = tables de pierre), cromlechs ( = enceintes circulaires), galgals ( = témoignages).

L'homogénéité des monuments funéraires, les pierres non taillées qu'on y a partout découvertes, voilà qui atteste du moins, outre un respect universel pour les morts, l'attachement de ces populations à un héritage de traditions. C'était comme un monde à part, assez ignoré du dehors. Des migrations devaient, de temps à autre, jeter quelque trouble dans cette simplicité; mais les nouvelles tribus se confondaient bientôt avec les anciens colons. A peine si l'arrivée des hommes portant des armes de bronze marque une date ou un pas en avant dans cette civilisation.

L'Ère celtique.
L'âge de bronze reste à peu près aussi obscur que celui de la pierre polie; ces deux périodes présentent des différences, à peine sensibles. L'étude des sépultures seulement projette quelque lumière sur ces temps indéterminables. On ne trouve pas trace en Bretagne d'ensépulturement par incinération; peu de groupes compacts dans les cimetières armoricains; presque partout des sépultures isolées. Les Celtes, qui occupaient dès lors le pays, enterraient leurs chefs sous les dolmens; leurs inhumations se firent toujours dans les chambres mégalithiques, et ils n'eurent pas à inventer cet usage funéraire; ils l'avaient trouvé, comme bien d'autres, chez les premiers occupants, et ils l'adoptèrent. De là la difficulté qu'il y a à assigner une date précise à certains monuments mégalithiques (ceux de Carnac ou de Locmariaquer, par exemple, le galgal et la grotte sculptée de Gavrinnis). Les peuples celtiques, apparus vers l'âge de bronze, ne renoncèrent pas à la pierre polie. Les chefs gaulois furent enterrés suivant les rites anciens, bien qu'on enfermât des métaux dans leur sépulture. Les Celtes ne devaient pas si vite changer de moeurs; vivant dans un état prospère, ils n'avaient pas un intérêt immédiat à en sortir ils avaient plutôt à redouter les innovations qui leur parvenaient du dehors : c'était pour eux un péril, et ils leur empruntaient juste de quoi s'en garantir.

Cependant une transformation s'opérait dans le monde antique. Peut-être sept ou huit siècles avant notre ère, éclata dans les clans celtiques un grand mouvement religieux, dans lequel les druides occupèrent une place centrale. La religion devint entre leurs mains un instrument de domination et de gouvernement. Quelle organisation la théocratie druidique apporta-t-elle aux populations armoricaines? On ne sait là-dessus rien de constant. Et l'on est astreint à observer la même discrétion sur les cérémonies du culte, puisque les prêtres eux-mêmes n'en ont rien révélé à la postérité et qu'il ne nous a été transmis à ce sujet que les on-dit des Latins ou des Grecs.

C'est en Armorique peut-être que ce culte fameux opposa la plus vive et la plus longue résistance aux idées romaines; il n'en disparut même que devant le christianisme, après dix siècles environ d'existence. Ce pays écarté se prêta dès l'origine à l'influence druidique. Les forêts et les îles armoricaines, mieux que les savantes retraites d'Autun ou de Chartres, étaient des lieux naturellement fermés aux gens et aux choses des hautes terres; les habitants en étaient farouches avec l'étranger.
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Bataille de Celtes et de romains.
Les Celtes engagés contre les Romains.

L'Armorique romaine.
Les Armoricains ne se montraient belliqueux qu'à l'occasion : ils ne prenaient guère les armes que pour défendre leur territoire. Quand ils furent entrés dans l'alliance offensive et défensive des cités gauloises lors de la guerre contre les Romains, ils furent les plus ardents à la lutte suprême, et César ne vit qu'un moyen de les dompter, à la suite de la victoire, ce fut de se montrer implacable et de les effrayer par le châtiment; le sénat entier des Vénètes fut condamné et tous les sénateurs mis à mort. La bataille navale où fut détruite la flotte des Vénètes, en 56, prouve chez les Armoricains une certaine expérience de la manoeuvre; montés sur des navires à hauts bords, ils ne se servaient pas de rames : certes, leur art de la voilure était encore primitif et grossier, leurs voiles étant des peaux cousues ensemble; mais cela indique déjà une habitude des navigations lointaines.

Deux ans après, les Armoricains se soulevèrent de nouveau, et, en 52, ils prirent part à la grande insurrection des Gaules. Ils ne furent pacifiés que l'année suivante. L'Armorique conquise fut intégrée par César à la Lyonnaise 3e, qui comprenait en outre le territoire des Pictavi dans l'Aquitaine 2e. La paix romaine anéantit à jamais l'alliance nationale et l'indépendance des cités particulières.

La plupart des villes gauloises étaient bâties sur les promontoires, à une faible distance du rivage. Ces villes étaient rares, et c'étaient plutôt des postes retranchés, où la population trouvait un asile en cas de guerre et de danger. Cinq peuples occupaient la péninsule armoricaine : 

1° les Namnètes, dont la capitale était probablement Candevincum (Nantes); 

2° les Vénètes, avec Dariorigum (Vannes) pour capitale (avant la conquête romaine, la capitale était probablement à Locmariaquer); 

3° les Osismiens, capitale Vorganium (Carhaix), et villes principales Aquilonia, Gesocribate, etc. ;

4° les Curiosolites, - Fanum Martis (Corseul) capitale, et villes principales : KozIeoudet (Ieaudet, Guéodet, Vetus Civitas), Alethum (Aleth), etc.; 

5° les Rhédons, avec Condate (Rennes) pour capitale. 

Au IVe siècle, les capitales se transformèrent en civitates; Vorganium devint Civitas Osismorum ou simplement Osismor. Quelques auteurs ont avancé que l'Armorique renfermait, outre ces cinq peuples, les Lexoviens à leaudet (Lexobie), les Ambiliates à Lamballe, les Diablintes dans la contrée de Dol C'est une opinion tout à fait hasardée; aucune de ces tribus gauloises n'habita la péninsule armoricaine.

Après la conquête, les Romains couvrirent le pays de forteresses et de villes, mais laissant au milieu un profond massif de forêts, comme un territoire neutre, interposé entre les cinq populations. Ils établirent pourtant une voie stratégique entre Condate et Vorganium, et de cette dernière ville rayonnèrent d'autres voies (au nombre de sept, dit-on), vers les extrémités de la région; de solides routes, composées de stations et de camps retranchés, relièrent entre elles les nouvelles cités gallo-romaines. Dès le temps d'Auguste, on vit des municipes se fonder, où les lettres latines et grecques furent enseignées dans les écoles publiques. Sous Claude fut proclamée officiellement la dissolution des collèges druidiques. Par toute la presqu'île d'Armorique s'élevèrent des villas, dont les ruines de Corseul ont attesté la richesse et le luxe. Le pays fut tranquille, sinon heureux, deux siècles durant.

Cette prospérité finit avec les Antonins. Alors les exactions du fisc n'eurent pas de bornes : la paix romaine devint odieuse et le soulèvement des Bagaudes (Histoire de l'Empire romain), au IIIe siècle, trouva l'Armorique prête à la révolte. Mais, cette fois encore, elle porta le poids de la défaite; elle fut ravagée par les légions et dévorée comme une proie par les intendants civils; ce fut une guerre d'extermination. Bientôt la région fut dépeuplée, déserte et transformée en une vaste solitude de landes et de bois; c'était, au dire des auteurs anciens, le coin le plus désolé des Gaules. Une dernière fois, la haine du nom romain rallia les populations de l'Ouest; jamais revendication ne fut plus énergique que celle des cités armoricaines; elles allèrent jusqu'à donner leur concours aux Francs, nouveaux venus sur le territoire gaulois, parce que Rome était leur ennemie à tous. 

La Bretagne pendant le Moyen-âge.
Aux Ve et VIe siècles, d'autres arrivants, mais ceux-ci, les Bretons insulaires, protestant d'une origine commune avec les tribus de la Gaule, fuyant les armes des Angles et des Saxons, recevaient l'hospitalité sur les plages de l'Armorique : c'est de ces nouveaux venus que l'Armorique occidentale prit le nom de Bretagne. Un récit légendaire attribue à Conan Meriadec, un de ces Bretons insulaires, la domination d'une partie de la Bretagne, à lui cédée par un général romain du nom de Maxime

En 510, le roi breton Budic se soumit à Clovis; ses descendants, tout en continuant à régner, ne prirent que le titre de comtes; cependant les Bretons n'étaient soumis que de nom aux Francs, ou bien ils étaient sans cesse en insurrection. 

Au  VIIe siècle, le duc ou roi Judicaël vint rendre hommage à Dagobert. Plus tard Pépin le Bref établit à Vannes un comte des marches de Bretagne. Le fameux Roland était investi de cette dignité. Il faut arriver au IXe siècle pour trouver un peu de certitude dans les annales bretonnes. 

En 799 toute la Bretagne reconnut l'autorité de Charlemagne. En 822 commença avec Noménoé une 2e dynastie de comtes : sous celle-ci, la Bretagne se scinde souvent en trois comtés, Vannes, Nantes, Rennes. Tout le comté de Bretagne est déclaré vassal du duché de Normandie en 912.
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Bataille de Ballon.
La bataille de Ballon, entre Bretons et Francs.

Noménoé est un personnage vraiment historique; la victoire de Ballon, qu'il remporta sur Charles le Chauve, 845, lui assura la possession indépendante de presque tout le territoire breton. De Noménoé seulement date une chronologie quelque peu précise de l'histoire de Bretagne. Voici toutefois, jusqu'à l'apparition de ce chef, les noms et les dates plus ou moins authentiques de quelques Teyrns bretons : Conan, 385; Salomon ou Salaün Ier, 421; Grallon, 434; Audren, 446; Érech, 464; Eusèbe, 478; Budic, 490; Hoël Ier ou Rioval, 513; Hoël II, 545; Canao ou Conobre, 547; Macliau, 568; Judual, 577; Hoël III, 594; Salaün II, 612; Judicaël, 632; Alain II, 638. 

Plusieurs chefs, maîtres du pays appelé la Domnonée, luttèrent avec avantage contre les rois carolingiens : Noménoé les éclipse tous. Après ce prince, on place le règne de son fils Érispoé, qui conclut avec Charles le Chauve, 851, le traité d'Angers, d'où date la mouvance de Bretagne. Salomon III, neveu et meurtrier d'Érispoé, lui succède en 857. A sa mort, 874, la Bretagne se partage entre deux concurrents : Pasquiten, gendre de Salomon, et Gurvaud, gendre d'Érispoé; le premier prend le titre de comte de Vannes, le second celui de comte de Rennes. Durant cette période, les Vikings commencent leurs ravages, que suspend la victoire d'Alain III, dit le Grand, à Questembert, 888. La Bretagne et surtout Nantes ont beaucoup à souffrir des invasions des Vikings sous Gurmailhon, comte de Cornouailles, 907, et Jubaël Béranger, comte de Rennes, 930. Mais Alain, dit Barbe-Torte, les bat près de Nantes en 937. Après lui, viennent ses fils Drogon, 952, et Hoël IV, 953; Guérech, comte de Nantes, 980; Conan Ier le Tors, comte de Rennes, 987; Geoffroy Ier, 992, qui veut prendre le titre de duc de Bretagne (mais ce titre n'est pas reconnu par ses suzerains). Alain III, 1008, sous lequel les paysans se révoltent contre les privilèges de la noblesse, et qui fut le tuteur de Guillaume le Conquérant; Conan II, 1040; Hoël V, 1066; Alain Fergent (Pervens, le Roux), 1084; Conan III le Gros, 1112. 

A sa mort, une guerre de succession a lieu entre Hoël, son fils, et Eudes ou Odon, comte de Porhoet, reconnu duc par les habitants de Rennes. Hoël, chassé par les Nantais, 1158, est remplacé par Geoffroy II, fils de Henri II, roi d'Angleterre, qui dépossède en même temps Conan IV le Petit, réduit au comté de Guingamp. 
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Meutre d'Arthur par Jean sans Terre.
L'assassinat d'Arthur par Jean sans Terre.

Geoffroy (Geoffroi), secouant l'influence anglaise, devient possesseur paisible et respecté de son domaine, et ami du roi de France Philippe-Auguste. Arthur Ier, son fils, lui succède en 1196; mais il tombe entre les mains des Anglais, et leur roi Jean sans Terre le fait lâchement poignarder, 1202.  Ce meurtre fait passer la souveraineté de la Bretagne dans la maison de Thouars et de Dreux. Guy de Thouars avait cédé ses droits à Philippe-Auguste, 1206, moyennant la jouissance, pendant sa vie, des comtés de Bro-Erech. Quimper et Poher; Pierre de Dreux, dit Mauclerc, mari d'Alix, soeur d'Arthur, ne se montre pas aussi disposé à abandonner ses droits; mais il entre en accommodement avec Philippe-Auguste en faisant de ses États un hommage-lige, qu'il refuse ensuite à Louis IX. Descendant de Louis le Gros, Mauclerc commence la dynastie capétienne de Bretagne, et est forcé par Blanche de Castille de renoncer à la couronne ducale en 1237. Viennent ensuite Jean le Roux; Jean II, créé en 1297 duc et pair par Philippe le Bel; Arthur II, 1305; Jean III le Bon, 1312, après lequel commence la lutte de Charles de Blois et de Jean de Montfort. 

Les discordes de ces princes ensanglantent la Bretagne durant 23 années, mettent aux prises l'Angleterre et la France, et produisent des héros illustres, Olivier de Clisson et Bertrand Du Guesclin, ainsi que des épisodes fameux, le combat des Trente, 1351, la bataille d'Auray, 1364, suivie du traité de Guérande, 1365, qui confirme les droits revendiqués par Jean IV, vainqueur de son rival tué dans l'action. Après Jean V le Bon ou le Sage, 1399, ont régné : François Ier, 1442, vainqueur des Anglais en Normandie et meurtrier de son frère Gilles de Bretagne; Pierre II, 1450; Arthur III, plus connu sous le nom de connétable de Richemont, 1457, allié fidèle de la France, défenseur des prérogatives de son duché contre Charles VII. 
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Combat des Trente.
Le combat des Trente.

François II, oncle et successeur d'Arthur, 1458, au milieu d'une vie agitée par les guerres et les intrigues, lutte sans succès contre Louis Xl; à sa mort, 1488, la Bretagne devient l'apanage d'Anne, sa fille, qui la porte en dot à Charles VIII, 1491, et ensuite à Louis XII, 1499. Après la mort de cette princesse, la Bretagne passe en héritage à sa fille Claude de France, dite la bonne reine. François Ier, qui l'épouse le 18 mai 1514, devient, par cette alliance, duc de la province bretonne, dont la réunion solennelle et définitive à la France a lieu en 1532. Dès lors l'histoire de la Bretagne se confondra avec celle de la monarchie.

Réunion de la Bretagne à la France. 
Anne, reconnue duchesse, n'était pas encore en âge de gouverner. Ses tuteurs négocièrent avec Maximilien d'Autriche et le roi d'Angleterre, pour en obtenir des secours ou tout au moins une protection efficace contre l'influence française. Cependant Nantes, la seconde capitale de la Bretagne, refusait ses portes à la jeune souveraine; cette ville avait été le séjour préféré de François Il; les derniers ducs l'avaient comblée de privilèges; il paraît même que l'héritier présomptif de la couronne ducale porta le titre de « comte de Nantes »; plus tard, les actes publics distinguèrent encore le comté de Nantes du duché de Bretagne. Outre les places occupées par les troupes de France, l'important pays nantais aussi échappait donc à la duchesse Anne. Rennes demeurait fidèle; mais la Cornouaille était en proie à la jacquerie. Enfin, 6000 Anglais et 2000 Espagnols débarquèrent sur les côtes bretonnes, et leur arrivée retarda les progrès de la conquête française; Maximilien imposa le traité de Francfort à Charles VIII, qui s'engageait à retirer son armée de la Bretagne (1489). L'intervention de l'archiduc avait été la plus intéressée. Il se hâta de solliciter la main de la jeune Anne de Bretagne, qui ne manquait pas de prétendants; le mariage eut lieu par procuration. A cette nouvelle, Charles VIII envoya une ambassade auprès de Henri VII pour obtenir qu'une telle union, dangereuse pour l'Angleterre comme pour la France, fût proclamée nulle : les négociations n'aboutirent qu'à la reprise des hostilités en Bretagne. La duchesse fut assiégée dans Rennes et réduite à capituler (1491). Dans le traité qui suivit, la Bretagne perdit son indépendance. 

Le mariage de la duchesse avec Maximilien fut rompu, et Charles VIII épousa Anne de Bretagne, en décembre 1491. La nouvelle reine sacrifia le duché « à l'union et à la tranquillité des deux pays »; elle en fit au roi la cession perpétuelle et irrévocable : dans son contrat, il n'est même pas question des enfants qui pouvaient naître de ce mariage, comme héritiers de la couronne de Bretagne. Anne subissait le sort des armes; mais la Bretagne succombait surtout sous l'habile politique des rois de France; Charles VIII ne fit que compléter une conquête depuis longtemps commencée par ses prédécesseurs, et la force des armes y eut peut-être moins de part que l'incessante invasion des moeurs étrangères. Toutefois, les institutions locales furent encore laissées intactes. Comme il n'avait été fait, dans le mariage de la duchesse, aucune mention des privilèges de la province, les villes bretonnes adressèrent au roi des représentations (1492) : il leur fut accordé que les impôts seraient levés comme sous les anciens ducs, avec le consentement des Etats, et que le parlement administrerait la justice comme précédemment; en 1495. le roi fit entrer dans ce parlement quelques juges d'origine française. La paix avait été conclue dès 1492, avec Maximilien et Henri VII. Nul autre événement n'est signalé dans l'histoire de Bretagne jusqu'à la mort de Charles VIII en 1498.
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Anne de Bretagne.
Anne de Bretagne.

A peine veuve, Anne accourut dans le pays breton et reprit le titre de duchesse, publiant des édits, frappant des monnaies, faisant acte de souveraineté et même exigeant la reddition des villes et des places fortes occupées par les troupes françaises. Louis XII, dont le divorce avec Jeanne de France, fille de Louis XI, ne fut pas sans causer quelque scandale, fit toutes les concessions et vint à Nantes épouser Anne de Bretagne (1499). Cette fois, la Bretonne eut sa revanche; le contrat fut tout à fait favorable à la province; Anne y était reconnue pour « vraye duchesse »; elle gouvernerait elle-même ses sujets bretons; rien ne devait être changé à ce qu'elle avait établi depuis la mort de Charles VIII; les privilèges de la province furent garantis par une déclaration du roi; l'héritage du duché fût même réglé de telle sorte que la Bretagne serait séparée de la France après la mort du roi; à peine si Louis XII la considérait comme réunie au domaine de la couronne. La reine eut sa cour de Bretons; elle s'entoura d'une garde bretonne et à sa table chantaient des bardes du pays natal. On juge par là de l'ascendant qu'Anne de Bretagne exerça sur Louis XII. Des protestations s'élevèrent contre les prétentions de la reine et les Etats généraux se firent l'écho de ces doléances.

Le roi tomba gravement malade (1504); et Anne, ayant tout à craindre de ses ennemis si son mari venait à mourir, conçut le projet de se retirer au plus tôt sur ses terres de Bretagne. Le roi guérit; le maréchal de Gié, qui s'était opposé par la force au départ de la reine, fut poursuivi pour des crimes imaginaires. Pendant que s'instruisait ce procès célèbre, qui ne fut pas à la gloire de la vindicative Bretonne, elle fit un voyage à travers son duché. Elle en fut bientôt rappelée par les fiançailles de la princesse Claude avec le comte d'Angoulême (1506). Cette union, demandée par les Etats généraux, n'était pas du goût de la reine; elle en montra son dépit, en se réservant la faculté, par une disposition additionnelle à son propre contrat de mariage, de disposer elle-même de son duché si elle, avait un fils. Quelque temps après, les membres du clergé breton saisirent une nouvelle occasion de faire opposition au clergé français, dans les décisions de l'assemblée réunie à Tours (1510), pour décider sur la guerre au pape Jules Il. En 1512, autre guerre entre l'Angleterre et la France; les Anglais ravagèrent les côtes de Bretagne; à cette campagne se rapporte le combat mémorable de la Cordelière, montée par le capitaine Porzmoguer (ou Primauguet) : son navire ayant pris feu, le Breton accrocha l'amiral ennemi, et les deux vaisseaux sautèrent ensemble. En souvenir de ces exploits maritimes, Louis XII restitua au duché le comté d'Etampes, qui avait été confisqué à François Il par le roi de France. La reine Anne mourut l'année suivante, 1514, laissant la Bretagne agitée, pour un demi-siècle, par des questions d'hérédité.

Le duché revenait à la princesse Claude; Louis Il en remit l'administration à son mari François d'Angoulême. Devenu roi, en 1515, François ler reçut de la reine Claude, la cession de la Bretagne, à perpétuité, étant garantis toutefois les droits des enfants qui viendraient à naître d'eux. En 1524, un testament de la reine transmettait la Bretagne au dauphin, par une clause tout opposée aux deux contrats de la reine Anne. Quand il s'agit, en 1529, de payer la rançon du roi de France, la Bretagne envoya son subside comme les autres provinces. Cependant, la question de l'annexion définitive n'avait pas encore été résolue; elle fut réglée dans une assemblée des Etats, à Vannes (1532), d'une façon assez singulière le dauphin eut l'administration du duché, avec sa capitale à Rennes; certains privilèges furent garantis à la province, qui ne pouvait facilement s'habituer à la dépendance, après avoir eu ses princes particuliers et sa constitution propre, durant sept siècles au moins; on avait fait entendre aux Etats que la Bretagne, « tant qu'elle serait séparée, serait l'objet des inquiétudes de la France et des intrigues de l'Angleterre, et qu'elle était exposée, dans toute guerre entre ces deux nations, à être foulée par ses alliés comme par ses ennemis : l'union de la Bretagne avec la France était indiquée par la nature, et c'était là le seul moyen d'obtenir une paix durable... »

Les Bretons parurent se rendre à ces raisons; mais ils cédaient plutôt à la force des choses. Il y avait quatre ans que le dauphin gouvernait le pays, lorsqu'il fut rappelé par le roi, trop peu rassuré en voyant le prince vivre en bonne intelligence avec un peuple naguère si ardent, qui pouvait n'avoir pas renoncé à ses revendications et qui s'appuierait peut-être sur le dauphin lui-même. Le jeune prince mourut cette année-là (1536); et la nouveau dauphin, Henri, fut nommé duc de Bretagne; il obtint, en 1539, l'usufruit du duché, dont il rendit hommage au roi situation singulière pour une province qui avait son souverain particulier et qui dépendait de la couronne. A l'avènement de Henri Il (1547), l'union fut consommée.

« Le nouveau roi était duc de Bretagne, et comme héritier de la couronne de France, et comme descendant en ligne directe des anciens ducs par la reine Claude, sa mère. Il pouvait invoquer le droit naturel et l'acte d'union de 1532. Les droits de la maison de Bretagne et les droits acquis par la France se trouvaient réunis en sa personne. »
Un des premiers soins de Henri II fut d'organiser le parlement du duché et de le rendre permanent; il y fit entrer, comme cela avait été fait déjà, quelques membres, choisis par le roi et Français de naissance. Il établit d'abord deux chambres, l'une à Rennes et l'autre à Nantes; puis il réunit à Rennes et déclara sédentaire ce parlement. L'incorporation du duché fut définitive, en 1570, à la suite de quelques négociations avec diverses familles rivales, dont les prétentions restaient à éteindre : ainsi, les maisons de Dreux, de Penthièvre, d'Avaugour, etc.

De 1570 à la fin de l'Ancien régime.
La mort de Henri III devait ramener les troubles. La maison de Bretagne n'était plus représentée dans sa postérité masculine; mais il restait trois filles de Henri II, et nul doute que le duché ne revint à l'aînée, si le principe de l'hérédité ne s'était pas trouvé modifié par suite de l'annexion. Henri IV soutenait que la Bretagne, formant partie intégrante du domaine royal, ne pouvait plus être soumise à des lois particulières de succession, et il la réclamait comme telle. Il y avait un troisième prétendant, le duc de Mercoeur, marié à une héritière des Penthièvre. Henri III avait déjà commis la faute de le nommer gouverneur d'une province où le duc tenait plusieurs fiefs importants; les guerres de religion fournirent à Mercoeur l'occasion de réclamer ses droits au duché.

Son ambition le jeta, plus que ses préférences et ses convictions, dans le parti de la Ligue. Les réformés avaient pour principaux chefs les Rohan et les Laval. L'assassinat du duc de Guise fut le signal des hostilités; les horreurs de la Saint-Barthélemy n'avaient pas atteint la Bretagne; mais la guerre civile l'envahit, dès l'abord, dans toute sa fureur. Les premiers faits d'armes furent au profit de Mercoeur. Il s'empara de Nantes et de Redon; Rennes même se rendit, mais fut perdue aussitôt. Ces succès entraînèrent le duc à dévoiler ses projets sur la Bretagne. Un autre gouverneur fut nommé, le comte de Soissons, qui fut fait prisonnier avant d'arriver à Rennes; le jeune prince de Dombes lui succéda. L'avènement de Henri IV causa la défection de quelques seigneurs opposés à la Ligue; le parlement reconnut le nouveau roi (1589). Mercoeur se déclara pour le cardinal de Bourbon et renouvela ses prétentions sur le duché. Les royalistes pourtant remportèrent quelques avantages; et un nouvel échec fut infligé à Mercoeur par les habitants de Saint-Malo, qui refusèrent d'accueillir ses troupes, comme celles des royalistes, d'ailleurs. C'est alors que Saint-Malo organisa une confédération de villes maritimes, avec Saint-Brieuc, Tréguier, Lannion, Morlaix et Roscoff, pour préserver la côte des Anglais (1590). 

Le duc de Mercoeur avait appelé les Espagnols, qui débarquèrent à l'embouchure du Blavet, où leur campement donna naissance à une ville nouvelle, Port-Louis; Mercoeur s'empara de Hennebont. Dans cette extrémité, les Etats furent convoqués à Rennes (1590) : les royalistes purent alors voir combien leurs ressources étaient réduites. En même temps Mercoeur assemblait à Nantes d'autres Etats; il en obtint tous les subsides dont il avait besoin, mais il n'osa leur demander encore la couronne ducale de Bretagne : le pays avait donc deux parlements, deux gouvernements et deux capitales. L'Angleterre envoya aux royalistes un corps d'arisée de 2400 hommes, à l'aide desquels le prince de Dombes offrit la bataille au duc de Mercoeur, près de Guingamp : la victoire resta indécise. Mercoeur évita désormais ces rencontres et ces mêlées générales. La maladie décimait les Anglais, qui demandèrent à se retirer; ils furent surpris en chemin par les ligueurs et exterminés (1592). L'armée royaliste était donc bien réduite et le parti du roi très compromis. Les Espagnols ravageaient la côte; ils débarquèrent dans la presqu'île de Tréguier, ils pillèrent et brûlèrent la ville épiscopale sans défense (1592). 

Les Etats de la Ligue, réunis à Vannes, accordaient de nouveaux crédits à Mercoeur, tandis qu'une conspiration se tramait à Rennes même contre le gouverneur de la province. Le roi conclut une trêve de trois mois avec les chefs de la Ligue; Mercoeur ne l'accepta pas (1593). L'abjuration de Henri IV ne changea pas tout de suite la face des affaires. Pourtant les Etats de Rennes votèrent des subsides au roi, qui envoya le maréchal d'Aumont en Bretagne, à la place du prince de Dombes (1594). On mit le siège devant Morlaix et Quimper, dont la capitulation rendit quelque espoir aux royalistes. Mécontents qu'on ne leur livrât pas une de ces villes, les Anglais se retirèrent dans leur pays et la Cornouaille resta en proie aux brigandages de La Fontenelle. Ce ligueur s'était emparé de l'île Tristan et de Douarnenez, dont il avait fait sa place d'armes, et avec une troupe de bandits il rançonnait la contrée, traquait les paysans comme de vils animaux, obligeait les propriétaires à lui acheter des sauvegardes, et ces sauvegardes n'étaient pas toujours une sécurité; il pillait les châteaux et brûlait des villages entiers; jusqu'à la mer qu'il infestait de ses pirateries. Le lieutenant général de Saint-Luc s'empara de cette bête fauve; il eut le tort de lui rendre la liberté, moyennant une forte rançon. Le maréchal d'Aumont ayant été tué dans un siège, le roi, occupé devant Amiens, convint d'une trêve de quatre mois avec le duc de Mercœur. Ensuite il désigna le maréchal de Brissac pour conduire la guerre de Bretagne (1597). Aucun événement d'importance ne se passa, dès la reprise des hostilités.

Les barbaries de La Fontenelle suivaient leur cours; un corps de 1200 hommes fut chargé de poursuivre ce monstre; mais on ne put le forcer dans son repaire. Vers le même temps, une formidable flotte espagnole fut signalée devant Brest; elle fut retardée par un brouillard soudain et dispersée par la tempête. Enfin, la prise d'Amiens permit au roi de diriger ses forces sur la Bretagne; on annonça qu'il venait en personne terminer cette longue guerre. Cette nouvelle déconcerta les partisans de Mercoeur; du reste, on était las de tant d'agitations et de tant d'horreurs : le duc de Mercoeur fit sa soumission. Henri IV se montra clément, même envers La Fontenelle, qui fut bientôt repris, les armes à la main, dans la conspiration de Biron, et fut roué, à Paris, en place de Grève. Le roi signa, dans cette circonstance, le fameux édit de Nantes (1598), réglant les droits et le sort des protestants en France. Après Nantes il visita Rennes; pendant son voyage entre ces deux villes, il fut si frappé de la misère que la guerre civile avait partout répandue, qu'il réduisit les redevances et les impôts de la province envers la couronne. La pacification fut complète; et la paix de Vervins, en assurant le repos de la Bretagne, rendit définitive l'union, tant de fois discutée, avec la France.

Désormais la province de Bretagne n'a pas d'histoire particulière; les événements dont elle est le théâtre ou l'objet, se rattachent à l'histoire générale de la France. Il faut pourtant mentionner spécialement certaines querelles du parlement avec le pouvoir royal : car ce parlement restera jusqu'au bout le fidèle gardien des derniers privilèges. Sa loyauté ne fut jamais en cause. C'est ainsi que Richelieu le chargea d'instruire le procès du comte de Chalais, qui fut exécuté à Nantes pour avoir conspiré contre le ministre; à cette occasion, furent démantelées trois villes fortes, Guingamp, Lamballe et Moncontour, qui appartenaient à César de Vendôme, accusé aussi d'avoir pris part à la conjuration. Sous le règne de Louis XIV, le parlement de Rennes fut suspendu de ses fonctions pendant deux ans; toutes les causes étaient plaidées devant le parlement de Paris. 

En 1675, éclata une révolte générale à propos du papier timbré et de l'impôt sur le tabac; le duc de Chaulnes écrasa la rebellion dans le sang; en d'autres circonstances, la dureté du gouverneur eut compromis les relations de cette province avec la France : mais les Bretons ne se virent pas de force à résister, et ils furent punis de leur sédition par une amende énorme. La révocation de l'édit de Nantes causa de non moins regrettables excès : on vit des prédicateurs arriver dans les villes et monter en chaire avec une escorte de soldats. 

En outre, la Bretagne porta souvent, sous le règne de Louis XIV, le poids des guerres maritimes. Les Anglais tentèrent vainement de détruire Saint-Malo en 1693 et de surprendre Brest en 1694. A leur tour, les armateurs de Brest et de Saint-Malo détruisirent en Gambie et à Terre-Neuve les établissements de l'Angleterre; Duguay-Trouin fit éprouver les plus grandes pertes aux Anglais : la prise de Rio de Janeiro surtout a immortalisé le capitaine malouin. Après les contributions de guerre, dont la Bretagne proposa de s'acquitter « par abonnement », rien de mémorable, si ce n'est l'incendie de Rennes (1720), jusqu'à la conspiration du cardinal Albéroni contre le Régent : en cette dernière affaire furent compromis quelques gentilshommes bretons, dont les quatre plus coupables furent mis à mort. 

Sous l'administration du duc d'Aiguillon, les milices bretonnes eurent à repousser les Anglais, qui faisaient une descente à Saint-Cast (1758). Ce duc d'Aiguillon avait lui-même organisé ces milices; la Bretagne lui devait encore de bonnes routes et des forts pour la défense des côtes; mais les Bretons reprochaient au gouverneur les corvées et les dépenses de tous ces projets; ces abus de pouvoir répandirent les divisions dans la province et la révolte contre l'autorité du roi; de nouvelles mesures fiscales achevèrent de rendre le duc odieux le parlement refusa de les sanctionner. Le gouverneur donna l'ordre d'arrêter le procureur général La Chalotais et trois autres membres, qui furent transférés à la Bastille. Le parlement refusa de siéger. L'indignation était générale, et l'opinion se manifestait si hautement en faveur de La Chalotais, qu'on dut ensuite informer le procès du gou verneur lui-même. Mais le duc fut bientôt rappelé au pouvoir, nommé ministre, et tous les parlements furent cassés (1771). 

Louis XVI rétablit les parlements; mais cette mesure ne pouvait remédier au désarroi qui allait croissant dans les finances publiques; des désordres éclataient de tous côtés; les troubles de Rennes et les agitations de toute la Bretagne furent comme un premier symptôme de la Révolution. Pour ramener dans une loi générale toutes ces dissidences, on imagina un système d'administration uniforme. La Bretagne y vit disparaître son existence politique, ses institutions propres et ses privilèges; elle fut divisée, comme on l'a dit en cinq départements : l'Ille-et-Vilaine, les Côtes-du-Nord (aujourd'hui Côtes d'Armor), le Finistère, le Morbihan et la Loire-Inférieure (aujourd'hui Loire-Atlantique).

La Bretagne et la culture

Les gens.
On vient de voir quelle place la Bretagne a tenue dans l'histoire politique et militaire de la France. A partir du XVIe siècle, après la réunion à la couronne, les noms de capitaines bretons retentissent, sur terre et sur mer, dans tous les fastes héroïques de l'histoire de France; il y a même des familles, Rohan, Guébriant, Coëtlogon, où ce renom est longtemps resté comme héréditaire; de même, entre les villes maritimes, Saint-Malo, la ville de Jacques Cartier (qui découvrit ou redécouvrit le Canada), de l'armateur La Barbinais, de Duguay-Trouin et de La Bourdonnais, a gardé, près de deux siècles, le premier rang. A ces illustres marins, il convient d'ajouter Cassard, dont le caractère inflexible est encore légendaire, La Motte-Picquet, etc. Quant aux soldats, qu'il nous suffise de mentionner encore le comte de Plélo, que sa conduite au siège de Danzig (1734) a couvert de gloire, et plus tard, La Tour-d'Auvergne, Moreau, Cambronne, etc.

Dans le domaine des sciences et des études spéculatives, il faut remonter vers le temps d'Abélard jusqu'à un visionnaire du XIIe siècle, Eon de l'Etoile, qui se disait le «-Fils de Dieu »; il provoqua un tel mouvement d'opinion et un enthousiasme si soudain, qu'on dut recourir à la force armée pour apaiser ce soulèvement des paysans. Après le célèbre Abélard, est à signaler un autre prêtre du XIIIe siècle, Yves Hélouri, qui eut les honneurs de la canonisation : les avocats de France ont pris saint Yves de Tréguier pour leur patron. Au XVIe siècle, l'historien d'Argentré et Alain Bouchart, l'auteur des Grandes chroniques de Bretagne; d'autres historiens encore au XVIIIe siècle : Duclos, le bénédictin dom Morice, le jésuite Bougeant. Peu de temps auparavant, le P. Maunoir, missionnaire fameux et réformateur de la langue populaire; puis, Michel le Nobletz, surnommé « l'apôtre de la Bretagne ». 

Les questions philosophiques suscitaient quelques écrivains ou controversistes de talent, le P. Tournemine, l'oratorien La Bletterie; ensuite Fréron, de Quimper, l'ennemi des philosophes de son époque qu'il a violemment attaqués dans l'Année littéraire; et dans le camp des philosophes, le médecin La Mettrie; le mathématicien Maupertuis se distinguait alors par ses querelles avec Voltaire. Ce même XVIIIe siècle, qui vit au parlement de Rennes quelques jurisconsultes éminents, a produit les deux médecins Broussais et Laënnec. Enfin, il dota de quelques noms issus de Bretagne la littérature française, Le Sage et Chateaubriand, auxquels il conviendrait presque d'associer Lamennais, dont les publications appartiennent un peu par l'esprit, sinon par la date, à la fin du XVIIIe siècle, sans parler, au siècle suivant, de Renan et de Jules Simon.

L'architecture.
Peu d'artistes bretons ont laissé leurs noms dans l'histoire avant les Temps modernes; la plupart de leurs oeuvres, sorties du Moyen âge et même de la Renaissance, ont traversé les siècles, comme les chansons du peuple, d'une façon impersonnelle. Comme les chants et les récits populaires, du reste, elles sont souvent des oeuvres collectives, surtout les monuments religieux; car les églises et les cathédrales, les plus anciennes particulièrement, sont rarement d'une seule et même époque : l'église Saint-Melaine, à Rennes, et l'église abbatiale de Saint-Sauveur, à Redon, commencées au XIe siècle, ont été finies au XIIIe. Du XIe siècle encore, celle de Locmaria-Quimper, celle de La Roche-Derrien avec sa nef du plus pur roman; l'église de Sainte-Croix, à Quimperlé, était de la même époque : écroulée vers le milieu du XIXe siècle, elle a été rebâtie d'après le plan primitif, sur le modèle du Saint-Sépulcre de Jérusalem. La cathédrale de Dol eut le même sort; détruite par les soldats de Jean sans Terre, elle fut relevée quelque cent ans après. 

D'ailleurs, c'est l'art religieux qui domine, au XIe, comme au XIIe et au XIIIe siècle. A peine s'il reste d'alors quelques vestiges de châteaux ou de forteresses, comme les ruines de Châteaubriant, du XIe, et celles de Clisson, du XIIIe siècle. La cathédrale de Saint-Pol-de-Léon remonte au XIIe; elle ne fut achevée qu'au siècle suivant. L'église de Guérande est de la même époque, et l'une des deux églises de Châteaubriant (l'autre du XVIe); la grande nef de la cathédrale de Saint-Malo et le carré central sont encore un souvenir du XIIe siècle. La cathédrale de Quimper date du XIIIe; de la même époque et dans le même style, certaines parties de l'église de Guingamp, et les ruines de l'abbaye de Saint-Mathieu, en face l'île d'Ouessant. Jusqu'au XIVe siècle, l'architecture avait été presque tout l'art - de nous connu - des Bretons, et elle n'était guère sortie des églises les cathédrales se succédaient avec un inégal mérite : c'était partout le triomphe du gothique

Après Quimper, ce fut le tour de Tréguier, dont l'église est encore flanquée, au nord-est, de son cloître canonial, souvenir du XVe siècle; encore du XIVe siècle les églises de Folgoat et de Roscoff, comme celle de Brélevenez, à laquelle son saint sépulcre rattache des légendes de Templiers. A cette époque de guerres sans trêve, se développa une architecture pour ainsi dire militaire, avec un art nouveau des fortifications. Le château de Vitré date de ce temps; et celui de Susinio, où naquit le connétable de Richemont; et celui de Nantes; et la tour de Cesson, qui domine encore la mer, à quelque distance de Saint-Brieuc. La forteresse de Tonquédec est postérieure de quelques années. Et du XVe, Dinar, Guingamp, Elven (ou Largouët), Josselin, Pontivy, La Haute-Goulaine, Ancenis, Oudon, Guérande, Saint-Malo, etc. Tandis que se dressaient tant de châteaux-forts, les constructions religieuses étaient plus rares : on n'a guère à mentionner de cette période que la cathédrale de Nantes, si ce n'est toutefois la petite chapelle de Kermaria-an-Isquit (près de Plouha), dont les peintures murales et la danse macabre marquent comme la fin du Moyen âge. De la même époque, l'église de Creisker (Saint-Pol-de-Léon), dont le clocher, reposant sur quatre piliers intérieurs, est une merveille de hardiesse et d'élégance. Les églises de Bretagne ont pour caractère particulier leurs clochers, toujours surmontés de flèches, dont quelques-unes (à Nantes, à Saint-Pol-de-Léon, à Tréguier) atteignent à plus de 60 mètres de haut. 

La Renaissance n'a pas donné en Bretagne nombre de productions remarquables. On termine alors les églises de Châteaubriant et de Guingamp; celle de Sizun s'élève, et dans la cathédrale de Nantes on édifie un chef-d'oeuvre, le tombeau du duc François Il et de Marguerite de Foix. Dans l'ordre des monuments pour ainsi dire militaires, la seule forteresse de Châteaubriant. En vérité, on dirait que l'art breton a émigré au pays de France en même temps que la duchesse Anne. Jusque-là, aucun nom d'artiste local n'a survécu; ce n'est guère qu'au XVIIe siècle que l'on rencontre des personnalités de quelque renom : entre autres, le peintre-architecte Ebrard, à qui nous devons l'Académie française de Rome; et quelques oeuvres originales, le calvaire de Plougastel-Daoulas, celui de Pleyben et le château d'Ancenis. Au XVIIIe siècle, le théâtre et la Chambre des comptes, à Nantes, constructions d'un certain mérite; dans le même temps, les frères Ozanne, peintres de marines, ont moins acquis une gloire générale qu'une illustration particulière, eu égard surtout aux sujets d'inspiration régionale qu'ils se sont plu à traiter.

Les traditions.
Mais l'originalité de la culture bretonne n'a pas résidé dans l'architecture particulièrement, ni dans les beaux-arts proprement dits. C'est non moins à tort qu'on la fait consister dans la conservation des mégalithes semés le long des côtes, sur la lande et dans les grands bois séculaires; de ces monuments très anciens, c'est tout au plus si quelques menhirs taillés en calvaires portent une marque celtique ou plutôt chrétienne. Les Bretons ont eu le respect de la terre armoricaine. Le conservatisme a également touché la variété même de l'habillement; quatre débris de la vieille famille celtique persistent en Bretagne : les Vannetais, les Cornouaillais, les Léonards et les Trécorrois, qui diffèrent autant par le costume traditionnel que par la langue. Ajoutons que le localisme de l'ancien vêtement tend à disparaître, à mesure qu'on approche du pays gallo : ainsi de cette partie du Vannetais et de l'ancien évêché de Tréguier qui confine aux évêchés de Saint-Brieuc, de Rennes et de Nantes. Certaines diversités, dont on ne sait pas l'origine, ont soulevé bien des commentaires : par exemple, la coiffure des paysannes de Guéméné, où l'on a retrouvé un souvenir des Slaves; les femmes de Pont-l'Abbé (les bigouden) offrent un autre caractère d'exotisme. Le bragou-braz (larges braies) semble une réminiscence des Gallo-Romains; le chupen, de couleurs et de formes variant avec la « contrée », passe pour un effet d'habillement tout à fait national. Les Léonards et les gens de la côte, en général, portaient le costume sombre; c'est dans la Cornouaille surtout qu'on voyait les formes les plus distinctes et les couleurs les plus éclatantes. 
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Sonneurs bretons.

On peut dire de la vie bretonne surtout que les pratiques en sont immémoriales; jusqu'au début du siècle dernier le contact de l'extérieur n'en avait guère altéré le sens intime; quant au foyer domestique, il est longtemps resté inaccessible aux «-gens du dehors », parce qu'on n'y parlait jamais la langue étrangère. La vie familiale traditionnelle des Bretons est passée en proverbe; elle repose sur un principe ou deux : le respect absolu qu'on doit aux parents et aux vieillards, l'honneur du nom de famille à garder et à transmettre. Et c'est pour cela que tout le monde n'était pas admissible à ces réunions autour de la pierre du foyer aux veillées, où quelque conteur disait des « merveilles », comme on chantait dans un sonn un récent événement ou les lointaines traditions dans un gwerz.

A partir de la Noël, pendant quarante jours, tous les chanteurs de la contrée s'arrêtaient devant la porte et recevaient, en échange de leurs souhaits, le « liard de la charité » : car la mendicité était partout reconnue, et la pauvreté était considérée, ainsi que la folie, du reste, comme une fatalité. Chaque mendiant avait, pour passer, son « jour de la semaine »; de même qu'il avait sa borne de pierre à lui, sur la place du marché ou sur le champ de foire. Il en était de même pour le chanteur populaire, dont la place était marquée, le jour du pardon. Chaque saison de l'année ramenait ses divertissements, comme les danses de l'aire-neuve, les fêtes de la moisson, etc. Mais le jour du pardon annuel contenait toutes les traditions, profanes ou religieuses, depuis les luttes en champ clos jusqu'aux batailles sur la porte de l'église, avant la procession, pour décider qui porterait la bannière paroissiale.

On a dit que les jeux des Bretons furent souvent meurtriers; le plus terrible était le combat au penn-baz entre les gens de deux paroisses voisines : ce fameux bâton, dont il est question dans tant de légendes et de récits, a été l'arme favorite des Cornouaillais. 

Si attaché que soit un peuple à ses usages et à ses croyances, il n'est pas sans les avoir transformés avec le temps; l'antiquité d'une religion n'est pas une garantie contre les superstitions populaires : c'est parfois le contraire qui serait la vérité. Les Bretons ont vécu trop près de la nature pour n'en avoir pas tiré des habitudes dont eux seuls connaissaient la signification : ainsi ont-ils interprété à leur façon particulière plus d'une croyance générale.

Les Celtes ont eu de l'univers une conception spéciale; ils l'ont partout peuplé, dans l'espace et dans le temps, de leurs divinités à eux, menés par une puissance supérieure et irrésistible : de là le fatalisme qui tempère leur penchant à l'idéal. Les esprits dont l'influence est maligne ou fatidique, comme les nains, les lutins, l'ange de la Mort (ann Anko), agissent dans les ténèbres. Les saints du ciel eux-mêmes ont subi le charme de la prière, et ils ont consenti à revêtir certaines attributions, à guérir de certains maux, à réparer les offenses : on invoquait saint Yves-de-la-Vérité pour jeter le mauvais sort aux parjures. Toutes les démarches de la vie, le moindre acte de la journée, tout s'accomplissait sous des rencontres de la destinée ou d'après des lois fatales, dont quelques-uns prétendent avoir le secret; ces initiés, surtout des vieilles femmes, avant elles les tailleurs, il était impossible au clergé de prévaloir contre leur art de sorcellerie : de même, les médecins sont-ils longtemps restés impuissants contre l'industrie des rebouteurs. Mais il ne faudrait pas constater dans ces faits uniquement le goût de l'empirisme; c'est plutôt le besoin d'une certitude et d'une croyance. 

Langue et littérature bretonnes.
Mais ce qui a, encore plus que les coutumes et les usages, contribué à maintenir la personnalité de la culture bretonne, c'est sa langue et sa littérature particulières. Le breton-armoricain est la plus moderne des langues néo-celtiques; son domaine linguistique est resté à peu près le même depuis le XIe siècle. Nous n'avons pas de la littérature bretonne de textes écrits antérieurs au Moyen âge; encore ne  reste-t-il, du moyen armoricain, que quelques chartes, un dictionnaire (fin du XVe siècle), le Mystère de sainte Nonn, celui de Sainte Barbe et le Grand mystère de Jésus. Le breton n'était plus depuis longtemps la langue des seigneurs et des ducs; excepté le court répit obtenu sous la protection de la reine Anne, il passa par une réelle persécution. Au XVIIe siècle, le P. Maunoir le releva du mépris : alors, cette survivance d'un idiome qui ne pouvait mourir avant la croyance du peuple qui l'avait enfanté, souleva la curiosité des personnes instruites; les recherches de l'érudition produisirent un revirement d'opinion en sa faveur; les travaux du P. Grégoire de Rostrenen et de dom Le Pelletier achevèrent de le réhabiliter, et bientôt Le Gonidec provoquait une véritable renaissance littéraire. Brizeux, avec le poème de Marie, Villemarqué, avec son recueil du Barzaz-Breiz, ont les premiers et le plus contribué à porter cette littérature locale devant le public français. Suivant Ie mot de Renan, c'était la réflexion et la naïveté qui se révélaient comme les deux caractéristiques maîtresses de la culture bretonne : les celtisants entraient dans l'avenir littéraire qui leur était annoncé. Depuis, les récits et les études fantaisistes d'Emile Souvestre ont servi de canevas à une foule de poètes et de romanciers venus de partout.

Dans le pays breton, d'autres collections, celles de Luzel entre autres, ont suivi le recueil de Villemarqué. Dans le même temps que les grammairiens (Hingant après Le Gonidec), les lexicographes (Troude et Milin), et les hagiographes (l'abbé Durand et l'abbé Henry), de  véritables poètes ont rendu dans la langue natale leurs impressions personnelles : après Brizeux, Prosper Proux (l'auteur de Bombard Kerne), Luzel (Bepred Breizad), Le Scour, Le Jean, l'abbé Le Tourneur, etc. A citer encore : la traduction bretonne des Géorgiques de Virgile par l'abbé Guillôme, les fables (Marvaillon Grac'h-Koz) de Milin. Et ce mouvement littéraire ne s'arrête pas en Bretagne; les Bretons de Paris ont poursuivi l'oeuvre de Le Gonidec et de Brizeux, avec une foi qui a porté ses fruits. 

A côté de cette littérature écrite, dont tant d'obstacles retardèrent le développement, a persisté la littérature orale des bardes et des conteurs celle-ci est d'une autre importance. 

Sur les contes et les légendes des Bretons, on n'a guère autre chose à dire que ce qui a tant de fois été écrit au sujet des traditions populaires; ajoutons pourtant que les contes maritimes et les récits merveilleux tiennent une plus grande place dans cette littérature orale que dans celle de tout autre peuple. Les choses qui touchent au surnaturel, les faits dont la date est perdue, passent dans la légende et dans le conte; les actions des contemporains restent à l'appréciation des chanteurs et des bardes. La même chose ne se dit pas, le même événement ne se raconte guère, sous la double forme du chant et du récit. Très peu de chansons, en Bretagne, sont vieilles de plusieurs siècles. Et la raison en est que le peuple écoute avec indifférence et laisse peu à peu tomber dans l'oubli ce dont il n'a pas retenu le sens. 

Toutes les formes de la chanson bretonne se réduisent à deux types distincts, le gwerz et le sonn : le gwerz, c'est le poème historique, le fragment de geste ou de roman d'aventures; le sonn est dans ce genre que les anciens, sans recourir à une métaphore, appelaient lyrique. Le gwerz est dénué de refrain, et la mélodie en est quelquefois une très simple mélopée; le refrain doit être spécialement réservé au sonn ou kanaouen. Un sonn peut n'être pas autre chose qu'un récit; mais il n'affecte jamais ni l'allure mélodique, ni l'importance du gwerz au point de vue de l'histoire ou de la légende. En un mot, le gwerz, c'est la complainte; le sonn, c'est la chanson, avec toutes ses variétés, berceuse, ronde (et tous chants chorégraphiques), satire, élégie, cantique, etc. 

Sauf de rares exceptions, comme les proverbes, les devinailles et les fabliaux, la mélodie est toujours associée à cette poésie populaire, même dans les dialogues qui servaient pour les demandes de mariage, dans ces représentations des mystères et des drames, qui sont encore, pour ainsi dire, les solennels divertissements des Bretons. Cette littérature néo-celtique offre le plus vif intérêt. C'est que la poésie d'une culture, en effet, ne disparaît pas avant la langue qui l'a produite; elle se transforme, selon les âges, avec le peuple qui se sert de cet idiome. (A19/ N. Quellien).



Yann Queffélec, Dictionnaire amoureux illustré de la Bretagne, Grund, 2015. - "Ma Bretagne est d'Armor, le pays dans la mer. Elle est d'Armor, elle est d'Argoat – mer et forêts –, arrimée par l'ouest à ses destinées atlantiques, et par l'est à la pointe aiguë du socle européen. On y allait en train quand j'étais enfant. Le Paris-Brest à vapeur des années 50, la moleskine olivâtre du compartiment pour huit, les oeufs durs écalés sur les genoux, neuf heures de rail sans voir la mer ou si peu vers Saint-Brieuc. Ma Bretagne est d'abord le pays des miens. Ma mère, Yvonne, la première à me bercer de chansons marines et d'histoires. Mon père, Henri Queffélec, l'homme et l'écrivain que j'ai le plus admiré, le bel indifférent aux yeux d'horizon. Entre nous, l'Armor est mon pays usuel, mon pays définitif, j'y naîtrai toujours." (Yann Queffélec).

Joël Cornette, Histoire de la Bretagne et des Bretons : Tome 1,Des âges obscurs au règne de Louis XIV; tome 2, Des Lumières au XXIe siècle. Points, 2015.

Pierre-Jakez Hélias, Le cheval d'Orgueil, Mémoires d'un Breton du pays bigouden. Pocket, 1999. - "Trop pauvre que je suis pour posséder un autre animal, du moins 'le Cheval d'Orgueil' aura-t-il toujours une stalle dans mon écurie." Ainsi parlait à l'auteur son petit-fils, l'humble paysan A. Le Goff qui n'avait d'autre terre que celle qu'il emportait malgré lui aux semelles de ses sabots de bois. "Quand on est pauvre, mon fils, il faut avoir de l'honneur. Les riches n'en ont pas besoin." Et l'honneur consiste à tenir et à faire respecter son rang, si humble soit-il. Au pays bigouden, on ne redoute rien tant que la honte qu'on appelle "arvez". Tout le reste est supportable. L'auteur a grandi dans ce sentiment. Avant d'apprendre le français, il a été élevé en milieu bretonnant, dans une société qui vivait selon un code strictement établi. Il n'enseigne pas, il raconte minutieusement comment on vivait dans une "paroisse" bretonnante de l'extrême ouest armoricain dans la première moitié du XXe siècle. Il nous fait partager sa profonde conviction : ceux qui jugent les paysans comme des êtres grossiers sont eux-mêmes des esprits sommaires et naïfs. Il affirme que ce sont des siècles de mépris culturel qui ont fini par déclencher jacqueries et révoltes chez les paysans de notre pays.Et puis, un jour, "le Cheval d'Orgueil" a secoué furieusement sa crinère ! (couv.).

Michel Thersiquel, Daniel Giraudon, Terre et Mer, Sagesse et proverbes de Bretagne, Le Chasse Marée, 2007. - Avec ce bel ouvrage largement illustré, promenez-vous dans plusieurs Bretagnes! Savourez les instants de vie saisis sur le vif par le photographe de grand talent qu'est Michel Thersiquel. 200 de ces photos égrènent la geste maritime et paysanne, des paysages emblématiques, de superbes portraits de Bretons... Pour mieux les faire chanter, Daniel Giraudon propose en parallèle de bonnes et épaisses tranches d'humour et de gouaille populaire. (couv.).

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