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Influences
météorologiques et climatiques.
Trois grands facteurs climatologiques,
indispensables à la vie des plantes, entrent
en jeu lorsqu'on considère la répartition des grands types de végétation
à la surface du globe : la chaleur, la lumière et l'humidité. Le plus
important est la chaleur. On sait qu'en raison de l'obliquité
croissante des rayons solaires, la température
s'abaisse à mesure que l'on se dirige de l'équateur
vers les pôles ;
mais cet abaissement n'est pas régulier et il faut tenir compte des influences
complexes, qui modifient les conditions de température et le climat, partant
la flore. Aussi les températures, tant moyennes
qu'extrêmes, ne varient-elles pas régulièrement suivant les latitudes ,
et les lignes d'égale température, ou isothermes, présentent
souvent des directions sinueuses et irrégulières qui sont loin de coïncider
avec elles. Les régions végétales sont plus ou moins exactement limitées
par les lignes isothermes, mais il ne faut pas perdre de vue que l'isotherme
moyen renseigne mal sur le climat et sur la flore, et que grand compte
doit être tenu de la marche des isothères et des isochimènes.
Quoi qu'il en soit, c'est toujours vers l'équateur que se trouvent de
préférence les plantes qui exigent la plus forte somme de chaleur et
vers les pôles qu'habitent celles qui ne demandent pas une température
très élevée tout en résistant aux froids rigoureux. Toutes les plantes
n'exigent ni la même température, ni le même mode de répartition de
la chaleur dans le courant de l'année .
Les unes ont besoin d'une température égale et peu variée, les autres
s'accommodent d'une température plus ou moins variable, à écarts plus
ou moins grands; c'est une question d'adaptation.
La
température.
Car les climats peuvent se diviser en
deux grandes catégories correspondantes : les climats à température
peu variable, les uns chauds, les autres tempérés, et les climats Ã
température variable, souvent excessive dans ses écarts, soit du jour
à la nuit, soit surtout d'une saison à l'autre. Il serait peut-être
plus logique, en même temps que plus pratique, de commencer par répartir
tous les climats en deux grandes catégories, dont l'une renfermerait les
climats où il gèle et l'autre ceux où il ne gèle jamais; car, en définitive,
c'est la gelée qui, dans les régions tempérées froides, trace le mieux
la ligne de démarcation entre les plantes méridionales et les plantes
septentrionales.
Comme soumises au régime d'un climat Ã
température peu variable, nous devons considérer en première ligne les
plantes des régions forestières intertropicales où règne du moins dans
les plaines une température constamment comprise entre + 25° C et + 40°C.
Tels sont nombre de Palmiers, d'Aroïdées, de Musacées, de Zingibéracées,
de Pipéracées, d'Artocarpées, de Clusiacées, de Bombacées,
de Lauracées, de
Myrtacées, de Méliacées,
de Malpighiacées, de Diptérocarpées, de Mélastomacées, de Légumineuses
arborescentes, de Bignoniacées grimpantes, de Rubiacées, de Loganiacées,
de Sapotacées, etc. C'est à ces régions qu'appartient la végétation
la plus riche tant sous le rapport de la diversité des espèces
et de leur nombre que sous le rapport des dimensions qu'elles acquièrent.
D'autres plantes vivent sous un régime
plus tempéré, mais également peu variable, par exemple dans les régions
pluvieuses de l'Amérique intertropicale ,
surtout à une certaine altitude de la chaîne des Andes et de préférence
sur le versant occidental. Une température de +15° C à + 25° C leur
suffit. Une foule de plantes délicates qui ne résistent pas à la moindre
gelée appartiennent à cette catégorie, et beaucoup nous sont devenues
familières par la culture en Europe ;
telles sont la Pomme de terre ,
le Dahlia et quantité d'autres Composées, les Fuchsia, etc. Nous pouvons
y ajouter un grand nombre de plantes australiennes ou originaires des îles
de l'Atlantique
et de l'Océanie .
Enfin, dans les régions tempérées elles-mêmes, les climats du littoral
maritime ne sont pas sans analogie avec les climats insulaires des latitudes
plus basses; il en est ainsi des côtes de la Bretagne
et de l'Irlande ,
où l'atmosphère tiède due au Gulf Stream permet quelquefois aux plantes
des régions chaudes de l'Amérique de se développer; telles sont, entre
autres, diverses Fougères, de la famille des
Hyménophyllées, apportées par les courants marins.
Les contrées les plus chaudes, du moins
pendant une partie de l'année, ne sont pas toujours les plus rapprochées
de l'équateur. Tels sont les déserts brûlants
de l'Afrique
et de l'Arabie qui, dans leurs parties les plus habitables, possèdent
une flore capable de supporter de grands écarts de température. Sur certaines
parties des côtes méridionales de l'Arabie le sol s'échauffe à la surface
jusqu'à +70° C et accuse encore + 35°C à une profondeur de 4 à 5 m,
tandis que le thermomètre atteint dans l'air ambiant, à l'ombre, jusqu'Ã
+56° C. Sous cette température excessive, la vie est temporairement suspendue
(ralentie), mais non supprimée, et pour lutter à la fois contre la chaleur
et le manque de pluie pendant une grande partie de l'année et quelquefois
pendant plusieurs années, les plantes ont été armées de parties
épidermiques
durcies, souvent d'épines; leurs feuilles
tantôt tombent, tantôt persistent épaisses ou coriaces, ou bien elles
restent rudimentaires; souvent toute la partie parenchymateuse,
est épaisse, charnue et remplie de matières gommeuses, comme chez les
plantes grasses. Des conditions semblables se retrouvent dans les déserts
de l'Asie centrale avec cette grande différence qu'en hiver la température
s'y abaisse au-dessous de 0° C. Ainsi dans le Gobi,
Prjevalski
avait déjà constaté en novembre et décembre un abaissement de -31°
C à -37°C, tandis qu'en juillet le thermomètre accusait +37°C. On peut
dire que c'est là le climat continental porté à ses extrêmes limites.
C'est encore sur le vaste continent asiatique ,
appelé à nous offrir tous les extrêmes, que nous voyons régner les
plus grands froids observés à la surface du globe (Antarctique
exceptée), et ce n'est pas, comme on pourrait le croire, dans la zone
glaciale même, mais dans la région forestière du Mélèze, au Nord de
la Sibérie ,
vers 67° N. à Verkoïansk et dans le pays de Iakoutsk. Là le thermomètre
s'abaisse en hiver de -28°C à -62°C, en moyenne à - 40°C, et cette
température persiste de novembre à février. On a de la peine à comprendre
que les arbres puissent résister à ce froid effroyable
et que leurs organes extérieurs puissent être suffisamment protégés.
Peut-être, lorsque les arbres sont assez rapprochés, la neige retenue
par les branches est-elle susceptible de les abriter en formant une sorte
de toiture protectrice. Dans l'Alaska, en Amérique ,
le même phénomène paraît se produire, dans des conditions à peu près
analogues.
La
lumière.
La lumière, aussi indispensable que la
chaleur à la végétation, n'agit cependant pas de la même manière.
La chaleur active principalement le développement de toutes les parties
de la plante et favorise la fécondation,
la maturation et la germination;
le rôle de la lumière est de provoquer la formation de la
chlorophylle
et d'aider au développement des organes floraux
dont elle favorise la multiplicité et les colorations variées.
Toutes les plantes n'exigent pas la même
intensité des radiations solaires. Un grand nombre recherchent les lieux
découverts : déserts, plages,
prairies,
savanes,
steppes,
dunes,
marais, tourbières,
régions alpestres dénudées, toutes stations ayant leurs flores
caractéristiques, diversement conditionnées sous le rapport de la chaleur
et de l'humidité, mais ayant pour caractère commun l'absence d'arbres,
partant de forêts. Dans cette catégorie viennent
se ranger de nombreuses espèces appartenant aux familles suivantes : Ephédracées,
Salsolacées, Polygonées (Rheum, etc.), Cactées, Mésembryanthémées,
Caryophyllées, Cistinées, Gentianées, Ericacées, Composées en immense
majorité (Artémisia, etc., Carduacées),
Ombellifères,
Légumineuses-Papilionacées
(Astragales, etc.), Mimosées, Rhamnacées, Zygophyllées, Euphorbiacées,
Cycadacées,
Graminées,
Cypéracées,
etc. D'autres plantes recherchent soit l'ombre des forêts, soit les pentes
boisées, les vallées ou les gorges montagneuses; elles appartiennent
aux familles des Fougères,
Orchidées,
Broméliacées, Bignoniacées, Loganiacées, Cinchonacées, Pandanées,
Gessnériacées, Cyrtandérées, Mélastomacées, Pipéracées, Aroïdées,
etc.
C'est en général dans les lieux découverts
que les fleurs sont les plus nombreuses et qu'elles
acquièrent les couleurs les plus vives et aussi les plus grandes dimensions
eu égard à la taille des plantes. Le phénomène est surtout très sensible
quand, à l'action de la lumière intense et prolongée du Soleil ,
viennent se joindre des causes d'arrêt du développement des parties purement
végétatives de la plante comme la sécheresse ou une température relativement
basse. Un exemple frappant à citer à ce sujet est celui des plantes alpines.
En effet celles-ci, exposées bien plus longtemps que les plantes de plaine
à la lumière solaire, qui est réfléchie, d'autre part, par les neiges
et les glaciers, sont d'une coloration très vive et d'une dimension considérable
par rapport au reste du végétal. On peut en dire autant des plantes des
régions arctiques pour lesquelles le Soleil ne se couche presque pas durant
l'été. Parmi les familles qui recherchent la pleine lumière solaire,
abstraction faite du climat, et dont les fleurs acquièrent des dimensions
notables, se placent les Cistinées, les Mésembryanthémées, les Portulacacées,
les Cactées, les Caryophyllées et les Gentianées.
L'humidité.
Au rôle combiné de la chaleur et de
la lumière vient se joindre celui de l'humidité. Ici de même nous trouverons
des écarts considérables. D'un côté nous avons les vastes étendues
de la partie centrale des continents où il tombe fort peu d'eau; tels
sont les déserts de l'Afrique ,
de l'Arabie, de l'Inde, de l'Australie, etc., les steppes
de l'Asie
et les prairies de l'Amérique .
Généralement la sécheresse est corrélative avec une température estivale
très élevée, et c'est la végétation dite xérophile qui caractérise
les régions soumises à ce régime. D'un autre côté, nous avons, sous
diverses latitudes, les régions forestières où
l'humidité persiste grâce aux nombreuses précipitations atmosphériques
d'une grande partie de l'année.
Dans les régions forestières intertropicales
les pluies sont les plus abondantes, et c'est sous la double influence
de la chaleur et de l'humidité que se développe la végétation hygrophile
la plus luxuriante du globe; les principales familles qui y prennent part
sont celles des Musacées, Aroïdées, Pandanées, Orchidées,
Bignoniacées, Mélastomacées, etc.
Il est une autre catégorie de plantes
qui ont besoin de l'action continue de l'humidité; ce sont les plantes
aquatiques, fluviatiles, lacustres, ou des marais
et des tourbières, ainsi que celles qui vivent dans le voisinage des glaciers
et des neiges fondantes, les plantes, en un mot, qui sont tout ou en partie
plongées dans l'eau ou dans un milieu essentiellement humide. La plupart
de ces plantes demandent en même temps une vive lumière; Nymphéacées,
Hydrocharidées, Butomées,
Cypéracées,
Typhacées, Droséracées, Utriculariées, etc.
Influence physico-chimique
du sol.
La nature du sol joue à certains égards
un rôle aussi grand que le climat. Partout où coexistent des terrains
différents, il est facile d'observer que les plantes
spontanées aussi bien que les plantes de culture présentent un caractère
différent. Cette opposition est surtout très nette entre les terrains
siliceux et les terrains calcaires. Ainsi on remarque que, par exemple,
l'Hippocrepis comosa, le Gentiana ciliata, les Teucrium montanum et T.
chamaedrys, etc., se rencontrent de préférence sur le calcaire, le Sarothamnus
scoparia et le Calluna vulgaris, principalement sur la silice; que le Trèfle,
la Luzerne et l'Esparcette, ainsi que le Buis, aiment mieux la chaux, que
le Pin a une prédilection pour le sable; cette distinction ressort plus
nettement encore dans les Alpes, où l'on voit le Rhododendron hirsutum,
l'Achillaea Clavenae et l'A. atrata prospérer sur le calcaire, le Rhododendron
ferrugineum et l'Achillaea moschata préférer le terrain schisteux. Aussi
Unger a-t-il été conduit à classer les plantes, d'après leur habitat,
en trois catégories différentes :
1° les plantes qui viennent sur
toute espèce de terrain;
2° les plantes qui préfèrent un
terrain à un autre, par exemple le Pinus sylvestris qui vient sur la silice,
le calcaire et l'argile, mais ne forme de véritables
forêts
que sur les terrains siliceux;
3° les plantes qui ne viennent que sur
un terrain à l'exclusion de tous les autres; tels sont la plupart des
Gentianes, les Globularia, l'Helleborus foetidus, l'Euphorbia verrucosa,
l'Ophrys apifera, l'Erinus alpinus, le Cyclamen europaeurn, le Salvia glutinosa,
le Saxifragacaesia, etc., qui sont franchement calcicoles, tandis que le
Châtaignier, le Vaccinium myrtillus, la Bruyère, le Genêt, la Digitale
pourprée, le Polygonum bistorta, etc., et toutes les plantes dites de
terre de bruyère, sont exclusivement silicicoles.
Il s'agit de savoir si ces différences sont
dues plutôt à la nature chimique ou à la nature physique du sol. Candolle
père et fils, Thurmann, von Mohl attribuaient une influence prépondérante
à la constitution physique du terrain (hygroscopicité, compacité, dureté,
friabilité, etc.); Unger, Heer, etc., ont fait jouer le principal rôle
à leur composition chimique. Lecoq avec raison a tenu compte de l'influence
physique et de l'influence chimique combinées. Il est vrai de dire qu'un
grand nombre de végétaux semblent assez indifférents à la nature chimique
du sol et tiennent surtout à la constitution mécanique de celui-ci. On
conçoit en effet que sa perméabilité plus ou moins grande, abstraction
faite de la composition chimique, favorise selon son degré la végétation
des plantes soit xérophiles, soit hygrophiles ou semi-hygrophiles. Un
grand nombre de plantes préfèrent les roches calcaires, sédimentaires
ou non, simplement parce qu'elles retiennent plus longtemps la chaleur
que les roches siliceuses, ou encore, parce que, pulvérulentes à l'état
sec, elles forment à l'état humide une boue plus ou moins épaisse qui
s'oppose à un drainage parfait; de ces plantes, il faut rapprocher celles
qui se complaisent dans les sols argileux, marneux et d'alluvion,
généralement livrés à la culture. D'autres plantes exigent avant tout
une grande perméabilité du sol et la disparition rapide des eaux d'infiltration;
la prédominance de l'élément quartzeux remplit seul ces conditions et
ce sont surtout les roches cristallines granitiques et leurs détritus
sablonneux qui le fournissent; quand les plantes ne sont que psammophiles,
le calcaire, comme celui qui peut se trouver dans les sables d'alluvion,
n'empêche pas leur croissance. Mais les plantes franchement silicicoles
ne peuvent vivre que sur les terrains siliceux; soit cristallins, soit
schisteux ou arénacés, voire même plus Ou moins argileux, à la condition
que le calcaire en soit exclu. Cet exemple montre déjà clairement que
les substances chimiques contenues dans le sol jouent un rôle important.
Ce rôle mérite d'être examiné de plus près.
C'est un fait d'expérience qu'il est impossible
de cultiver dans une même terre, quel que soit son état mécanique, des
plantes affectionnant les unes les terrains siliceux, les autres les terrains
calcaires. Nous ferons cependant remarquer que les plantes calcaires peuvent
vivre même dans des terres où la silice domine, pourvu qu'une petite
quantité de carbonate de chaux s'y trouve naturellement ou y soit amenée
par les engrais ou les eaux d'arrosage. Exemple : Helleborus foetidus,
Lactuca perennis; la silice n'est jamais nuisible, nous dirons même qu'elle
est indispensable à toutes les plantes pour favoriser le développement
et la consolidation de leur charpente ligneuse.
Il en est tout autrement des plantes exclusivement
silicicoles comme nous l'avons vu plus haut; elles périssent dans toute
terre siliceuse contenant du calcaire même en quantité très minime.
Il suffit de citer quelques-unes des espèces les plus communes, telles
que le Châtaignier, le Calluna vulgaris, le Vaccinium myrtillus, le Pyrola,
les Lycopodes, les Sphaignes, etc.; ces plantes ne peuvent être cultivées
même en terre de bruyère, si l'eau d'arrosage leur apporte seulement
des traces de calcaire. Le carbonate de chaux doit donc être considéré
comme un poison lent pour ces plantes qui cependant, dans la nature, résistent
dans de sols de consistance très diverse, rocailleux, sablonneux, riches
ou pauvres en humus, plus ou moins argileux ou tourbeux, pourvu que le
calcaire y soit absent. Ajoutons que la présence de l'alumine dans les
terrains siliceux est indispensable aux Lycopodes si essentiellement calcifuges.
La potasse qui, du reste, est nécessaire à toutes les plantes, est particulièrement
recherchée par les Légumineuses, les Ampélidées, les Urticées, les
Solanées, les Fougères, etc.
A part les plantes silicicoles et calcicoles,
il y a encore les halophytes, qui ne viennent que dans les terrains salés
des bords de la mer et se retrouvent sur les sols salifères de l'intérieur
des continents; telles sont les Chénopodiacées ou Salsolacées, etc.;
en Bohème (Ouest de la Tchéquie), le chlorure de magnésium remplace
le chlorure de sodium. Le soufre est indispensable aux espèces appartenant
aux familles des Brassicacées, des Résédacées
et des Alliacées. L'ammoniaque et les nitrates sont nécessaires à une
foule de plantes rudérales, à celles qui poussent dans les villages,
les décombres, etc. Ainsi aux hautes altitudes le Rumex alpinus, l'Urtica
dioicaet autres espèces ne se rencontrent que dans le voisinage des habitations
et des étables ou dans les lieux où ces habitations ont existé. Citons
enfin comme simples curiosités l'Adiantum nigrum L. var. serpentini Tausch
et l'Asplenium adulterinum Milde qui ne vivent que sur les terrains Ã
serpentine de la Bohème ,
de la Saxe, de la Silésie ,
de la Moravie ,
de la Styrie ,
etc., et le Viola lutea Huds. var. calaminaria Lej., qui hante les terrains
zincifères à Aix-la-Chapelle ,
dans la haute Silésie, etc.
Influence de l'exposition
et de l'altitude.
La conformation du terrain a sur la végétation
une influence qui se lie intimement à celle de la lumière et de la température.
Ainsi l'exposition au Nord ou l'absence plus ou moins constante de Soleil
sur les pentes abruptes de certaines gorges de montagnes permettent Ã
un grand nombre de plantes des altitudes de descendre dans les vallées
bien au-dessous de leur limite moyenne de végétation; l'exposition au
midi, au contraire, favorise l'extension bien au-dessus de leur limite
moyenne de végétation des plantes spontanées ou cultivées de la plaine
ou des plantes de latitudes plus basses. Citons, d'après Ascherson, les
vignobles, à exposition méridionale, des bords du Rhin et de Hegyalla,
près de Tokaï ,
tout près de la limite septentrionale de végétation de la Vigne;
de même on voit dans les Alpes, notamment dans la Haute-Engadine, près
de Samaden, la culture des
Céréales atteindre
tout près de 1800 m d'altitude.
L'altitude exerce sur la végétation une
influence capitale; la température s'abaissant graduellement à mesure
qu'on s'élève sur les montagnes, il en résulte des modifications de
la flore analogues à celles dues aux différences de latitude. Il est
peu de chaînes de montagnes où les zones de végétation soient aussi
nettement délimitées que dans les Alpes; on peut donc les prendre pour
exemple.
Influence réciproque
des végétaux les uns sur les autres.
Les plantes recherchent naturellement
les milieux qui leur conviennent le mieux, ceux où se trouvent réunies
les différentes conditions nécessaires à leur développement; ainsi
les unes recherchent l'ombre, les autres les lieux découverts; d'autres
sont essentiellement rupestres, psammophiles, littorales, aquatiques, tourbeuses,
etc. Les différents milieux affectionnés par les plantes portent le nom
de stations. Dans ces stations, il n'est pas rare de trouver groupés de
nombreux individus, soit de la même espèce ou d'espèces voisines, soit
d'espèces très différentes, mais s'associant parce que les conditions
nécessaires à leur développement sont identiques, ou qu'il existe entre
elles une certaine solidarité. Parmi ces espèces sociales il en est qui
sont conquérantes, qui se constituent leur domaine propre par envahissement
et ne tolèrent que d'une manière limitée le voisinage des autres plantes;
tels sont les Graminées, les Cypéracées,
les Bruyères, l'Arbousier, la Myrtille, le Buis, les Sphaignes, etc.;
d'autres affectionnent simplement le voisinage d'espèces qui forment en
réalité le fond de la végétation; on peut citer comme exemple le Polygala.
La solidarité entre ces végétaux
associés est plus ou moins grande et peut présenter tous les intermédiaires
entre la simple cohabitation et le parasitisme
complet, en passant par le commensalisme.
Citons particulièrement les plantes à suspension aérienne, telles que
les Orchidées, les Broméliacées, etc., qui
s'implantent sur les troncs, les rameaux
et même les feuilles d'autres plantes; ce sont presque exclusivement des
plantes tropicales. Mais il ne s'agit pas ici de parasitisme vrai; ces
plantes ne se nourrissent pas du suc des végétaux qui leur servent de
support, pas plus du reste que des éléments minéraux de l'atmosphère,
mais elles trouvent leur nourriture dans les portions nécrosées des écorces
et les sables amenés par le vent; on a donné à ce genre d'association
le nom de commensalisme. On peut rapprocher des végétaux aériens les
lichens
qui s'implantent sur le tronc des arbres, etc. Beaucoup de plantes, sans
que leurs racines soient aériennes, peuvent
se fixer occasionnellement sur les troncs et les branches
dans les creux et les fentes, lorsque le bois est
entré en décomposition, et il n'est pas rare de trouver dans les forêts,
tantôt des
Fougères, des Graminées,
tantôt des Lonicera xylostetaum, la Douce amère, l'Ortie même à une
certaine hauteur, sur de vieux arbres au tronc creux. Sans parler du Lierre,
ce faux parasite par excellence, on peut encore
comparer aux épiphytes les plantes volubiles,
qui, bien que leurs racines soient fixées en terre ferme, ont besoin de
l'appui des végétaux arborescents, pour se soutenir et arriver à leur
complet développement. Aux plantes aériennes nous opposerons les plantes
souterraines que leur existence saprophytique, plutôt que parasitique,
dispense de la lumière; tels sont les Truffes et autres Champignons
voisins (Tuber aestivum, Chaeromyces moeandriformis, Elaphomyces, Rhixopogon,
etc.); du reste, tous les Champignons se nourrissent de la même manière
et ne se rencontrent guère qu'à l'ombre des arbres dont les détritus
leur servent d'aliment. Enfin citons comme vraiment parasites le Gui, la
plupart des espèces de Cuscutacées, de Rhinanthacées, d'Orobanchées,
de Rafflésiacées,etc., et le curieux Monotropa hypopitys qui forme Ã
lui tout seul son genre et sa famille et se nourrit aux dépens des fines
ramifications des racines de Pins à l'ombre desquels il vit et prospère.
(Dr
L. Hahn et A. Jobin). |
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