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L'année et les saisons
La révolution de la Terre autour du Soleil

Aperçu
Comme les autres planètes du Système solaire, la Terre effectue un mouvement de révolution, d'Ouest en Est, autour du Soleil dont la forme est sensiblement celle d'une ellipse, dont le plan définit l'écliptique et dont le Soleil occupe l'un des deux foyers géométriques. Le centre de gravité de la Terre se trouve en moyenne à 149,6 millions de kilomètres de celui du Soleil. L'excentricité de cette orbite, c'est-à-dire la mesure de l'allongement de l'ellipse,  qui diminue d'ailleurs, lentement, est actuellement égale à 0,01671022 du demi grand-axe, soit presque, exactement sa 60e partie, et la plus grande distance de la Terre au Soleil, laquelle s'observe lors du passage à l'aphélie, le 2  juillet, se trouve être, par suite, de 152,10 millions de kilomètres, tandis que la plus courte distance, qui correspond au périhélie, soit, comme date, au 2 janvier,  n'est que de 147,09 millions de kilomètres. 

Au cours de ce trajet, les positions des étoiles par rapport au Soleil changent lentement, si bien que d'un jour sur l'autre, elles se lèvent avec quatre minutes de retard sur la veille. Et il faudra au total que la Terre ait accompli une révolution, c'est-à-dire une tour complet autour du Soleil pour que la sphère céleste retrouve une même orientation relative. La durée de cette révolution est d'environ 365 jours et pendant ce temps, la Terre parcourt environ 936 millions de kilomètres. La vitesse orbitale moyenne atteint donc environ 29 600 m/s, ou encore 106 700 km/h. Ce mouvement, qui est celui qui sera dit de translation ou de révolution, et qui obéit aux lois de Képler, s'ajoute au mouvement de rotation qui est d'importance presque égale, mais sans lien de dépendance avec lui, car il n'affecte  pas la position dans l'espace de son centre de gravité. 

La Terre accomplit cette rotation sur elle-même autour de  son axe, en un jour. La vitesse de rotation est beaucoup moindre que celle du mouvement de translation. A l'équateur, elle est de 465 m/s. Et, surtout, l'axe de rotation ne coïncide pas avec la perpendiculaire à l'écliptique: il fait, avec cette, ligne un angle, sensiblement constant dans l'espace d'une année, de 23° 27'. Tel est aussi et par suite l'angle que forme le plan de l'équateur terrestre avec le plan de l'écliptique et qui constitue, ce qu'on appelle l' obliquité de I'écliptique. Celle-ci a une importance particulière, car la combinaison de cette inclinaison avec le mouvement annuel de translation, produit les saisons, de la même façon que  le mouvement diurne de rotation, engendre la succession des jours (naturels) et des nuits. 
 

Les saisons des autres planètes

Lorsqu'on évoque les diverses années, on se réfère généralement à l'année terrestre dans ses différentes acceptions. Mais il est également possible de définir pour chaque planète une année qui lui soit propre à partir de sa période de révolution autour du Soleil: année martienne, année jovienne, etc. De plus, les planètes autres que la Terre ont comme elle des saisons, car, comme elle, elles exécutent autour du Soleil leur révolution suivant des orbites elliptiques et surtout, comme elle encore, elles ont leur axe de rotation plus ou moins incliné par rapport au plan de cet orbite.

Les cas les plus intéressants de ce point de vue sont les planètes qui possèdent une atmosphère, car les saisons météorologiques s'y ajoutent aux saisons de définition purement astronomique. Par exemple, les saisons de Mars, ou l'inclinaison est de 24° 52' et ou il y a une telle atmosphère, sont ainsi très similaires à celles de la Terre. Toutefois, la durée astronomique en est beaucoup plus inégale en raison de l'allongement très grand de l'orbite; ainsi, l'année martienne étant de 668 jours, le printemps dure 191 jours, l'été 181 jours, l'automne 149 jours, l'hiver 147 jours.

Saturne montre également des variations périodiques de son atmosphère (taches claires) qui s'accordent avec le cycle de sa révolution. la palme des météorologies planétaires revient cependant à Uranus, planète à laquelle son axe de rotation pratiquement couche sur son plan de révolution confère une météorologie particulièrement exotique.


Mise en ordre

L'année

Dans le langage courant, une année désigne la durée nécessaire à la Terre pour accomplir une révolution complète autour du Soleil, ou plus simplement le cycle des saisons qui rythme la vie humaine. Pourtant, derrière cette apparente simplicité se cache une réalité astronomique bien plus nuancée, à laquelle les bâtisseurs de calendriers ont dû s'adapter avec ingéniosité. Ainsi, l'année, notion familière entre toutes, révèle-t-elle à l'examen une superposition de cycles astronomiques distincts et une construction culturelle patiemment négociée entre observation céleste et contraintes arithmétiques. La recherche d'un calendrier à la fois simple et fidèle au ciel a occupé les plus brillants esprits de l'Antiquité à l'époque moderne, et l'architecture subtile des règles d'intercalation encore en usage aujourd'hui en porte le témoignage discret mais décisif.

Les années de l'astronomie.
Du point de vue de l'astronomie, il existe plusieurs définitions de l'année, selon le point de référence choisi pour mesurer ce tour complet. 

Année sidérale.
L'année sidérale est le temps qu'il faut à la Terre pour revenir à la même position sur son orbite par rapport aux étoiles lointaines. Sa durée est d'environ 365 jours 6 heures 9 minutes et 10 secondes, soit 365,25636 jours solaires moyens. C'est la véritable période orbitale de notre planète, mais elle ne coïncide pas avec les saisons car l'axe de rotation terrestre est animé d'un lent mouvement conique, la précession des équinoxes, qui fait dériver le point vernal d'environ 50 secondes d'arc par an. 

Année tropique.
L'année tropique, en revanche, mesure l'intervalle entre deux équinoxes de printemps successifs, donc le retour du Soleil au point vernal. C'est l'année des saisons, celle qui règle le cycle des travaux agricoles et la longueur du jour. Sa durée actuelle est d'environ 365 jours 5 heures 48 minutes et 45 secondes, soit 365,2422 jours. L'écart d'une vingtaine de minutes entre année sidérale et année tropique, dû à la précession, a des conséquences calendaires majeures car c'est l'année tropique que les sociétés agraires ont cherché à suivre pour maintenir les fêtes et les activités en phase avec le climat.

Austres années.
D'autres années astronomiques existent, utiles à la mécanique céleste :

• L'année anomalistique est le temps séparant deux passages de la Terre au périhélie, le point de son orbite le plus proche du Soleil. Elle est un peu plus longue que l'année sidérale (environ 365 jours 6 heures 13 minutes et 53 secondes) car la ligne des apsides tourne lentement dans le même sens que la Terre. 

• L'année draconitique, ou écliptique, mesure l'intervalle entre deux passages du Soleil au nÅ“ud ascendant de l'orbite lunaire; elle sert à prévoir les éclipses et dure environ 346,62 jours. 

Enfin, il faut mentionner l'année julienne, convention utilisée par les astronomes, qui vaut exactement 365,25 jours, et l'année grégorienne moyenne de 365,2425 jours.

Les années des calendriers.
Ces différentes durées, toutes proches mais irréductiblement fractionnaires, constituent le problème central de l'élaboration des calendriers. L'unité naturelle du jour, la rotation de la Terre sur elle-même, ne divise pas l'année tropique en un nombre entier. Vouloir faire coïncider un calendrier, nécessairement composé d'un nombre entier de jours, avec l'année astronomique est une quadrature du cercle qui a donné naissance à une extraordinaire diversité de solutions. Le calendrier égyptien antique, l'un des premiers calendriers solaires, utilisait une année fixe de 365 jours exactement, sans année bissextile. En l'absence de correction, le décalage d'un quart de jour par an finissait par faire glisser les saisons dans le calendrier, au point que le Nouvel An se promenait tout au long du cycle des saisons en environ 1460 ans. Cette dérive était connue et acceptée, rythmée par le lever héliaque de Sirius.

L'exigence de stabilité saisonnière a conduit à des raffinements de plus en plus précis. La réforme julienne, introduite par Jules César en 46 avant notre ère, a instauré un cycle de trois années de 365 jours suivies d'une année bissextile de 366 jours, soit une année moyenne de 365,25 jours. Ce système, d'une remarquable simplicité, surestime pourtant l'année tropique d'environ 11 minutes et 14 secondes. Ce petit excès annuel, accumulé sur plus d'un millénaire, avait déjà décalé la date de l'équinoxe de printemps d'une dizaine de jours au XVIe siècle, ce qui perturbait gravement le calcul de la date de Pâques. La réforme grégorienne, promulguée par le pape Grégoire XIII en 1582, y a remédié par une double correction : la suppression de dix jours calendaires pour rattraper le retard accumulé, et l'instauration d'une règle plus subtile pour les années bissextiles. Sont désormais bissextiles les années divisibles par 4, à l'exception des années séculaires qui ne le sont que si elles sont divisibles par 400. Ainsi, 1900 ne fut pas bissextile, 2000 le fut. L'année grégorienne moyenne, 365,2425 jours, se rapproche remarquablement de l'année tropique, l'erreur résiduelle n'étant que d'environ 26 secondes par an, soit un décalage d'un jour en près de 3300 ans.

Parallèlement aux calendriers solaires, de nombreuses civilisations ont privilégié une approche luni-solaire, cherchant à faire cohabiter le mois lunaire, fondé sur le cycle des phases de la Lune, avec l'année tropique. La lunaison moyenne durant environ 29,53 jours, douze mois lunaires totalisent environ 354 jours, soit un déficit de 11 jours par rapport à l'année solaire. Pour éviter que les mois ne se promènent à travers les saisons, ces calendriers intercalent périodiquement un treizième mois. Le calendrier chinois traditionnel, toujours utilisé pour les fêtes, ajoute sept mois supplémentaires sur un cycle de 19 ans, selon le cycle métonique qui fait coïncider presque exactement 235 lunaisons et 19 années tropiques. Le calendrier hébraïque suit un principe analogue avec un cycle de 19 années comprenant 12 années ordinaires et 7 années embolismiques de 13 mois, ce qui permet de maintenir la Pâque au printemps. Certains calendriers anciens, comme le calendrier attique ou le calendrier romain républicain avant César, maniaient l'intercalation de façon empirique ou politique, avec des résultats parfois chaotiques.

Il existe aussi des calendriers purement lunaires qui, par choix religieux ou culturel, abandonnent tout lien avec l'année tropique. Le calendrier hégirien, ou calendrier islamique, est fondé sur une année de douze mois lunaires totalisant 354 ou 355 jours. Aucune intercalation n'y est pratiquée, si bien que l'année musulmane se décale d'environ 11 jours par an par rapport au calendrier grégorien, et les mois sacrés comme le Ramadan parcourent toutes les saisons en un cycle d'environ 33 ans.

Outre la mesure du temps, la notion d'année a également servi de cadre à la datation. L'usage de faire débuter l'année à un instant précis, souvent lié à un événement fondateur, est quasi universel. Les Romains comptaient les années à partir de la fondation de Rome, puis le christianisme médiéval a popularisé l'ère de l'Incarnation, progressivement devenue notre ère commune. D'autres ères, comme l'ère byzantine, l'ère séleucide ou les ères royales égyptiennes, utilisaient des points de départ différents, mais toujours la même nécessité d'ordonner les cycles annuels de manière linéaire et cohérente.

La longueur des saisons elle-même n'est pas uniforme, car la vitesse orbitale de la Terre varie en fonction de sa distance au Soleil selon la loi des aires de Kepler. Actuellement, l'hémisphère Nord bénéficie d'un printemps et d'un été légèrement plus longs que l'automne et l'hiver, car la Terre est au périhélie début janvier et parcourt donc plus vite la portion d'orbite correspondant à l'automne et à l'hiver boréaux. Cette asymétrie, mesurable de l'ordre de quelques jours, est imperceptible à l'échelle humaine mais illustre la complexité du mouvement terrestre qui se cache derrière le retour annuel des saisons.

Les solstices et les équinoxes

Les solstices et les équinoxes sont des événements astronomiques fondamentaux qui rythment l'année et marquent le changement des saisons sur Terre. Ils résultent de la combinaison de deux mouvements principaux de notre planète : sa révolution autour du Soleil, qui dure environ 365,25 jours, et la rotation de la Terre sur elle-même. Cependant, ce n'est pas la distance entre la Terre et le Soleil qui crée ces phénomènes, mais l'inclinaison de l'axe de rotation terrestre. En effet, la Terre ne tourne pas parfaitement droite par rapport à son orbite; son axe est incliné d'environ 23,5 degrés. Cette inclinaison, appelée obliquité de l'écliptique, fait que l'hémisphère nord et l'hémisphère sud reçoivent des quantités inégales de lumière solaire au fil de l'année, donnant naissance aux quatre points cardinaux de notre calendrier astronomique.

Les équinoxes.
Les équinoxes, dont le nom dérive du latin aequus ( = égal) et nox ( = nuit), se produisent deux fois par an, généralement autour du 20 mars et du 22 ou 23 septembre. Lors de ces moments précis, le Soleil traverse le plan de l'équateur céleste. Il se trouve alors exactement à la verticale de l'équateur terrestre. La conséquence directe de cet alignement est que la durée du jour et de la nuit est presque parfaitement identique partout sur la surface du globe. Bien que la réfraction atmosphérique allège très légèrement le jour par rapport à la nuit, l'équinoxe reste le symbole de l'équilibre lumineux. C'est à l'équinoxe de mars, dit vernal ou printanier, que l'hémisphère nord bascule progressivement vers le Soleil, marquant le début du printemps, tandis que l'équinoxe de septembre, dit automnal, signe le début de l'automne pour le nord, et inversement pour l'hémisphère sud. De plus, lors des équinoxes, le Soleil se lève exactement à l'Est et se couche exactement à l'Ouest, un phénomène unique qui ne se reproduit à aucun autre moment de l'année.

Les équinoxes.
À l'opposé, les solstices marquent les extrêmes de l'ensoleillement. Le terme vient du latin sol ( = Soleil) et sistere ( = s'arrêter ou rester immobile), car c'est la période où la déclinaison du Soleil semble s'arrêter avant de changer de direction. Ils se produisent lorsque le Soleil atteint sa position la plus septentrionale ou la plus méridionale par rapport à l'équateur céleste. Le solstice d'été, qui survient autour du 20 ou 21 juin dans l'hémisphère nord, correspond au moment où le Soleil est à la verticale du tropique du Cancer. C'est le jour le plus long et la nuit la plus courte de l'année pour le nord, marquant le triomphe de la lumière et le début officiel de la saison chaude. Six mois plus tard, autour du 21 ou 22 décembre, le solstice d'hiver place le Soleil à la verticale du tropique du Capricorne. L'hémisphère nord connaît alors son jour le plus court et sa nuit la plus longue, symbolisant l'obscurité et le début de l'hiver. Il est crucial de noter que ces saisons sont inversées dans l'hémisphère sud : le solstice de juin y marque le début de l'hiver, tandis que celui de décembre annonce l'été.

L'importance culturelle des solstices et équinoxes.
Les solstices et les équinoxes, ces points où le Soleil semble s'arrêter, où le jour triomphe ou décline, où la lumière et l'obscurité s'équilibrent, deviennent très tôt les pivots autour desquels s'organisent le temps, les mythes, les rites et les travaux des sociétés. Partout sur la planète, des alignements de pierres aux pyramides, des fêtes du feu aux prières des moissons, ces scansions célestes tissent une trame commune aux cultures humaines, tout en se colorant de significations singulières.

Les premières traces d'une attention portée aux solstices remontent au Néolithique. À Stonehenge, dans la plaine anglaise, l'axe principal du monument pointe vers le lever du Soleil au solstice d'été, tandis que le coucher du solstice d'hiver s'inscrit dans l'alignement des trilithes centraux. À Newgrange, en Irlande, le couloir de la tombe monumentale est conçu avec une précision telle que, pendant quelques minutes aux alentours du solstice d'hiver, un rayon de soleil traverse une ouverture au-dessus de l'entrée et vient illuminer la chambre funéraire. Dans les deux cas, ce ne sont pas de simples repères agricoles : la lumière solaire, au coeur de la saison la plus sombre, semble opérer une régénération symbolique, une victoire fragile de la vie sur la mort. D'autres sites, comme le cercle de Goseck en Allemagne ou les alignements de Carnac en Bretagne, confirment que les sociétés néolithiques européennes organisent leur espace sacré en fonction des extrêmes solaires, tandis que des observations similaires se retrouvent chez les Anasazis du Chaco Canyon, où des pétroglyphes en spirale sont transpercés par un rayon de soleil aux solstices. De nos jours encore, leurs descendants, les Pueblos (et parmi eux les les Hopis), organisent des cérémonies de danses masquées, les kachinas, qui coïncident avec les solstices, pour maintenir l'équilibre du monde. 

Dans les grandes civilisations antiques, les solstices et les équinoxes quittent le seul domaine des pierres pour structurer les calendriers liturgiques et politiques. En Mésopotamie, le Nouvel An, l'Akitu, est célébré à l'équinoxe de printemps; il commémore la victoire du dieu Mardouk sur les forces du chaos et réaffirme la légitimité du souverain. En Égypte, le lever héliaque de Sirius, qui annonce la crue du Nil, coïncide de manière approximative avec le solstice d'été, nouant ensemble le cycle stellaire, solaire et fluvial dans une vision du temps circulaire et nourricier. Dans le monde méditerranéen, les Grecs organisent leur calendrier autour de fêtes liées aux saisons : les Anthestéries célèbrent le printemps et le vin nouveau près de l'équinoxe, les Thargélies offrent les prémices au moment où la chaleur solaire s'installe. À Rome, les Saturnales, qui commencent le 17 décembre, plongent la cité dans un chaos joyeux en inversant les rôles sociaux, tandis que la lumière est célébrée le 25 décembre par la fête du Sol Invictus, le Soleil invaincu, instaurée par l'empereur Aurélien en 274. Ce jour, dans le calendrier julien, correspond alors au solstice d'hiver. Le choix de cette date pour la naissance du Christ, arrêté au IVe siècle, ne doit rien au hasard : il permet de superposer la figure de Jésus, lumière du monde, à l'antique victoire solaire et d'ancrer la nouvelle religion dans le rythme cosmique universel.

Par un mouvement symétrique, l'autre grande fête chrétienne, Pâques, se fixe par rapport à l'équinoxe de printemps. Le concile de Nicée, en 325, décide que la Résurrection sera célébrée le premier dimanche qui suit la pleine lune après l'équinoxe, fixé conventionnellement au 21 mars. De la sorte, la Pâque chrétienne hérite à la fois de la Pâque juive, elle-même liée au printemps par l'agneau pascal et les gerbes d'orge de l'offrande, et des antiques célébrations du renouveau. Dans le judaïsme, Pessa'h coïncide avec la pleine lune de printemps, et Souccot, la fête des Tabernacles, se déroule à la pleine lune suivant l'équinoxe d'automne, soulignant la dépendance profonde du calendrier hébraïque luni-solaire aux saisons et donc aux équinoxes.

En Asie, les solstices et les équinoxes jalonnent de manière tout aussi éclatante l'année rituelle. En Perse, Norouz, le Nouvel An, tombe à l'instant exact de l'équinoxe de printemps. Depuis plus de trois mille ans, on dresse des tables symboliques, on allume des feux, on se purifie dans l'eau et on échange des voeux de prospérité, dans un élan vital qui célèbre la renaissance de la nature. En Chine, le solstice d'hiver, Dongzhi, constitue une fête essentielle : le yin, l'énergie sombre et froide, atteint son apogée, et le yang, la chaleur, la lumière, commence à croître. Les familles se réunissent, mangent des boulettes de riz gluant, et l'Empereur, autrefois, se rendait au Temple du Ciel pour y accomplir des sacrifices solennels, assurant ainsi l'harmonie entre le Ciel et la Terre. L'équinoxe de printemps et l'équinoxe d'automne servent également de repères : le Qingming, fête des morts, se tient peu après l'équinoxe de printemps, tandis que la fête de la Mi-Automne flotte autour de l'équinoxe d'automne, célébrant la pleine lune des récoltes. Le Japon, fortement imprégné de bouddhisme et de shintoïsme, fait des deux équinoxes des jours fériés, Shunbun no Hi et Shūbun no Hi, durant lesquels on se rend en famille sur les tombes des ancêtres, car la croyance veut que, l'égalité du jour et de la nuit favorisant la communication entre les mondes, les vivants et les morts se rapprochent.

Les Amériques précolombiennes offrent une éloquence architecturale et rituelle tout aussi saisissante. Chez les Mayas, la pyramide de Kukulcán à Chichén Itzá est conçue de manière à ce que les ombres des angles de l'escalier nord, aux équinoxes, dessinent le corps ondulant d'un serpent à plumes qui descend lentement vers la terre avant de disparaître. Ce phénomène, observé par des foules immenses, manifeste la descente du dieu et donne le signal des travaux agricoles. Les Incas célèbrent l'Inti Raymi au solstice d'hiver, en juin dans l'hémisphère sud : le souverain, fils du Soleil, invoque l'astre pour qu'il ne s'éloigne pas davantage et que la vie revienne. C'est la fête la plus importante de l'empire, accompagnée de processions, de sacrifices et de danses. Aujourd'hui encore, sa reconstitution à Cuzco attire des milliers de participants. 

Les solstices imprègnent aussi les folklores européens avec une remarquable continuité. Le solstice d'été, sous le nom chrétien de Saint-Jean, est partout marqué par des feux allumés sur les collines, par des rondes, des bains dans les rivières et la cueillette de plantes médicinales réputées acquérir cette nuit-là des vertus exceptionnelles. Ces pratiques, attestées depuis l'Antiquité tardive, plongent leurs racines dans de très anciens rites de protection et de purification par le feu solaire. Le solstice d'hiver survit dans les coutumes de Noël : la bûche que l'on brûle lentement dans l'âtre, les lumières qui percent la longue nuit, le houx et le gui aux propriétés protectrices sont autant d'héritages d'un Yule nordique qui célébrait le retour progressif de la lumière. Les mythologies germaniques et scandinaves racontent comment, pendant les douze nuits de Yule, les dieux et les esprits chevauchent le vent, tandis que le dieu Freyr est honoré pour que la fécondité revienne sur la terre gelée. Dans les îles britanniques, les fêtes celtiques de Samhain et de Beltane, bien que décalées sur les huitièmes de l'année, encadrent les solstices et les équinoxes, marquant l'ouverture des portes versle Monde autre, et témoignent d'un calendrier agricole et religieux qui danse autour des temps forts solaires.

L'attrait contemporain pour les solstices et les équinoxes ne s'est jamais démenti. Le néo-paganisme, depuis le milieu du XXe siècle, reconstruit une Roue de l'Année où les huit fêtes principales (les solstices, les équinoxes et les quatre fêtes intermédiaires) sont célébrées par des rituels visant à harmoniser la vie humaine avec le cycle de la nature. À Stonehenge, des milliers de personnes se rassemblent désormais librement à chaque solstice d'été pour toucher les pierres et saluer le lever du soleil, renouant avec un geste vieux de quatre mille cinq cents ans. Les grandes métropoles elles-mêmes ne sont pas en reste : des illuminations aux fenêtres de l'Avent aux feux d'artifice du Nouvel An lunaire ou de Norouz, les scintillements collectifs répondent au besoin universel d'inscrire l'existence humaine dans une temporalité plus vaste, rassurante, cyclique.

Les saisons

On peut parler des saisons au sens astronomique et au sens météorologique. Dans le premier cas, elles renvoient à une manière de diviser l'année en tenant compte de la position relative de l'axe terrestre et du Soleil, dans le second, qui d'ailleurs est une conséquence du premier, on parlera de saisons pour rendre compte des conditions météorologiques globales qui règnent en un lieu particulier de la Terre, au fil de l'année.

Les saisons astronomiques.
En astronomie, on appelle saison le temps employé par le Soleil pour passer d'un équinoxe à un solstice ou d'un solstice à un équinoxe. L'année est partagée en quatre saisons : le printemps, qui va de l'équinoxe de printemps au solstice d'été; l'été, qui va du solstice d'été à l'équinoxe d'automne; l'automne, qui va de l'équinoxe d'automne au solstice d'hiver; l'hiver, qui va du solstice d'hiver à l'équinoxe de printemps. Ces dénominations ne sont pas, d'ailleurs, absolues. Pour dès raisons sur lesquelles nous reviendrons, elles s'appliquent inversement dans les deux hémisphères terrestres : tandis que notre hémisphère boréal est en été, l'hémisphère austral est en hiver, et réciproquement. De même pour le printemps et l'automne. Il est donc préférable, à l'instar des astronomes, de dire, si l'on veut éviter les confusions, équinoxe de mars, de septembre, solstice de juin, de décembre, au lieu des appellations habituelles d'équinoxe de printemps, d'automne, de solstice d'été, d'hiver, qui correspondent, suivant les lieux, à des époques différentes.


Saisons et position des solstices et des équinoxes sur la sphère céleste, 
rapportées aux positions de la Terre sur son orbite au cours d'une année.

Toutes les saisons n'ont pas la même durée. D'une part, en effet, l'orbite terrestre a, on le sait, la forme, non d'un cercle, mais d'une ellipse, dont le Soleil occupe un des foyers, et, comme conséquence de cette position excentrique du Soleil, notre planète a un plus long trajet à parcourir pour aller de l'équinoxe de septembre à l'équinoxe de mars que pour aller de l'équinoxe de mars à l'équinoxe de septembre. Sa vitesse est, en outre, plus grande de l'aphélie au périhélie, c.-à-d. de juillet à janvier, que du périhélie à l'aphélie, c.-à-d. de janvier à juillet. Enfin, le mouvement lent, mais incessant, du point vernal ou équinoxe de printemps et du périhélie l'un vers l'autre, détermine dans la durée des saisons une troisième cause de variation, qui influe, celle-là, non seulement sur la durée respective des quatre saisons, mais encore sur la durée de chacune, d'une année à l'autre. 

Actuellement, le printemps dure, en moyenne, 92 jours 21 heures, l'été 93 jours 14 heures, l'automne 89 jours 19 heures, l'hiver 89 jours. Vers l'an 1250 de notre ère, lorsque le périhélie et le solstice de décembre se confondaient, l'automne était égal à l'hiver, le printemps à l'été, et ces deux dernières saisons réunies donnaient déjà la somme de jours la plus élevée. Lorsque l'équinoxe de printemps et le périhélie se confondront, vers 6485, le printemps sera égal à l'hiver, l'été à l'automne, et ces deux dernières saisons seront les plus longues. Puis, vers le CXIXe siècle, ce sera au tour du solstice de juin à être rejoint par le périhélie, et ainsi de suite, le mouvement de rapprochement étant de 61,9 s par an, correspondant à un cycle d'un peu moins de 21 000 ans, et l'ordre de longueur des saisons changeant à mesure. Dans l'hémisphère Nord,  en 1900, les saisons ont commencé (temps civil moyen) : le printemps, le 24 mars à 1,48 h; l'été, le 21 juin à 21, 49 h; l'automne, le 23 septembre à 0,29 heure; l'hiver, le 22 décembre à 6, 51 h. 

Le printemps commence lorsque le Soleil, s'avançant vers le zénith, a atteint une hauteur méridienne moyenne; c'est-à-dire, lorsqu'il est arrivé au point de l'écliptique qui coupe l'équateur, et il finit lorsque le Soleil, continuant de s'approcher du zénith, a atteint sa plus grande hauteur méridienne, c'est-à-dire, lorsqu'il est arrivé au point de l'écliptique qui coupe le colure des solstices : ainsi pour les habitants de l'hémisphère boréal, au moins pour les habitants de la zone tempérée boréale, le printemps, qui suit l'hiver et précède l'été, commence le 20 ou 21 mars; et il finit le 21 ou 22 juin. Mais pour les habitants de la zone tempérée australe; le printemps commence le 22 ou 23 septembre; et il finit  le 21 ou 22 décembre. Au printemps dans un hémisphère correspond l'automne dans l'hémisphère opposé.
L'été commence lorsque le Soleil, s'approchant de plus en plus du zénith, a atteint sa plus grande hauteur méridienne; c'est-à-dire, lorsqu'il est arrivé au point de l'écliptique, qui coupe le colure des solstices; et il finit, lorsque le Soleil, s'éloignant ensuite de plus en plus du zénith, est parvenu à une hauteur méridienne moyenne entre sa plus grande et sa plus petite; c'est-à-dire, lorsqu'il est arrivé au point de l' écliptique qui coupe l'équateur. Ainsi pour ceux qui habitent l'hémisphère septentrional, au moins pour les habitants de la zone tempérée et de la zone glaciale septentrionales, l'été commence le 21 ou 22 juin; et il finit  le 22 ou 23 septembre. Mais, pour les habitants de la zone tempérée et de la zone glaciale méridionales, l'été commence le 21 ou 22 décembre; et il finit le 20 ou le 21 mars. 
Le jour le plus long. - Le jour où l'été commence, correspond au jour naturel le plus long de l'année, et à la nuit la plus courte; c'est-à-dire, que le Soleil demeure au-dessus de l'horizon le plus longtemps et au-dessous le moins de temps qu'il est possible pour chaque lieu : et la différence de la longueur du jour à celle de la nuit est d'autant plus grande, que le lieu dont il s'agit, a une plus grande latitude.
L'automne, dans l'hémisphère Nord, commence au moment de l'équinoxe d'automne, qui termine l'été (le 22 ou 23 septembre), et s'achève au moment du solstice d'hiver, qui marque le début de l'hiver (le 21 ou 22 décembre). Les jours naturels sont égaux aux nuits, à l'équinoxe. Ils diminuent tout au long de l'automne, pour atteindre leur durée minimale au moment du solstice (Les Jours et les Nuits). Comme les saisons sont inversées dans l'hémisphère Sud, la saison correspondante est le printemps.
L'hiver commence lorsque le Soleil, s'éloignant de plus en plus du zénith, est parvenu à sa plus petite hauteur méridienne, c'est-à-dire lorsqu'il est arrivé au point de l'écliptique qui coupe le colure des solstices; et il finit lorsque le Soleil, se rapprochant ensuite de plus en plus du zénith, a atteint une hauteur, méridienne moyenne entre sa plus grande et plus petite; c'est-à-dire, lorsque qu'il est arrivé au point de l'écliptique qui coupe l'équateur. Ainsi, pour ceux qui habitent l'hémisphère septentrional, l'hiver commence le 21 ou 22 Décembre; et il finit  le 20 ou 21 Mars. Mais pour les habitants de l'hémisphère méridional, l'hiver commence le 21 ou 22 Juin, et il finit  le 22 ou 23 septembre.
La nuit la plus longue. - Le jour où l'hiver commence, est celui qui est le plus court de l'année, et la nuit, plus longue, c'est-à-dire, que le Soleil demeure au-dessus de l'horizon le moins de temps, et au-dessous le plus longtemps qu'il est possible pour chaque lieu; et la différence de la longueur du jour à celle de la nuit est d'autant plus grande, que le lieu dont il s'agit a une plus grande latitude.

Les saisons météorologiques.
Le Soleil étant notre source de chaleur, il semblerait que la température dût être le plus élevée lorsqu'il est le plus près de la Terre, c.-à-d. lorsque celle-ci passe au périhélie, le 2 janvier. Or, dans  les régions septentrionales de latitudes moyennes et élevées, c'est justement l'époque de l'année la plus froide et pourtant la distance entre l'astre et sa planète n'est alors que de 145, 7 millions alors qu'au début juillet, au passage à l'aphélie, elle est de 154, 800 km, soit  environ 6 millions de kilomètres de plus. 

La cause déterminante des saisons météorologiques réside ailleurs. C'est l'inclinaison de l'axe de la Terre sur son orbite qui, en faisant varier, chaque jour, la hauteur méridienne du Soleil et l'intervalle de son lever à son coucher (jour naturel), produit, entre l'été et l'hiver, les différences observées. Dans l'hémisphère boréal, par exemple, la hauteur méridienne du Soleil va sans cesse en augmentant du solstice de décembre au solstice de juin, en même temps que la durée du jour surpasse de plus en plus la durée de la nuit. Les rayons solaires arrivent ainsi de plus en plus verticalement et pendant un temps de plus en plus long. Du solstice de juin au solstice d'été, l'inclinaison des rayons et le temps durant lequel ils frappent la terre vont au contraire sans cesse en diminuant et repassent, dans l'ordre inverse, par les mêmes valeurs. Il en résulte que notre hémisphère reçoit, de l'équinoxe de mars à l'équinoxe de septembre, une quantité de chaleur bien plus considérable que de l'équinoxe de septembre à l'équinoxe de mars : c'est l'été, ou saison chaude, et réciproquement, dans l'autre hémisphère, dans l'hémisphère austral, où les phénomènes sont d'ordre diamétralement opposé, l'hiver, ou saison froide. 

De la même façon que l'hiver et l'été sont inversés dans les deux hémisphères, le printemps de l'un correspond à l'automne de l'autre. L'époque de la température la plus élevée ne coïncide pas, au surplus, exactement avec le solstice d'été (solstice de juin, dans l'hémisphère boréal, solstice de décembre, dans l'hémisphère austral). Tant que le soleil demeure relativement très haut et que lés jours n'ont encore qu'insensiblement diminué, la quantité de chaleur quotidiennement reçue continue à être supérieure à celle perdue la nuit par rayonnement et la température monte de plus en plus. Aussi est-elle, en général, la plus élevée quelques semaines seulement après ce solstice, dans la seconde quinzaine de juillet. Elle est, de même, la plus basse vers le milieu ou la fin de janvier. Ajoutons que des circonstances diverses, les unes générales, les autres locales, mais toutes jusqu'ici indéterminées, peuvent faire varier ces datés, de façon considérable, d'un lieu on d'une année à l'autre. Quant à la durée et à l'intensité respectives des saisons météorologiques, c'est suivant la latitude qu'elles varient. Dans les régions équatoriales, où les jours restent d'un bout de l'année à l'autre à peu près égaux aux nuits, ces saisons ne sont, en réalité, qu'au nombre de deux, l'été, et l'hiver, différant bien peu et l'un et l'autre très chauds. Au delà des tropiques, et à mesure qu'on s'avance vers les pôles, l'été devient moins chaud, l'hiver plus froid, et deux saisons intermédiaires se dessinent, le printemps et l'automne. Plus haut encore, la saison d'hiver domine et l'été est réduit à quelques semaines.

Enfin, et à situation analogue, la température moyenne est plus élevée dans l'hémisphère boréal que dans l'hémisphère austral. Cela tient partie à ce que la surface baignée par les mers est moins grande dans le premier que dans le second, partie à ce que le temps durant lequel le soleil reste dans le premier est plus long de huit jours, chaque année, que celui durant lequel il reste dans le second. On a vu, en effet, plus haut que de l'équinoxe de mars à l'équinoxe de septembre (printemps et été de notre hémisphère), il y a eu tout 186 jours 11 heures et de l'équinoxe de septembre à celui de mars,178 jours 19 heures seulement. On a vu aussi que le rapport se trouvera, un jour, renversé. 

D'autres critères que la température peuvent également être pris en compte. Dans les régions tropicales, il est ainsi souvent plus pertinent de considérer les conditions pluviométriques et de parler de la saison des pluies et de la saison sèche, par exemple. On ne s'étonnera donc pas que selon les lieux et les époques les saisons aient des définitions différentes. Et cela sans rien dire de ce que les poètes peuvent aussi avoir dire des saisons à l'occasion...

Les anciens divisaient déjà l'année en saisons, d'après les variations de la température. Dans l'Inde, où cet usage semble avoir pris naissance, on n'en comptait que trois : le printemps, l'été, l'hiver. Les Grecs firent d'abord de même; puis ils ajoutèrent une quatrième saison, l'automne, et les Romains adoptèrent leur division. Dans le Nord de l'Europe, et sauf peut être chez les Germains, qui admettaient un printemps, ou ne connaissait que l'été et l'hiver. Chez les Arabes, on suivait la division tripartite des Indiens.


En librairie - Pierre Causevet et Liliane Sarazin, Les saisons et les mouvement de la Terre, Pour la Science, 2001; Jean-Paul Parisot, Françoise Suagher, Calendriers et Chronologie, Masson, 1996  (Une bonne introduction aux calendriers et au manières dont les astronomes définissent leurs différentes mesures du temps).

- Marié-Davy, Les climats français au XIXe siècle.

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