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| Le milieu intergalactique |
| Le
milieu
intergalactique (MIG, ou IGM = intergalactic medium
en anglais) est la matière et l'énergie présents entre les galaxies.
Il s'agit de gaz, de particules chargées,
de champs magnétiques et d'une petite
quantité de poussière et de rayonnement. Malgré sa faible densité,
il joue un rôle majeur dans l'évolution de l'univers.
Le MIG représente la majeure partie de la matière baryonique de l'univers. On estime qu'il contient environ 76% de toute la matière ordinaire, tandis que les étoiles et les galaxies n'en représentent qu'une fraction. La quantité de matière baryonique y est environ 9 fois supérieure à celle contenue dans toutes les étoiles de l'univers. C'est la matière première héritée des premières phases de l'expansion cosmique, un vaste réservoir qui alimente en gaz les galaxies où il sert à former de nouvelles étoiles, et aussi dans lequel ces galaxies rejettent de la matière via les supernovae et les trous noirs actifs. Il existe donc un échange permanent entre les galaxies et leur environnement. La plus grande partie de la matière du milieu intergalactique est constituée d'hydrogène ionisé : les atomes ont perdu leur électron sous l'effet du rayonnement ultraviolet émis par les galaxies, les quasars et les étoiles. Ce gaz est incroyablement ténu : dans certaines régions, on trouve seulement quelques atomes par mètre cube, bien moins que les meilleurs vides produits en laboratoire sur Terre. À grande échelle, toute cette matière forme une immense toile cosmique composée, sur fond d'immenses zones vides, de filaments, de murs et de noeuds reliant les amas de galaxies. On distingue souvent plusieurs composantes : le milieu intergalactique "classique", très diffus et relativement froid; la phase tiède-chaude (WHIM), un gaz plus chaud pouvant atteindre des millions de degrés; et le milieu intra-amas, encore plus dense et chaud, présent à l'intérieur des amas de galaxies. Les astronomes détectent ce milieu principalement de façon indirecte. Par exemple, lorsqu'une lumière très lointaine (celle d'un quasar) traverse ces nuages de gaz, certaines longueurs d'onde sont absorbées. Cela crée des signatures caractéristiques dans le spectre lumineux, appelées forêt Lyman-alpha. Composition et phases du MIGComposition chimique du milieu intergalactique.La composition du MIG est principalement primordiale et donc largement dominée par l'hydrogène et l'hélium. Elle reflète la nucléosynthèse qui a eu lieu dans les premières minutes de l'expansion cosmique. L'hydrogène représente environ 75 % de la masse baryonique et l'hélium près de 25 %. Les atomes plus lourds (appelés métaux en astrophysique (le carbone, l'oxygène, le silicium ou le fer) ne constituant qu'une fraction infime, de l'ordre du millième en masse, mais leur simple présence témoigne d'un enrichissement progressif par les générations successives d'étoiles. Cet enrichissement en métaux, que l'on mesure via des raies d'absorption comme celles du carbone IV, de l'oxygène VI ou du magnésium II dans le spectre de quasars lointains, varie considérablement : certaines portions du milieu intergalactique demeurent quasi vierges avec des métallicités descendant jusqu'à 10-3 fois la valeur solaire, tandis que d'autres, polluées par des vents galactiques, des sursauts de formation stellaire ou des noyaux actifs, atteignent quelques dixièmes de la métallicité solaire. L'étude des abondances relatives, par exemple le rapport oxygène sur carbone, offre une sonde de l'histoire de l'enrichissement chimique et des processus de rétroaction qui ont expulsé la matière hors des puits de potentiel galactiques. Phases du milieu
intergalactique.
Phase
Froide (forêt Lyman-α).
Phase
tiède-chaude (WHIM).
Phase
chaude (milieu intra-amas).
La toile cosmiqueOn a coutume de nommer toile cosmique la structure à grande échelle de l'univers, le squelette gigantesque sur lequel la matière (ordinaire et sombre) s'est organisée au fil des milliards d'années sous l'effet de la gravitation. Elle doit son nom à son apparence visuelle frappante : reproduite dans les simulations numériques ou reconstituée à partir des grands relevés de galaxies, elle ressemble à une toile d'araignée tridimensionnelle, avec des noeuds lumineux reliés par des filaments qui délimitent de vastes régions quasi vides. S'étendant sur des centaines de mégaparsecs, et pourtant le produit direct de fluctuations quantiques infinitésimales dans les premiers instants de l'univers, c'est l'une des structures les plus grandes que l'esprit humain ait jamais eu à appréhender.La toile cosmique est ainsi à la fois le produit de la physique la plus fondamentale et le contexte dans lequel s'inscrit toute l'histoire astrophysique de l'univers. Elle est le grand récit de la matière qui, depuis un état quasi uniforme et brûlant, s'est organisée sous sa propre attraction gravitationnelle en un réseau de filaments et de noeuds séparés par des vides immenses, créant les conditions de l'émergence des galaxies, des étoiles, des planètes et, en définitive, de toutes les formes de complexité que nous observons et que nous sommes. Chronologie cosmique.
L'évolution de ces perturbations est gouvernée par deux forces antagonistes : la gravitation, qui amplifie les surdensités en attirant la matière vers elles, et la pression de radiation, qui s'y oppose tant que l'univers est suffisamment chaud et dense pour que la matière et le rayonnement soient couplés. Avant la recombinaison (l'époque, environ 380 000 ans après le début de l'expansion, où les électrons se combinent aux protons pour former des atomes neutres et où l'univers devient transparent) les perturbations baryoniques oscillent comme des ondes acoustiques dans le plasma primordial. Après la recombinaison, la pression de radiation disparaît brutalement et la gravité prend le dessus sans opposition. La matière sombre, qui n'interagit pas avec le rayonnement, a commencé à s'effondrer gravitationnellement bien avant cette époque, construisant des puits de potentiel dans lesquels la matière baryonique va désormais tomber. Dans le modèle cosmologique standard actuellement favorisé, le processus de formation des structures suit une hiérarchie dite ascendante, ou bottom-up, imposée par la nature froide de la matière sombre dominante, la matière sombre froide (en anglais cold dark matter ou CDM). Les petites structures se forment en premier, puis fusionnent progressivement pour donner des structures plus grandes. Les premières halos de matière sombre apparaissent à des masses comparables à celles des petites galaxies naines, et leur agglomération progressive produit des halos de plus en plus massifs correspondant aux galaxies, aux groupes, puis aux amas. Ce scénario hiérarchique est confirmé par les observations : les galaxies les plus massives et les amas les plus riches sont des structures relativement récentes à l'échelle cosmologique, résultant de l'accumulation de structures plus petites formées plus tôt. Structure de l'univers
observable.
Filaments.
Noeuds.
Feuillets.
Vides.
Détection et
reconstitution de la toile cosmique.
Ces simulations numériques jouent, de fait, un rôle central dans la compréhension de la toile cosmique. La Millennium Simulation, réalisé par le Virgo Consortium en 2005, a été un tournant : en suivant l'évolution gravitationnelle de plus de dix milliards de particules de matière sombre dans un volume de 500 mégaparsecs de côté, il a reproduit pour la première fois avec une fidélité remarquable la toile cosmique observée. Les générations suivantes de simulations (Illustris, Eagle, IllustrisTNG, Flamingo) ont incorporé la physique baryonique : hydrodynamique du gaz, formation stellaire, rétroaction des supernovae et des AGN, enrichissement chimique. Ces simulations permettent de tester notre compréhension des processus physiques en comparant les propriétés statistiques des galaxies simulées aux observations, et elles prédisent en détail la distribution du gaz (notamment le WHIM) qui reste partiellement inaccessible aux observations directes. Les dynamiques de la toile cosmique. La toile cosmique influence profondément les propriétés des galaxies qui la peuplent, au-delà de la simple densité locale. Des études statistiques basées sur le SDSS et d'autres relevés ont montré que les galaxies situées dans les filaments et les noeuds sont en moyenne plus rouges, plus massives, plus elliptiques et moins riches en gaz que les galaxies situées dans les voids ou dans les régions de faible densité. Ces tendances reflètent l'effet de l'environnement à grande échelle sur l'évolution galactique : les galaxies tombant vers les noeuds le long des filaments subissent des effets de marée, des interactions avec d'autres galaxies et avec le gaz ambiant, qui accélèrent l'extinction de leur formation stellaire (quenching). L'orientation de l'axe de rotation des galaxies est également corrélée à la structure de la toile : les galaxies tendent à avoir leur moment angulaire aligné avec les filaments dans lesquels elles se trouvent, une signature de l'acquisition de moment angulaire par effet de marée lors de la formation, prédite théoriquement et confirmée observationnellement. L'énergie sombre, qui gouverne l'accélération de l'expansion de l'Univers, laisse son empreinte sur la toile cosmique de plusieurs façons. Elle ralentit la croissance des structures à grande échelle : plus l'énergie sombre est importante, plus la formation des filaments et des amas est inhibée à basse époque cosmologique. La taille caractéristique des vides, le taux de regroupement (clustering) des galaxies à grande séparation, et l'évolution temporelle du spectre de puissance de la matière sont tous sensibles à l'équation d'état de l'énergie sombre. La toile cosmique devient ainsi un outil de cosmologie de précision, complémentaire aux supernovae de type Ia, aux oscillations acoustiques baryoniques et aux amas de galaxies. Les oscillations acoustiques baryoniques (BAO = baryon acoustic oscillations) méritent une mention particulière dans ce contexte. Elles correspondent à l'empreinte dans la distribution des galaxies des ondes acoustiques qui se propageaient dans le plasma primordial avant la recombinaison. Après le découplage, ces ondes se figent et laissent une préférence statistique pour des paires de galaxies séparées d'environ 150 mégaparsecs, l'échelle de l'horizon acoustique primordial. Cette échelle, détectée dans le spectre de puissance de la toile cosmique par le SDSS et d'autres relevés, sert de règle standard pour mesurer les distances cosmologiques et contraindre l'histoire de l'expansion de l'univers. Le relevé DESI (Dark Energy Spectroscopy Instrument), qui a commencé à partir début des années 2020 à cartographier des dizaines de millions de galaxies, vise à mesurer cette échelle avec une précision sans précédent. Il existe aussi des structures encore plus grandes que les superamas et qui questionnent les limites de l'homogénéité de l'univers à grande échelle. Des objets comme le Grand Mur d'Hercule-Couronne Boréale, identifié à des redshifts élevés, sembleraient s'étendre sur plusieurs gigaparsecs, dépassant la taille à laquelle le principe cosmologique (l'hypothèse d'homogénéité et d'isotropie à grande échelle) devrait s'appliquer. Ces structures sont cependant débattues quant à leur réalité statistique et à leur signification physique, certains auteurs y voyant des fluctuations attendues dans la toile cosmique, d'autres des défis potentiels au modèle standard. Le problème des baryons manquants et le WHIMLe problème des baryons manquants a été (et reste dans une certaine mesure, même s'il tend à se résorber progressivement avec les progrès observationnels) l'une des énigmes les plus persistantes de la cosmologie moderne. Il ne s'agit pas d'une absence mystérieuse de matière ordinaire au sens absolu (les baryons ne sont pas véritablement manquants de l'univers) mais plutôt d'une incapacité, longtemps frustrante, à localiser et à observer directement une fraction considérable de la matière baryonique que le modèle cosmologique standard prédit avec une grande précision par deux méthodes indépendantes qui s'accordent remarquablement bien, l'une repose sur la nucléosynthèse primordiale, l'autre sur les anisotropies du fond diiffus cosmologique :• La nucléosynthèse primordiale. - Dans les premières minutes de l'expansion de l'univers, les protons et les neutrons se sont combinés pour former les noyaux légers (deutérium, hélium-3, hélium-4, lithium-7). Les abondances de ces éléments dépendent de façon très sensible du rapport entre le nombre de baryons et le nombre de photons dans l'univers primordial, noté η. En mesurant les abondances primordiales de ces éléments dans des objets peu enrichis chimiquement (des nuages de gaz quasi vierges observés en absorption dans les spectres de quasars pour le deutérium, des étoiles très vieilles et pauvres en métaux pour le lithium) on peut remonter à la valeur de η et donc à la densité baryonique totale de l'Univers.Le problème surgit lorsqu'on tente de retrouver observationnellement ces baryons dans l'univers local, c'est-à-dire à des redshifts faibles, proches de zéro. Quand on recense les baryons dans les composantes observables (les étoiles dans les galaxies, le gaz interstellaire dans les galaxies, le gaz chaud intra-amas détecté en rayons X, le gaz froid détecté en 21 cm ou en absorption) on n'arrive à en comptabiliser qu'environ la moitié de ce que prédit le modèle. La différence, de l'ordre de 40 à 50 % de tous les baryons attendus, constitue les baryons manquants. À des redshifts plus élevés, autour de z égal à 2 à 3, le bilan baryonique se referme bien : la forêt Lyman-alpha permet de tracer le gaz diffus intergalactique et de retrouver la quasi-totalité des baryons prédits. C'est donc dans l'univers récent que les baryons semblent s'être en partie dissimulés. Les simulations numériques hydrodynamiques de formation des grandes structures, dès la fin des années 1990 avec les travaux de Renyue Cen et Jeremiah Ostriker puis de Romeel Davé et de ses collaborateurs, ont fourni une explication naturelle : au cours de l'effondrement gravitationnel et du chauffage par chocs associé à la formation de la toile cosmique, une fraction importante du gaz intergalactique aurait été chauffée à des températures intermédiaires, entre cent mille et dix millions de kelvins. Ce gaz, trop chaud pour être neutre et visible en absorption Lyman-alpha comme le gaz froid de la forêt, et trop froid et trop peu dense pour produire une émission X détectable comme le milieu intra-amas, constituerait une phase gazeuse intermédiaire quasi invisible avec les instruments conventionnels. C'est le WHIM déjà évoqué. Selon les simulations les plus récentes, comme IllustrisTNG ou EAGLE, le WHIM contiendrait entre 40 et 50 % de tous les baryons de l'Univers local, précisément la fraction manquante. La détection du WHIM, on l'a dit,est un défi observationnel considérable. Sa densité est extrêmement faible (de l'ordre de dix à cent fois la densité baryonique moyenne de l'Univers, ce qui reste des dizaines de milliers de fois moins dense que le gaz intra-amas) et sa température, bien qu'élevée, ne produit que très peu d'émission propre. Les stratégies de détection se concentrent sur deux approches complémentaires : l'émission directe en rayons X mous et en ultraviolet lointain, et l'absorption de sources lumineuses situées en arrière-plan. Du côté de l'absorption, les traceurs privilégiés sont les ions fortement ionisés d'oxygène, en particulier l'O VI (oxygène ayant perdu cinq électrons) sensible aux températures de l'ordre de trois cent mille kelvins, et l'O VII et l'O VIII (oxygène ayant perdu six ou sept électrons) sensibles à des températures de un à quelques millions de kelvins. Les raies d'absorption de l'O VI dans l'ultraviolet lointain ont été détectées en grand nombre par le télescope spatial FUSE et par le spectromètre COS du télescope Hubble, révélant un gaz omniprésent à des températures de l'ordre de trois cent mille kelvins sur les lignes de visée vers des quasars proches. Les raies d'O VII et O VIII, en revanche, se trouvent dans le domaine des rayons X mous, une région spectrale particulièrement difficile à observer car fortement absorbée par le gaz de notre propre galaxie. Des détections en absorption de ces ions ont été réalisées par XMM-Newton et Chandra vers les blazars les plus brillants du ciel, comme Mrk 421 et PKS 2155-304, et ont permis d'identifier des filaments de WHIM sur la ligne de visée, confirmant les prédictions des simulations. Une avancée majeure a été accomplie en 2020 et dans les années suivantes grâce à la combinaison de deux observables indépendantes : l'effet Sunyaev-Zel'dovich (SZ) thermique, sensible à la pression intégrée du gaz électronique sur la ligne de visée, et les données de dispersion des mesures de radio-sources transitoires appelées sursauts radio rapides (FRB = fast radio bursts). Les FRB, dont la dispersion temporelle du signal en fonction de la fréquence est directement proportionnelle au nombre d'électrons libres traversés, constituent une sonde nouvelle et puissante du gaz diffus intergalactique. Plusieurs études corrélant des catalogues de FRB localisés avec des cartographies du signal SZ ont permis de détecter statistiquement le signal baryonique dans les filaments de la toile cosmique, fournissant une première évaluation de la densité baryonique dans ces structures et une confirmation que les baryons manquants se trouvent effectivement dans le gaz diffus intergalactique chaud. Une étude notable publiée en 2020 par Jean-Pierre Macquart et ses collaborateurs a utilisé un échantillon de FRB localisés pour établir une relation entre la mesure de dispersion et le redshift (la relation de Macquart) et montré que la densité baryonique intégrée sur la ligne de visée est compatible avec les prédictions cosmologiques, réduisant considérablement le problème des baryons manquants. Il convient également de mentionner que les baryons manquants ne se trouvent pas uniquement dans le WHIM filamentaire à grande échelle. Une fraction se cache dans les halos circumgalactiques des galaxies (le milieu circumgalactique ou CGM = circumgalactic medium) sous forme de gaz chaud, tiède et froid à diverses distances des galaxies. Ce réservoir circumgalactique, sondé lui aussi par la spectroscopie d'absorption vers des quasars en arrière-plan, est aujourd'hui reconnu comme un composant baryonique majeur, contenant potentiellement autant de masse que le gaz interstellaire des galaxies elles-mêmes. Les projets comme le relevé COS-Halos avec le télescope spatial Hubble ont systématiquement cartographié ce gaz circumgalactique et ont montré qu'il s'étend sur des centaines de kiloparsecs autour des galaxies, bien au-delà de leur disque visible. La conclusion émergente est aujourd'hui que les baryons ne manquent pas vraiment : ils sont présents dans l'univers local, mais distribués dans des phases gazeuses diffuses, chaudes et ténus qui nécessitent des instruments très sensibles dans l'ultraviolet lointain et les rayons X pour être détectés. La prochaine génération d'observatoires, en particulier le satellite Athena de l'ESA prévu pour les années 2030, avec sa surface collectrice en rayons X et sa résolution spectrale sans précédent, devrait permettre de cartographier le WHIM de façon systématique et de refermer définitivement le bilan baryonique de l'univers local. Le milieu intra-amasLe milieu intra-amas, fréquemment désigné par l'acronyme ICM ( intracluster medium), est le gaz extrêmement chaud et ténu qui remplit l'espace entre les galaxies au sein des amas de galaxies. C'est l'une des structures les plus massives et les plus énergétiques de l'Univers observable, et son étude occupe une place centrale en astrophysique extragalactique et en cosmologie. L'ICM est un milieu dynamique, magnétisé, turbulent, chimiquement enrichi, et intimement lié à l'histoire de formation et d'évolution des amas eux-mêmes.Les amas de galaxies sont les structures gravitationnellement liées les plus massives de l'Univers, avec des masses totales pouvant atteindre plusieurs fois 1015 masses solaires. Malgré leur nom, les galaxies ne constituent qu'une fraction minoritaire de la masse baryonique de ces objets : environ 10 à 15 % seulement. L'ICM, lui, représente entre 80 et 90 % de la masse baryonique totale de l'amas, ce qui en fait le composant dominant de la matière ordinaire. Le reste de la masse totale (et de loin la fraction la plus importante, de l'ordre de 80 à 85 % de la masse totale) est constitué de matière sombre, dont la distribution est étendue et forme un halo sphéroïdal dans lequel baignent à la fois les galaxies et l'ICM. La propriété la plus frappante de l'ICM est sa température. Le gaz est chauffé à des températures de l'ordre de dix à cent millions de kelvins, soit de un à dix keV en unités d'énergie. Ce chauffage est principalement d'origine gravitationnelle : lors de la formation de l'amas par effondrement hiérarchique de la matière, l'énergie gravitationnelle potentielle est convertie en énergie cinétique puis en énergie thermique par des chocs. Le gaz accrété tombe dans le puits de potentiel de l'amas à des vitesses supersoniques et se retrouve thermalisé par ces ondes de choc. À ces températures, la matière est entièrement ionisée : il n'existe pratiquement plus d'atomes neutres, seulement un plasma d'ions et d'électrons libres. C'est précisément ce plasma qui est à l'origine de l'émission en rayons X qui a permis de découvrir et d'étudier l'ICM de façon systématique depuis les années 1970 avec des satellites comme Uhuru, puis ROSAT, Chandra et XMM-Newton. Le mécanisme d'émission dominant est le rayonnement de freinage thermique, ou bremsstrahlung thermique. Lorsqu'un électron libre est dévié par le champ coulombien d'un ion, il émet un photon. La puissance rayonnée par ce processus est proportionnelle au carré de la densité électronique et à la racine carrée de la température. Cela signifie que les régions les plus denses de l'ICM (typiquement le centre de l'amas) brillent le plus intensément. S'y ajoutent des raies d'émission caractéristiques des ions lourds, notamment les raies du fer hautement ionisé (Fe XXV et Fe XXVI) à environ 6,7 et 6,97 keV, qui sont détectées dans pratiquement tous les amas observés en rayons X et qui constituent un diagnostic essentiel à la fois de la température et de la métallicité du gaz. La densité de l'ICM est extrêmement faible par rapport aux standards terrestres, mais élevée pour un milieu intergalactique. En périphérie des amas, elle descend à quelques milliers de particules par mètre cube, tandis qu'au centre elle peut atteindre quelques centaines de milliers à plusieurs millions de particules par mètre cube. Ces valeurs restent des milliards de fois inférieures à la densité de l'air que nous respirons, mais elles suffisent à produire une émission X détectable compte tenu des volumes gigantesques en jeu (des sphères de plusieurs mégaparsecs de rayon). Le libre parcours moyen des particules dans l'ICM est de l'ordre du kiloparsec : l'ICM se comporte donc comme un fluide en équilibre thermodynamique local, ce qui justifie son traitement dans le cadre de la magnétohydrodynamique. La structure en pression de l'ICM est, en première approximation, celle d'un gaz en équilibre hydrostatique dans le puits de potentiel gravitationnel de l'amas. Cet équilibre entre la force de pression du gradient thermique et la force gravitationnelle est la base des méthodes d'estimation de la masse totale des amas à partir des observations X. En mesurant les profils de température et de densité du gaz, on peut en déduire la distribution de masse totale (matière sombre comprise) sous l'hypothèse hydrostatique. Cette méthode, largement utilisée en cosmologie pour contraindre les paramètres de l'univers à partir des masses d'amas, souffre cependant de biais systématiques liés aux écarts à l'équilibre hydrostatique parfait, notamment à cause des mouvements turbulents du gaz et de la pression non thermique. La turbulence est en effet une composante importante de la physique de l'ICM. Les fusions entre amas et sous-structures injectent de l'énergie cinétique à grande échelle, qui se cascade vers les petites échelles et maintient un état turbulent du plasma. Ces mouvements turbulents représentent entre 10 et 30 % de la pression totale dans les régions extérieures des amas. Ils peuvent être sondés par la largeur des raies spectrales X, une technique rendue possible avec des instruments à haute résolution spectrale comme ceux embarqués sur la mission Hitomi/ASTRO-H, qui avant sa défaillance prématurée a mesuré pour la première fois directement les vitesses des mouvements du gaz dans l'amas de Persée, révélant des vitesses turbulentes de l'ordre de 160 km/s. Le successeur, XRISM, lancé en 2023, poursuit ces investigations avec le spectromètre Resolve. L'ICM est également le siège de phénomènes non thermiques. Les amas de galaxies les plus massifs et les plus dynamiques abritent parfois des halos radio diffus, dits halos radio et reliques radio, révélant la présence d'électrons relativistes et de champs magnétiques à l'échelle du mégaparsec. Les halos radio sont localisés au centre des amas en fusion et sont associés à la turbulence réaccelératrice d'électrons relativistes. Les reliques radio, plus allongées, se trouvent en périphérie et sont associées aux ondes de choc produites lors des fusions. Ces structures sont détectées en radio et suggèrent que l'ICM n'est pas un simple fluide thermique mais un milieu complexe où coexistent plusieurs populations de particules à des énergies très différentes. Les champs magnétiques de l'ICM sont faibles (de l'ordre de 0,1 à quelques microgauss) mais jouent un rôle physique non négligeable. Ils influencent la conductivité thermique du plasma, qui est anisotrope : la conduction thermique est beaucoup plus efficace le long des lignes de champ que perpendiculairement à elles. Cette anisotropie complique considérablement la modélisation du transport d'énergie dans l'ICM. Les champs magnétiques sont mesurés principalement par la rotation de Faraday, qui affecte la polarisation des sources radio situées en arrière-plan ou dans l'amas lui-même. Leur origine est débattue : amplification de champs primordiaux très faibles par la turbulence et la compression lors de la formation des structures, ou bien injection par les galaxies et les jets AGN. La métallicité de l'ICM est une propriété fondamentale qui relie ce milieu à l'histoire de la formation stellaire dans les galaxies de l'amas. On observe typiquement des abondances en fer de l'ordre de 0,3 à 0,5 fois l'abondance solaire dans les régions centrales, avec une décroissance vers les régions extérieures. Ces métaux ont été produits dans les étoiles des galaxies membres et expulsés dans l'ICM principalement par les vents de supernovæ de type Ia, qui produisent du fer en grande quantité, et de type II, qui produisent davantage d'éléments comme l'oxygène, le magnésium et le silicium. Le rapport entre ces différentes abondances permet de contraindre l'histoire de la formation stellaire dans l'amas et le taux relatif des deux types de supernovae. Fait remarquable, les mesures spectroscopiques X montrent que la métallicité de l'ICM à grand décalage spectral est déjà comparable à celle des amas proches, suggérant que l'essentiel de l'enrichissement a eu lieu très tôt dans l'histoire cosmique, probablement avant que les amas ne soient constitués en tant que tels. Les amas à coeurs froids (cool cores) constituent l'une des problématiques les plus actives de la physique de l'ICM. Dans un nombre significatif d'amas (environ la moitié des amas massifs) le temps de refroidissement du gaz central par rayonnement X est inférieur à l'âge de l'Univers. En l'absence de source de chauffage, ce gaz devrait se refroidir, perdre sa pression de soutien et affluer vers le centre en un flot de refroidissement massif, avec des taux d'accrétion pouvant atteindre des centaines à des milliers de masses solaires par an. Or les observations spectrales X ne détectent pas les quantités attendues de gaz très froid, et les taux de formation stellaire au centre de ces amas sont bien inférieurs aux prédictions. Il existe donc un mécanisme de chauffage qui compense presque exactement le refroidissement radiatif. Le candidat le plus sérieux est le feedback des noyaux actifs de galaxies : les jets du trou noir central creusent des cavités dans l'ICM, détectées en rayons X comme des régions de déficit d'émission, et y injectent de l'énergie mécanique. Ces cavités, aussi appelées bulles, remontent par flottaison dans l'ICM et dissipent leur énergie par compression et génération de turbulence. La régulation semble très précise : le taux de chauffage par l'AGN s'adapte au taux de refroidissement du gaz, réalisant un thermostat cosmique dont les détails microphysiques font encore l'objet de nombreuses recherches. Les fusions d'amas sont les événements les plus énergétiques de l'univers post-big bang, libérant des énergies de l'ordre de dix puissance soixante-quatre joules. Lors de la collision entre deux amas, les ICM respectifs interagissent par pression dynamique. La matière sombre et les galaxies, en revanche, s'interpénètrent presque sans collision. Le résultat le plus spectaculaire de cette différence de comportement est l'amas de la Balle (dans la constellation de la Carène), où l'ICM a été séparé de la matière sombre lors de la collision, fournissant l'une des preuves les plus directes de l'existence de la matière sombre. Les chocs générés lors de ces fusions chauffent le gaz localement, créent des discontinuités de température et de densité observables en rayons X, les fronts froids (cold fronts) et les fronts de choc, et alimentent les reliques radio mentionnées précédemment. Les régions de bord des amas, au-delà du rayon dit r500 ou r200, sont des zones où l'ICM est encore en cours d'accrétion depuis les filaments de la toile cosmique. Le gaz y est plus froid, plus inhomogène, et son état thermodynamique est loin de l'équilibre. Les mesures récentes par Suzaku puis par le satellite eROSITA ont permis de sonder ces régions jusqu'aux rayons de choc d'accrétion, révélant des profils de densité et de température qui descendent régulièrement mais avec des inhomogénéités importantes, des grumeaux de gaz plus dense et plus froid en cours d'accrétion. Ces inhomogénéités affectent les estimations de pression et de masse et sont un sujet de préoccupation pour la cosmologie de précision. L'ICM joue enfin un rôle de première importance comme sonde cosmologique. La masse des amas, dominée par la matière sombre mais tracée par l'ICM, est sensible aux paramètres cosmologiques tels que la densité de matière de l'Univers et l'amplitude des fluctuations de densité primordiales. La fonction de masse des amas(leur abondance en fonction de la masse et du redshift) est un outil cosmologique puissant, comparable en potentiel aux supernovae de type Ia ou aux oscillations acoustiques baryoniques. L'effet Sunyaev-Zel'dovich (SZ), par lequel les photons du fond diffus cosmologique sont diffusés par les électrons chauds de l'ICM et légèrement décalés en énergie, permet de détecter les amas jusqu'à un très grand redshift, et les relevés SZ réalisés par les télescopes SPT, ACT et le satellite Planck ont constitué des catalogues de milliers d'amas utilisés pour contraindre la cosmologie. La combinaison des données X et SZ, en donnant accès à la fois à la pression thermique et à la densité électronique, permet en outre de mesurer la distance angulaire aux amas et d'estimer la constante de Hubble par une méthode indépendante. La coévolution du MIG et des galaxiesLe milieu intergalactique est un milieu actif, structuré et en perpétuelle interaction avec les galaxies qui le peuplent. Cette relation se présente comme une relation de coévolution profondément enchevêtrée, où chaque composante modifie continûment l'autre à travers des échanges de matière, d'énergie et d'éléments chimiques. Le MIG est à la fois la source, le réceptacle et le régulateur de la vie des galaxies, inscrivant l'histoire de chaque galaxie dans le tissu plus large de la structure cosmique à grande échelle. Comprendre cette relation réciproque est aujourd'hui l'un des enjeux centraux de la cosmologie et de l'astrophysique extragalactique.Rôle du milieu
intergalactique dans la formation et l'évolution des galaxies.
Le
MIG, à l'origine des galaxies.
Cet apport de gaz froid ne se fait pas de manière uniforme ni continue. Les simulations numériques distinguent deux modes principaux d'accrétion. • Dans les halos peu massifs et à des époques reculées, le gaz peut tomber directement dans la galaxie par des flux froids le long des filaments cosmiques, sans se chauffer significativement au passage du choc d'accrétion , c'est le régime dit de cold accretion ou accrétion froide.La transition entre ces deux régimes dépend de la masse du halo et du redshift, et joue un rôle déterminant dans l'histoire de formation des galaxies. La
rétroaction des galaxies sur le MIG.
La rétroaction des noyaux actifs de galaxies (AGN) constitue l'autre grand mécanisme de couplage entre galaxies et MIG. Lorsque le trou noir supermassif au centre d'une galaxie est en phase d'accrétion active, il libère une énergie colossale sous forme de rayonnement et de jets relativistes. Ces jets, pouvant s'étendre sur des centaines de kiloparsecs, voire des mégaparsecs, creusent des cavités dans le gaz chaud du MIG des amas, y déposent de l'énergie et le chauffent, empêchant ainsi son refroidissement et, par conséquent, sa chute dans la galaxie centrale. Ce mécanisme, observé directement en rayonnement X dans de nombreux amas proches (comme Perseus ou Virgo), est aujourd'hui reconnu comme l'un des principaux régulateurs de la formation stellaire dans les galaxies massives, et permet d'expliquer pourquoi les galaxies elliptiques géantes au centre des amas ont cessé de former des étoiles malgré la présence abondante de gaz chaud dans leur environnement immédiat. À l'échelle des amas entiers, la physique du MIG est gouvernée par l'équilibre entre refroidissement radiatif et chauffage. Dans les coeurs des amas dits "relaxés", la densité du gaz est suffisamment élevée pour que le temps de refroidissement soit inférieur à l'âge de l'univers, générant théoriquement un flux de refroidissement (cooling flow) vers le centre. Or, les observations X précises de missions comme Chandra ou XMM-Newton ont montré que la quantité de gaz effectivement froid formant des étoiles est bien inférieure aux prédictions de ce modèle simple. La rétroaction AGN est aujourd'hui la candidate privilégiée pour expliquer ce paradoxe, mais le débat reste ouvert et nourrit une intense activité observationnelle et théorique. Le
milieu circumgalactique.
Les
interactions entre galaxies.
La
réionisation cosmique.
Les métaux dans
le milieu intergalactique.
Les étoiles sont les seules usines capables de produire ces éléments lourds par nucléosynthèse stellaire et, pour les éléments les plus massifs, par les explosions de supernovæ. Le fer, le carbone, l'oxygène, le silicium et le magnésium naissent ainsi dans les coeurs stellaires ou lors des effondrements cataclysmiques en fin de vie des étoiles massives. Le problème fondamental est donc le suivant : comment ces métaux parviennent-ils à s'échapper non seulement de l'étoile qui les a forgés, mais aussi de la galaxie qui les contenait, pour atteindre le milieu intergalactique proprement dit? Plusieurs des mécanismes dont on a parlé précédemment interviennent ici : • Les vents galactiques pilotés par la formation d'étoiles (feedback stellaire). - Le mécanisme le plus invoqué est celui des vents galactiques. Quand une galaxie connaît un épisode intense de formation stellaire, les supernovae explosent en grand nombre et de façon quasi simultanée. L'énergie libérée est colossale : elle chauffe le gaz environnant à des températures de plusieurs millions de degrés et crée une bulle de plasma surchauffé qui finit par se frayer un chemin hors du disque galactique. Ce vent chaud emporte avec lui les métaux récemment synthétisés. Les observations en rayons X ont permis de détecter ces panaches s'échappant des galaxies à sursaut de formation stellaire comme M82, et leur composition révèle bien une abondance significative d'éléments lourds. Ces vents peuvent atteindre des vitesses de quelques centaines à plus d'un millier de kilomètres par seconde, suffisantes pour dépasser la vitesse de libération de galaxies peu massives.Les observations à grand décalage spectral vers le rouge montrent que des métaux étaient déjà présents dans le MIG à des époques très reculées, moins de trois milliards d'années après le début de l'expansion cosmique. Cela implique que les premières générations d'étoiles, dites de Population III, extrêmement massives et à durée de vie brève, ont pu enrichir leur environnement très tôt, avant même que les structures galactiques ne soient pleinement constituées. Les petites galaxies naines proto-galactiques, dont le puits de potentiel gravitationnel est peu profond, ont pu se faire vider de leurs métaux très efficacement par les vents de supernovae, enrichissant le MIG dès les premiers âges de l'Univers. La distribution des métaux dans le MIG suit grossièrement la structure en filaments et en noeuds de la toile cosmique. Les régions denses, proches des filaments et des noeuds où se concentrent les galaxies, sont plus enrichies que les vastes vides cosmiques. On observe notamment que le milieu intra-amas présente des abondances métalliques d'environ un tiers de l'abondance solaire, ce qui est remarquablement élevé pour un gaz si diffus. Plus loin des structures, dans les filaments et les vides, les abondances chutent drastiquement, et les contraintes observationnelles deviennent extrêmement difficiles à obtenir. Les métaux expulsés ne restent pas nécessairement dans le MIG proprement dit : une fraction peut retomber sur la galaxie émettrice ou sur ses voisines, dans un cycle complexe d'accrétion et d'éjection. Ce cycle baryonique galactique fait que la frontière entre milieu circumgalactique et milieu intergalactique est dynamique et poreuse. Les modèles hydrodynamiques de formation des galaxies tentent de reproduire ces échanges et montrent que l'essentiel des métaux produits dans les galaxies au cours de l'histoire cosmique se retrouve aujourd'hui non pas dans les étoiles elles-mêmes, ni dans le gaz interstellaire, mais dans ces réservoirs circumgalactiques et intergalactiques. C'est ce qu'on appelle parfois le problème des métaux manquants : les étoiles et le gaz des galaxies ne contiennent qu'une minorité des métaux que la nucléosynthèse a dû produire depuis le début de l'univers. Questions ouvertesL'image du milieu intergalactique qui se dégage aujourd'hui (2026) est celle d'un acteur cosmique dont la compréhension complète se heurte à des défis profonds. Les recherches actuelles portent notamment sur :L'origine des
champs magnétiques cosmiques.
La localisation
exacte des baryons manquants.
La physique du
WHIM.
Les effets des
trous noirs supermassifs.
L'évolution de
la toile cosmique.
Les interactions
entre matière sombre et gaz baryonique.
Le problème des
échelles.
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