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| Le
Groupe
local est un ensemble gravitationnellement lié de plusieurs dizaines
de galaxies, dont notre Voie lactée
fait partie, s'étendant sur un diamètre d'environ 10 millions d'années-lumière.
Sa masse totale est estimée à environ 2 à 3.1012
masses solaires, dont l'écrasante majorité se trouve sous forme de matière
sombre, distribuée de manière diffuse entre les galaxies et dans leurs
halos étendus. Au total, le nombre de galaxies confirmées dans
le Groupe local dépasse désormais la centaine, et la majorité sont des
galaxies naines irrégulières ou sphéroïdales, souvent situées à la
limite de détection, si bien que des membres encore inconnus, très diffus
et de très faible brillance de surface, continuent d'être découverts.
La structure dynamique du Groupe local peut être décomposée en deux
sous-groupes principaux centrés respectivement sur la Voie lactée et
M 31 (Andromède), plus ,M 33 (Triangle), à proximité
de la Galaxie d'Andromède et quelques galaxies isolées comme la galaxie
irrégulière IC 10 ou la galaxie naine WLM, situées en périphérie et
dont l'appartenance gravitationnelle au groupe est avérée.
La répartition de
la masse dans le Groupe local est un sujet central de l'astrophysique contemporaine.
Les courbes de rotation des galaxies spirales et les dispersions de vitesse
dans les naines indiquent que la matière visible ne représente que quelques
pourcents de la masse totale. Le reste se trouve sous forme de matière
sombre. Les observations indirectes par effet de lentille
gravitationnelle faible et l'analyse des courants stellaires permettent
de cartographier la distribution de cette masse invisible autour de la
Voie lactée et d'Andromède, et révèlent d'immenses halos étendus sur
plusieurs centaines de milliers d'années-lumière, qui s'interpénètrent
probablement déjà dans la zone située entre les deux galaxies. L'existence
d'une population de galaxies naines manquantes, longtemps en débat, a
été en grande partie résolue par la découverte des naines ultra-faibles,
mais des questions persistent quant à la densité des halos de matière
sombre au centre de certaines naines et à la possible existence de galaxies
purement sombres, dépourvues d'étoiles.
Plusieurs amas
de galaxies (Groupe du Sextant, groupe du Sagittaire,
etc.) existent près du Groupe Local. Ils appartiennent tous à un superamas
centré sur l'Amas de la Vierge (Virgo), le Superamas Local, ou Superamas
de la Vierge, lui-même n'étant qu'un élément
d'une structure plus vaste mise en évidence en 2015, le superamas Laniakea
( Les galaxies du Groupe localL'ossature du Groupe local.Le Groupe local est dominé par trois grandes galaxies spirales : la Voie lactée, la galaxie d'Andromède (M31) et la galaxie du Triangle (M33), qui jouent un rôle déterminant dans son évolution dynamique. Ces trois systèmes concentrent l'essentiel de la masse visible du Groupe local et présentent des caractéristiques communes typiques des grandes galaxies spirales : un disque aplati parcouru de bras spiraux, un bulbe central plus dense, un halo de matière sombre et une population variée d'étoiles couvrant toutes les étapes de l'évolution stellaire. Cependant, leurs différences de masse, de taille et d'histoire évolutive témoignent de parcours distincts. Autour de ces poids lourds gravitent de nombreuses galaxies satellites, principalement des galaxies naines sphéroïdales et irrégulières. • La Voie lactée, la galaxie dans laquelle se trouve le Système solaire, est une galaxie spirale barrée d'environ 100 000 à 120 000 années-lumière de diamètre (voire jusqu'à 200 000 années-lumère selon la définition du bord du disque), contenant plusieurs centaines de milliards d'étoiles, ainsi qu'une grande quantité de gaz, de poussières et de matière sombre. Le Soleil est situé dans le bras d'Orion, à environ 26 000 années-lumière du centre galactique. Au coeur de la Voie lactée se trouve Sagittarius A* (Sgr A*), un trou noir supermassif dont la masse atteint environ quatre millions de fois celle du Soleil. La structure de la Galaxie, typique d'un galaxie spirale barrée, comprend un bulbe central, une barre d'étoiles, plusieurs bras spiraux, un disque mince riche en jeunes étoiles, un disque épais plus ancien et un vaste halo peuplé d'amas globulaires et d'étoiles anciennes.Andromède se rapproche actuellement de la Voie lactée à une vitesse d'environ 110 kilomètres par seconde, et les deux galaxies devraient entrer en collision dans environ quatre à cinq milliards d'années. • La galaxie du Triangle (M33) est située à environ 2,7 millions d'années-lumière, dans la constellation du Triangle, elle est plus petite et moins massive que la Voie lactée et Andromède, avec un diamètre d'environ 60 000 années-lumière. Il s'agit d'une galaxie spirale dépourvue de barre centrale marquée, et même de bulbe central prononcé. M33 contient plusieurs dizaines de milliards d'étoiles et demeure particulièrement riche en gaz, ce qui favorise une intense activité de formation stellaire. Elle abrite notamment NGC 604, l'une des plus vastes régions de formation d'étoiles connues dans le Groupe local, comparable à la nébuleuse de la Tarentule du Grand Nuage de Magellan. Contrairement aux deux autres grandes galaxies du Groupe local, la galaxie du Triangle possède très peu de satellites connus.Les observations suggèrent que M33 pourrait être gravitationnellement liée à Andromède et qu'elle orbiterait autour de cette dernière depuis plusieurs milliards d'années. Certaines simulations indiquent qu'elle pourrait être sur une trajectoire de chute vers cette dernière, voire avoir déjà effectué un premier passage rapproché. Elles prévoient aussi qu'elle participera également à la future interaction entre Andromède et la Voie lactée. Les satellites
de la Voie lactée.
• Le Grand Nuage de Magellan est la plus massive et la plus brillante des galaxies satellites de la Voie lactée. Situé à environ 163 000 années-lumière de la Terre, il s'agit d'une galaxie naine irrégulière barrée contenant environ 30 milliards d'étoiles. Sa structure est déformée par les interactions gravitationnelles avec la Voie lactée et avec son compagnon proche, le Petit Nuage de Magellan. Cette galaxie possède encore d'importantes réserves de gaz et présente une activité de formation stellaire intense. Elle abrite notamment la nébuleuse de la Tarentule, l'une des plus vastes régions de formation d'étoiles connues dans le Groupe local.Au-delà de ces deux objets, une myriade de galaxies naines sphéroïdales et ultra-faibles, telles que Reticulum II, Tucana III ou Segue 1, gravitent autour de la Voie lactée, principalement détectées au cours des deux dernières décennies grâce aux relevés profonds comme le Sloan Digital Sky Survey. Ces objets ne contiennent parfois que quelques milliers d'étoiles visibles mais pourraient posséder une masse totale beaucoup plus importante grâce à la matière sombre. Leur existence contribue à résoudre partiellement le "problème des satellites manquants", qui opposait les prédictions théoriques du modèle cosmologique aux observations. Leur distribution spatiale semble s'organiser dans un plan assez mince, le plan des satellites, une configuration dont l'origine demeure débattue mais qui pourrait résulter de l'accrétion d'un groupe de galaxies naines le long d'un filament cosmique. Les satellites
d'Andromède.
• M32 est l'un des satellites les plus marquants d'Andromède. Située à environ 2,5 millions d'années-lumière de la Terre, pratiquement à la même distance que M31 elle-même, cette petite galaxie elliptique compacte est particulièrement dense. Elle contient principalement des étoiles anciennes, mais des indices suggèrent qu'elle a connu plusieurs épisodes de formation stellaire au cours de son histoire. Sa structure inhabituelle pourrait résulter d'interactions gravitationnelles ayant arraché une grande partie de ses régions externes.Comme dans le cas de la Voie lactée, certaines observations suggèrent qu'une partie des satellites d'Andromède est organisée selon un vaste plan relativement mince. Plusieurs galaxies qu'on y remarque semblent partager un mouvement orbital cohérent. Cette disposition inattendue demeure un sujet de recherche actif, car elle pourrait fournir des informations importantes sur les mécanismes de formation des systèmes de satellites. Dynamiques gravitationnelle et chimique du Groupe localLes interactions gravitationnelles.L'histoire du Groupe local commence dans le champ de densité primordial. Selon le scénario qui peut se déduire du modèle cosmologique standard, la matière sombre froide des premiers temps de l'expansion cosmique s'effondre en halos hiérarchiques, les petites structures se forment d'abord et fusionnent pour construire des systèmes plus massifs. Le gaz tombe dans les puits de potentiel de ces halos, se refroidit et allume les premières étoiles. Les galaxies naines irrégulières et sphéroïdales actuelles représentent les vestiges de cette première génération de blocs, dont beaucoup ont été accrétés et détruits par les spirales majeures. La dynamique à grande échelle est ensuite marquée par le mouvement de rapprochement de la Voie lactée et de la galaxie d'Andromède. Le timing argument de Kahn et Woltjer, utilisant la masse estimée du Groupe local et leur vitesse relative, suggère que ces deux galaxies se sont formées très près l'une de l'autre dans le flot d'expansion universelle avant de se retrouver liées, et que leur premier rapprochement remonte à une dizaine de milliards d'années. Depuis, en raison de la friction dynamique, un phénomène par lequel les halos de matière sombre des deux galaxies interagissent et dissipent de l'énergie orbitale, leurs trajectoires se dégradent progressivement. La Voie lactée et M31 se rapprochent l'une de l'autre à environ 110 kilomètres par seconde. Ce rapprochement, couplé à la composante tangentielle mesurée par les satellites astrométriques Gaia et Hubble, permet de prédire une collision frontale ou en tout cas une fusion majeure entre notre Galaxie et celle d'Andromède dans environ 4,5 milliards d'années. Il ne s'agira pas d'une collision frontale d'étoiles, celles-ci étant trop espacées, mais d'une fusion violente de leurs structures gazeuses et de leurs halos de matière sombre. Cette interaction gravitationnelle chaotique finira par dissiper les bras spiraux pour former une unique et massive galaxie elliptique parfois nommée Lactomède (ou Milkomeda en anglais). Le phénomène devrait s'accompagner d'une vague de formation stellaire intense et d'une profonde réorganisation des orbites stellaires et des systèmes satellites. La probabilité que le Soleil soit affecté directement est quasi nulle, mais il est probable que le Système solaire se retrouve alors sur une orbite très différente dans la nouvelle galaxie. Parallèlement à cette interaction majeure, la galaxie du Triangle (M33) intervient de manière complexe dans l'équilibre gravitationnel du Groupe Local. Les observations de sa vitesse et de sa trajectoire suggèrent qu'elle est gravitationnellement liée à Andromède, agissant comme une galaxie satellite en orbite autour de cette dernière. Cependant, la dynamique à trois corps (Voie lactée, Andromède, Triangle) rend son orbite instable à très long terme et son avenir reste indécis. Lors de la future fusion entre la Voie lactée et Andromède, la galaxie du Triangle pourrait être éjectée du Groupe Local par effet de fronde gravitationnelle, ou bien être capturée et absorbée par la nouvelle galaxie elliptique en formation, ajoutant sa masse au résultat final. Les forces
de marée, manifestations directes des gradients de gravité, sont
particulièrement visibles dans les interactions entre les galaxies majeures
et leurs satellites nains. Du côté de la Voie lactée, les Nuages de
Magellan subissent une influence gravitationnelle intense. Leurs orbites
les amènent à interagir non seulement avec notre galaxie, mais aussi
entre eux. Cette interaction mutuelle, combinée aux forces de marée de
la Voie lactée, a arraché d'immenses quantités de gaz hydrogène, créant
le Courant magellanique, une traînée de matière qui s'étend sur des
centaines de milliers d'années-lumière, ainsi que le Pont magellanique
qui relie les deux nuages. Le Grand Nuage de Magellan, étant particulièrement
massif, subit lui aussi une friction dynamique qui fait lentement décroître
son orbite, le destinant à une fusion avec la Voie lactée bien avant
la collision avec Andromède.
Du côté d'Andromède, le processus de cannibalisme galactique est encore plus avancé et visible. M 32 pourrait être le noyau résiduel d'une galaxie spirale beaucoup plus grande qui, par le passé, s'est trop approchée d'Andromède. Les forces de marée colossales de la galaxie hôte ont alors arraché la quasi-totalité de ses étoiles externes et de son gaz, ne laissant que ce noyau compact. Les courants stellaires observés autour d'Andromède, formés d'étoiles arrachées à d'autres galaxies naines détruites, témoignent de cette histoire violente d'accrétion gravitationnelle continue qui façonne la structure des grandes galaxies. La matière sombre constitue environ 85 % de la masse du Groupe Local et joue le rôle d'échafaudage gravitationnel invisible. Les halos de matière sombre des différentes galaxies s'interpénètrent et interagissent bien avant que les disques stellaires visibles n'entrent en contact. C'est cette composante sombre qui assure la cohésion du Groupe Local, empêchant les galaxies satellites de s'échapper, et c'est elle qui est principalement responsable de la friction dynamique qui ralentit les orbites et précipite les fusions. La distribution de cette matière sombre détermine également la trajectoire exacte de la chute d'Andromède vers la Voie lactée. L'évolution chimique.
La relation masse-métallicité, observée à la fois dans les galaxies spirales et naines, constitue un autre marqueur de l'évolution chimique du Groupe local : les galaxies moins massives sont systématiquement plus pauvres en métaux. Cette relation s'explique par la moindre efficacité de la rétention des produits d'enrichissement. Dans un puits de potentiel superficiel, les vents stellaires et les ondes de choc des supernovae peuvent expulser une fraction importante des éléments lourds hors de la galaxie, parfois jusqu'au milieu circumgalactique, alors que les puits plus profonds des grandes spirales recyclent ce matériau enrichi dans de nouvelles générations d'étoiles. Les nuages de Magellan illustrent un cas intermédiaire : le Grand Nuage, de masse plus élevée, a atteint une métallicité moyenne plus forte que le Petit Nuage, et tous deux présentent des disques gazeux en rotation avec des gradients radiaux d'abondance. Leur interaction mutuelle et leur passage près de la Voie lactée ont déclenché des sursauts de formation stellaire visibles dans leurs amas globulaires d'âge intermédiaire et dans les ponts de gaz qui les relient, modulant leur enrichissement chimique de façon non monotone. Les galaxies naines sphéroïdales satellites de la Voie lactée offrent une fenêtre précieuse sur les processus chimiques des petits systèmes, car leurs étoiles sont résolubles individuellement et se prêtent à la spectroscopie haute résolution. Leur masse stellaire modeste, généralement inférieure à dix millions de masses solaires, s'accompagne de distributions de métallicité étendues mais toujours décalées vers les basses valeurs. La galaxie du Fourneau, l'une des plus massives d'entre elles, présente une large plage de [Fe/H] allant de -3 à -0,5 et montre une décroissance continue de [α/Fe] avec l'augmentation de [Fe/H], signe que sa formation stellaire a duré plusieurs milliards d'années, laissant le temps aux supernovae de type Ia d'enrichir le gaz en fer. À l'inverse, des systèmes comme la galaxie du Dragon ou celle de la Petite Ourse ont formé l'essentiel de leurs étoiles en moins de deux milliards d'années et présentent des abondances alpha constamment élevées. Ces chronologies chimiques sont cohérentes avec la troncature rapide de la formation stellaire dans les petites naines, souvent imputée à leur immersion dans le halo chaud de la Voie lactée, au décapage par pression dynamique ou aux forces de marée qui ont arraché leur gaz. L'étude de l'évolution chimique du halo de la Voie lactée offre également une pièce maîtresse à l'histoire du Groupe local. Grâce aux grands relevés spectroscopiques comme APOGEE, GALAH et Gaia, on a pu établir que le halo stellaire interne s'est formé en grande partie par l'accrétion d'une galaxie massive baptisée Gaïa-Encelade, environ dix milliards d'années après le début de l'expansion cosmique. Les étoiles issues de cette fusion se distinguent par leur cinématique rétrograde et par un rapport [α/Fe] légèrement plus bas que celui des étoiles formées in situ dans le proto-disque épais. La contrepartie chimique de cet événement est visible sous la forme de deux chemins d'enrichissement : un premier, à alpha élevé, associé aux étoiles nées dans la Voie lactée primitive après l'effondrement monolithique ou les fusions mineures très précoces, et un second, à alpha plus modéré, provenant du satellite accrété qui avait déjà une histoire d'enrichissement prolongée. Ce constat a transformé notre vision de la formation du halo, autrefois décrit par un simple effondrement monolithique, en un scénario dominé par les accrétions, où la chimie sert de véritable marqueur généalogique. Andromède, bien que plus difficile à résoudre en étoiles individuelles à cause de son éloignement, a révélé par photométrie profonde et spectroscopie de champ intégral des structures halo complexes, comme le courant géant méridional, vestige d'une accrétion majeure. Sa population d'amas globulaires exhibe une bimodalité de couleurs qui reflète une bimodalité métallique, similaire à celle de la Voie lactée, mais les détails de la relation âge-métallicité diffèrent, suggérant un assemblage hiérarchique plus étalé dans le temps. Les observations du télescope spatial Hubble et du relevé PAndAS ont cartographié un halo d'étoiles et de courants de marée qui s'étend jusqu'à 500 000 années-lumière, indiquant qu'Andromède a cannibalisé plusieurs satellites relativement massifs au cours des huit derniers milliards d'années. Son disque chimique montre un gradient d'abondance d'oxygène plus plat que celui de la Voie lactée, peut-être dû à des phénomènes de mélange radial plus efficaces, eux-mêmes déclenchés par des interactions répétées avec ses compagnons. L'évolution du gaz circumgalactique est un autre aspect important pour comprendre la chimie du Groupe local. Les halos de gaz chaud, détectés par absorption UV lointain et par émission X, contiennent une quantité de baryons comparable à celle des étoiles des galaxies centrales, et ils sont enrichis en métaux jusqu'à des rayons de plus de 300.000 années-lumière. Ces réservoirs agissent comme des régulateurs : ils refroidissent lentement pour alimenter la formation d'étoiles des disques, mais ils peuvent aussi être réchauffés et expulsés par les noyaux actifs de galaxies et les supernovae. Dans les galaxies naines, le décapage par pression dynamique lorsqu'elles traversent le halo de la Voie lactée arrache le gaz froid, interrompt leur activité de formation stellaire et laisse derrière elles des traînées enrichies. Le courant magellanique constitue l'exemple le plus spectaculaire de ce processus : il provient du décapage par marée et par pression dynamique du gaz des deux Nuages de Magellan, et son spectre révèle des abondances correspondant à celles du Petit Nuage, avec une contribution partielle du Grand Nuage. Ce transfert de matériau enrichi à travers le Groupe local homogénéise partiellement les abondances du milieu intergalactique proche. La problématique des satellites manquants et des galaxies trop sombres a aussi une composante chimique. Les simulations cosmologiques prédisent l'existence de nombreux halos nains autour de la Voie lactée qui n'auraient jamais formé d'étoiles, ou seulement une infime population d'amas. La découverte de galaxies ultrafaibles comme Segue 1, dont la masse dynamique est dominée à plus de 99 % par la matière sombre, montre que les processus d'enrichissement ont été extrêmement inefficaces dans ces puits de potentiel peu profonds. Les quelques étoiles observées dans ces systèmes affichent des métallicités extrêmement basses, de l'ordre de [Fe/H] égal à moins trois, et des abondances en éléments alpha très élevées, cohérentes avec un unique sursaut de formation stellaire rapidement étouffé. Ces galaxies apparaissent comme les fossiles vivants de l'époque de la réionisation, car le fond ultraviolet cosmologique a pu chauffer le gaz et empêcher son accrétion ultérieure, figeant ainsi leur évolution chimique il y a plus de douze milliards d'années. La diversité des histoires d'enrichissement se lit encore dans les abondances relatives des éléments issus de captures neutroniques lentes ou rapides. Le baryum, l'europium, le strontium dans les étoiles des galaxies naines suivent des tendances distinctes de celles de la Voie lactée, ce qui permet de contraindre la contribution respective des supernovae à effondrement de coeur et des fusions d'étoiles à neutrons à l'enrichissement en éléments r (= éléments issus d'une capture neutronique rapide). Par exemple, la galaxie naine Réticule II a livré une signature particulière en europium, indiquant qu'une seule fusion d'étoiles à neutrons a pu enrichir de manière inhomogène le gaz d'une galaxie entière de faible masse. Ce type d'événement rare illustre comment la chimie du Groupe local est sensible aux processus stochastiques dans les petits volumes, là où le rendement d'une seule source peut dominer l'abondance globale. L'avenir du Groupe local prolongera cette évolution. La fusion de la Voie lactée avec Andromède qui devrait, comme on l'a dit, former Lactomède, dont le milieu interstellaire sera brutalement comprimé, déclenchant un sursaut de formation d'étoiles, suivi d'un épuisement rapide du gaz froid. Les abondances chimiques de la future galaxie refléteront le mélange des populations stellaires des deux spirales et de leurs satellites survivants. Les galaxies naines qui auront échappé à la cannibalisation directe pourront poursuivre une évolution lente et tranquille, mais la plupart seront fusionnées en quelques dizaines de milliards d'années. Le Groupe local, isolé dans l'expansion cosmique, restera un système fermé où les éléments lourds déjà synthétisés ne quitteront jamais complètement ses limites, piégés dans les étoiles mortes, le gaz chaud et les naines brunes. Le Groupe local pris dans la toile cosmiqueLe Groupe local est un petit archipel de galaxies inséré dans une structure aplatie appelée le Feuillet local, une sorte de nappe de galaxies qui s'étend sur environ trente millions d'années-lumière d'épaisseur mais sur une longueur bien plus grande. Ce Feuillet local rassemble, outre le Groupe local, d'autres petits groupes brillants comme le groupe de M81, le groupe de M101 (Grande Ourse) ou le groupe du Sculpteur. La géométrie de cette nappe est intimement liée à la présence du Vide local, une immense bulle de l'espace remarquablement pauvre en galaxies, qui s'ouvre juste à côté de nous. Le Groupe local occupe une position privilégiée en bordure de ce vide, accroché au mur de galaxies qui le délimite, comme une écume sur la crête d'une vague cosmique.À plus grande échelle, le Feuillet local lui-même n'est qu'un appendice d'une structure bien plus imposante : le Superamas de la Vierge. Ce superamas, qui s'étale sur une centaine de millions d'années-lumière de diamètre, regroupe une centaine d'amas et de groupes de galaxies organisés autour de l'Amas de la Vierge, un noeud dense de plus de 1300 galaxies situé à environ 16 mégaparsecs (52 millions d'années-lumière) du Groupe local. Ce dernier occupe une position franchement excentrée au sein de ce superamas : il se trouve dans un filament tentaculaire qui s'étire loin de l'amas central, dans une région relativement peu dense. Les galaxies du Groupe local ne sont pas attirées vers l'Amas de la Vierge avec une force suffisante pour y tomber. Elles sont lentement attirées vers une structure encore plus massive, le Grand Attracteur, une concentration de masse dissimulée derrière le plan de la Voie lactée dans la direction des constellations du Centaure et de la Règle (Norma), à quelque deux cents millions d'années-lumière. Ce Grand Attracteur, qui gouverne en fait le mouvement de toutes les galaxies du Superamas de la Vierge et de bien d'autres groupes alentour, est lui-même associé à un complexe de superamas encore plus vaste, situé derrière lui par rapport à nous, et appelé l'Amas de Shapley (attracteur de Shapley). Une révision majeure de cette cartographie est intervenue en 2014, avec la délimitation du superamas Laniakea par Brent Tully et son équipe (Hélène Courtois, Yehuda Hoffman et Daniel Pomarède), et dont le Superamas de la Vierge n'est lui-même qu'un lobe. Laniakea, qui signifie ciel immense en hawaïen, est la plus grande structure à laquelle le Groupe local soit gravitationnellement lié. En cartographiant les flux de vitesse particulière des galaxies (leur déplacement par rapport au fond cosmologique diffus), les astronomes ont mis en évidence son immense bassin d'attraction, qui inclut l'amas de la Vierge, l'amas de l'Hydre, du Centaure et d'autres, et s'étendant sur environ 1,7 milliards d'années-lumière (520 mégaparsec) et contenant quelque 100 000 galaxies pour une masse de l'ordre de 10⁵ masses solaires. Laniakea fait partie
de la toile cosmique, la structure
à grande échelle de l'univers observable, organisée en murs (comme
le mur de la Vierge), en filaments (comme le filament Persée-Poissons)
et en noeuds (les amas riches), séparés par d'immenses vides presque
déserts appelés supervides. Au sein de Laniakea, le Groupe local se situe
dans un sous-ensemble en lisière, sur un filament secondaire qui s'étire
vers le Grand Attracteur, dans une région plutôt discrète de cette toile,
à l'écart des grands noeuds, mais relié par des ponts de matière ténue
à d'autres petits groupes. Le Groupe local se situe par ailleurs à la
marge d'un supervide, le Vide local (Local Void), une région sous-dense
de plusieurs dizaines de millions d'années-lumière qui s'étend dans
les directions de la constellation du Verseau et du Sagittaire. Cette position
en bordure de vide a son importance : elle génère un flux de répulsion
supplémentaire (associé à ce qu'on appelle le répulseur du dipôle
[ = en référence à l'anisotropie dipolaire du fond
diffus cosmologique, qui résulte du mouvement de la Terre (et, plus
largement des galaxies de l'univers local, selon la direction du dipôle];
l'autre composante étant l'attracteur de Shapley) qui pousse le Groupe
local et l'ensemble de Laniakea vers des régions plus denses de la toile.
Les flux de galaxies dans l'univers local. Image centrée sur le Groupe local (point vert) et le superamas local (nuage vert). Source : Nature, 4/9/2014. |
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