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Les
populations
stellaires sont les différentes familles d'étoiles
rangées selon leur composition chimique. Cette notion a été introduite
par Baade
en 1941, qui, en étudiant la galaxie d'Andromède
avec le télescope du Mont Wilson pendant les black-outs de la Seconde
Guerre mondiale, parvint à résoudre ses régions centrales en étoiles
individuelles. Il observa que les étoiles les plus brillantes du bulbe
et du halo étaient très différentes de celles des bras spiraux : les
premières étaient rouges et âgées, les secondes bleues et jeunes. Il
nomma ces deux familles population I et population II. Cette
distinction fut immédiatement appliquée à la Voie
lactée, où les étoiles du disque mince, notamment celles des amas
ouverts et des régions de gaz ionisé,
correspondaient à la population I, tandis que les étoiles du halo galactique,
les amas globulaires et les étoiles à grande vitesse appartenaient Ã
la population II.
La différence fondamentale
entre ces populations réside dans leur composition chimique, que les astronomes
expriment par la métallicité, c'est-à -dire
l'abondance des éléments plus lourds que l'hélium.
• La
population I se caractérise par une métallicité élevée, souvent
proche de la valeur solaire, voire supérieure. Ses étoiles se sont formées
à partir d'un gaz déjà enrichi par plusieurs générations antérieures
d'étoiles massives qui, en explosant en supernovae,
ont dispersé des éléments comme le carbone,
l'oxygène, le fer et
le silicium. Cinématiquement, ces objets décrivent
des orbites quasi circulaires dans le disque galactique,
avec une faible dispersion de vitesses. Ils dessinent
la structure spirale et contiennent fréquemment des nuages moléculaires
et des zones HII. Les étoiles de population I couvrent
un large spectre de masses, des naines rouges aux
supergéantes bleues très lumineuses; leur âge s'étend de quelques
millions à quelques milliards d'années, le Soleil
lui-même est un exemple typique de population I d'âge intermédiaire.
• La population
II, à l'opposé, est pauvre en métaux, avec des abondances en fer
qui peuvent descendre jusqu'à un millième, voire un dix-millième de
la valeur solaire. Ces étoiles sont nées dans un univers jeune, à une
époque où le milieu interstellaire n'avait été
que très peu pollué par les premières supernovae. Leur cinématique
est beaucoup plus chaotique : elles parcourent des orbites excentriques
et inclinées, souvent à grande vitesse par rapport au disque, et forment
une composante sphéroïdale incluant le halo stellaire et les amas
globulaires vieux. Les étoiles de population
II sont exclusivement âgées, souvent plus de dix milliards d'années,
et leur fonction de masse initiale est tronquée
aux hautes masses car les étoiles massives formées à cette époque ont
déjà achevé leur évolution. On y trouve des géantes
rouges, des sous-géantes, des étoiles RR Lyrae et des naines
blanches de faible masse, mais très peu d'étoiles O ou B. Une subdivision
apparut rapidement au sein de cette population : le disque épais et le
bulbe contiennent des étoiles modérément pauvres en métaux, parfois
qualifiées de population II intermédiaire, tandis que le halo abrite
les objets les plus déficients, formés dans les tout premiers fragments
proto-galactiques.
• La population
III. - Avec l'avancement des modèles de formation galactique et
la découverte des galaxies à grand décalage vers le rouge, une troisième
population, dite population III, vint s'ajouter au tableau. La population
III désigne la toute première génération d'étoiles, apparue à partir
d'un gaz primordial exempt d'éléments lourds (un mélange d'hydrogène
et d'hélium uniquement). En l'absence de métaux, les processus de
refroidissement du gaz sont profondément modifiés : le milieu ne pouvant
se fragmenter en nuages de faible masse, les simulations suggèrent que
ces étoiles primordiales étaient extrêmement massives, typiquement plusieurs
centaines de masses solaires. Leur évolution fut fulgurante, se concluant
par des supernovae par instabilité de paires ou par effondrement direct
en trous noirs, ensemençant le milieu
intergalactique avec les premiers éléments lourds et mettant fin
à l'ère de la population III pure. Aucune étoile de population III
n'a encore été observée de façon incontestable; leur existence est
déduite des abondances chimiques des étoiles extrêmement pauvres en
métaux de la population II, qui portent la signature d'une pré-enrichissement
par une ou deux supernovae primordiales. Les relevés spectroscopiques
à haute résolution traquent aujourd'hui les étoiles de très faible
métallicité, comme celles de la catégorie EMP (Extremely Metal-Poor)
ou UMP (Ultra Metal-Poor), dans l'espoir de reconstituer les propriétés
de ces ancêtres disparus.
Au-delà de ces trois
grandes classes, la notion de population stellaire s'est enrichie pour
devenir un outil d'archéologie galactique. On parle désormais de populations
fines, par exemple les étoiles du disque mince jeune, du disque mince
vieux, du disque épais, du halo interne, du halo externe, ou encore des
courants stellaires issus de galaxies naines accrétées. Chacune possède
une signature chimique et dynamique qui reflète l'époque et l'environnement
de sa formation.
Les diagrammes couleur-magnitude
d'une population donnée permettent d'en estimer l'âge par ajustement
d'isochrones théoriques, bien que la dégénérescence entre âge et
métallicité oblige souvent à recouper plusieurs indicateurs (abondances
α, lithium, astérosismologie pour les étoiles de champ).
Dans les galaxies
lointaines, où l'on ne résout pas les étoiles individuelles, la classification
en populations se traduit par une analyse de la lumière intégrée. Une
galaxie dont le spectre montre des raies d'absorption
typiques d'étoiles K géantes, un rougissement marqué et un excès
ultraviolet modéré sera interprétée
comme dominée par une population âgée et riche en métaux (population
II), alors qu'un spectre présentant de fortes raies
d'émission nébulaires et un continuum bleu signe la présence d'une
population I très jeune. La séquence des galaxies rouges et bleues dans
les diagrammes couleur-masse, ainsi que les gradients internes de métallicité,
traduisent l'assemblage progressif des populations au fil du temps cosmique.
Ainsi, le concept
de population stellaire, né d'une simple distinction morphologique entre
étoiles bleues et rouges, est devenu une grille de lecture fondamentale
reliant la nucléosynthèse, la dynamique galactique et la cosmologie.
Il permet de remonter le fil de l'histoire de l'univers, depuis les
premières étoiles massives qui ont brisé l'obscurité primordiale
jusqu'aux générations successives qui ont bâti les galaxies telles
que nous les observons aujourd'hui. |
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