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Les vents
Le vent (en latin ventum; en sanscrit vâta = vent, de la racine = souffler) est un déplacement horizontal plus ou moins rapide d'une masse d'air, qui s'écoule dans un sens bien déterminé et forme dans l'atmosphère des espèces de fleuves aériens.  La direction du vent est indiquée par les girouettes; sa force est mesurée par l'anémomètre : freinée par les reliefs près du sol, celle-ci augmente avec l'altitude.

Le sens dans lequel soufflent les vents est déterminé par les inégalités de pression atmosphérique aux divers points du globe. Ces inégalités de pressions sont elles-mêmes généralement  la conséquence des inégalités de température de l'air, plus ou moins échauffé par le Soleil. Les vents font passer sur les différents points du globe des masses d'air dont la température est tantôt supérieure, tantôt inférieure à celle de ces points. Ils constituent, pour les contrées qu'ils traversent, une cause de variation dans la répartition des températures. 

Les masses d'air ne transitent pas en ligne droite des zones de haute pression aux zones de basse pression. Comme tous les corps en translation horizontale, les masses d'air en mouvement sont affectée par la force de Coriolis (un phénomène inertiel lié à la rotation de la Terre), qui détermine une déviation dans leur direction. Ainsi, de façon générale, les vents ont un caractère tourbillonnaire. Ils s'enroulent autour d'un centre, soit en spirale centripète et ascendante (minima barométriques, zones de basses pressions ou zones cycloniques), soit en spirale centrifuge et descendante (maxima barométriques, zones de hautes pressions, ou zones anticycloniques). Ces enroulements peuvent être d'échelles très différentes : diamètres de quelques kilomètres ou dizaines de kilomètres (cyclones) pour les vents locaux; plusieurs milliers de kilomètres pour les vents généraux. Dans ce dernier cas, il existe sur notre planète, des centres anticycloniques à peu près fixes. Il sont situés au-dessus des océans à la hauteur des tropiques, près de la côte Ouest de l'Europe, de l'Afrique, des deux Amériques et de l'Australie, et aux pôles de froid; il l'est aussi des zones de basses pression situés à demeure autour de l'Islande, au Sud du détroit de Béring, et au pôle Nord entre les deux pôles de froid. 

Les lois de l'équilibre exigent qu'à tout courant inférieur corresponde, à une altitude suffisante, un courant supérieur de direction à peu près contraire. On peut parfois constater l'effet de ces vents d'altitude en observant la marche des nuages situés à des altitudes différentes, et qui se déplacent dans des sens opposés. L'action de vents de directions contraires peut également s'observer. Les continents, en été, à cause du fort échauffement produit par le Soleil, sont le siège de minima barométriques (bases pressions) à peu près fixes qui attirent, sur leurs côtes, des masses d'air convergentes; c'est le contraire en hiver : de là les changements annuels de direction des vents qu'on appelle moussons

Les brises de mer et de terre et de mer obéissent à une logique similaire, mais une une échelle de temps de seulement 24 heures. Quant aux vents dits «-accidents », foehn, oora, siroco, simoun, norther du Texas, blizzard de l'Amérique du Nord, etc., suivent la loi générale des grains.

Vents généraux

Les vents alizés
Les vents alizés sont dus à l'échauffement des couches d'air, qui sont frappées verticalement par les rayons solaires dans le voisinage de l'équateur. 

Dans les parties les plus chaudes des océans, l'air, violemment échauffé, devient de plus en plus léger et s'élève dans l'atmosphère. C'est la région des calmes équatoriaux, où l'air est presque immobile, où le ciel est constamment nuageux, où la pluie tombe à torrents, où éclatent de fréquents orages. Les masses d'air ascendantes sont alimentées par de nouvelles masses qui, glissant à la surface des eaux, accourent du Nord et du Sud, et qui, par suite du mouvement de rotation de la Terre, obliquent de plus en plus vers l'Ouest en approchant des régions torrides.

La bande de calmes qui sépare les alizés de Nord-Est de ceux de Sud-Est n'a pas une position tout à fait fixe. Elle monte vers le Nord pendant notre été et redescend pendant notre hiver, suivant le mouvement apparent du soleil. Notons, en outre, que cette bande de calmes fait des oscillations presque exclusivement au Nord de l'équateur, empiétant à peine sur l'hémisphère Sud. Les régions des alizés suivent ce même balancement. Dans une mer largement ouverte, comme le Pacifique, les limites extérieures des alizés sont des lignes à peu près parallèles à l'équateur. Dans l'Atlantique Nord, plus resserré entre les terres, la région des alizés, au lieu d'être un rectangle, représente un triangle dont le sommet se trouve près de l'île de Madère et dont la base va des petites Antilles au cap Palmas. La vitesse des alizés atteint généralement sept mètres par seconde.

L'Océan Pacifique est le théâtre des mêmes phénomènes que ceux qui se passent sur Atlantique; au contraire, dans l'Océan Indien, la présence des terres modifie la direction des vents et y détermine ce que l'on nomme les moussons, vent soufflant tantôt du Sud-Ouest, tantôt du Nord-Ouest. 

Les moussons et les vents étésiens.
On appelle mousson des vents périodiques qui changent suivant les saisons. Dans l'Océan Indien, la régularité des vents alizés est troublée par la configuration des terres que baigne cet océan, et surtout par le continent asiatique. 

Il y a par an deux moussons : la mousson d'hiver, qui souffle du Nord-Est au Sud-Ouest depuis octobre jusqu'à avril, et la mousson d'été, qui souffle du Sud-Ouest au Nord-Est depuis avril jusqu'en octobre. Le temps que dure la mousson d'hiver est la saison sèche ou mousson sèche et celui pendant lequel règne la mousson d'été est la saison pluvieuse ou mousson pluvieuse.

Une mousson peut être interprétée comme un vent alizé qui a subi un déplacement dans sa direction par suite de l'échauffement considérable qu'éprouve en été le sable du grand plateau central de l'Asie, échauffement qui, en se communiquant à l'air situé au-dessus de ce plateau, trouble la marche du vent alizé et l'amène dans une direction perpendiculaire à celle qu'il avait d'abord.

Par analogie, on appelle aussi parfois mousson tout vent régulier et périodique qui règne sur quelque autre mer du globe; la Méditerranée et la Mer Egée ont leurs moussons désignées par les anciens sous le nom de vents étésiens. Il y a une mousson qui se fait sentir sur la côte de l'Afrique, dans l'Atlantique; une autre qui existe dans le golfe du Mexique; une autre encore qui souffle dans le Pacifique sur le littoral de l'Amérique Centrale, etc.

La configuration des continents et des mers donne aussi naissance à des vents périodiques dont l'action ne s'étend que sur des régions bien déterminées. Tels sont les vents étésiens, reconnus dès l'Antiquité, et qui se font sentir pendant la belle saison sur la Mer Méditerranée, et sont provoqués par la présence du Sahara au Sud de cette mer. Le sol de ce désert, composé de sable et de galets, échauffé l'été par les rayons du Soleil, détermine la formation d'une colonne d'air qui, arrivée à une certaine hauteur, s'infléchit vers le Nord, et amène un écoulement de l'atmosphère en sens contraire. En effet, pendant l'été, le vent souffle du Nord sur toute la Méditerranée. En hiver, au contraire, le soleil échauffant beaucoup moins le Sahara, il souffle de cette région un vent froid qui se fait sentir sur tout le Nord du continent africain, mais qui est moins fort que le vent du Nord.

Les vents des hautes latitudes.
Pendant les longs jours sans nuit de l'été, l'air des pôles s'échauffe et il se crée une zone de dépression; il se répand alors avec une vitesse modérée sur les continents qui entourent le pôle, notamment sur l'Europe et l'Asie; au contraire, les froids rigoureux de l'hiver, résultant de l'absence du soleil au-dessus de l'horizon, amènent une condensation rapide de l'atmosphère et déterminent un appel des courants équatoriaux occasionnant  aux latitudes moyennes les tempêtes communes en hiver.

Jet streams.
Ajoutons qu'il existe aussi, à l'échelle globale, des vents d'Ouest particuliers, très rapides (plus de 400 km/h), circulant à très haute altitude, appelés courants jets ou jet streams, encerclent la planète entre 35° et 45° de latitude Nord et Sud. 

Vents régionaux et locaux

La température et la configuration du sol amènent aussi des changements dans la direction des courants aériens; cette dernière cause joue quelquefois un rôle prépondérant, car les obstacles de la surface du sol obligent les courants à abandonner leur direction première. A la surface, le vent souffle souvent par rafale, tandis que, dans les parties élevées de l'atmosphère, l'air s'écoule avec la majesté d'un grand fleuve. L'hémisphère boréal se trouve donc parcouru par des courants d'air dessinant en quelque sorte, à sa surface, des bandes obliques suivant lesquelles les vents soufflent en sens inverse. Tantôt l'un de ces courants l'emporte sur les autres en intensité et réciproquement, de sorte que les vents se succèdent les uns aux autres;  on a remarqué depuis longtemps que cette succession ne se fait pas au hasard, mais au contraire dans un sens déterminé, qui est celui de la marche du Soleil. Dans l'hémisphère septentrional les vents se succèdent dans l'ordre suivant :
S.-O., O. N.-O., N., N.-E., E., S.-E., S.-E, S. et S.-O.
Tandis que dans l'hémisphère austral le changement a lieu dans un sens inverse.

Les vents en France.
En France, le vent du Sud-Ouest domine dans le Nord, le Nord-Ouest et l'Ouest et souffle le plus souvent sur la côte occidentale de Bordeaux à Dunkerque, sur le Massif Central et jusque dans la vallée du Rhin. Ce même vent, arrêté dans sa course par les collines du Poitou et le Massif Central, s'infléchit vers le Sud-Est et s'engouffre dans la vallée de la Garonne, où le vent souffle le plus souvent de l'Ouest ou du Nord-Ouest. Ce courant, lorsqu'il augmente d'intensité, se précipite dans l'étroit couloir situé entre les Pyrénées au Sud et les Cévennes au Nord, y acquiert une grande vitesse et produit alors dans le bassin de l'Hérault, dans la vallée du Rhône jusqu'à Viviers et sur le golfe du Lion, le vent si connu des Méridionaux sous le nom de mistral, qui est un vent de Nord-Ouest. Dans la vallée de la Saône et dans celle du Rhône jusqu'à Viviers, ce sont les vents du Nord qui se font sentir le plus souvent. 

Si l'on considère les vents au point de vue de la température, on constate que ceux qui soufflent d'entre Nord et Est sont les plus froids; ceux du Sud sont, au contraire, les plus chauds. En hiver les vents de l'Ouest sont chauds, tandis qu'en été ils sont frais. Dans cette dernière saison, c'est le vent du Nord-Ouest qui est le plus frais et celui du Sud-Ouest qui est le plus chaud; les vents de Sud-Est et d'Est-Sud-Est amènent des chaleurs plus intenses encore. Les vents qui ont passé sur la mer sont plus chargés d'humidité que ceux qui viennent des continents; aussi les vents d'Ouest sont-ils en France humides, tandis que les vents d'Est, qui ont traversé l'Europe continentale, sont secs et froids : le minimum de vapeur contenue dans l'air correspond aux vents soufflants d'entre du Nord-Nord-Est; la quantité de vapeur augmente entre Est et Sud-Est et atteint son maximum entre Sud et Sud-Est pour diminuer de nouveau entre Ouest et Nord-Ouest. Quant au baromètre, il atteint sa plus grande hauteur par les vents d'entre Nord et Est, c'est-à-dire lorsque règnent les vents les plus froids; au contraire, les plus faibles pressions correspondent aux vents d'entre Sud et Ouest, qui sont les plus chauds.

Vents régionaux et locaux divers.
Indépendamment des vents dont nous avons parlé jusqu'ici, il en est encore qui sont en quelque sorte singuliers et locaux parce qu'ils ne se font sentir que dans une région plus ou moins étendue, qu'ils soufflent toujours dans une même direction et se présentent avec les mêmes caractères. C'est ainsi que dans l'Est de la France souffle en hiver le vent du Nord appelé bise. Il  arrive de la mer du Nord et traverse les Pays-Bas et la Belgique, pays alors couverts de frimas. Ce vent, quelquefois très violent, se fait sentir jusqu'en Istrie et en Dalmatie, où il est connu sous le nom de bora. En Espagne souffle le gallego, vent du Nord-Est, froid et quelquefois très violent; dans la vallée de l'Ebre souffle, en hiver, le cierzo, un vent qui vient du massif du Moncayo et frigorifie régulièrement Saragosse et ses environs. Dans le Sud de la France, on a le mistral, dont nous avons déjà parlé, qui souffle en tempête, et qui détermine à l'Ouest du golfe du Lion et des Cévennes des hautes pressions atmosphériques. Le mistral est un vent sec dans la vallée du Rhône; mais, avant d'avoir traversé le défilé entre les Corbières et les Montagnes Noires, il est chargé d'humidité qu'il déverse sur les départements situés à l'Ouest Du midi souffle ait printemps le foehn, le favonius des Latins, vent violent et chaud venu d'Afrique, et qui fond en quelques heures les glaces que l'hiver a accumulées sur les sommets neigeux des Alpes.

Trois ou quatre fois dans le cours de chaque saison, entre le cap Vert et le cap Lopez, souffle, de l'intérieur de l'Afrique vers l'océan Atlantique, un vent d'une force modérée que l'on désigne dans la région sous le nom de harmattan. Il est très sec, dessèche tout sur son passage, au point de faire périr les arbres qui sont trop exposés à son action; il dépose, en outre, sur tous les objets une poussière arrachée au Sahara. Le harmattan se fait surtout sentir pendant les mois de décembre, janvier et février, dure un ou deux jours, quelquefois cinq ou six et souffle d'entre Est-Sud-Est et
Nord-Nord-Est.

Vers l'époque de l'équinoxe, le désert du Sahara devient le théâtre de violentes tempêtes. Parmi les vents qui s'élèvent alors est le simoun, vent d'une violence extrême, soufflant sur l'Egypte pendant environ 50 jours, 25 avant l'équinoxe et 25 après; les Egyptiens lui ont donné, pour cette raison, le nom de khamsin signifiant cinquante; on l'appelle encore rih-elyolli, vent du Sud. Le simoun est très redouté car il transporte dans l'atmosphère des masses énormes de poussières fines et brûlantes qui rendent l'air irrespirable, pénètrent dans les oreilles, les yeux, les narines, la bouche, et déterminent une soif ardente. Plus d'une caravane a été ensevelie dans les sables, et c'est à ce vent destructeur que l'on attribue la perte totale de l'armée que Cambyse avait envoyée en Afrique pour détruire le temple de Jupiter Ammon

Les déserts de sable de l'Asie centrale sont aussi le siège de semblables phénomènes. Tel est le tebbad (vent de fièvre), qui suffle sur le Turkestan, entre Khiva et Boukhara. Ce vent souffle avec une violence extrême et emporte dans les airs des monceaux de poussières pour ainsi dire enflammées produisant sur la peau l'effet de la cendre chaude. En Italie et en Afrique, souffle le siroco, qui dessèche l'atmosphère et remplit l'air de poussière brûlante. En Espagne le solano produit les mêmes effets. Enfin chacun sait que le vent d'Est est pour les Anglais le vent le plus redoutable; ils lui attribuent un malaise indéfinissable, le spleen

Les brises de mer et de terre
Sur les côtes, la température du sol, le matin, est à peu près celle de la mer; mais vers 9 heures cette température commencent à s'élever, l'air qui repose sur la terre devient plus léger et gagne les hautes régions de l'atmosphère et est, remplacé par l'air de la mer : de là la brise de mer ou du matin. Celle-ci commence à diminuer vers trois ou quatre heures de l'après-midi et cesse vers neuf heures, alors que la température de la côte est descendue au-dessous de la moyenne. A ce moment règnent quelques heures de calme : mais bientôt la température étant plus élevée sur la mer un mouvement en sens inverse s'établit, et le vent souffle de la terre vers la mer. On a la brise de terre ou du soir, qui dure jusqu'au lever du soleil. Ces vents ne se font pas sentir à une grande distance des côtes où règnent des vents constants. Il existe, dans les montagnes, la production de phénomènes analogues, par la différence d'échauffement des sommets et des vallées, aux différentes heures du jour. Des alternances semblables se produisent sur les grands lacs et dans les régions montagneuses. (LF. /  E. Durand-Gréville)



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