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La
radioactivité
est le processus par lequel un noyau atomique
instable se transforme spontanément en un autre noyau plus stable, en
émettant des particules ou un rayonnement. Elle résulte de l'équilibre
précaire entre les forces nucléaires et électromagnétiques à l'intérieur
du noyau.
Les types de radioactivité.
Plusieurs types
de désintégrations existent, chacun caractérisé par une nature spécifique
des particules émises et par des changements
dans la composition du noyau. Les principaux sont la radioactivité alpha
(émission d'un noyau d'hélium), bêta (émission
d'un électron ou d'un positon)
et gamma (émission de photons de très haute
énergie). Ces trois grands types de radioactivité sont fréquemment associés
entre eux dans les chaînes de désintégration des noyaux lourds. Ils
traduisent la recherche par le noyau d'un état plus stable, à travers
des transformations successives.
Radioactivité
alpha.
La radioactivité
alpha (α) est une des formes les plus anciennes et les plus faciles Ã
détecter est. Dans ce cas, le noyau éjecte une particule α, qui correspond
à un noyau d'hélium ,
formé de deux protons et de deux neutrons.
Cette émission diminue le nombre de masse du noyau de quatre unités et
son numéro atomique de deux, entraînant une transmutation en un élément
chimique différent. Par exemple :

Ce type de désintégration
concerne principalement les noyaux lourds (Z > 83) dans lesquels la répulsion
électrostatique entre protons devient trop forte pour être compensée
par la force nucléaire. Les particules alpha, bien que massives et fortement
chargées, possèdent un faible pouvoir de pénétration, se limitant Ã
quelques centimètres dans l'air ou à une simple feuille de papier.
Radioactivité
bêta.
La radioactivité
bêta (βâ»/βâº) se produit lorsqu'un excès de neutrons ou de protons
déséquilibre le noyau.
Dans la désintégration
bêta négative (β−), un neutron se transforme en proton,
tout en émettant un électron et un antineutrino électronique :
n    →    p
+ e− +
.
Ce processus, qui
vise à abaisser un rapport N/Z trop élevé, augmente le numéro atomique
de 1 sans modifier le nombre de masse, car un neutron est remplacé par
un proton. À l'inverse, dans la désintégration bêta positive (β+),
qui permet d'augmenter unrapport N/Z trop faible, un proton se convertit
en neutron avec émission d'un positon et d'un neutrino
selon :
p    →    n
+ e+ + .
​
Il existe également
la capture électronique, où le noyau absorbe un électron des couches
atomiques, transformant un proton en neutron. Dans tous les cas, la radioactivité
bêta permet d'ajuster le rapport entre neutrons et protons vers une configuration
plus stable. Les particules bêta, plus légères que les particules alpha,
possèdent un pouvoir de pénétration plus grand, pouvant traverser quelques
millimètres de métal léger.
Radioactivité
gamma.
Un noyau excité
peut également se désexciter par émission d'un rayonnement
électromagnétique de haute énergie. Cela correspond à la radioactivité
gamma (γ). Dans ce cas, aucun changement de nature chimique n'a lieu,
car ni le nombre de masse ni le numéro atomique ne sont modifiés. Le
noyau libère simplement un excès d'énergie
sous forme de photons gamma, souvent après une désintégration alpha
ou bêta. Les rayonnements gamma sont extrêmement pénétrants et nécessitent
des écrans épais de plomb ou de béton pour être atténués.
Autres
modes de désintégration.
En plus des trois
formes classiques de radioactivité, il existe des modes de désintégration
plus rares, qui impliquent principalement certains noyaux très riches
en protons ou en neutrons, ou des noyaux très lourds.
• Radioactivité
proton et radioactiovité neutron. - Dans certains cas, un noyau instable
peut émettre directement un proton. Cette radioactivité proton apparaît
dans les noyaux proches de la limite de stabilité pour les protons, lÃ
où la répulsion électrostatique devient très forte. L'émission de
proton réduit le numéro atomique de 1, le nombre de masse est diminué
d'une unité. C'est un phénomène relativement rare, observé dans des
isotopes artificiels produits en laboratoire. À l'opposé, certains noyaux
riches en neutrons peuvent éjecter un neutron. La radioactivité neutron
conduit alors à une diminution du nombre de masse d'une unité, sans modification
du numéro atomique. Ce type de désintégration est plus fréquent dans
des noyaux exotiques créés dans les accélérateurs.
• Radioactivité
diproton. - Une autre forme de désintégration particulière est l'émission
de particule double, comme l'émission de deux protons simultanément,
appelée radioactivité diproton ou radioactivité 2-protons). Elle se
produit lorsque l'émission simultanée est plus favorable que l'émission
successive, en raison de barrières énergétiques. Ces processus restent
rares et constituent surtout des sujets d'étude pour la physique des noyaux
très instables.
• Double désintégration
bêta. - Un autre phénomène rare mais théoriquement possible est
la double désintégration bêta. Dans ce processus, deux neutrons d'un
même noyau se transforment simultanément en deux protons, avec émission
de deux électrons et de deux antineutrinos. L'équation s'écrit : (Z,
A)    →    (Z+2, A) + 2e− + 2 .
Ce processus est extrêmement lent et n'a été observé que dans certains
isotopes particuliers, comme le germanium 76 ou le xénon 136. Il existe
également une hypothèse encore plus fondamentale, celle de la double
bêta sans émission de neutrinos, qui permettrait de vérifier si le neutrino
est sa propre antiparticule (particule de Majorana). Dans le même ordre
d'idées, notons qu'il pourrait aussi exister une forme de désintégration
double par l'émission de deux particules alpha.
• Fission spontanée.
- Pour les noyaux très lourds, proches de la limite supérieure du tableau
périodique, on observe un mode de désintégration appelé fission spontanée.
Le noyau, au lieu d'émettre une petite particule, se scinde en deux fragments
de taille comparable, accompagnés de l'émission de neutrons et d'une
grande quantité d'énergie. Contrairement à la fission induite par des
neutrons (utilisée dans les réacteurs), la fission spontanée survient
sans déclenchement externe. Elle devient de plus en plus probable lorsque
le noyau contient un grand nombre de protons et de neutrons, comme c'est
le cas pour l'uranium, le plutonium ou les éléments transuraniens.
Loi de décroissance
radioactive.
La loi de décroissance
radioactive décrit la vitesse à laquelle un nombre donné de noyaux atomiques
instables se désintègrent de manière aléatoire et spontanée. Elle
établit que le taux de désintégration, c'est-à -dire le nombre de désintégrations
par unité de temps, est proportionnel au nombre de noyaux radioactifs
présents à l'instant considéré.
Mathématiquement,
cette probabilité s'exprime par une équation différentielle. Si l'on
note N(t) le nombre de noyaux radioactifs à l'instant t et λ la constante
radioactive (caractéristique du nucléide considéré), la loi s'écrit
: dN(t)/dt = −λN(t). Le signe négatif indique que N(t) diminue avec
le temps. La résolution de cette équation
différentielle conduit à la fonction
exponentielle décroissante qui est la forme la plus courante pour
exprimer la loi : N(t) = N0e−λt.
Dans cette expression, N0​ représente le nombre
initial de noyaux radioactifs à l'instant t = 0.
La loi de décroissance
radioactive est statistique par nature. Il est impossible de prédire Ã
quel moment précis un noyau individuel se désintégrera; on ne peut que
donner une probabilité de désintégration sur une période donnée. La
constante λ représente précisément cette probabilité de désintégration
par unité de temps pour un noyau. La décroissance exponentielle n'est
donc valable et observable que pour un très grand nombre de noyaux, où
les fluctuations statistiques deviennent négligeables.
Cette loi permet
également de définir l'activité A(t) d'une source radioactive, qui correspond
au nombre de désintégrations par seconde. Elle est mesurée en becquerels
(Bq). L'activité suit la même décroissance exponentielle que le nombre
de noyaux : A(t) = −dN/dt = λN(t) = N0e−λt
=
A0e−λt, où A0
= λN0​ est l'activité initiale à t = 0.
Une autre grandeur
essentielle, plus concrète, est la période radioactive, ou demi-vie,
notée T. Il s'agit du temps nécessaire pour que la moitié des noyaux
radioactifs présents se désintègrent. On peut la relier à la constante
radioactive λ en posant N(T)=N0/2 dans la solution
de la loi. On obtient alors : N0/2 = N0e−λt.
En simplifiant et en prenant le logarithme
népérien, on trouve la relation : lnâ¡(1/2)=−λT, soit T = lnâ¡(2)/λ.
Datation radioactive.
Différentes techniques
utilisent la désintégration radioactive de certains isotopes pour de
déterminer l'âge des matériaux naturels. Parmi elles, on peut citer
la méthode du carbone-14 qui est particulièrement
utilisée pour dater des matériaux organiques, comme le bois ou les ossements,
jusqu'à environ 50 000 ans. La méthode du potassium-argon et de ses dérivés
(argon-argon) est employée pour dater des roches volcaniques et des minéraux
anciens, pouvant atteindre des millions d'années. La méthodologie de
l'uranium-thorium repose sur la transformation successive de l'uranium-238
en thorium-230, ce qui est utile pour dater les calcites, stalactites ou
coraux. Enfin, les techniques de l'uranium-plomb et du rubidium-strontium
sont d'autres méthodes largement utilisées pour dater des roches anciennes,
avec un potentiel d'application jusqu'à plusieurs milliards d'années.
Carbone-14.
La méthode du carbone-14
est largement utilisée pour dater des matériaux organiques, comme le
bois, les ossements, les tissus ou les charbons, remontant à quelques
centaines d'années jusqu'à environ 50 000 ans. Le carbone-14 est un isotope
radioactif du carbone, produit naturellement dans l'atmosphère par le
rayonnement
cosmique qui bombarde les nuages de particules chargées. Ce rayonnement
transforme une partie des atomes de carbone-12 en carbone-14. Le carbone-14
est ensuite assimilé par les organismes vivants via l'air et l'eau, en
proportion avec le carbone-12 stable. Une fois l'organisme mort, l'absorption
de carbone-14 cesse et le carbone-14 présent dans le corps commence Ã
se désintégrer en azote-14, suivant une demi-vie de 5730 ans. La désintégration
radioactive du carbone-14 est régulière et prévisible, ce qui permet
de déterminer l'âge d'un échantillon en mesurant la proportion de carbone-14
restant par rapport au carbone-12.
Pour effectuer une
datation
au carbone-14, un échantillon de matière organique est collecté et traité
pour isoler les composés contenant du carbone. Des techniques comme la
combustion pour les tissus ou l'acide phosphorique pour les ossements peuvent
être utilisées pour extraire le carbone. L'échantillon est ensuite analysé
par spectrométrie de masse ou par comptage par détecteur de particules
alpha ou beta. Ces méthodes permettent de mesurer la concentration relative
de carbone-14 et de carbone-12.
Il existe également
une version améliorée de cette technique appelée datation au carbone-14
AMS (Accelerator Mass Spectrometry), qui permet de mesurer des concentrations
de carbone-14 beaucoup plus faibles et donc d'étendre la plage d'âge
des échantillons jusqu'à environ 60 000 ans. Cette méthode est particulièrement
précise pour les échantillons contenant de petites quantités de carbone.
Bien que la datation
au carbone-14 soit une méthode puissante, elle présente certaines limitations.
Par exemple, les niveaux de carbone-14 dans l'atmosphère ont fluctué
au cours du temps en raison des variations solaires ou des changements
climatiques. Pour compenser cela, des corrections sont appliquées en utilisant
des courbes de calibration basées sur des séries temporelles de données
provenant de sources indépendantes, comme les anneaux de croissance des
arbres ou les couches de glace polaires.
Potassium-argon.
Argon-argon.
La méthode du potassium-argon
et son dérivé, la méthode de l'argon-argon, sont des techniques spécialement
appropriées pour dater des roches volcaniques
et des minéraux anciens. Le potassium-40, présent naturellement dans
les roches, est un isotope instable qui se désintègre en argon-40, un
gaz
inerte. Lorsque la roche est formée, elle contient une quantité fixe
de potassium-40. Avec le temps, une partie de ce potassium
se transforme en argon-40, qui reste emprisonné dans la roche. En mesurant
la quantité de potassium-40 restant et celle d'argon-40 produit, il est
possible de calculer l'âge de la roche. La méthode argon-argon
utilise une étape supplémentaire de chauffage de l'échantillon sous
un flux de neutrons pour convertir une partie du potassium-39 en argon-39.
Cela permet de mieux calibrer et de réduire les erreurs dans la mesure
du rapport entre potassium-40 et argon-40, offrant ainsi une précision
accrue dans la datation. La méthode potassium-argon est particulièrement
efficace pour dater des échantillons ayant entre 100 000 et plusieurs
millions d'années. La méthode argon-argon permet de dater des échantillons
encore plus anciens, jusqu'à plusieurs milliards d'années, en fournissant
des résultats plus fiables et plus précis que la méthode potassium-argon
classique.
Uranium-thorium.
La méthode uranium-thorium
est utilisée pour dater des matériaux riches en éléments du groupe
des actinides, comme les calcites, les coraux
ou les stalactites. L'uranium-238, présent
naturellement dans ces matériaux, subit une série de désintégrations
radioactives pour former finalement du plomb 206. Tout au long de cette
chaîne de désintégration, différents isotopes intermédiaires sont
produits, notamment le thorium-230. Ce dernier est particulièrement important
car il se sépare chimiquement de l'uranium, accumulant progressivement
dans le matériau. En mesurant la proportion de thorium-230 par rapport
à l'uranium-234 dans un échantillon, il est possible de calculer son
âge. Cette méthode est très précise pour des échantillons âgés de
plusieurs centaines d'années à plusieurs centaines de milliers d'années.
Elle est particulièrement utile pour dater des phénomènes géologiques
ou archéologiques impliquant des matériaux carbonatés ou calcifiés.
Uranium-plomb.
La méthode uranium-plomb
est fondée sur la désintégration de l'uranium-238 en plomb-206 et de
l'uranium-235 en plomb-207. Ces deux isotopes d'uranium, présents naturellement
dans de nombreux minéraux comme le zircon,
subissent une série de désintégrations radioactives au fil du temps.
Chaque isotope a sa propre demi-vie : environ 4,47 milliards d'années
pour l'uranium 238 et 704 millions d'années pour l'uranium-235. En mesurant
la proportion de chaque isotope d'uranium restant et de plomb formé dans
un échantillon, il est possible de calculer son âge avec une grande précision.
Cette méthode est particulièrement efficace pour dater des échantillons
anciens, allant jusqu'à plusieurs milliards d'années. Elle est couramment
utilisée pour étudier l'histoire géologique
de la Terre dans le contexte de la formation des cristaux
minéraux ou des roches ignées.
Rubidium-strontium.
La méthode rubidium-strontium
est basée sur la désintégration de l'isotope radioactif du rubidium-87
en strontium-87. Le rubidium-87 est présent naturellement dans de nombreux
minéraux comme le mica, le biotite et le muscovite.
Lors de la formation de la roche, le rubidium-87 est homogène dans l'échantillon.
Au fil du temps, une partie de ce rubidium se désintègre en strontium-87,
qui s'accumule dans le matériau. En mesurant la proportion de rubidium-87
restant et de strontium-87 formé, il est possible de calculer l'âge de
la roche. Cette méthode est particulièrement adaptée pour dater des
échantillons anciens, allant jusqu'à plusieurs milliards d'années. Elle
est souvent utilisée pour étudier la thermochronologie, c'est-à -dire
la manière dont les roches ont refroidi et évolué depuis leur formation.
La méthode rubidium-strontium est également utilisée pour dater des
événements géologiques importants, tels que les collisions de plaques
tectoniques ou les éruptions volcaniques.
Les familles radioactives.
Une famille radioactive
( = série radioactive), est un ensemble d'éléments chimiques radioactifs
qui sont liés les uns aux autres par une chaîne de désintégrations.
Le processus commence avec un radioisotope particulier, appelé parent,
qui est instable. Pour atteindre une forme plus stable, il se désintègre
en émettant des rayonnements (comme une particule alpha ou bêta) et se
transforme en un nouvel élément, appelé fils ou descendant. Ce nouvel
élément, ou isotope, est souvent lui-même radioactif et instable. Il
va donc à son tour se désintégrer en un autre élément, et ainsi de
suite. Cette succession de transformations se poursuit étape par étape
jusqu'à ce qu'elle aboutisse finalement à un isotope stable, qui ne se
désintègre plus. Ce dernier élément est le terme stable de la série.
Il existe quatre
familles radioactives naturelles principales qui correspondent à des chaînes
de désintégrations successives issues de noyaux lourds instables présents
dans la croûte terrestre. Chaque famille débute par un isotope à très
longue période, se poursuit par une série de transformations α et βâ»,
et se termine sur un isotope stable du plomb ou
du bismuth. Elles se distinguent par le nombre
de masse des noyaux impliqués, qui obéit à une congruence modulaire
particulière, et par les isotopes caractéristiques rencontrés au cours
de la chaîne. Dans l'ensemble, ces quatre familles traduisent l'organisation
régulière des désintégrations α et β dans les noyaux lourds. Elles
expliquent la présence conjointe de plusieurs isotopes dans les minerais
radioactifs, structurent l'histoire de la radioactivité terrestre et jouent
un rôle fondamental dans la datation géologique, la radioprotection et
la compréhension de l'évolution des éléments dans la nature.
Série
du thorium.
La première famille,
appelée parfois série du thorium, correspond à la suite des noyaux dont
le nombre de masse est divisible par 4. Elle débute par le thorium-232,
dont la demi-vie est de l'ordre de 14 milliards d'années, soit comparable
à l'âge de la Terre. Ce noyau subit une succession de désintégrations
α et βâ», produisant notamment le radium-228, l'actinium-228 et divers
isotopes du radon et du polonium, avant de s'achever sur le plomb-208 stable.
Série
de l'uranium.
La deuxième famille,
connue sous le nom de série de l'uranium-radium, rassemble les noyaux
dont le nombre de masse est de la forme 4n+2. Elle commence par l'uranium-238,
isotope primordial dont la demi-vie est d'environ 4,5 milliards d'années.
Sa chaîne est l'une des plus étudiées en raison de l'importance du radon-222,
gaz radioactif émanant du sol, et des isotopes du radium, longtemps utilisés
en radiothérapie. Les désintégrations multiples mènent finalement au
plomb-206 stable.
Série
de l'actinium.
La troisième famille,
dite série de l'actinium, correspond aux noyaux de la forme 4n+3. Elle
est initiée par l'uranium-235, isotope fissile dont la demi-vie avoisine
700 millions d'années. Sa chaîne comprend le thorium-231, le protactinium-231,
ainsi que des descendants tels que le radon-219 et plusieurs isotopes du
polonium et du bismuth. Cette série se termine sur le plomb-207 stable.
Bien que moins abondante que celle de l'uranium-238, elle joue un rôle
central en physique nucléaire en raison de l'importance de l'uranium-235
dans les réacteurs et les armes nucléaires.
Série
du neptunium.
La quatrième famille,
appelée série du neptunium, regroupe les noyaux de la forme 4n+1. Elle
devrait théoriquement débuter par le neptunium-237, isotope artificiel,
mais dans la nature, cette famille était autrefois représentée par l'isotope
primordial plutonium-241 ou par des noyaux aujourd'hui disparus en raison
de leurs demi-vies relativement courtes à l'échelle géologique. Ses
descendants incluent des isotopes du thorium, du protactinium et de l'uranium,
avant de s'achever sur le thallium-205 ou le bismuth-209 stable. À l'époque
actuelle, cette série n'est pratiquement plus observable dans les minéraux
naturels, sauf à travers des traces infimes de noyaux produits par réactions
cosmiques ou artificiellement dans les réacteurs.
La radioactivité
dans la vie.
La compréhension
scientifique de la radioactivité a profondément marqué les sociétés
humaines depuis sa découverte, en ouvrant des perspectives technologiques
inédites mais aussi en soulevant des inquiétudes liées à la gestion
des déchets radioactifs, au risque d'accidents nucléaires et aux préoccupations
de sécurité liées à la prolifération des armes nucléaires.
Dans le domaine médical,
elle a permis de développer la radiothérapie pour le traitement des cancers,
l'imagerie nucléaire grâce aux traceurs radioactifs, et la stérilisation
de matériel médical. Ces usages ont considérablement amélioré la prise
en charge des maladies graves et prolongé l'espérance de vie, au prix
d'une exposition contrôlée aux rayonnements.
Dans la recherche
scientifique, la radioactivité est un outil précieux. Elle a permis ,
on l'a vu, de dater par exemple les roches et de reconstituer l'histoire
de la Terre. Elle a aussi permis d'étudier les mécanismes biologiques
à l'échelle cellulaire, et de comprendre la
structure de la matière grâce aux isotopes traceurs. Ces usages renforcent
la connaissance humaine et soutiennent le développement technologique
dans de nombreux secteurs.
Dans la vie quotidienne,
certaines applications plus discrètes se sont développées : la conservation
des aliments par irradiation, les détecteurs de fumée utilisant l'américium-241,
ou encore les techniques industrielles de contrôle de qualité et de mesure
par rayonnements. Ces usages banalisés rappellent que la radioactivité
n'est pas seulement associée aux grandes mais aussi à des applications
les plus pratiques.
Impacts
sanitaires et environnementaux.
En contrepartie,
les impacts sur la santé publique et l'environnement sont significatifs.
Les effets de la
radioactivité sur la santé et l'environnement dépendent de la dose reçue
et du type de rayonnement. À faibles doses, le corps humain peut réparer
une partie des dommages causés aux cellules, mais à fortes doses les
rayonnements ionisants peuvent provoquer des mutations, des brûlures,
des cancers ou la mort cellulaire massive. L'exposition chronique à des
radionucléides naturels comme le radon constitue un risque pour les populations.
Les travailleurs du nucléaire, les patients soumis à des examens répétés,
ou les habitants des zones contaminées par des essais ou des accidents
subissent des niveaux variables de rayonnement qui nécessitent une surveillance
stricte. La radioécologie s'attache à étudier ces effets à long terme
sur les écosystèmes, montrant que les radionucléides
peuvent persister dans les sols et les chaînes alimentaires.
Les accidents nucléaires
sont l'illustration la plus spectaculaire des impacts sanitaires et environnementaux
de la radioactivité. L'explosion du réacteur de Tchernobyl en 1986, en
Ukraine
(alors composante de l'URSS) a entraîné
un rejet massif de radionucléides dans l'atmosphère, contaminant durablement
de vastes territoires d'Ukraine, de Biélorussie
et de Russie. Le nuage radioactif s'est diffusé
sur l'Europe entière, provoquant une élévation
temporaire des taux de césium-137 et d'iode-131. Les impacts immédiats
se sont traduits par des décès dus au syndrome d'irradiation aiguë parmi
les liquidateurs, et à plus long terme par une augmentation significative
des cancers de la thyroïde, notamment chez
les enfants exposés à l'iode radioactif. Sur l'environnement,
la zone d'exclusion demeure aujourd'hui un laboratoire naturel, où la
faune et la flore persistent malgré une radioactivité ambiante élevée,
offrant un terrain d'étude unique sur la résilience écologique.
En 2011, la catastrophe
de Fukushima, au Japon, a rappelé la vulnérabilité
des installations face aux risques naturels. Le séisme et le tsunami ont
entraîné la fusion partielle de plusieurs réacteurs et le rejet d'importantes
quantités de radionucléides dans l'air et l'océan
Pacifique. Les conséquences sanitaires directes ont été plus limitées
que celles de Tchernobyl grâce à une évacuation rapide, mais les effets
psychologiques et sociaux sur les populations déplacées sont considérables.
Sur le plan environnemental, la dispersion de césium-137 dans les sols
agricoles et dans l'eau a nécessité une vaste campagne de décontamination,
et l'impact sur les écosystèmes marins reste suivi de près.
À une échelle plus
diffuse, l'exposition au radon constitue aujourd'hui le premier facteur
de risque radiologique d'origine naturelle pour les populations. Ce gaz
radioactif, issu de la désintégration de l'uranium dans les sols, peut
s'accumuler dans les habitations mal ventilées. L'inhalation de ses descendants
solides accroît significativement le risque de cancer du poumon, en particulier
chez les fumeurs. Dans certaines régions granitiques ou volcaniques, comme
le Massif central, mais aussi en Bretagne
ou certaines zones d'Amérique du Nord,
ce danger invisible fait l'objet de campagnes de mesure et de prévention.
La gestion des déchets
radioactifs représente une autre dimension majeure des impacts à long
terme. Les déchets de haute activité et à vie longue, issus principalement
des combustibles usés des centrales, contiennent des isotopes comme le
plutonium-239 ou l'américium-241, dont les demi-vies se comptent en milliers
d'années. Leur stockage géologique profond est envisagé comme solution,
mais il soulève des interrogations éthiques et pratiques : comment garantir
la sûreté sur des temps si longs, comment transmettre la mémoire du
danger aux sociétés futures, et comment éviter tout risque de dissémination?
L'environnement terrestre
et marin garde aussi la trace des essais nucléaires atmosphériques réalisés
entre 1945 et 1980 ( Polynésie
française, Atoll Johnston). Ces explosions
expérimentales ont diffusé du strontium-90 et du césium-137 sur toute
la planète, mesurables encore aujourd'hui dans les sols, les glaces et
parfois dans les organismes vivants. Ces retombées constituent une archive
involontaire de l'ère nucléaire, qui a modifié de façon durable la
radioactivité de fond terrestre. |
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