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| Les langues > Indo-européen > langues indiennes |
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Les langues tsiganes |
| L'ensemble
désigné sous le nom de romani (ou de langues tsiganes)
constitue un groupe de variétés linguistiques étroitement apparentées,
parlées par les communautés Roms, Sintés, Kalés et d'autres populations
similaires à travers le monde ( Le lexique est un témoin du parcours historique des Roms. À la couche fondamentale indo-aryenne se sont superposés des emprunts massifs, qui varient selon les routes migratoires. On trouve ainsi un important substrat persan et arménien, puis, de manière plus significative, un apport considérable du grec médiéval, notamment pour des termes abstraits, techniques ou religieux. Cette influence grecque est si profonde qu'elle touche également la morphologie. Ensuite, chaque variété régionale a intégré un vocabulaire issu de la langue majoritaire du pays d'accueil : du roumain pour les Vlax, de l'allemand pour les Sintés, du hongrois, des langues slaves, et ainsi de suite. Cela rend parfois l'intercompréhension difficile entre locuteurs de variétés géographiquement éloignées. La diversité dialectale est donc immense. Le romani est avant tout une langue de l'oralité et de la vie communautaire intime. Son écriture et sa standardisation sont des phénomènes récents et encore limités. La transmission est menacée par les politiques d'assimilation passées et présentes, la sédentarisation forcée, la scolarisation dans la langue dominante et la stigmatisation sociale. La grammaire romani.
Les noms en romani distinguent deux genres grammaticaux : masculin et féminin. Ce genre est marqué tant sur le nom lui-même (en particulier par des suffixes comme -o pour le masculin et -i pour le féminin dans les formes nominatives) que sur les adjectifs, articles et déterminants qui s'y rapportent. Il existe également un système casuel développé, avec jusqu'à huit cas dans certaines variétés archaïques (nominatif, accusatif, datif, génitif, locatif, ablatif, instrumental, vocatif), bien que les dialectes modernes aient souvent réduit ce système à trois ou quatre cas principaux, voire à une opposition binaire entre forme directe et forme oblique (utilisée avec des postpositions ou pour marquer l'objet). Le marquage casuel se fait généralement par des suffixes. Le pluriel des noms se forme par des suffixes variables selon le genre et le type nominal. Par exemple, en romani balkanique, on trouve souvent -a pour les noms masculins (rom = homme → roma = hommes) et -a ou -i pour les féminins (romni = femme → romnja ou romni au pluriel selon le dialecte). L'accord en nombre et en genre s'applique aussi aux adjectifs et aux participes. Les pronoms personnels présentent des formes pour les trois personnes, au singulier et au pluriel, et parfois une distinction entre formes sujet et formes obliques. Certains dialectes conservent une distinction entre nous inclusif (incluant l'interlocuteur) et nous exclusif (l'excluant), héritée des langues indo-aryennes. Les pronoms démonstratifs et interrogatifs suivent des paradigmes casuels similaires à ceux des noms, ce qui reflète une forte intégration du système nominal. Les verbes s'accordent en général avec le sujet en personne et en nombre, et parfois en genre, surtout au participe passé, ce qui constitue une caractéristique clé héritée du sanscrit et des prâkrit. Le système verbal distingue plusieurs temps (présent, passé, futur) et aspects (accompli, inaccompli, habituel), souvent exprimés à l'aide de constructions analytiques ou de suffixes verbaux. Le futur, par exemple, est fréquemment formé avec un auxiliaire dérivé du verbe aller, tandis que le passé parfait utilise un participe passé combiné à un auxiliaire signifiant être. Les langues tsiganes possèdent un mode subjonctif (souvent utilisé après des conjonctions ou dans des propositions subordonnées), un impératif, et parfois un conditionnel formé analytiquement. Les verbes se conjuguent à l'aide de suffixes personnels, bien que certaines formes modernes tendent à simplifier ces paradigmes sous l'effet de langues hôtes analytiques. Les participes, en particulier le participe passé, jouent un rôle clé dans la formation des temps composés et s'accordent en genre et en nombre avec le sujet ou l'objet, selon la variante dialectale et la construction (active ou passive). Le romani utilise des postpositions plutôt que des prépositions, conformément à sa typologie SOV. Ces postpositions gouvernent souvent un cas particulier (généralement l'oblique ou le locatif), et leur emploi est cohérent avec les structures indo-aryennes. Par exemple, pour dire "dans la maison", on dira quelque chose comme ghar-e ( = maison-LOC) dans plusieurs dialectes. La dérivation lexicale est très productive, notamment grâce à des affixes d'origine indo-aryenne. Les préfixes et suffixes permettent de former des noms d'agent, des adjectifs, des verbes causatifs ou réfléchis, etc. Par exemple, le suffixe -ipen ou -iben forme des noms abstraits (baro = grand → bariben = grandeur). Le verbe peut aussi servir de base à des noms d'action ou d'état. Le lexique de base reste largement indo-aryen (environ 60 à 70 % du vocabulaire fondamental), mais de nombreuses langues tsiganes ont intégré d'importantes couches lexicales : mots grecs dans les variétés balkaniques (résultat d'un long séjour en territoire byzantin), mots slaves dans les dialectes d'Europe centrale et orientale, mots roumains en Valachie, mots persans ou arméniens dans certaines variétés du Proche-Orient, et plus récemment, emprunts à l'anglais, au français ou à l'allemand. Ces emprunts ne se limitent pas au vocabulaire : certaines variétés ont adopté des structures syntaxiques calquées sur la langue dominante, comme l'emploi de l'auxiliaire avoir dans les temps composés, ce qui est atypique pour une langue indo-aryenne. L'histoire du
romani.
Après la sortie
de l'Inde, les populations proto-romani ont transité par l'Afghanistan L'arrivée des Tsiganes
en Europe, à partir du XIVe siècle, marque
le début d'une diversification linguistique rapide. En se dispersant sur
un vaste territoire allant des Balkans Dans certains cas, le contact prolongé avec les sociétés environnantes a conduit à des formes de rélexification avancée. Le caló ibérique, par exemple, conserve une morphologie romani très réduite et repose largement sur un lexique espagnol ou portugais, avec seulement un substrat romani identifiable. À l'inverse, d'autres variétés ont maintenu une structure grammaticale complexe, notamment un système de cas et de conjugaison élaboré, témoignant d'une forte continuité linguistique malgré la dispersion géographique. L'histoire des langues tsiganes est également caractérisée par l'absence prolongée de tradition écrite standardisée. Transmises principalement à l'oral, elles ont longtemps été marginalisées, parfois réprimées, et rarement utilisées dans des contextes officiels. Ce n'est qu'au XXe siècle que des tentatives de codification et de standardisation émergent, souvent à des fins éducatives, culturelles ou militantes. Ces initiatives se heurtent toutefois à la grande diversité dialectale et à la sensibilité identitaire des communautés, pour lesquelles la variété locale de la langue constitue un marqueur central d'appartenance. Aujourd'hui, les variétés du romani se trouvent dans des situations sociolinguistiques très contrastées. Certaines variétés sont encore transmises activement aux jeunes générations, tandis que d'autres sont gravement menacées de disparition. La pression des langues dominantes, l'urbanisation, la scolarisation monolingue et la stigmatisation sociale ont accéléré le déclin linguistique dans de nombreux contextes. Classification
interne du romani.
Un premier critère majeur de classification est la chronologie des emprunts lexicaux et morphologiques. Toutes les variétés romani partagent une couche indo-aryenne héritée, suivie de couches d'emprunts persans, arméniens et grecs, ce qui atteste d'une histoire commune jusqu'à l'entrée dans l'espace byzantin. Les différences apparaissent principalement après la dispersion en Europe, lorsque chaque groupe adopte des emprunts massifs à la langue dominante de son environnement. La nature de ces emprunts, leur intégration morphologique et leur ancienneté constituent des indicateurs essentiels pour regrouper les variétés. Les variétés dites
balkaniques forment généralement un premier ensemble. Elles sont parlées
dans le sud-est de l'Europe, notamment en Grèce Un deuxième grand ensemble est constitué par les variétés vlax, issues de groupes ayant séjourné durablement dans les principautés roumaines. Ces variétés, aujourd'hui largement répandues en Europe et au-delà en raison de migrations récentes, se distinguent par une influence roumaine très marquée. Celle-ci se manifeste par un important apport lexical, mais aussi par des éléments morphosyntaxiques, tels que l'usage de certains suffixes dérivationnels et des modèles de formation verbale. Les variétés vlax ont généralement conservé un système de cas plus riche que celui des variétés balkaniques et présentent une structure grammaticale souvent perçue comme plus classique dans les descriptions linguistiques. Les variétés centrales
regroupent des parlers d'Europe centrale et orientale, notamment en Slovaquie Les variétés septentrionales
ou nordiques constituent un autre ensemble, souvent associé aux groupes
romani présents en Europe du Nord et du Nord-Ouest. Elles incluent notamment
le romani parlé en Scandinavie Les variétés occidentales,
telles que le sinti et les formes apparentées, occupent une place particulière
dans la classification. Parlées principalement en Allemagne Certains linguistes distinguent par ailleurs des variétés méridionales spécifiques, comme le romani de Crimée ou certaines variétés du Caucase, qui ne s'intègrent que partiellement aux grands ensembles précédents. Ces parlers présentent des combinaisons particulières d'emprunts et de traits structurels, reflétant des trajectoires migratoires distinctes. |
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