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| La découverte du monde > Le ciel |
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Histoire des découvertes |
| La
planète Mercure Cela explique dans une large mesure la méconnaissance dans laquelle la planète est traditionnellement restée. Copernic se plaignait en mourant de ne l'avoir jamais vue; l'astronome Delambre ne l'avait aperçue à l'oeil nu qu'une seule fois. Le télescope améliore, bien sûr la situation. On observera ses phases, ses passages devant le Soleil, et l'on spéculera sur sa surface et son éventuelle atmosphère. Mais Mercure ne cessera pas d'être un astre furtif, mal connu, et délaissé, même à l'ère spatiale. Dates clés : |
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| Les
premières observations
Dans l'Antiquité,
trompés par la double apparition de Mercure - tantôt après le coucher,
tantôt avant le lever du Soleil, les observateurs crurent d'abord, comme
cela a aussi été le cas pour Vénus Outre les noms mythologiques des planètes, que nous ont conservés Platon (ou plus certainement son élève Philippe d'Oponte dans l'EpinomisUn peu plus tard, ils remarquèrent qu'un seul des deux astres était visible à la fois et que les apparitions se rapportaient à une seule planète. Ils avaient même dû auparavant distinguer cette planète de Vénus qui s'écarte beaucoup plus du Soleil et paraît bien plus brillante.
Pour reconnaître
que c'est le même astre qui apparaît tantôt le matin, précédant le
Soleil, tantôt le soir suivant son coucher, il a fallu une longue, suite
d'observations, et dans un climat favorable, soit en Chaldée La plus ancienne
mesure astronomique qui soit arrivée jusqu'à nous date de 265
ans avant notre ère, de l'an 494 de l'ère de Nabonassar, soixante ans
après la mort d'Alexandre le conquérant. Le 19 du mois égyptien Thoth,
jour correspondant au 15 novembre, les astronomes observèrent la planète
passant près des étoiles b et d
du Scorpion
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| Confusions
télescopiques
L'utilisation de la lunette et du télescope, et l'avènement de la mécanique newtonienne n'ont pas mis fin aux méprises et aux difficultés posées par Mercure. Certes, la découverte des phases de Mercure, comparables à celles de Vénus, ajoutaient un argument à la conception copernicienne du monde, mais d'un autre côté les tentatives d'observation de surface de la planète allaient conduire à des fausses pistes. Pour ce qui est des
détails de la surface de Mercure, c'est en fait au XXe
siècle que le premiers progrès seront
faits. Et si Antoniadi, en 1934,
dessine une carte de Mercure, où il donne des noms gréco-égyptiens aux
formations qu'il croit observer, c'est seulement quand la sonde Mariner
10 ne s'en approche au cours des années 1974
et
1975,
que de choses certaines pourront être dites sur cette planète.
« Nulle planète, dira Le Verrier, n'a demandé aux astronomes plus de soins et de peines que Mercure, et ne leur a donné en récompense tant d'inquiétudes, tant de contrariétés-».Ce que Maestlin exprimait déjà autrement : « Si je connaissais quelqu'un qui s'occupât de Mercure, je me croirais obligé de lui écrire pour lui conseiller charitablement de mieux employer son temps ».-
Découverte des phases au XVIIe siècle Les phases de Mercure ont été vues pour la première fois par Hortensius, vers 1630. Galilée avait essayé de les reconnaître avec les instruments primitifs dont il faisait usage, mais comme on peut le lire dans son troisième Dialogue, il ne parvint pas à en constater, l'existence. Comme celles de Vénus, ces phases Spéculations
sur le relief au XIXe siècle
La réapparition régulière de ce phénomène de troncature suggérait en même temps le mouvement de rotation de la planète et le retour de la montagne au bord du disque. La comparaison des moments où elle se manifeste a conduit, en 1801, Schroeter à la conséquence que cette rotation s'effectue en 24 heures 5 minutes 30 secondes. En 1810, Bessel, d'après cinq observations de Schroeter faites pendant une période de 14 mois, a trouvé 24 heures 0 minutes 53 secondes, et en 1816, Schroeter reprenant lui-même les calculs de Bessel et les comparant aux siens, a trouvé 24 heures 0 minutes 50 secondes.Les échancrures observées à l'une des cornes du croissant semblaient indiquer que le sol de Mercure est accidenté, qu'il existe de fortes aspérités à sa surface. Les dentelures de la ligne de séparation de l'ombre et de la lumière témoignaient de même, estimait-on à cette époque, de l'existence de hautes montagnes, qui interceptent la lumière du Soleil, et de vallées plongées dans l'ombre, qui empiètent sur les parties éclairées au sol de la planète. La mesure de la troncature du croissant
a même conduit Schroeter à évaluer la hauteur des supposées montagnes
mercuriennes, qui lui a parue être de la 253e
partie du diamètre de la planète ce serait environ 19 kilomètres! Or,
la plus haute montagne du globe terrestre, l'Everest, s'élève à 8 880
mètres au-dessus du niveau de la mer; mesuré du plus bas fond des mers,
il en aurait le double, soit environ 17 000, ce qui n'est encore que la
sept centième partie du diamètre de la Terre
Mercure en transit
"J'ai observé avec beaucoup de soin à Paris ce passage de Mercure du 5 novembre 1868, et j'ai expressément cherché s'il n'y avait pas, comme l'avait vu Schroeter, quelque point lumineux qui pût être distingué sur le disque noir : le résultat a été qu'il n'y avait rien de visible. Tous les autres astronomes qui ont observé le passage, à l'aide d'instruments de grossissements très variés, n'ont rien vu non plus. Nos connaissances actuelles sur la géologie de Mercure, se résument donc à savoir que cette planète est hérissée de très hautes montagnes; mais nous ne pouvons pas encore affirmer qu'on y ait réellement vu des éruptions volcaniques." |
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| L'atmosphère
de Mercure
C'est pendant les passages de Mercure devant le Soleil, que le premier indice de l'existence possible de l'atmosphère de ce petit monde a frappé l'attention des astronomes. Un faible anneau nébuleux entourant la planète a été décrit par Plantade, lors du passage de 1736. Le même phénomène a été remarqué par Flaugergues, dans l'observation des passages de 1786, 1789 et 1799; il l'a signalé sous le nom d'anneau lumineux. Messier, Méchain et Schroeter rapportent avoir aperçu dans ce dernier passage un anneau mince et lumineux, qu'ils ont attribué à l'influence d'une atmosphère. En 1832, le docteur Moll a cru l'apercevoir comme un cercle gris d'une teinte sombre un peu violette. Les uns l'ont vu plus lumineux, les autres moins lumineux que le Soleil lui-même.
Auréole lumineuse observée par Huggins autour de Mercure. Pendant le passage de 1868, l'astronome et physicien William Huggins, a décrit ce même anneau atmosphérique, et en a dessiné la figure ci-dessus. « En examinant, attentivement, dit-il, le voisinage immédiat de la tache noire formée par Mercure, dans l'idée de rechercher s'il existe un satellite, je constatai que la planète était entourée d'une auréole de lumière un peu plus brillante que le Soleil. La largeur de l'anneau lumineux était environ le tiers du diamètre apparent de la planète. Elle ne s'évanouissait pas au bord, mais avait un contour bien arrêté, et était sans couleur aucune. Presque au même moment où je vis cet anneau, mon attention fut frappée par un point lumineux brillant vers le centre de la planète.[1] »On ajoutera, que le passage de Mercure du 5 novembre 1868 a été observé par plus de cinquante astronomes, en France, en Angleterre, en Allemagne, en Russie, en Italie, en Espagne, et que Huggins est le seul qui ait vu l'auréole et le point lumineux. Il en a été de même dans les passages antérieurs. Tandis que les astronomes cités plus haut décrivaient les phénomènes en question, les autres affirmaient n'avoir rien vu... (C. Flammarion). |
[1]
Monthly
Notices of the Royal Astronomical Society, novembre 1868.
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La proximité où la planète se trouve toujours du Soleil et la blancheur de sa lumière rendent extrêmement difficile l'observation de sa surface. Néanmoins, en 1801, Schroeter et Harding ont cru reconnaître l'existence de bandes équatoriales obscures "peu nettes" sillonnant le disque, et qu'ils ont attribuées à des zones de nuages, que des courants analogues aux vents alizés formeraient à peu près parallèlement à l'équateur. Ces observations ont été renouvelées ensuite. Mais ce sont surtout des taches et des points lumineux qui attireront l'attention. Ainsi, le 11 juin 1867, par un ciel d'une grande pureté, Prince a constaté la présence d'un point brillant situé un peu au sud du centre de la planète, accompagné de légères traînées divergeant vers le nord-est et le sud. Le 13 mars 1870, Birmingham a observé une large tache blanche près du bord oriental. Vogel signale également l'observation de certaines taches aux dates des 14 et 22 avril 1871. De plus, dans le grand télescope newtonien d'Oxford, de 13 pouces d'ouverture, construit par De La Rue, le disque de la planète a présenté une légère teinte rosée.
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| L'exploration
spatiale
L'exploration spatiale de Mercure représente un défi immense. Sa proximité du Soleil, sa très grande vitesse orbitale et la chaleur intense qu'elle subit rendent son approche et son étude particulièrement complexes. Le premier regard rapproché sur ce monde énigmatique nous vient de la sonde américaine Mariner 10. L'engin, lancé par la Nasa le 3 novembre 1973 depuis Cap Canaveral, se dirige dans un premier temps dans la direction de Vénus (atteinte le 5 février 1974) pour bénéficier de son "effet de fronde". Une technique de navigation spatiale inaugurée en cette occasion et qui consiste à utiliser l'assistance gravitationnelle d'une planète pour acquérir à moindre coût, de la vitesse afin de continuer sa route. Mariner 10 peut ainsi s'approcher le 29 Mars 1974, à 756 km de la surface de Mercure qui pour la première fois révèle qu'elle est couverte de cratères (une atmosphère excessivement ténue, principalement composée d'hélium est également mise en évidence), puis de nouveau le 21 septembre de la même année où la région du pôle sud est photographiée depuis une distance de 47 000 km, et enfin le 16 mars 1975. Un dernier passage rapproché (327 km d'altitude seulement) qui fournira l'occasion d'étudier le champ magnétique de la planète. La liaison avec la sonde est désactivée huit jours plus tard. Ces approches ont lieu du côté de l'hémisphère non éclairé de la planète, si bien que les images qui peuvent être prises ne le sont pas dans les conditions optimales. La sonde obtient cependant, à plus grande distance, des clichés d'une grande partie de la partie éclairée. Au total 3500 images, dont la mosaïque permet d'avoir une bonne idée de la topographie de près de la moitié de la surface de cette planète.
Après le succès de Mariner 10, un long silence s'installe. Explorer Mercure est coûteux, difficile, et pendant plus de trente ans, nous nous contentons des images partielles de la première sonde. La planète reste mal comprise, ses secrets enfouis sous sa surface et dans les 55% jamais vus. La deuxième ère de l'exploration mercurienne s'ouvre avec la mission MESSENGER (MErcury Surface, Space ENvironment, GEochemistry, and Ranging) de la NASA. Lancée en 2004, MESSENGER a un objectif bien plus ambitieux : entrer en orbite autour de Mercure pour l'étudier de manière exhaustive. Le trajet est une odyssée en soi. Pour freiner et s'insérer en orbite, MESSENGER utilise plusieurs assistances gravitationnelles complexes : un survol de la Terre, deux survols de Vénus, puis pas moins de trois survols de Mercure elle-même entre 2008 et 2009. Ces survols préliminaires permettent d'acquérir les premières images et données des portions de Mercure jamais vues par Mariner 10, offrant ainsi une cartographie quasi complète avant même l'arrivée en orbite. Finalement, en mars 2011, après un voyage de plus de six ans et des milliards de kilomètres parcourus, MESSENGER réussit son insertion orbitale. La mission est un succès retentissant, dépassant largement sa durée prévue. MESSENGER opère jusqu'en 2015, lorsqu'elle épuise son carburant et est intentionnellement crashée sur la surface de la planète. Pendant ses années en orbite, MESSENGER révolutionne notre connaissance de Mercure. Elle cartographie l'intégralité de la surface à haute résolution, étudiant sa géologie, sa topographie et sa composition chimique avec une précision sans précédent. Elle confirme l'existence du champ magnétique et l'étudie en détail. Sa découverte la plus surprenante est la présence de glace d'eau, ainsi que de composés organiques, dans les cratères des pôles qui ne reçoivent jamais la lumière du Soleil. Elle analyse l'exosphère, étudie l'interaction de la planète avec le vent solaire, et fournit des données cruciales sur la structure interne de Mercure. MESSENGER peint le portrait d'un monde plus complexe et dynamique qu'on ne le pensait, soulevant de nouvelles questions sur sa formation et son évolution. L'exploration ne s'arrête pas là . Aujourd'hui, une troisième mission est en route vers Mercure : BepiColombo. Il s'agit d'une collaboration majeure entre l'Agence spatiale européenne (ESA) et l'Agence d'exploration aérospatiale japonaise (JAXA). Lancée en 2018, BepiColombo est la mission la plus sophistiquée jamais envoyée vers la planète. Elle est unique car elle transporte deux orbiteurs distincts : le Mercury Planetary Orbiter (MPO) dirigé par l'ESA, qui se concentrera sur l'étude de la surface, de l'intérieur et de la géochimie de Mercure, et le Mercury Magnetospheric Orbiter (MMO), surnommé Mio, dirigé par la JAXA, dédié à l'étude de la magnétosphère, de l'exosphère et de l'interaction avec le vent solaire. Le voyage de BepiColombo est encore plus long et complexe que celui de MESSENGER, utilisant de multiples survols d'assistance gravitationnelle : un de la Terre, deux de Vénus, et six survols prévus de Mercure elle-même. BepiColombo est actuellement en route, effectuant ces manœuvres et collectant déjà des données scientifiques lors de ses passages à proximité. Elle doit arriver en orbite autour de Mercure fin 2025. Une fois sur place, les deux orbiteurs se sépareront pour mener leurs missions complémentaires, visant à approfondir les découvertes de MESSENGER, à comprendre l'origine et l'évolution de Mercure, à étudier son champ magnétique inhabituel et son noyau, et à caractériser en détail son environnement spatial.
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