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Le
concept de phase dans les sciences physiques est un terme polysémique,
dont la signification varie selon le domaine concerné, bien qu'il conserve
toujours l'idée d'un état, d'une position relative au sein d'un système,
ou d'un régime identifiable et mesurable dans un cadre physique donné.
Phénomènes
périodiques
Dans différents contextes, et plus spécialement
dans le cadre de l'étude des phénomènes périodiques, la phase
peut s'entendre comme un angle,
Physique générale.
La phase d'un phénomène
périodique est une grandeur qui décrit l'état de ce phénomène à un
instant donné dans son cycle. Pour un phénomène qui se répète identiquement
à intervalles réguliers (période T), la phase indique "où en est" le
phénomène dans sa répétition. Elle est souvent représentée par un
angle (en radians ou degrés) et permet de situer l'instant par rapport
à un début de cycle ou à un point de référence (comme un maximum,
un minimum ou un passage par zéro). Par exemple, pour une oscillation
sinusoïdale décrite par A cos(ωt + φ), la phase à l'instant t est
(ωt + φ), où φ est la phase initiale (à t=0).
On parle de déphasage
pour désigner la différence de phase entre deux phénomènes périodiques
de même fréquence. Le déphasage mesure "l'avance" ou le "retard" d'un
phénomène par rapport à l'autre. Un déphasage constant indique que
les deux phénomènes conservent la même relation dans leur cycle au cours
du temps.
Théorie
des ondes.
Dans la théorie
des ondes, qu'il s'agisse d'ondes mécaniques (sonores),
électromagnétiques
(lumière) ou quantiques, la phase représente
la position relative d'un point donné dans le cycle de l'onde. Une onde
sinusoïdale peut être décrite mathématiquement par une fonction comme
y(t) = Asin(ωt+ϕ), où ϕ est la phase initiale.
• Dans
les oscillations mécaniques, la vitesse d'un oscillateur harmonique
(comme une masse attachée à un ressort) est déphasée de +π/2 par rapport
à sa position : lorsque la position est maximale (ou minimale), la vitesse
est nulle, et lorsque la position est nulle, la vitesse est maximale (ou
minimale). L'accélération est déphasée de +π (ou +180°) par rapport
à la position, signifiant qu'elles sont en opposition de phase : lorsque
la position est maximale dans un sens, l'accélération est maximale dans
l'autre sens.
• Lors de l'interférence
de deux ondes (sonores, lumineuses, etc.) issues de sources synchrones
mais ayant parcouru des chemins différents pour atteindre un point, le
déphasage entre les ondes à ce point dépend de la différence de longueur
des chemins. Un déphasage de 0 ou 2π (ou un multiple de 2π) entraîne
une interférence constructive, tandis qu'un déphasage de π (ou un multiple
impair de π) entraîne une interférence destructive. Ce concept
est central en optique (interférences, diffraction), en acoustique (battements,
harmoniques), ainsi qu'en traitement du signal et en télécommunications.
Electricité.
En électricité,
notamment dans les courants alternatifs, la phase fait référence au décalage
temporel entre deux grandeurs périodiques, souvent la tension et le courant.
Ce décalage est exprimé en degrés ou en radians et intervient dans l'analyse
des circuits électriques. Si le courant est en phase avec la tension,
l'énergie est transférée efficacement. Mais s'il y a un déphasage,
une partie de l'énergie circule sans être consommée, ce qui donne lieu
au concept de puissance réactive.
• Dans
un circuit à courant alternatif (comme un circuit RLC), la tension
aux bornes d'une bobine est déphasée de +π/2 (ou +90°) par rapport
au courant qui la traverse (la tension est en avance sur le courant). La
tension aux bornes d'un condensateur est déphasée de -π/2 (ou -90°)
par rapport au courant (la tension est en retard). La tension aux bornes
d'une résistance est en phase (déphasage nul) avec le courant.
• Dans les systèmes
triphasés, couramment utilisés dans la distribution d'électricité,
trois tensions sinusoïdales sont décalées de 120 degrés les unes par
rapport aux autres, ce qui permet une distribution plus stable et efficace
de l'énergie.
Astronomie.
En astronomie,
on appelle phases les apparences lumineuses diverses sous lesquelles
se présentent successivement les corps célestes éclairés par le Soleil.
Les phases de la Lune sont les plus remarquables.
Vénus
et Mercure en offrent d'exactement semblables,
qu'on ne peut observer, toutefois, qu'à l'aide d'un télescope. Mars
a aussi des phases; mais elles sont incomplètes. Celles des autres planètes
supérieures sont encore plus insensibles.
Phases
de la Lune
On appelle phase de la Lune, l'aspect
du disque lunaire selon l'éclaraige variable au fil de la lunaison.
Cela dépend de la position relative du Système Terre-Lune-Soleil. Certaines
phases portent des noms particuliers :
• Nouvelle
Lune (phase = 0°) - Lorsque la Lune se lève en même temps que le
Soleil, se couche fort peu de temps après, on ne peu généralement pas
la voir (l'exception se produisant lors des éclipses
de Soleil) c'est la nouvelle Lune (que l'on note souvent pour abréger
N. L.). Deux ou trois jours plus tard, nous apercevons cet astre le soir,
après le coucher du Soleil, sous la forme d'un faible croissant dont les
cornes sont dirigées vers l'Est.
• Premier quartier
(phase = 90°) - Ce filet lumineux s'élargit de jour en jour et vers le
septième jour, nous voyons un demi-cercle dont le diamètre est situé
à l'Est, la Lune passant au mépidien vers six heures du soir et brillant
sur l'horizon pendant la première moitié de la nuit: c'est le premier
quartier (P. Q.).
• Pleine lune
(phase = 180°) - Le disque lumineux augmente de jour en jour, tandis que
son passage au méridien retarde chaque fois de cinquante-deux minutes
environ, si bien qu'après une quatorze jours et demi, nous voyons la pleine
Lune (P.L.). Elle correspond à l'époque où la Lune passe au méridien
vers minuit, nous voyons un disque brillant presque comparable à celui
du Soleil, de même diamètre apparent, mais d'un éclat beaucoup moindre,
qui éclaire toute la nuit.
• Dernier quartier
(phase =270°) - Le lendemain et les jours suivants, elle passe au méridien
de plus en plus tard, avec la partie occidentale de son disque de plus
en plus rongé, si bien quevers le vingt-deuxième jour, elle ne nous offre
plus qu'un demi-cercle, dont le diamètre est situé vers l'Ouest. Elle
passe alors au méridien vers six heures du matin, n'éclairant plus que
la seconde partie de la nuit, et visible encore le matin à l'Ouest après
le lever du Soleil : c'est le dernier quartier (D. Q.). Le disque de la
Lune se rétrécit ensuite de plus en plus, et prend la forme d'un croissant
dont la largeur diminue de jour en jour et dont les cornes sont dirigées
vers l'ouest. A la fin, nous n'apercevons plus qu'un très mince filet
de disque, puis nous ne voyons plus rien, car c'est de nouveau la nouvelle
Lune.
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Pendant les trois ou quatre jours qui précèdent
et qui suivent la nouvelle Lune, nous voyons, avec le filet lumineux bien
éclairé, une lueur grisâtre connue sous le nom de lumière
cendrée, qui éclaire faiblement le reste du disque lunaire. Au premier
quartier, ainsi qu'au dernier quartier, la Lune qui nous montre la moitié
de sa surface éclairée par le Soleil, tandis que l'autre moitié est
obscure, est dite dichotome (divisée en deux parties égales).
Ces phases résultent des positions respectives
du Soleil, de la Lune et de la Terre, car c'est
le Soleil qui illumine la Lune, et son aspect change suivant la partie
éclairée que nous en voyons. Au moment de la pleine Lune, cet astre passe
au méridien vers minuit: il est en opposition avec le Soleil. A la nouvelle
Lune, notre satellite passe au méridien en
même temps que le Soleil : on dit qu'il est en conjonction.
La conjonction et l'opposition sont nommées syzygies;
le premier et le dernier quartier sont les quadratures
(les rayons visuels menés de la Terre au Soleil et à la Lune font entre
eux un angle de 90° ou un quadrant); les quatre phases intermédiaires
sont les octants.
Thermodynamique
En thermodynamique
et en physique de la matière condensée,
le concept de phase désigne un état homogène de la matière,
caractérisé par des propriétés physiques et chimiques uniformes dans
tout le système ou la région considérée. Chaque phase possède une
composition, une température, une pression et d'autres grandeurs intensives
qui restent constantes à l'échelle macroscopique. Les phases peuvent
coexister et se transformer les unes en les autres en fonction des conditions
externes. Les exemples les plus courants sont les phases solide, liquide
et gazeuse. Ainsi, la glace, l'eau liquide et la vapeur d'eau représentent
trois phases distinctes d'une même substance. Les transitions de phase,
comme la fusion, la vaporisation ou la condensation, correspondent à des
changements d'état accompagnés de modifications des paramètres thermodynamiques
(température, pression,
enthalpie, etc.).
Les phases de
la matière.
Les phases de la
matière correspondent à des états distincts dans lesquels la matière
peut exister, en fonction de conditions thermodynamiques comme la température
et la pression. Chaque phase possède des propriétés physiques spécifiques
: structure microscopique, compressibilité, mobilité des particules,
énergie interne. Si les plus connues sont les phases solide, liquide et
gazeuse, la matière peut adopter d'autres phases, souvent moins intuitives
mais fondamentales dans les sciences modernes, comme la phase plasma, les
phases cristallines polymorphes, ou encore les phases mésomorphes (comme
les cristaux liquides). Dans un système donné, une phase est toujours
spatialement distincte et séparée des autres phases par une surface d'interface.
La
description thermodynamique des phases repose sur des variables d'état
: la température (T), la pression (P), le volume (V), l'entropie (S),
l'énergie interne (U), etc. Une même substance peut exister sous différentes
phases selon les valeurs de ces variables. Par exemple, l'eau peut être
glace, liquide ou vapeur selon la pression et la température.
Solide.
Dans les solides,
les particules (atomes, ions ou molécules) sont étroitement liées et
organisées dans un réseau fixe, éventuellement plus ou moins rigide.
La forme et le volume sont définis. On distingue :
• Les
solides cristallins (ordre à longue portée, comme le quartz),
• Les solides amorphes
(désordre interne, comme le verre).
Liquide.
Dans les liquides,
les particules sont proches mais mobiles. Le liquide a un volume défini
mais pas de forme propre : il prend la forme du récipient. Les forces
intermoléculaires y sont moins fortes que dans le solide mais plus que
dans le gaz.
Cristal
liquide.
Le cristal liquide
correspond à une phase intermédiaire entre solide et liquide, où les
molécules gardent un ordre d'orientation (comme dans les cristaux) mais
sont mobiles (comme dans les liquides). Utilisation dans les écrans LCD.
Gaz.
Dans les gaz,
les particules sont très espacées, se déplacent librement et occupent
tout l'espace disponible. Il n'a ni forme ni volume propres. Il est compressible
et obéit aux lois des gaz parfaits à basse pression.
Plasma.
Les plasmas
sont des gaz ionisés composés de particules chargées (électrons libres,
ions). Une telle phase apparaît à très haute température (comme dans
les étoiles ou les décharges électriques). Le plasma est conducteur,
sensible aux champs électromagnétiques, et constitue l'état le plus
courant de la matière dans l'univers.
Condensat
de Bose-Einstein.
Prévu théoriquement
par Bose et Einstein (1924) et observé en 1995, le condensat
de Bose-Einstein est un état ultra-froid de la matière où des bosons
occupent un unique état quantique. Les atomes perdent leur individualité
et forment une onde collective macroscopique. Il n'existe qu'à quelques
nanokelvins au-dessus du zéro absolu.
Condensat
de Fermi.
Le condensat de
Fermi est analogue au Bose-Einstein mais pour les fermions,
où les paires de particules s'associent en comportements collectifs (comme
dans la superfluidité de l'hélium-3).
Superfluide.
Un superfluide est
un liquide ayant une viscosité nulle, capable
de s'écouler sans perte d'énergie. L'hélium-4 et l'hélium-3 en sont
des exemples à très basse température. C'est une manifestation macroscopique
de la mécanique quantique.
Supersolide.
Le supersolide correspond
à une phase hypothétique combinant les propriétés d'un solide (structure
cristalline) et d'un superfluide (flux sans friction). Quelques résultats
expérimentaux controversés ont été publiés à partir des années 2000.
Matière
dégénérée.
La matière dégénérée
représente à une phase trouvée dans des conditions extrêmes (étoiles
à neutrons, naines blanches), dominée par
la pression de dégénérescence dictée par la mécanique
quantique (principe d'exclusion de Pauli).
Matière
quark-gluon.
La matière quark-gluon
est une forme de matière existant à très haute énergie, dans les conditions
qui ont existé au tout début de l'expansion consmique (big
bang). Les quarks et gluons
y sont libres, non confinés dans les protons
et neutrons. Étudiée dans les collisions d'ions
lourds.
Diagrammes de
phase.
Dans les diagrammes
de phase, utilisés en physique, en chimie et
en science des matériaux, une phase représente également un état stable
d'un système à l'équilibre, mais ici dans un espace défini par des
variables comme la température, la pression ou la concentration. Un diagramme
de phase permet ainsi de visualiser dans quelles conditions une substance
est solide, liquide, gazeuse ou dans une phase mixte.
Pour une substance
pure, le diagramme (P,T) indique les lignes de transition de phase : fusion,
vaporisation, sublimation. Le point triple est une condition unique où
les trois phases coexistent en équilibre, et le point critique est la
limite au-delà de laquelle la distinction entre liquide et gaz cesse d'exister.
Pour les alliages
métalliques ou les solutions, ces diagrammes indiquent les compositions
et températures auxquelles se forment les différentes structures cristallines
ou mélanges. Ce type d'analyse est fondamental en métallurgie, en pétrochimie
ou dans la conception de matériaux nouveaux.
Transitions de
phase.
Les transitions
(changements) de phase — fusion, ébullition, condensation, etc. —
sont des transformations au cours desquelles le système absorbe ou libère
de l'énergie (chaleur latente) sans variation de température. Ces transitions
sont décrites thermodynamiquement par des discontinuités ou singularités
dans certaines fonctions d'état, comme l'enthalpie ou l'entropie. |
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