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Le jour
est l'une des plus anciennes mesures du temps que l'humanité ait
apprivoisées. Il s'enracine dans l'observation directe du retour périodique
de la lumière solaire et structure, encore aujourd'hui, notre organisation
sociale, nos rythmes biologiques et nos systèmes de mesure. C'est l'unité
la plus immédiate, la plus sensible et la plus structurante de notre rapport
au monde, à la fois donnée naturelle, construction culturelle et repère
scientifique. Cependant, définir le jour avec précision demande de distinguer
plusieurs réalités astronomiques et historiques qui se cachent derrière
ce mot familier.
La durée du jour trouve sa source dans
le mouvement de rotation de la Terre sur
elle-même. Pour un observateur au sol, le Soleil
semble parcourir le ciel d'est en ouest, disparaître sous l'horizon
puis réapparaître le lendemain matin. L'intervalle entre deux passages
successifs du Soleil au méridien, c'est-à -dire
au point le plus haut de sa course, définit le jour solaire vrai. Or,
ce jour solaire vrai n'a pas une durée constante au fil de l'année :
il varie de quelques dizaines de secondes en plus ou en moins par rapport
à une moyenne. Deux phénomènes expliquent cette irrégularité. D'une
part, l'orbite de la Terre
autour du Soleil est elliptique, ce qui fait
que la vitesse de révolution de notre planète change selon sa position
; d'autre part, l'axe de rotation de la Terre est incliné par rapport
au plan de son orbite, ce qui projette différemment le mouvement apparent
du Soleil sur l'équateur céleste. Pour s'affranchir de ces fluctuations,
on a introduit la notion de jour solaire moyen, qui correspond à la durée
moyenne du jour solaire vrai sur une année entière.
C'est ce jour solaire moyen qui a été choisi comme base de notre temps
civil et que l'on divise en vingt-quatre heures
de soixante minutes chacune, chaque minute valant soixante secondes.
À côté du jour solaire, les astronomes
utilisent le jour sidéral, qui est la durée mise par la Terre pour effectuer
une rotation complète par rapport aux étoiles lointaines,
considérées comme fixes. Ce jour sidéral dure environ 23 heures 56 minutes
et 4 secondes en unités de temps solaire moyen. La différence d'environ
quatre minutes entre le jour sidéral et le jour solaire moyen provient
du fait que, pendant qu'elle tourne sur elle-même, la Terre avance sur
son orbite autour du Soleil. Pour qu'un même méridien terrestre se retrouve
exactement face au Soleil, la planète doit donc tourner un peu plus qu'un
tour complet par rapport aux étoiles. Cette distinction est fondamentale
en astronomie de position, mais n'intervient pas dans la vie civile, qui
reste calée sur le rythme solaire.
Historiquement, la division du jour en
vingt-quatre heures remonte à l'Égypte
ancienne et à la Mésopotamie,
qui ont légué ce découpage au monde grec puis romain. La subdivision
sexagésimale de l'heure en minutes et secondes est héritée des travaux
des astronomes médiévaux de langue arabe et latine. Jusqu'en 1960, la
seconde elle-même était définie comme la fraction 1/86 400 du jour solaire
moyen. Cette définition avait l'avantage de lier intimement l'unité de
base du temps à l'expérience commune du cycle
jour-nuit, mais elle se heurtait à un défaut majeur : la rotation
de la Terre n'est pas parfaitement uniforme à long terme. Les forces
de marée exercées par la Lune et le Soleil
freinent très lentement la planète, allongeant le jour d'environ 1,7
milliseconde par siècle. À cela s'ajoutent des variations irrégulières
causées par les mouvements du noyau terrestre, la redistribution des masses
d'eau et d'air, ou encore les grands séismes. Le jour solaire moyen n'est
donc pas une durée immuable.
Pour disposer d'un étalon de temps beaucoup
plus stable, la définition de la seconde a été rattachée, depuis 1967,
à une propriété quantique de l'atome de césium 133. Désormais, une
seconde correspond exactement à 9 192 631 770 périodes de la radiation
émise lors d'une transition particulière de cet atome. Dans le Système
international d'unités, le jour n'est plus une unité de base mais
une unité dérivée, que l'on fixe conventionnellement à 86 400 secondes
atomiques. Toutefois, pour maintenir un accord acceptable entre le temps
atomique international et le rythme du Soleil, on a instauré le Temps
universel coordonné (UTC). Il suit le temps atomique, mais peut être
corrigé ponctuellement par l'ajout (ou le retrait) d'une seconde intercalaire,
de façon que l'écart entre UTC et le jour solaire moyen, mesuré par
la rotation réelle de la Terre, ne dépasse jamais 0,9 seconde. Ainsi,
la durée effective d'un jour civil reste, en pratique, extrêmement proche
de la rotation terrestre observée, tout en reposant sur une définition
atomique extrêmement précise.
Il importe de ne pas confondre le jour
au sens de durée de vingt-quatre heures avec la période d'éclairement
que l'on nomme également jour en français,
par opposition à la nuit. Dans le langage courant, le mot désigne tantôt
la clarté du ciel, tantôt l'intervalle complet de minuit à minuit. La
notion de durée présentée ici concerne ce second sens, le nycthémère
des scientifiques, c'est-Ã -dire un cycle entier de rotation terrestre
ponctué par l'alternance de lumière et d'obscurité. Selon les cultures
et les époques, le début du jour civil a été placé à des moments
différents : au coucher du soleil (comme
dans les calendriers hébraïque et
musulman pour les fêtes religieuses), au lever du soleil (usage de
certains peuples anciens), Ã midi (usage astronomique jusqu'en 1925) ou
à minuit, solution adoptée depuis l'Antiquité
tardive par les Romains et aujourd'hui universellement
répandue dans l'état civil.
Sur le plan physiologique, la durée du
jour terrestre a profondément modelé l'évolution
du vivant. Les horloges circadiennes internes de la plupart des organismes,
y compris l'être humain, présentent une période endogène proche de
vingt-quatre heures, qui se cale chaque jour sur l'alternance lumineuse
grâce à des mécanismes de synchronisation. L'exposition à la lumière
du matin et à l'obscurité nocturne ajuste en permanence ce cycle
biologique. La généralisation de l'éclairage artificiel et des modes
de vie décalés entraîne une désynchronisation entre l'horloge interne
et le jour extérieur, ce qui n'est pas sans conséquences sur la santé,
preuve que la durée du jour terrestre demeure une référence biologique
incontournable.
Pour être complet, il faut rappeler que
la durée d'un jour varie considérablement d'un corps céleste à l'autre.
Chaque planète possède un jour sidéral et
un jour solaire qui lui sont propres, en fonction de sa vitesse de rotation
et de sa période de révolution. Sur Mars, le jour
solaire dure environ 24 heures 39 minutes, une proximité qui facilite
l'organisation des missions d'exploration. Sur Vénus,
la rotation est si lente que le jour sidéral dure 243 jours terrestres,
tandis que le jour solaire y est d'environ 117 jours terrestres en raison
du sens de rotation rétrograde et de la rapidité de la révolution autour
du Soleil. Ces exemples illustrent combien le jour familier de 24 heures
est une spécificité de notre planète, fruit d'un équilibre contingent
entre sa dynamique interne et les interactions gravitationnelles au sein
du Système solaire.
Jour
ou Journée? Il en est de la synonymie de jour et de journée comme
de celle d'an et d'année. Jour exprime surtout une unité de temps; journée
se dit, au contraire, quand on envisage cet intervalle de temps au point
de vue de son contenu, c.-à -d. des événements qui en remplissent la
durée. Jour est absolu; journée est relatif. Le jour est le même pour
tout le monde; la journée, espace de temps qui s'écoule depuis l'heure
où l'on se lève jusqu'à celle où l'on se couche, est excessivement
variable. Elle peut être heureuse ou malheureuse, agréable ou triste,
selon les individus et les événements qui les touchent...
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