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Les
premières colonies
Colonies éoliennes.
Les plus anciennes colonies sont, dit-on,
celles des Éoliens. Il n'y a pas de raisons de mettre en doute ce témoignage.
Partant du canal de l'Euripe, ils suivirent la route du Nord, longèrent
la côte : beaucoup durent s'arrêter en Thrace ,
à Aenos, à l'embouchure de I'Hèbre (Maritza), à Sestos sur l'Hellespont.
D'autres le franchirent, se répandirent le long du détroit sur le continent
asiatique. Ils conquirent la presqu'île de l'Ida, centre de la puissance
des Dardaniens. E. Curtius a supposé que la légende de la guerre de Troie
pourrait avoir été inspiré par ces guerres. Il est plus vraisemblable
que la puissance des Dardaniens avait déjà été brisée par les Achéens
et que les colons qui fuyaient devant l'invasion des montagnards hellènes
du Nord ne se heurtèrent pas en Asie Mineure à un état compact. L'ancienne
Troade devint éolienne; la Mysie
maritime fut comprise à son tour, et la grande île de Lesbos .
Dans celle-ci purent débarquer des navires venant directement d'Eubée
à travers la mer Egée. Les deux étapes principales de la colonisation
éolienne furent l'occupation de Lesbos et la fondation de Cumes
ou Kyme. La légende les attribuait l'une et l'autre à des descendants
des Pélopides; Cras, arrière-petit-fils d'Oreste ,
aurait conquis Lesbos, Kleuas et Malaos, fondé Cumes et assis la domination
éolienne sur les rives du Caïcus. La conquête des territoires de l'intérieur,
dans lesquels les Éoliens s'avancèrent assez loin de la mer, donna lieu
à des luttes acharnées et la population nouvelle s'implanta plus fortement
sur le sol, prit plus le caractère agricole que ses voisins de l'Ionie .
On a conservé le souvenir des guerres soutenues autour de Smyrne .
Les douze cités éoliennes, plus tard réduites à onze, avaient apparemment
leur centre au temple commun d'Apollon
Grynéion.
Colonies ioniennes.
Les colonies ioniennes ,
les plus importantes de toutes par la richesse et la civilisation, furent
fondées, nous l'avons dit, par des Ioniens, auxquels s'associèrent de
grandes familles et des bandes d'hommes d'autres tribus; la grande majorité
s'embarquèrent en Attique ;
les principales villes considérèrent donc Athènes
comme leur métropole, et en reçurent leurs institutions politiques et
religieuses, leurs fêtes, leur culte; c'était le cas pour Ephèse,
Milet ,
les îles; néanmoins, d'autres cités gardaient le souvenir de fondateurs
venus de plus loin; ceux de Clazomène
venaient de Cléones
et de Phlionte ;
ceux de Colophon
de Pylos
(en Messénie ),
ceux de Samos
d'Epidaure .
Les colons ioniens débarquèrent sur la partie centrale de la côte asiatique,
celle où débouchent les vallées les plus belles. Ils y rencontrèrent
de la part des occupants antérieurs, Cariens
et Lélèges de la côte, Lydiens de l'intérieur, une résistance opiniâtre,
et qui ne put être vaincue que par des combats prolongés. Il fallut vingt-deux
ans aux colons postés à Samos pour s'établir à demeure dans le bassin
du Caystre où ils fondèrent Ephèse, et absorbèrent le culte de la déesse
locale confondue avec Artémis .
Les coups décisifs furent frappés par l'Athénien Androclos. On nous
apprend que des cités ioniennes, une seule put se fonder pacifiquement:
Phocée, qui se bâtit sur un rocher cédé par les Éoliens de Cumes .
Pour toutes les autres colonies, il fallut batailler; une fois fondées
et entourées de murailles, elles durent continuer la guerre. Plus d'une
fut mise en péril par une agression, et dut implorer le secours de sa
voisine; ainsi Priène ,
celui d'Ephèse contre les Cariens. Les colons ioniens trouvaient d'ailleurs
dans leur nouveau pays des hommes parlant à peu près la même langue
que la leur. Aussi, ces guerres n'eurent-elles nullement le caractère
des guerres d'extermination qui ont marqué, en particulier, la colonisation
européenne en Amérique
ou en Afrique australe .
Sur bien des points, une fusion se fit
entre les nouveaux venus et les anciens habitants; ainsi, dans l'île de
Samos ,
dans l'île de Chios ,
et dans la cité d'Erythrae
placée en face. Erythrae, d'origine crétoise, accueillit un descendant
des rois athéniens .
Ces deux cités, Chios et Erythrae, eurent leur dialecte, Samos le sien.
Dans les autres cités ioniennes, il y eut de même entre les colons et
les populations locales une entente scellée par des mariages mixtes. Mais
partout les nobles familles qui dirigeaient l'immigration prirent la direction
politique. Outre les trois cités dont nous avons parlé, il y eut dans
les autres colonies ioniennes
deux groupes, selon les moeurs et la langue des populations auprès desquelles
elles se fondaient : le groupe lydien, Phocée, Clazomène ,
Téos
(peuplée par des Minyens), Lebédos ,
Colophon ,
Ephèse;
le groupe carien, Priène ,
Myonte ,
Milet .
Les deux plus grandes villes furent Ephèse et Milet; la première, plutôt
tournée vers le continent, la seconde vers les mers. Dans ces villes dominaient
les descendants des rois athéniens. Les douze cités furent réunies en
une fédération dont le centre était la Panionion, au promontoire
de Mycale, au pied du temple de Poseidon .
L'unité était plus encore religieuse que politique, aussi les Ioniens
purs, mécontents des concessions faites par Ephèse et Colophon aux cultes
locaux, n'admirent pas ces deux villes à la fête nationale des Apaturies.
Nous examinerons dans une autre
page les conditions politiques et sociales de ces colonies, et leurs
rapports avec la métropole.
Colonies doriennes.
Les Doriens, à l'époque même où ils
combattaient pour achever la conquête du Péloponnèse ,
essaimèrent au delà de la péninsule. Des bandes nombreuses passèrent
la mer, colonisant les Cyclades méridionales, les îles volcaniques de
Mélos et de Théra
(vers l'an 1400?); puis la Crète ,
où après de longues guerres s'établit une transaction entre eux et les
anciens habitants. De l'Argolide
partirent de nombreux colons doriens : d'Epidaure ,
ceux qui peuplèrent la grande île de Cos ,
celles de Nisyra et de Calydna; de Trézène ceux d'Halicarnasse ;
d'Argos ,
ceux de l'île de Rhodes ;
des Mégariens
passèrent à Astypalaea; des Laconiens à Cnide .
Cnide, Halicarnasse, Cos et les trois cités rhodiennes, Lindos ,
lalysos
et Camiros, formaient une hexapole, confédération religieuse dont le
centre était au temple d'Apollon
Triopios.
La
deuxième vague de colonisation
Colonies milésiennes.
Les Milésiens
rouvrirent la route du Pont-Euxin. Ils portèrent à Abydos ,
sur l'Hellespont, une première colonie; une autre à Cyzique
au centre de la Propontide, puis ils colonisèrent de proche en proche
le rivage septentrional de l'Asie Mineure. Leur grande colonie de ce côté
fut Sinope, ville plus ancienne dont ils s'emparèrent; c'était la tête
de ligne de la route vers l'Assyrie; cette colonie daterait de l'an 785
av. J.-C. Rapidement les colonies de Milet
se multiplièrent; après Abydos, Lampsaque
et Parion furent fortifiés sur les Dardanelles ;
de Cyzique on colonisa l'île de Proconnèse; de Sinope toute la côte
du Pont; Trapézonte (Trébizonde) fut fondée, semble-t-il, en 756.
Les incursions des Cimmériens détruisirent
plusieurs de ces colonies, dont Sinope; les Milésiens les restaurèrent;
ils s'étendirent à l'ouest de la mer Noire, sur la côte d'Europe
où ils s'établirent à Apollonia dans une île (vers 600); puis au débouché
de la vallée du Danube et des grands fleuves de la Scythie (Russie
méridionale) pour en exploiter les richesses agricoles, à Istros (650),
Tyras sur le liman du Dniestr, Odessos (après 600), Olbia entre le Boug,
et le Dniepr; puis dans la presqu'île de Tauride (Crimée )
à Théodosie au Nord-Est et à Panticapée
(Kertch )
qui devinrent à leur tour des villes importantes.
Les Milésiens
pénétrèrent dans la mer d'Azov, fondèrent Tanaïs (Azov ),
à l'embouchure du fleuve du même nom (Don); puis Phanagoria (colonie
de Téos )
dans les alluvions du Kouban, en face de Panticapée .
Les Caucasiens furent attaqués et on créa sur leur côte les colonies
de Phasis (Ã l'embouchure du Phase) et de Dioscurias. Par Olbia les relations
commerciales s'étendirent jusqu'à la Vistule; par Tanaïs jusqu'à l'Oural,
par Dioscurias du côté de l'Arménie
et de l'Asie orientale; Sinope vendait aux autres colonies grecques les
produits nationaux, huile, vin, etc. Au milieu du VIesiècle
cette oeuvre de la colonisation milésienne était en pleine prospérité,
Milet se vantait d'avoir quatre-vingts colonies et dépassait en richesse
et en puissance maritime toutes les cités grecques. Sa factorerie d'Égypte
devint à Naucratis
une véritable colonie grecque, affaiblie plus tard par Amasis
et exploitée en commun par neuf cités grecques. Les autres cités de
l'Ionie
s'associèrent en général à la colonisation milésienne, bien que les
marins de Clazomène ,
de Téos ,
de Phocée l'eussent devancée sur plusieurs points de la mer Noire. Dans
cet historique sommaire, il n'y a lieu de faire une place à part qu'aux
Phocéens. Nous y reviendrons. Rappelons seulement pour en finir avec les
colonies helléniques d'Asie la colonisation de Chypre
qui régularisa les rapports avec les Phéniciens et eut dans l'histoire
de l'industrie grecque
une influence considérable.
Colonies eubéennes.
Les cités maritimes de l'Eubée
ont pris au mouvement colonial une part presque aussi active que celles
de l'Ionie ;
c'étaient Cumes
ou Kyme sur la côte orientale; Erétrie et Chalcis
sur la côte occidentale. Cumes pour vendre ses vins, Erétrie ses tissus
teints en pourpre, Chalcis ses produits métallurgiques et, pour se procurer
la matière première, entreprirent de bonne heure des expéditions maritimes
qui aboutirent à la fondation d'un grand nombre de colonies. La côte
de Thrace
fut d'abord attaquée. La triple presqu'île qui a conservé le nom de
Chalcidique
fut le centre de cette colonisation. Sur le golfe thermaïque, on bâtit
Méthone, dans la presqu'île centrale Torone, puis autour jusqu'à trente-deux
villes, petits ports et centres d'exploitation des mines de la montagne.
L'opération fut poursuivie d'abord par Chalcis
et Erétrie, puis elles se partagèrent le champ d'action; Chalcis colonisa
le trou central de la presqu'île, Erétrie les péninsules de l'Athos
et de Pallène. Puis, à la fin du VIIIe siècle,
on s'avança à l'Est vers le Pont-Euxin, dont l'exploitation fut disputée
aux Milésiens .
Associés à Mégare et à Corinthe,
les villes de l'isthme, les Eubéens leur tinrent tête. En 712,
Mégare fonde Astacos
dans la Propontide. Survint la guerre maritime du Lélante entre Erétrie
et Chalcis qui divisa toutes les puissances coloniales et arrêta la colonisation
eubéenne. Chalcis la reprit au VIIe
siècle, acheva son oeuvre en Chalcidique avec le concours des
insulaires des Cyclades et s'associa aux expéditions vers l'Occident.
Elle en avait eu à peu près l'initiative, peut-être en raison des rapports
des marins de l'Euripe avec les Phéniciens; la Chalcis des côtes d'Etolie
doit être son ancienne colonie; les Erétriens s'étaient établis dans
la grande île de Corcyre (Corfou ),
ils y furent supplantés par les Corinthiens alliés de Chalcis.
Les Eubéens
étaient allés encore plus à l'Ouest fonder une nouvelle Cumes
sur les côtes de Campanie. Durant des siècles, cette colonie, qui remonte
au Xe siècle,
resta « isolée sur sa falaise solitaire, comme une sentinelle avancée
de la civilisation grecque
dans l'extrême Occident ». Renforcée plus tard par de nombreux colons,
en majorité ioniens ,
elle couvrit le golfe de Naples
de ses succursales. Sur le détroit de Sicile, les Eubéens établirent
la place de Rhégium .
Ici, comme pour la colonisation milésienne, Curtius remarque que les stations
intermédiaires sont moins anciennes que les grandes colonies qui servent
de tête de ligne en terre exotique; plus tard, en face de Rhégium, les
Chalcidiens amenèrent des Messiniens dans une nouvelle colonie, Zaneb
ou Messine. Au pied de l'Etna avait été construite, dès 736,
la colonie chalcidienne de Naxos ;
l'entreprise fut dirigée par l'Athénien
Théoclès. Puis, dans les environs, ils fondèrent Catane ,
Léontini. Mais dans la grande entreprise de la colonisation de la Sicile,
les Chalcidiens sont dépassés par leurs anciens associés, les Corinthiens.
Il ne faut pas oublier d'ailleurs que Chalcis
a été, dans bien des cas, seulement le port d'embarquement d'émigrants
venus d'autres villes ou des Cyclades et dirigés même par des chefs non
eubéens. Les cinquante colonies dont elle était fière ne sont pas exclusivement
chalcidiennes.
Colonies de Mégare
et de Corinthe.
Les cités doriennes de l'isthme vinrent,
dans le courant du VIIIe siècle, se
joindre aux cités ioniennes
et éoliennes de l'Eubée .
Mégare
disputa à Milet
la colonisation de la mer Noire. En 674, elle fonde Chalcédoine
à l'entrée du Bosphore ;
en 657, Byzance ,
en face, dans une situation admirable signalée par l'oracle
de Delphes; des immigrants corinthiens, arcadiens ,
béotiens
vinrent accroître cette colonie; la côte européenne de la mer Noire
se couvre de colonies mégariennes dans le courant du VIIe
siècle; en 559, celle d'Héraclée
est établie en Bithynie .
Du côté de l'Ouest, les Mégariens ont pris part à la conquête de la
Sicile par la fondation de Megara Hyblaea
au nord de Syracuse
(728); cent ans après, quand ils se
trouvèrent enserrés entre cette grande cité et les colons ioniens des
versants de l'Etna, ils partirent de Megara pour créer à l'ouest de l'île
la ville de Sélinonte
(628) dont la prospérité fut très rapide. Les colonies de Corinthe
sont plus importantes encore que celles de Mégare. Corinthe avait jour
sur les deux mers, mais son principal débouché était vers l'Ouest, sur
le golfe qui a gardé son nom. C'est de ce côté que l'opulente cité
porta ses efforts. Sur la mer de Thrace ,
elle fonda Potidée, mais malgré l'importance de cette colonie, elle doit
céder le pas à d'autres. Corinthe s'empara d'abord de la grande île
de Corcyre qui fut dès lors l'avant-poste de la navigation et de la civilisation
hellénique dans ces mers. La fortune de cette colonie fut rapide et bientôt
elle put rivaliser avec sa métropole. De là , les Corinthiens s'avancèrent
au Nord sur les côtes d'Epire
et d'Illyrie ,
à l'Ouest vers la Sicile et l'Italie .
Nous parlerons d'abord des colonies illyriennes ,
bien que les plus récentes. Elles furent établies à partir de 650
par les Corcyréens et les Corinthiens associés. Epidamne (625),
Apollonie furent les principales; elles acquirent une importance considérable,
nullement comparable toutefois à celle des colonies de Sicile. Dans cette
grande île les Corinthiens suivirent de près leurs alliés de Chalcis
et opérèrent seuls et pour leur propre compte. Ils s'installèrent en
735
dans le meilleur port de la côte orientale par l'occupation de l'île
d'Ortygie; ce fut le berceau de Syracuse .
Les marchands phéniciens ne furent pas expulsés; leur concours et celui
des indigènes hâta la fortune de la colonie. Celle-ci dépassa bientôt
les villes chalcidiennes et se tailla dans l'angle Sud-Est de la Sicile
un petit État; Acrae au débouché des montagnes, Casmenae, Camarina en
furent les places principales. Des colons rhodiens, venus un demi-siècle
après les Corinthiens, fondèrent Gela sur le fleuve du même nom; puis
ils en partirent pour fonder, au centre de la plaine méridionale de l'île,
Agrigente ,
grande colonie agricole et industrielle; plus à l'Ouest, les Mégariens
avaient établi Selinonte. Au Nord, les Messiniens avaient fondé Mylae
en face des îles Lipari
(716), puis Himère, avec l'aide des
Chalcidiens (648). Il fallut s'arrêter,
car l'angle occidental de la Sicile était solidement occupé par les Phéniciens
dont les colonies bravèrent l'effort des Grecs ;
il se forma cependant dans les terres, autour d'Egeste, un peuple mixte,
mêlé d'autochtones, de Grecs et de Phéniciens, celui des Elymes.
Même dans la cité phénicienne de Panorme
(Palerme), l'élément grec fut considérable, les monnaies de la ville
portent des types grecs à côté des légendes phéniciennes. La colonisation
grecque, avant même de s'attaquer à la Sicile, avait porté ses efforts
dans l'Italie
méridionale. Outre Cumes ,
il y faut citer la cité ionienne
de Siris dont l'origine est inconnue, en tout cas très ancienne. Dans
les dernières années du VIIIe
siècle, la colonisation fut reprise et les riverains du golfe
de Corinthe y prirent une part très active,
les Achéens surtout et les Ioniens auxquels ils avaient enlevé l'Egialée,
la côte Nord du Péloponnèse. En 721, fut fondée Sybaris ,
bientôt après Crotone
par des Achéens; puis Locres, par des Locriens; Siris fut colonisée de
nouveau par les Ioniens de Colophon ;
Métaponte fut édifiée par des colons achéens sous un chef venu de Crisa;
Tarente
par des Laconiens. Toutes ces villes devinrent à leur tour le foyer d'une
colonisation qui hellénisa l'Italie méridionale. Leur destinée fut trop
considérable pour qu'il ne soit pas nécessaire d'y insister quelque peu.
La Grande-Grèce.
La colonisation hellénique de l'Italie
méridionale diffère sensiblement de la plupart des autres entreprises
coloniales. On ne peut lui comparer que celles de la Cyrénaïque
et de la Chersonèse Taurique
(Crimée ).
En général, les Grecs
ne s'éloignaient guère de la mer; une fois maîtres de la lisière des
côtes, ils cherchaient à entretenir avec les barbares de l'intérieur
des rapports pacifiques favorables aux transactions commerciales. La ville
était petite, ayant au plus quarante ou cinquante stades de tour; lorsque
la population y était trop nombreuse, elle essaimait et en fondait une
autre à côté ou plus loin. Le golfe de Naples et la Tauride se couvrirent
ainsi de petites républiques grecques confédérées entre elles. Dans
les îles et dans quelques presqu'îles bien isolées du continent, Chalcidique ,
Chersonèse de Thrace ,
on tenta la colonisation complète du sol; mais en Sicile tout le centre
de l'île resta aux populations locales. Les Hellènes ne s'écartaient
pas des côtes; aussi n'ont-ils guère fondé, avant l'époque d'Alexandre,
de nations néo-helléniques, sauf en Cyrénaïque, en Tauride et dans
l'Italie méridionale. Ces dernières colonies surtout atteignirent une
importance égale à celle de l'Ionie
et méritèrent le nom de Grande-Grèce .
Il est indispensable d'indiquer ici les
caractères généraux de ces colonies, assez différentes des autres.
Nous empruntons cette description à Lenormant (Grande-Grèce, t.
I, p. 277) :
« La fondation
des villes du littoral italien de la mer ionienne fut partout accompagnée
ou bientôt suivie de la création d'un établissement territorial considérable.
Non seulement Sybaris
et Tarente se taillèrent au milieu des populations indigènes de la péninsule,
en les soumettant à leurs lois, de véritables empires; mais Crotone
et Locres firent de même, bien que sur une échelle un peu moins étendue.
Chacune de ces cités, après avoir, au moyen de nouvelles colonies sorties
de son propre sein ou en acceptant les obligations de métropole à l'égard
d'établissements grecs d'origine indépendante mais trop faibles pour
se soutenir dans une pleine autonomie, assuré sa domination sur une étendue
considérable de la côte où elle était assise, chacune de ces cités
subjuguant devant elle les populations des montagnes de l'intérieur, poussa
ensuite ses possessions territoriales jusqu'à la mer Tyrrhénienne, dont
elle garnit le littoral d'une nouvelle succession de villes purement helléniques.
L'obéissance des indigènes fut ainsi garantie par la façon dont ils
étaient enserrés entre deux chaînes d'établissements grecs, dont l'office
était le même que celui des colonies militaires que plus tard Rome
fonda, en imitation de ce qu'avaient fait les Grecs
de l'Italie
méridionale, dans toutes les contrées dont elle faisait la conquête.
Le système se complétait par la construction de quelques autres villes
grecques dans des positions stratégiques bien choisies de l'intérieur
des terres, au milieu des indigènes, telle que fut Pandosia. C'est cette
soumission aux cités helléniques de vastes étendues de pays, où les
indigènes reconnaissaient leurs lois, cette formation de vrais empires
dépendant de chacune d'elles, qui valut de très bonne heure à l'Italie
méridionale l'appellation de Grande-Grèce, par rapport à la Grèce propre,
appellation dont autrement l'origine serait inexplicable et qui n'aurait
pas de sens raisonnable. »
Les colons grecs
eurent la bonne fortune de rencontrer des populations locales dociles.
Les Oenotriens, en particulier, acceptèrent volontiers le protectorat
des Grecs. Ainsi se formèrent des empires comme celui de Sybaris
qui put lever 300 000 hommes pour une guerre.
Colonies de Phocée.
Lorsque le grand mouvement d'émigration
achéenne qui colonisa la Grande-Grèce fut achevé, les rivages de la
Sicile à peu près hellénisés, les marins grecs
s'avancèrent dans la Méditerranée occidentale, la disputant aux Phéniciens.
Les Rhodiens créèrent des comptoirs au pied des Pyrénées; là s'éleva
une nouvelle Rhodes. Les Ioniens
de Phocée firent davantage. Confinés sur leur rocher, ils n'avaient d'issue
que sur mer et, ne pouvant se faire dans le Pont-Euxin une place à côté
de Milet ,
ils voguèrent vers l'Occident. Plus hardis que les autres, ils explorèrent
tout l'Adriatique, malgré les écueils de la côte dalmate, la mer tyrrhénienne,
les côtes de Gaule et d'Ibérie ,
pirates aussi bien que commerçants. Ils ne fondèrent de colonie qu'assez
tard quand l'Ionie asiatique fut menacée par les rois du continent; alors
ils s'établirent à Marseille, près de la grande voie fluviale du Rhône.
Cette colonie reçut un grand nombre d'émigrants et prospéra vite; des
pêcheries y furent organisées, des vignes, des oliviers plantés dans
les environs, des routes tracées. Le littoral se couvrit de colonies massaliotes,
depuis le golfe de Gênes jusqu'au sud des Pyrénées; Monaco
(Monaecos), Nice (Nicaea), Antibes
(Antipolis), Agde
(Agathe), Ampurias (Emporiae) furent les principales; en face les Baléares
s'éleva le fort d'Hemeroscopion, Maenake dans le détroit de Gibraltar .
Le trafic de l'Espagne
faillit passer aux mains des Phocéens. Les Carthaginois ,
alliés aux Étrusques, surent le garder; vaincus en vue des côtes de
Corse, les Massaliotes perdirent leurs colonies et comptoirs d'Espagne;
ils furent en sérieux péril et ne refleurirent qu'après la ruine de
Phocée dont les habitants vinrent chercher un refuge dans leur colonie,
et après la bataille navale de Cumes
qui fit prévaloir les Grecs sur les Étrusques. Citons encore la colonie
phocéenne de Velia ou Elée dans l'Italie
méridionale.
Colonisation en
Afrique.
Pour compléter le tableau de la colonisation
grecque ,
il faut parler de ses résultats en Afrique .
Les rivages méridionaux de la Méditerranée étaient les moins hospitaliers;
nul estuaire de fleuve où l'on put aborder à l'Ouest de l'Égypte
et jusqu'aux parages des Liby-phéniciens. Dans ceux-ci quelques petits
groupes d'Hellènes s'étaient établis au débouché du Triton, à Maschala,
entre Utique
et Hippone ;
plus loin même, en Maurétanie
à Icosium (auj. Alger). Mais ces comptoirs
n'eurent pas d'avenir. Carthage
les absorba. Au contraire, à mi-chemin entre l'Égypte et l'Afrique phénicienne,
il se fonda une des plus grandes colonies grecques, celle de la Cyrénaïque .
Là se trouvent de hauts plateaux fertiles et bien arrosés, pouvant nourrir
une nombreuse population, à portée du désert d'où viennent les produits
des pays tropicaux. Là vinrent s'établir des colons de Théra. Cette
île volcanique avait reçu des colons doriens ou plutôt laconiens parmi
lesquels les anciens marins minyens et la grande famille cadméenne des
Egides dominaient. La population surabondante trouva un débouché sur
les rivages de la Libye .
Ne pouvant trouver d'emplacement favorable sur la côte, elle s'avança
hardiment dans l'intérieur où fut bâtie Cyrène
(vers 624). Ceci décida de l'avenir
de la nouvelle colonie qui devint un grand établissement agricole, berceau
d'un nouveau peuple. Les Thériens ne purent fournir un nombre suffisant
de colons et, craignant d'être noyés dans l'élément local, ils firent
vers 576 appel à leurs compatriotes.
L'oracle
de Delphes leur donna son appui, et de Crète ,
du Péloponnèse, des îles, les colons affluèrent. Les Libyens furent
refoulés dans l'intérieur, des terres assignées aux nouveaux venus.
Le port de Cyrène devint une ville, Apollonia; d'autres, Barca ,
Hespéride, sortirent de terre; des réservoirs accumulèrent l'eau pour
des irrigations qui étendirent la surface cultivée. En 570,
la destruction d'une grande armée égyptienne par le troisième roi de
Cyrène assura l'avenir. (GE). |
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