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L'Afrique Australe |
| Les premières
traces de peuplement de l'Afrique Le peuplement par des groupes bantouphone
a commencé (ou en tout cas s'est consolidé) au Xe
siècle, et plusieurs États importants se sont formés
: Zimbabwe, à partir du XIesiècle,
puis Monomotapa, entre les XVe
et XVIIe siècles.
Cette période, qui correspond à l'apogée de la puissance shona, est
aussi déjà marquée fortement par l'influence des Européens La colonisation précoce de l'Afrique australe par les Hollandais, alimentée par leur rivalité avec les Britanniques installés au Cap à partir de 1805, a eu des effets génocidaires. Un million de Bantous du Sud (Nguni et Sotho) ont été tués en une vingtaine d'années au début du XIXe siècle. Des populations ont été déplacées et spoliées de leurs biens. La résistance, notamment celle des Zulu (Zoulous), conduits par le célèbre Chaka (Tchaka), restera vaine et se soldera par par la perpétuation des massacres jusqu'à la fin, pratiquement, du XIXe siècle. Une dernière révolte des Hottentots, matée en 1908, clôt l'époque proprement précoloniale de cette région. Dates clés : ca. 500 - Exploitations minières sur le plateau rhodésien. |
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| L'Afrique
Australe avant 1500
L'Afrique australe est peuplé depuis des dizaines de milliers d'années par des sociétés de chasseurs-cueilleurs, d'éleveurs et d'agriculteurs. Les langues y appartiennent principalement à deux grandes familles : les langues khoisan, parlées par les San et les Khoekhoe, et les langues bantoues, introduites plus tardivement par des migrations venues du nord. Cette région connaît très tôt des dynamiques de peuplement, des innovations techniques, des réseaux d'échange à longue distance et l'émergence de formations politiques complexes, notamment sur le plateau du Zimbabwe et dans la vallée du Limpopo. Les plus anciens habitants de la région sont les ancêtres des San, souvent appelés Bushmen, chasseurs-cueilleurs dont la présence est attestée depuis plus de vingt mille ans. Ils vivent en petits groupes mobiles, connaissent parfaitement les ressources de la savane, du désert du Kalahari, des montagnes du Drakensberg et des côtes. Leur outillage de pierre, puis de fer lorsqu'ils en acquièrent par échange, comprend des pointes de flèches, des grattoirs, des perçoirs et des lames. Ils chassent l'antilope, le phacochère, l'autruche, le petit gibier et parfois l'éléphant à l'aide d'arcs, de flèches empoisonnées, de pièges et de fosses. Les femmes et les enfants collectent des tubercules, des baies, des fruits sauvages, des chenilles, des termites, du miel et des oeufs. L'eau, ressource rare dans les régions sèches, est conservée dans des coquilles d'autruche enterrées. Les San peignent et gravent sur les parois des abris sous roche des scènes de chasse, de danse, de transe, des silhouettes humaines et animales d'une grande finesse. Leur art rupestre, répandu dans tout le sous-continent, constitue l'un des plus anciens et des plus riches patrimoines artistiques de l'humanité. Leur organisation sociale est souple, fondée sur la parenté, l'échange et le partage; les conflits se règlent par la discussion, la séparation ou l'alliance. À côté des San, les Khoekhoe, autrefois appelés Hottentots, développent un mode de vie pastoral fondé sur l'élevage des bovins, des moutons à queue grasse et des chèvres. Leur présence dans la région remonte probablement au début de notre ère, voire plus tôt, et résulte de contacts anciens avec des populations du nord ou de l'est qui leur ont transmis le bétail. Les Khoekhoe se déplacent avec leurs troupeaux à la recherche de pâturages et d'eau, vivent dans des campements de huttes en nattes de jonc, utilisent des poteries à fond pointu et pratiquent un commerce limité avec les chasseurs-cueilleurs et plus tard avec les agriculteurs bantous. Le bétail représente à la fois la richesse, le prestige et la monnaie des échanges sociaux; les mariages se concluent par des transferts de bêtes, les alliances se scellent autour du lait, de la viande et du cuir. Les Khoekhoe connaissent le fer par échange, mais continuent d'utiliser des outils de pierre et d'os pour le travail du cuir, du bois et de la terre. À partir des premiers siècles de notre ère, des populations de langues bantoues, venues des régions du lac Victoria et du bassin du Congo, commencent à descendre vers le sud, en suivant probablement la côte de l'océan Indien et les vallées fluviales. Elles apportent avec elles l'agriculture du sorgho, du millet, de l'igname, du haricot et plus tard du maïs absent avant le XVIe siècle, ainsi que la métallurgie du fer, la poterie et l'élevage des bovins, des chèvres et des moutons. Ces migrations ne sont pas des invasions massives, mais des déplacements lents de familles, de clans et de petits groupes, qui s'installent d'abord dans les zones bien arrosées de l'est et du nord, où les pluies d'été permettent les cultures et où les pâturages sont abondants. Les premiers villages agricoles apparaissent dans la vallée du Limpopo, au Botswana oriental, au Zimbabwe et dans le nord de l'Afrique du Sud actuelle vers le IIIe ou le IVe siècle. Les maisons sont rondes, en clayonnage et torchis, aux toits de chaume; les greniers sur pilotis protègent les récoltes des rongeurs; les enclos à bétail occupent le centre des villages. Les poteries décorées, les figurines d'argile et les perles de verre témoignent d'échanges avec la côte swahilie dès le VIIe ou le VIIIe siècle. La métallurgie du fer joue un rôle central dans ces sociétés. Les forgerons extraient le minerai des collines, le fondent dans des fours en argile alimentés par des soufflets en peau, et produisent des houes, des haches, des pointes de lance, des couteaux, des bracelets et des cloches pour le bétail. Le fer améliore les défrichements, les labours, la chasse et la guerre. Il donne aussi aux forgerons un statut particulier, à la fois craint et respecté, car ils maîtrisent le feu, la transformation de la matière et des savoirs transmis de génération en génération. Les traditions orales racontent des héros forgerons, des rois issus de lignées de métallurgistes et des secrets initiatiques liés au four. Les soufflets, les marteaux de pierre, les enclumes et les pinces sont conservés comme des objets sacrés. Au fil des siècles, des chefferies et des royaumes se forment sur les hauts plateaux. Le site de Mapungubwe, dans la vallée du Limpopo, à la frontière de l'Afrique du Sud, du Zimbabwe et du Botswana actuels, devient vers le XIe siècle la capitale d'un royaume prospère. La colline de Mapungubwe, au sommet escarpé, abrite des tombes royales contenant des objets en or, des perles de verre, des poteries de luxe et des figurines de rhinocéros en feuille d'or. Les fouilles montrent une société hiérarchisée, où le roi vit sur la colline, entouré de sa cour, tandis que les gens du commun résident dans la plaine. L'or, l'ivoire, le cuivre, le fer, les peaux et les esclaves sont échangés avec les comptoirs swahilis de la côte, en particulier Sofala, contre des perles, des tissus, de la porcelaine chinoise, des faïences et d'autres produits de luxe. Mapungubwe contrôle une partie de ce commerce et accumule des richesses considérables, mais décline vers la fin du XIIIe siècle, peut-être à cause de sécheresses, de conflits ou de déplacements de routes commerciales. Le relais est pris par le royaume du Grand Zimbabwe, qui s'épanouit entre le XIIe et le XVe siècle sur le plateau central du Zimbabwe actuel. La capitale, appelée Grand Zimbabwe, s'étend sur plus de sept cents hectares et comprend des ensembles monumentaux en pierre sèche, sans mortier : la Grande Enceinte, aux murs épais de plusieurs mètres et hauts de près de dix mètres, la Colline des ruines, avec ses passages étroits et ses plates-formes cérémonielles, et de nombreuses habitations circulaires en terre et en pierre. Les murs, construits en blocs de granite taillés et assemblés avec précision, dessinent des cours, des passages, des plates-formes et des tours coniques. Le Grand Zimbabwe est à la fois une capitale politique, un centre religieux et un nœud commercial. Les rois, appelés mwene mutapa ou mambo selon les traditions, règnent sur un vaste territoire, entourés de dignitaires, de prêtres, de devins et de guerriers. L'or extrait des filons du plateau est fondu, pesé et exporté vers la côte; l'ivoire des éléphants, le cuivre, le fer et les peaux complètent les échanges. Les importations de perles, de tissus, de porcelaines et de verreries témoignent de contacts avec tout l'océan Indien. Les traditions orales shona associent le Grand Zimbabwe aux esprits des ancêtres, aux cultes de la pluie et aux symboles de la royauté. Le site reste habité et vénéré jusqu'au XVe siècle, puis est progressivement abandonné, sans doute en raison de l'épuisement des sols, des pâturages et des ressources forestières, ainsi que de tensions internes. Dans le nord du Zimbabwe et le long du Zambèze, le royaume du Monomotapa, fondé peut-être par des princes issus du Grand Zimbabwe, s'impose à partir du XIVe siècle. Ses souverains contrôlent les mines d'or, de cuivre et de fer, les routes caravanières et les échanges avec les cités swahilies de Sofala et d'Angoche. Leurs armées, équipées de lances, d'arcs, de boucliers et de haches, imposent tribut aux chefferies voisines. Les Portugais, qui atteignent la côte en 1498 et remontent le Zambèze au début du XVIe siècle, décrivent un royaume organisé, avec des provinces, des gouverneurs, des marchés et des cultes royaux. Le roi, considéré comme un être sacré, porte des étoffes de coton et de soie, des colliers d'or et de perles, et ne se montre que rarement en public. Les tambours royaux, les cornes d'ivoire et les haches de cérémonie symbolisent son autorité. Plus au sud, entre le fleuve Orange et le Limpopo, les populations de langues sotho-tswana et nguni commencent à se différencier. Les Sotho-Tswana vivent sur les hauts plateaux, dans des villages de pierre et de terre, cultivent le sorgho, le millet et les courges, élèvent des bovins et des moutons, et exploitent le fer et le cuivre. Les Nguni, plus à l'est, près de la côte de l'océan Indien, combinent agriculture, élevage et pêche, et organisent des chefferies fondées sur la parenté et le contrôle du bétail. Les deux groupes parlent des langues bantoues étroitement apparentées, partagent des traditions orales, des cultes des ancêtres et des rituels de la pluie. Les chefs, appelés kgosi, inkosi ou morena, règnent avec l'aide de conseils d'anciens, de régiments d'âge et de prêtres. Les villages sont souvent entourés de clôtures d'épineux, les champs disposés autour des habitations, les pâturages communs gérés par les anciens. Les conflits portent sur le bétail, les terres, les femmes et les routes commerciales. Dans le désert du Kalahari et les zones arides de l'ouest, les San et les Khoekhoe continuent de vivre selon des modes de vie anciens, adaptés à la rareté de l'eau et à la mobilité. Les San du Kalahari parcourent de vastes territoires, creusent des puits temporaires, suivent les migrations du gibier et les floraisons saisonnières. Les Khoekhoe, avec leurs troupeaux, occupent les vallées des rivières intermittentes, les sources et les points d'eau permanents. Les contacts entre ces populations et les agriculteurs bantous se multiplient : échanges de fer, de poteries, de perles, de viande, de miel et de peaux; alliances matrimoniales; conflits parfois. Les peintures rupestres des San représentent des scènes de contact avec les éleveurs et les agriculteurs, des danses de transe, des animaux et des êtres mythiques. Les langues khoisan influencent les langues bantoues du sud, qui adoptent des sons à clics caractéristiques. La côte de l'Afrique australe, baignée par l'océan Indien, est en contact avec le monde swahili et au-delà . Les ports de Sofala, d'Angoche, de Quelimane et de Chibuene reçoivent les produits de l'intérieur : or, ivoire, cuivre, fer, peaux, cornes, esclaves. Les marchands swahilis, arabes et indiens y apportent des perles de verre, des tissus de coton et de soie, des porcelaines chinoises, des faïences, des épices, du riz et des armes. Les caravanes remontent les fleuves Save, Limpopo, Buzi et Zambèze, reliant la côte aux royaumes de l'intérieur. Les chefs locaux prélèvent des taxes, contrôlent les gués et les cols, et accumulent des biens de prestige. Les perles, en particulier, servent de monnaie, de parure et de signe de statut; elles sont thésaurisées, échangées et enterrées avec les morts. Les tissus, les coquillages et les métaux précieux circulent loin à l'intérieur, jusque dans les villages les plus reculés. Sur la côte atlantique, en revanche, les contacts sont plus limités avant l'arrivée des Portugais. Les courants froids de Benguela, les côtes désertiques du Namib et les brouillards rendent la navigation difficile. Les populations côtières, comme les Nama et les San, vivent de pêche, de collecte de coquillages et de chasse aux otaries. Les navires portugais, qui descendent le long de la côte africaine à partir du milieu du XVe siècle, n'atteignent le cap de Bonne-Espérance qu'en 1488 avec Bartolomeu Dias. Les contacts avec les populations locales restent épisodiques, souvent marqués par la méfiance, les malentendus et les violences. Les navigateurs notent la présence de bétail, de poteries et de villages, mais ne pénètrent guère à l'intérieur des terres. Ainsi, avant 1500, les hauts plateaux du Zimbabwe et du Limpopo abritent des royaumes puissants, riches en or et en bétail, reliés aux réseaux commerciaux de l'océan Indien. Les savanes et les déserts de l'ouest sont parcourus par des chasseurs-cueilleurs et des éleveurs mobiles, maîtres des ressources naturelles. Les côtes de l'est voient passer des marchands venus de toute l'aire indianocéanique. Les langues, les cultures, les religions et les techniques se mêlent et se transforment. Les peintures rupestres, les murs de pierre sèche, les objets en or, les perles de verre, les poteries et les traditions orales racontent une histoire longue et complexe, faite de migrations, d'échanges, de conflits, d'alliances et de créations artistiques. Lorsque les Européens doublent le cap à la fin du XVe siècle, ils entrent dans un monde déjà ancien, structuré et vivant, dont ils ignorent presque tout et dont l'histoire se poursuit bien au-delà de leur regard. Les KhoïsanLe mot khoïsan est une création des anthropologue pour désigner les deux populations les plus anciennement implantées au Sud de l'Afrique. Les Khoï-Khoï ( = Hottentots) et les San ( = Bochimans). Les uns et les autres ont en commun une civilisation matérielle très rudimentaire, et parlent des langues dont le seul point commun est de comporter un son appelé clic (effet de la langue sur le palais).L'installation dans leur domaine, à partir
du Xe siècle,
de populations bantouphones, puis celles des Européens dont les premiers
contacts ont été dès le XVe
siècle plutôt rudes, et qui fortement implantés dans la région
depuis le
XVIIe
siècle, qui ont pratiqué à leur encontre une politique de
génocide,
les Khoïsan, jadis déployés sur des territoires
giboyeux et accueillants, se sont trouvés relégués dans les contrées
les plus hostiles, telles les déserts du Namib et du Kalahari Le génocide khoïsan - L'arrivée des Hollandais, au XVIIe siècle a marqué un tournant. Il ne s'agissait plus pour eux, comme cela avait été le cas pour les Portugais d'implanter simplement de relais sur la côte, mais bien de s'approprier les terres. Plus tard, l'implantation des Européens a déstabilisé leur société et l'a appauvrie (vols de bétail).Les San. Encore aujourd'hui chasseurs-cueilleurs et derniers utilisateurs en Afrique, avec les Pygmées, de l'arc, les San seraient les héritiers directs des populations néolithiques qui ont laissé un peu partout dans cette région quantité de peintures et gravures rupestres. Art qu'ils ont d'ailleurs perpétué jusqu'à la fin du XIXesiècle, époque à laquelle leurs derniers artistes ont été assassinés par les Européens (par exemple au nid d'aigle des Maluti), ainsi d'ailleurs que la totalité des représentants de l'une de leurs quatre branches, les Kham. Les trois groupes survivants (quelques dizaines de milliers de personnes sont, au nord, les Kung - les plus nombreux - et les Anen; au centre, les Naron, les Tenekwe, les Tserekwe et les Marsawa à l'ouest, les Ganin et les Huniin. Les Khoï-Khoï.
L'arrivée des Bantous date des environs du Xe siècle. Certains groupes d'agriculteurs viennent, semble-t-il des savanes congolaises et s'établissent au nord du Zambèze. La plupart, originaires d'Afrique orientale sont arrivés par la région des Grands Lacs. Ceux-là sont des pasteurs, tels les Herero qui ont progressé ensuite vers les pâturages de l'Ouest se heurtant et refoulant sans cesse les Khoï-Khoï. En Namibie, les Herero seront, avec les Ovambo, parmi les populations à résister le plus farouchement à l'établissement du protectorat allemand à la fin du XIXe siècle. Une ultime révolte, conduite par le chef Herero Samuel Maherero s'engagea en 1904 pour s'achever trois ans plus tard. L'histoire a gardé le souvenir de l'ordre d'extermination lancé à cette occasion contre les rebelles par le général Lothar von Trotha : "N'épargnez aucun homme, aucune femme, aucun enfant, tuez-les tous."On estime à 75 à 80% la proportion de Herero et de Nama ainsi massacrés. Les Ovambo, quant à eux, deviendront à partir de 1966, sous la conduite de Sam Nujoma, la force motrice du mouvement de libération Swapo. D'autres groupes ont eu histoire plutôt singulière. C'est le cas des Damara (aujourd'hui installés en Namibie), une population apparemment venue elle aussi du Nord (peut-être de l'Afrique de l'Ouest), mais qui a adopté la langue des Nama (groupe Khoï-Khoï), et un mode de vie nomade proche de celui des San, tout en développant un artisanat. XVIIe siècle, les Damara étaient sous la domination des Herero et des Khoï-Khoi (servage), qu'ils ont également longtemps approvisionnés en outils, poteries et bijoux. Mais le Sud de l'Afrique, c'est surtout un grand centre de civilisation, dont témoignent encore les ruines d'anciennes cités, telles que Mapungubwe qui existe dès le XIe siècle et commerce avec l'Inde (exportation de fer) et l'Égypte fatimide (exportation d'or), Inyanga et Zimbabwe. Ce seront les Shona qui établiront les structures politiques les plus marquantes. Parmi elles, un royaume célèbre en Europe, le Monomotapa. Les royaumes ShonaOn rassemble sous le nom de Shona (= Mashona) plusieurs peuples, parmi lesquels les Karanga, les Kalanga, les Zezuru, les Manyika, les Ndau, les Kerekore, les Tonga et les Roswi. Ils sont arrivés du Nord dans la région située entre le Zambèze et le Limpopo entre le Xe et le XIIIe siècle, chassant devant eux les populations khoisan. Initialement éleveurs de petit bétail (moutons et chèvres) et cultivateurs de millet et de sorgho, les Shona ont cultivé après l'arrivée des européens le maïs et le riz. Ils exploiteront également des mines à ciel ouvert (fer, cuivre, étain et or). Les Shona ont développé les échanges commerciaux avec l'intérieur des terres et vers la côte. Très tôt, l'or sera ainsi échangé contre des produits manufacturés avec les commerçants des villes arabo-swahili de la côte orientale. Parfois organisés en féodalités, les Shona ont souvent connu la prédominance de tel ou tel groupe qui a pu constituer un véritable État.Zimbabwe.
Les ruines de Zimbabwe - "Au milieu des mines d'or des plaines de l'intérieur, entre le Limpopo et le Zambèze, [il y a] une forteresse construite avec des pierres aux dimensions fantastiques, assemblées sans le moindre mortier. Cet édifice est presque complètement entouré de collines, sur lesquelles d'autres constructions ressemblantes ont été bâties. L'une d'elles est une tour de plus de 12 brasses [1,83 m x12] de haut. Les natifs de cette contrée appellent ces édifices Symbaoe, qui dans leur langue signifie enceinte". (Viçente Pegado, capitaine portugais, Garnison de SofalaLe Monomotapa. Après la décadence de Zimbabwe, les Karanga n'en sont pas pour autant sorti de la scène. Vers 1450, certains d'entre eux avaient émigré vers le Nord pour y fonder un nouveau royaume dont le souverain , le roi Nyatsimba, - qui est à la fois un chef militaire et religieux - porte le titre de Mwene Mutapa (= Seigneur des Mines). Une appellation que reprendront ses successeurs et qui se transformera en Monomotapa sous la plume des chroniqueurs européens. Le Monomotapa connaît sont expansion maximale à la fin du XVe siècle, sous le règne du roi Matopo, fils de Nyatsimba, et se divise ensuite après sa mort en 1480, pour cause de mésententes successorales, en quatre États rivaux : le Quiteve, le Sedanda, le Manyika et le Monomotapa proprement dit, mais dont il ne reste qu'un territoire très réduit. Les négociants de Sofala Au début du XVIIe siècle, les Portugais imposeront sous la contrainte à ce royaume, désormais affaibli, un traité leur cédant les mines d'or, d'étain, de cuivre, de fer et de plomb. Le souverain du Monomotapa, qui déjà depuis longtemps vivait sous la "protection" des Portugais, ne possède plus, à partir de cet instant, qu'un pouvoir de pure forme. La désagrégation de l'État est ainsi amorcée. Les troubles vont succéder aux troubles, tandis que les trafiquants Européens qui s'implantent dans la région financent leurs propres milices pour protéger et contrôler comptoirs et routes commerciales. Peu à peu le Monomotapa se disloque en multiples chefferies. Le coup de grâce ayant été asséné par les raids lancés par le royaume rozwi voisin en 1695. Entre-temps, des groupes de Karanga ont également quitté le Monomotapa avant sa complète disparition pour fonder les chefferies venda et le minuscule royaume du Lovedu au Sud du Limpopo (Transvaal). La reine magicienne du Lovedu - Au Lovedu, le pouvoir spirituel est détenu par une femme. Son rôle est avant tout magique. C'est elle qui, aidée d'un devin "météorologue", fait tomber la pluie. Elle règne ainsi sur les éléments grâce à l'agrément des ancêtres royaux, dont elle doit à l'occasion gagner les grâces en procédant à des sacrifices. La reine possède également le secret de fabrication et d'utilisation des remèdes à toutes les maladies. Selon la tradition, pour accéder au statut divin, elle doit mettre fin à ses jours par empoisonnement après que quatre cérémonies d'initiation se soient déroulées sous son règne.Le royaume du Butua (= royaume rozwi) existait depuis XIVe siècle, a dû attendre l'affaiblissement de Zimbabwe puis du royaume du Monomotapa pour trouver les opportunités de son épanouissement. Rival du Monomotapa, il aura été l'un des facteurs de sa perte sous le règne du roi Changamira dès 1693. Dès cette date, le royaume rozwi a pu reprendre aux Portugais le contrôle des routes commerciales. Et bien que le commerce de l'or et de l'ivoire périclite lentement, ce dernier royaume shona perdurera ainsi jusqu'au milieu du XIXe siècle, pour connaître un sort comparable au Monomotapa après avoir subi les invasions Nguni. Certaines chefferies y seront parfois placées sous l'autorité d'un négociant traitant avec les commerçants de la côte arabo-swahili et qui fondera à l'occasion une dynastie, d'autres se placent sous la coupe d'un chef religieux, certaines encore se placeront sous suzeraineté du royaume Ndbele ou auront complètement sombré sous les coups des Nguni. Les Bantous méridionauxLes Bantous méridionaux peuvent être divisés en deux grands groupes de populations. D'une part les Nguni, qui sont parvenus au Sud du Zambèze vers le XVe ou le XVIe siècle en suivant la côte orientale, et d'autre part les Sotho, qui ont suivi des routes plus à l'intérieur des terres pour s'installer dans la région vers le XVIe siècle. Les Nguni se sont progressivement divisés en plusieurs branches : Swazi, Zulu, Pondo, et, constituant l'avancée la plus méridionale : Tembu et Xosa qui ont repoussé les Khoï-Khoïn (= Hottentots) au-delà de la rivière Keï. Les Sotho quant à eux se sont diversifiés en quatre groupes : Venda, au Nord-Est, Pedi, à l'Est, Tswana, à l'Ouest (dans le pays appelé aujourd'hui Botswana), et Sotho proprement dits au Sud, dans le Veld (= prairie) d'où il ont chassé et parfois massacré les San (= Bochimans), qui ont gardé le souvenir de ces événements dans leurs peintures murales.Les contacts avec les populations locales ont pu être également moins tragiques. Les Tswana, par exemple, que l'on suppose être la plus ancienne population bantoue d'Afrique australe et se sont parfois mêlés aux San, avec lesquels ils ont des relations étroites. Quant aux Nguni, ils ont emprunté certains éléments linguistiques aux Khoïsan (clics, notamment). Tous ces peuples, présents en Afrique du Sud deux siècles avant la colonisation du pays par des Européens étaient des pasteurs à l'origine, ont continué l'élevage en se sédentarisant. Mais ils sont également devenus cultivateurs. Chez les Tswana, installés en bordure du désert et regroupés dans de très gros villages (établis autour des points d'eau), l'élevage reste la principale ressource. Chez les autres peuples, l'élevage conserve un caractère de prestige, mais l'agriculture domine. La base de leur nourriture a longtemps été le Sorgho. Ils ont adopté par la suite le maïs apporté par les Européens. L'irruption des Européens à partir
du XVIIIe siècle
a également pesé sur l'organisation politique de ces peuples. Ceux-ci
avaient vécu pendant longtemps dans une semie anarchie : il existait une
autorité des anciens, et les décisions collectives étaient prises Ã
l'intérieur de réseaux fondés sur la parenté. Tout a changé
après 1770, quand il a fallu répondre
à l'avance des colons européens - principalement des paysans hollandais,
appelés Boers - qui comptaient sur la force des armes pour s'approprier
les meilleures terres agricoles. Sotho et Nguni ont alors été conduits
à créer au début du XIXe
siècle comme autant d'armes de guerre de solides États centralisés
et fortement militarisés dont les Blancs n'ont d'ailleurs pas été les
seules victimes. Le premier et le plus connu de ces États est le royaume
zulu.
D'autres, comme ceux des Ndebele, des Swazi et des Sotho,
sont nés dans son sillage. Les deux derniers, enclavés dans l'Afrique
du Sud, existent toujours en ce début de XXIe
siècle. Ce sont, respectivement, le Swaziland
et le Lesotho.
Les Zulu (=
gens
du Ciel).
Dès le début de son règne, les excès
de Chaka avaient fait fuir nombre de ses lieutenants, qui accompagnés
de troupe armées, se sont acheminés vers le Nord. Ils s'y sont confrontés
aux populations placées sur leur route. Bien mieux organisés militairement,
ils les ont soumises le plus souvent. Tel sera ainsi le sort des Matabélé,
des Makololo et des Nyassa. Certaines groupes s'installent
au sud du Tanganyika La bataille de Blood River - L'ironie veut que les Boers aient pu facilement s'installer à partir de 1834, sur les plateaux de l'intérieur (Orange, Transvaal) grâce à la politique belliqueuse des Zulu qui avaient vidé ces terres de leurs populations. En 1838, désireux de pouvoir disposer d'un accès à la mer, les Boers vont devoir se confronter aux Zulu eux-mêmes. Dans un premier temps, un accord semble pouvoir se faire entre Dingaan et le chef Boer Retief. Mais la situation dérape, Dingaan fait massacrer en février 700 Boers qui commençaient à s'installer sur ses terres. Mais en décembre, Pretorius lance une nouvelle attaque. La confrontation aura lieu le 18 sur les rives de la Blood River. Trois mille guerriers zulu sont tués. Après cette défaite, Dingaan, contesté par les siens, est assassiné.Le pays zulu est ensuite placé sous protectorat boer. Quelques révoltes auront lieu au cours des décennies suivantes, ainsi qu'un forte résistance à la tentative d'invasion par l'armée en janvier 1879. Conduits par le chef Cettiwayo, les Zulu sortent vainqueurs de la bataille d'Isandlwana, mais ils seront défaits la même année, à celle d'Ulundi. Le pays zulu est finalement rattaché au Natal en 1897. Les troubles ne cessent qu'à partir de 1906. -
Addesley street, au Cap (début du XXe siècle). Les Ndebele.
Au long des années
1840,
d'autres kraals seront battis sur le même modèle sur les territoires
environnants, administrés par les lieutenants de Mzilikazi. Ce sont les
troupes de Mzilikazi mis fin à ce qui restait du royaume du
Butua.
Les Ndebele s'organisent et mènent la guerre selon les principes qu'avaient
instaurés Chaka. Ils mènent des raids contre les Shona, s'emparent de
leur bétail et intègrent à leur armée les jeunes gens capturés. Un
conflit contre les Boers sera gagné en 1847.
L'histoire des Ndebele ressemblent à celle des zulu. Les populations qu'ils
délogent de leur territoire migrent et conquièrent de nouvelles terres
par la force. Ainsi un groupe de Sotho, les Kololo, qui après avoir
fuit vers le lac Ngami (delta de l'Okavango),
puis jusqu'au Haut-Zambèze s'empare temporairement du royaume Lozi
(= Barotse). A la mort de Mzilikazi, en 1868,
son fils Lobengula accède au pouvoir. Selon les termes d'un traité signé
avec l'homme d'affaires, puis politicien, Cecil
John Rhodes (1853-1902),
Lobengula permettra aux Européens d'exploiter les mines en zone shona.
Après sa mort en 1893.
La British South Africa Company (BSAC), qui a obtenu en juillet
1889
de la reine Victoria une forme de droit de souveraineté
sur le pays, en prend le contrôle. Une rébellion
en 1896
sera matée dans le sang. Et les Ndbele perdront ainsi définitivement
tout pouvoir politique. Le protectorat instauré sur le pays par la BSAC
jusqu'en 1923,
se transformera dans sa partie méridionale en un nouveau pays, la Rhodésie
(aujourd'hui Zimbabwe).
Un kraal (village) sotho. Les Sotho.
Les Swazi.
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