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L'Europe moderne
XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles

Aperçu
Bien qu'elle ait été ébranlée jusque dans les fondements de son organisation sociale par les Guerres de religion, et que les tensions religieuses se poursuivent encore au XVIIe siècle, l'Europe n'a cessé de prospérer depuis cette époque et jusqu'au XIXe siècle. Elle a étendu sa domination à travers tous les continents, développant une idéologie dont les effets tragiques ont continué de se répandre bien au-delà de la période considérée ici. Dès la Renaissance et les Grandes découvertes, en fait, les Européens envisagent le reste du monde comme un territoire à s'approprier et à civiliser (selon leurs propres normes). L'Amérique tout entière devient vite «-européenne » et l'Afrique, dans un premier temps, n'est conçue que comme un réservoir une main-d'oeuvre gratuite (esclaves) à destination de l'Amérique justement. La richesse de grandes régions de celle-ci (Brésil, aire caraïbe, sud des États-Unis) reposera ainsi largement sur une base esclavagiste. L'Europe, qui dans le même temps développe sa puissance industrielle, est longtemps la première bénéficiaire de ce système d'exploitation, qu'elle ne commence à dénoncer que lorsqu'elle n'en dépend plus, c'est-à-dire après l'émancipation des États américains. A partir du XIXe siècle, l'Afrique, l'Orient deviennent les nouvelles terres d'expansion, tandis qu'à l'intérieur du continent, les grands États, excepté la France depuis 1870, ne cessent de s'agrandir, poursuivant la tendance à la concentration politique amorcée dès le Moyen âge : au XIXe siècle, la Russie s'est agrandie, l'empire allemand et le royaume d'Italie se sont constitués. Partout on juge que l'unité, quand elle ne dépasse pas certaines limites et qu'elle n'englobe pas par force des populations réfractaires, est préférable au morcellement tant du point de vue économique que pour les grandes entreprises politiques. Une logique qui trouvera ses limites au XXe siècle dans le sang de deux guerres mondiales.

Pendant le Moyen âge, les États de l'Europe étaient en formation; leur territoire était morcelé par le régime féodal et leur politique extérieure, peu expansive (excepté pour l'Allemagne en Italie), était le plus souvent renfermée dans le groupe auquel ils appartenaient. Mais dès la Renaissance, les cartes sont distribuées tout autrement : à partir de Charles-Quint  il y a eu un équilibre européen, c'est-à-dire une politique qui a consisté pour les principaux États à chercher chacun à dominer ses voisins et à empêcher par des alliances et des guerres que les autres ne le dominent eux-mêmes. Au XVIeet au XVIIe siècle, les États qui jouent ce rôle sont le Saint-Empire romain germanique et l'Espagne dont les deux couronnes, après la mort de Charles-Quint, ont cessé d'appartenir au même souverain, mais sont restées dans la maison d'Autriche jusqu'à la fin du XVIIe siècle; la France qui a peu à peu brisé le cercle dans lequel l'étreignaient les possessions de cette puissante maison; l'Angleterre, que les agrandissements et les ambitions de Louis XIV dans les Pays-Bas et des rivalités maritimes et coloniales ont définitivement tourné contre la France dans la seconde moitié du XVIIe siècle. La Hollande s'est élevée dans cette période presque à la hauteur d'une grande puissance. A l'époque où Louis XIV, ayant accepté le testament de Charles II, combattait pour assurer à son petit-fils le trône d'Espagne, il n'y avait plus que trois grandes puissances en présence : la France d'une part et, d'autre part, l'Allemagne et l'Angleterre coalisées pour empêcher Louis XIV de devenir tout-puissant en Europe en faisant passer dans sa famille et sous son autorité non seulement l'Espagne, mais la plus grande partie de l'Italie et les Pays-Bas catholiques. 

La population de ces trois États en 1701 était approximativement de 50 millions de personnes et, dans ce total, la France figurait à raison de 38%. Au XVIIIe siècle, Frédéric II fit de la Prusse une grande puissance; après Pierre le Grand, Catherine II fit aussi de la Russie une grande puissance que les trois partages de la Pologne (1772-1795) introduisirent pour ainsi dire dans le coeur de l'Europe; en 1799, une armée russe combattait sur le Pô pour rejeter les Français hors d'Italie. Les cinq grandes puissances européennes avaient, en 1789, un total de 98 millions de personnes dans lequel la France figurait à raison de 25 %. Les guerres de la Révolution et de l'Empire armèrent successivement contre la France, l'Autriche, la Prusse, la Russie qu'excitait et soutenait l'Angleterre; elles s'unirent toutes les quatre en 1813 pour écraser Napoléon dont l'ambition démesurée non seulement avait porté la frontière jusqu'à la Baltique et jusqu'à Rome, mais, par ses vassaux, tenait l'Espagne, l'Italie méridionale, l'Allemagne et la Pologne. La France, vaincue par la coalition, dut rentrer (1814) dans les limites de 1789; elle ne comptait plus, en 1816, qu'à raison de 21 % dans les 139 millions qui formaient la population des cinq grandes puissances. 

La Russie, l'Autriche et la Prusse demeurèrent unies par la Sainte-Alliance pour surveiller la France, comprimer l'esprit révolutionnaire et pour maintenir l'état de choses qu'avait sanctionné l'acte final de Vienne en 1815; leur union dura et fit durer la paix jusqu'à l'ébranlement des peuples en 1848. Déjà cependant, en 1830, l'indépendance de la Belgique avait compromis quelque peu l'équilibre que les alliés avaient constitué. Sous Napoléon III, qui avait à coeur de déchirer les traités de 1815 et dont la politique extérieure fut plus bruyante que réfléchie, la France et l'Angleterre unirent leurs forces pour arrêter la Russie dans sa marche progressive vers Constantinople (1854-1856) (La Question d'Orient); puis l'armée française, récompensant le roi de Sardaigne du contingent qu'il avait fourni à l'expédition de Crimée, franchit les Alpes (1859), et les Autrichiens vaincus durent céder la Lombardie. L'unité italienne s'éleva sur les ruines des anciens États; la guerre de 1866, dans laquelle l'Italie était alliée de la Prusse, lui valut la Vénétie, et la guerre de 1870, en levant le veto de la France, lui permit d'occuper Rome; il y avait désormais (à partir de 1864) six grandes puissances européennes. 

Au milieu du trouble où les événements avaient jeté la politique européenne, la Prusse cherchait la voie de la fortune; elle la trouva en s'alliant, à défaut d'entente avec Napoléon III, à la sixième grande puissance pour terrasser l'Autriche et se rendre seule maîtresse de l'Allemagne (1866), en agrandissant son territoire, en mettant la main sur l'Allemagne du Nord et en enlaçant l'Allemagne du Sud dans ses combinaisons militaires. Entre la France et la Prusse l'antagonisme, à la suite de la guerre de 1866, était devenu si aigu que le moindre incident devait faire éclater la guerre. La politique du comte de Bismarck le fit naître; Napoléon III, qui n'avait su ni se préparer ni se contenir, fut vaincu et la France avec lui. De la guerre franco-allemande de 1870-1871, durant laquelle la sympathie de la Russie et de l'Angleterre, même celle des Italiens, avait été pour la Prusse, la France sortit humiliée, obérée d'une énorme dette, amoindrie dans son territoire et le flanc ouvert aux invasions. La lenteur avec laquelle la population de la France s'accroît, comparativement à celle des autres puissances, jointe à la situation de l'Italie et aux événements des guerres de 1866 et de 1870-1871, ont diminué le poids relatif dont la France pèse dans l'équilibre européen à la fin du XIXe siècle : sur 244 millions d'habitants que possédaient les six grandes puissances en 1872, elle comptait à raison de 14,8%; sur 298 millions en 1890, elle ne comptait plus qu'à raison de 12,9 %.

 
Dates clés :

1610 - Messager Céleste de Galilée; Assassinat de Henri IV.

1618- Guerre de Trente ans.

1624 - Richelieu dirige le Conseil du roi.

1637 - Discours de la méthode de Descartes.

1648 - Le traité de Westphalie met un terme à la guerre de Trente ans.

1656 - Les Provinciales de Pascal. 

1661 - Début du règne absolu de Louis XIV.

1683 - Deuxième siège de Vienne par les Ottomans.

1685 - Révocation de l'édit de Nantes.

1687 - Principia de Newton

1701 - Début de la guerre de succession d'Espagne.

1713 - Traité d'Utrecht.

1715 - Mort de Louis XIV.

1733 - Début de la guerre de succession de Pologne (elle durera 5 ans).

1734 - Les Lettres philosophiques de Voltaire.

1740 - Guerre de succession d'Autriche (elle durera 8 ans)

1746 - Essai sur l'origine des connaissances humaines de Condillac.

1756 - Début de la Guerre de sept ans.

1783 - Indépendance des États-Unis d'Amérique.

1789 - Révolution française.

1798 - Expédition d'Égypte.

1802 - Début de la dictature de Napoléon Bonaparte.

1804 - Règne de Napoléon Bonaparte (Premier empire).

1812 - Campagne de Russie.

1815 - Fin de la dictature napoléonienne.

1852 - Règne de Napoléon III (Second Empire).

1854 -1856 - Guerre de Crimée.

1863 - Percement du canal de Suez.

1870  - Guerre entre la France et l'Allemagne.

1878 - Traité de Berlin (Question d'Orient).


Jalons
Le XVIIe siècle

Le XVIIe siècle représente un tournant dans l'histoire des lettres européennes et davantage encore des sciences de la nature. Il est celui qui doit transporter aux Indes orientales et en Amérique des populations et des institutions nouvelles, dans des conditions qui seront le plus souvent tragiques pour ceux qui subiront cette expansion. On peut le diviser en deux parties : le moment où Louis XIV commence à gouverner en personne, attirant à lui toute la lumière, mais faisant aussi retomber sur son nom toutes les fautes et les drames de cette époque, est le point qui sépare la première partie de la seconde.

Le siècle s'amorce de façon contrastée pour les principale puissances européennes. L'Angleterre est alors dirigée par Élisabeth Ire Tudor, reine à la fois despotique et fine politique, qui sort victorieuse de sa guerre avec l'Espagne (destruction de l'Invincible Armada en 1588), et peut savourer la chute de son ennemi Philippe II, qui emportait avec lui la puissance de l'Espagne. Puissance que le royaume ibérique perd à jamais. En France, le règne prospère de Henri IV se poursuit encore dix ans, avant de s'achever par la dague d'un fanatique contaminé par la propagande de la Ligue. La Réforme qui, au siècle précédent (la Renaissance) avait si violemment secoué le continent, en changeant l'état des esprits, avait changé aussi les rapports politiques des peuples. Le cardinal de Richelieu, véritable maître du pays à partir de 1624, après une période de complots et de désordres, se fit l'allié des protestants en Allemagne, et la guerre de Trente ans aboutit aux traités de Westphalie (1648) qui annulèrent la puissance des empereurs en Allemagne. La décadence s'accélérait pour l'Espagne qui dut céder deux de ses provinces à la France par le traité des Pyrénées (1659). 

Dans la seconde partie du siècle,  Louis XIV, dont le règne, démarré en 1661, avait été préparé par Richelieu, assura à la France la prééminence politique en Europe. Prééminence dont il usa d'abord et abusa ensuite (traité d'Aix-la-Chapelle, 1668; de Nimègue, 1678; de Ryswick, 1698), jusqu'à ruiner le pays et à le laisser dans le désarroi qui sera le sien au cours du siècle suivant. A la fin de la guerre de la succession d'Espagne, déjà, Louis XIV, qui avait espéré d'abord tenir dans sa main la meilleure partie de l'héritage de Charles-Quint, dut se résigner, après de pénibles revers, à signer le traité d'Utrecht (1713) qui assurait à son petit-fils la couronne d'Espagne, mais qui donnait à la maison d'Autriche les domaines possédés naguère par l'Espagne en Italie et aux Pays-Bas.
 

Le XVIIIe siècle

Le XVIIIe siècle, est une période quelque peu étriquée de l'histoire européenne. Il ne commence véritablement qu'après la mort de Louis XIV (1715) dont le règne avait si fortement marqué de son empreinte toute la seconde moitié du siècle précédent, et s'achève, pour ainsi dire à la Révolution française (1789). Ces jalons qui semblent ne concerner que la France ne doivent pas faire illusion. Pendant la plus grande partie du XVIIIe siècle ce sont d'autre pays qui occupent le devant de la scène. Et se sont tout d'abord Pierre le Grand, en Russie, puis Frédéric Il, en Prusse, Joseph II en Allemagne, et, de nouveau en Russie, Catherine II, qui mènent le jeu ou du moins aspirent à ce rôle. 

Signé en 1713, encore du vivant de Louis XIV, le traité d'Utrecht vise sans y réussir à instaurer un statu quo dans la délimitation des pouvoirs sur l'Ouest du continent européen. La maison d'Autriche, menacée jusque dans Vienne par l'armée ottomane (1683), avait refoulé les Turcs et recouvré la Hongrie, une partie de la Bosnie, de la Serbie et de la Valachie par les traités de Karlowitz (1699) et de Passarovitz (1718); mais, vingt ans après, elle rend aux Turcs la Valachie, la Serbie et la Bosnie (traité de Belgrade, 1739); une année plus tôt (traité de Vienne, 1738, etc.) elle avait d'ailleurs déjà perdu une partie des domaines acquis par le traité d'Utrecht, ainsi que la Lorraine. Dans le même temps, la Prusse protestante, dont l'électeur avait reçu d'elle en 1701 le titre de roi, s'organise militairement dans le Nord de l'Allemagne, et devient sa rivale; elle lui enlève la Silésie (1740) et, à travers des péripéties diverses, bat, dans la guerre de Sept Ans, ses armées alliées à celles de la France et de la Russie : la Prusse est dès lors une des grandes puissances de l'Europe.

Quant à la Russie, elle a une première fois poussé ses conquêtes jusqu'à la mer Noire, mais elle a dû les abandonner à la suite d'une campagne malheureuse sur le Pruth (1711) et elle ne les recouvrera qu'en 1774 (traité de Kaidnardji); par les traités de Nystadt (1721) et d'Abo (1743), elle obtient la cession de la Carélie, de la Livonie, de la moitié de la Finlande. De complicité avec la Prusse et l'Autriche, elle dépèce la Pologne en 1772, prenant les provinces orientales jusqu'au Dniepr, et bientôt elle va compléter son oeuvre par un second et par un troisième partage qui portent sa frontière jusqu'à Bialistok (1793-1795). L'Autriche aura dans son lot, après le troisième partage, toute la Russie rouge et la Petite-Pologne; la Prusse eut la Grande-Pologne, la Prusse polonaise et la Mazovie avec Varsovie. En Italie, le royaume de Naplesest déjà passé de l'Autriche à la Sardaigne et ensuite à une branche des Bourbons d'Espagne (1733); la Toscane, au contraire, a été donnée à la maison de Lorraine-Autriche (1735); les ducs de Savoie sont devenus des rois depuis 1713. La France, victorieuse dans la guerre que termine le traité d'Aix-la-Chapelle (1748), souvent malheureuse sur terre et plus malheureuse encore sur mer et aux colonies dans la guerre de Sept ans (1756-1763), acquiert cependant, sous le règne de Louis XV, la Lorraine (traité de 1738; prise de possession, 1766) et la Corse (1768). 

La fin du XVIIIe siècle se signale par l'inquiétude suscitée dans les monarchies européennes par la Révolution française en 1789 qui les pousse à les coaliser contre la France. Aux troubles intérieurs s'ajouteront ainsi pour elle, à l'extérieur, de nouvelles guerres qui dureront jusqu'au début du XIXe siècle. Enfin, notons que l'Angleterre dont on n'a encore rien dit, traverse au cours de ce siècle ce qui apparaît comme une phase de consolidation. Les limites que l'on tend à lui imposer ne l'empêchent pas de rester puissante sur mer, et malgré l'indépendance des États-Unis, elle s'est désormais constitué un très vaste domaine colonial. 

Du point de vue de la culture, le XVIIIe siècle va être surnommé le « siècle des Lumières», en référence au mouvement d'idées qui parcourt toute l'Europe à cette époque. Pour le résumer en une phrase (et quelques exemples), il se caractérise, dans le fond, par une foi dans le progrès des connaissances (exemples : L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, les voyages de Cook, les oeuvres de Buffon et de Linné, etc.) et de la société (Le Contrat Social de Rousseau, L'Esprit des Lois de Montesquieu, etc.), et dans la forme par une expression philosophique plus littéraire que technique (Les oeuvres de Voltaire, de Diderot, etc.). Les conquêtes pacifiques des idées promues par les « Lumières» s'attachent à détrôner les préjugés enfantés par l'ignorance, entretenus par le despotisme. Le goût des réformes, inspiré par les philosophes et les économistes, gagne les ministres et les princes. Mais s'ils semble vouloir se mettre au diapason des nouvelles idées, tout cela devra, à leur yeux, rester compatible avec le maintien du pouvoir absolu.

La Révolution française, qui renverse la monarchie en 1789, eut aussi des conséquences majeures sur tout le reste du continent. En 1792 commence, entre la France et l'Europe, un conflit dont l'acharnement et la longueur s'expliquent par la perpétuité des intérêts aux prises, comme par l'ensemble des traditions et des moeurs politiques. Au moment où Louis XVI avait convoqué les états généraux, chacun des Etats de l'Europe avait son projet national, dont il poursuivait la réalisation à la faveur des troubles qui pouvaient affaiblir ses voisins. La coalition ne vit dans la dissolution de la monarchie française qu'une occasion de bénéfices, tels que ceux qui étaient résultés autrefois, pour la France, de l'écroulement de la maison d'Autriche. Elle se forma en 1792 et 1793 par les traités de Berlin, entre l'Autriche et la Prusse (7 février 1792); de Saint-Pétersbourg, entre la Prusse et la Russie (12 juillet 1792); de Londres, entre l'Angleterre et la Russie (25 mars 1793); de Kassel, entre l'Angleterre et le landgrave de Hesse (10 avril 1793); de Naples, entre l'Angleterre et les Deux-Siciles (12 juillet 1793); de Mayence, entre l'Angleterre et la Prusse (14 juillet 1793); de Londres, entre l'Angleterre et l'Autriche (30 août 1793); de Londres, entre l'Angleterre et le Portugal (26 septembre 1793); de La Haye, entre l'Angleterre, la Prusse et la Hollande (19 avril 1794). Les erreurs des Alliés et les victoires des armes françaises détachèrent successivement de cette coalition la Hollande (16 mai 1795), la Prusse (traité de Bâle, 5 avril 1795), l'Espagne (22 juillet 1795), la Sardaigne (15 mai 1796), les Deux-Siciles (11 octobre 1796), le pape (19 février 1797), l'Autriche (traité de Campo-Formio, 17 octobre 1797).

L'Angleterre reste seule en face de la France. Une seconde coalition va se former en 1798, lorsque la politique envahissante du Directoire cherche à entourer la France d'une ceinture d'Etats vassaux (républiques Batave, Helvétique, Cisalpine, Ligurienne, Romaine, Parthénopéenne). Elle réunit Autriche, la Russie, la Turquie, l'Angleterre, les Deux-Siciles, triomphe d'abord militairement en Italie et en Allemagne, mais est brisée ensuite par l'épée de Bonaparte, qui impose à l'Autriche la paix de Lunéville (9 février 1801), à l'Angleterre celle d'Amiens (27 mars 1802). La France, dont les frontières s'étendent jusqu'au Rhin et englobent la Belgique, sera, pendant une année, en paix avec l'Europe tout entière. L'ambition de Bonaparte qui veut toujours l'étendre, et la jalousie de l'Angleterre qui ne peut se résoudre à lui voir posséder les Pays-Bas, amènent une nouvelle déclaration de guerre et déterminent la formation d'une troisième et d'une quatrième coalition, qui réunissent successivement autour de l'Angleterre l'Autriche, la Russie, la Suède et Naples. Les traités de Presbourg (26 décembre 1805) et de Tilsit (7 juillet 1807) mettent fin à la lutte

Le XIXe siècle

Le couronnement de Napoléon comme roi d'Italie (mai 1805), l'invasion de Naples au profit de son frère Joseph (février 1806), l'érection de la Hollande en royaume où règne son autre frère Louis, l'acte constitutif de la Confédération du Rhin (juillet 1806), groupent toute l'Europe occidentale en un système fédératif, placé sous l'hégémonie française. Quand Napoléon veut y adjoindre l'Espagne (traité de Bayonne, juillet 1808) et interrompre ses relations commerciales avec l'Angleterre (blocus continental, décrets de Milan et de Berlin), cette puissance forme avec l'Autriche une cinquième coalition, que Napoléon brise à Wagram et que termine le traité de Vienne (14 octobre 1809). Napoléon en profite pour annexer à l'Empire la Hollande, les villes hanséatiques, l'Oldenhourg, le Valais, les Etats pontificaux. Il est maître, directement et indirectement, de la moitié de l'Europe. La sixième coalition amènera sa chute. La Russie y entre d'abord avec la Suède (1812), puis la Prusse, l'Autriche et les Etats allemands. Les armées alliées, arrivées à Paris, imposent d'abord à la France le traité de Paris (30 mai 1814), qui la ramène à ses limites de 1814, puis se réunissent à Vienne (septembre 1814-juin 1815) pour réorganiser l'Europe. Leurs divergences de vues les divisent d'abord en deux camps (traité secret du 3 janvier 1815), mais le retour de Napoléon les réunit (25 mars 1815), et les territoires sont distribués, d'après le principe de la légitimité, sur les bases de 1789. Les grandes puissances se sont toutes fortifiées au détriment des petits Etats.

De 1789 à 1815, l'histoire diplomatique de l'Europe se réduit donc à la lutte de la France avec les nations voisines et prend la forme d'une série de coalitions qui lui laissent d'abord et qui lui enlèvent ensuite l'hégémonie. Cette histoire devient plus complexe après 1815, et jusqu'à la Première Guerre mondiale, elle peut se diviser en quatre périodes :

1° Hégémonie autrichienne 1815-1830. 
De 1815 à 1830, le chancelier autrichien Metternich, qui a conduit la lutte contre Napoléon, exerce une influence souveraine sur la politique internationale et la consacre à maintenir contre les révolutionnaires de toute espèce les stipulations des traités de Vienne. A cet effet, il convoque des congrès où les cinq grandes puissances empêchent tout changement en France, en Allemagne, en Espagne et en Italie : congrès d'Aix-la-Chapelle (1818), de Karlsbad (1819), de Vienne (1820), de Troppau (auj. Ostrava) (1820), de Laybach (1821), de Vérone (1821), mais il ne peut empêcher le ministre anglais Canning de soutenir les Grecs révoltés contre la Turquie, de concert avec la France et avec la Russie (1827).

2° Rivalité de la Russie et de l'Angleterre. 
La révolution de 1830 en France et l'avènement des whigs (Tories et Whigs) en Angleterre transforment la situation politique de l'Europe. Les deux grands Etats de l'Ouest, devenus parlementaires, rompent l'alliance avec les trois Etats de l'Est, restés absolutistes et dominés par l'influence de l'empereur Nicolas de Russie. Cette période est caractérisée par une série de mouvements populaires européens, destinés à transformer l'ordre des choses établi, et écrasés par l'intervention des grandes puissances :

1° Un premier mouvement éclate après la révolution de Juillet. Il triomphe en Belgique, où est constitué un royaume indépendant (traités des 18 articles (janvier 1831), des 24 articles (novembre 1831), des 34 articles (1839); il est écrasé en Pologne en 1831; en Allemagne (diète de Francfort 1832, conférence de Münchengraetz 1833) et en Italie (intervention autrichienne (mars-avril 1831). 

2° En 1840, le pacha d'Egypte, Méhémet-Ali, qui a déjà conquis sur la Turquie une partie de la Syrie (traité de Ventaïch, mai 1833) et qui l'a forces de se mettre sous la protection russe (traité d'Unkiar Skelessi, juillet 1835), reprend les armes et marche sur Istanbul. Toutes les grandes puissances s'entendent contre lui, à l'exclusion de la France (traité de Londres, juillet 1840); la France, exclue par là du concert européen, y rentre par la convention des Détroits (13 juillet 1841), qui ferme le Bosphore à tous les navires de guerre et termine provisoirement la question d'Orient.

3° En 1848, éclatent des révoltes dans l'Europe entière, à la suite de la révolution de Février. Elles sont partout écrasées (en Italie, en Allemagne, en Autriche dans les principautés Danubiennes). A la fin de cette période, l'Europe est donc, au point de vue international et diplomatique, dans la même situation qu'en 1815.

3° La prépondérance française et les guerre nationales (1854-1870).
La guerre de Crimée inaugure une période de guerres et de transformations territoriales. Quatre guerres européennes ont lieu en seize ans et amènent un remaniement complet de l'Europe centrale. Cette transformation s'opère par les soins ou avec l'appui de la France, dont l'hégémonie s'étend à toute l'Europe; elle s'explique par le caractère du souverain, Napoléon III, qui arrive au pouvoir avec le projet de réorganiser l'Europe en reconstituant les nationalités. 
1° La guerre d'Orient (1854-1855) se termine par le congrès, puis par le traité de Paris (30 mars 1856). Elle a pour résultat de détruire définitivement le concert européen et l'alliance des puissances du Nord (Russie contre Prusse et Autriche); au traité sont jointes (16 avril 1856) d'importantes déclarations sur la guerre maritime. 

Napoléon III profite du prestige qu'il doit à ce traité pour entreprendre l'affranchissement de l'Italie. Dans un accord secret avec Cavour, à Plombières (juillet 1858), il arrête son programme, qui consiste à expulser l'Autriche de la Péninsule, et à grouper tous les Etats italiens en une confédération; il ne peut que le réaliser incomplètement dans les préliminaires de Villafranca (11 juillet), confirmés par le traité de Zurich (novembre 1859). L'unité italienne s'étant néanmoins effectuée par une série de mouvements populaires, Napoléon III obtient comme compensation Nice et la Savoie (traité de Turin, 24 mars 1860). 

3° La question des duchés danois, ouverte en 1848, fermée en 1852 par une décision des puissances (traité de Londres, 8 mai), se rouvre en 1864 et amène une guerre de l'Autriche, de la Prusse et de la Confédération germanique contre le Danemark (janvier 1864). Le traité de Vienne (30 octobre) partage les duthés de Slesvig, de Holstein et de Lauenbourg entre la Prusse et l'Autriche. 

4° La rivalité croissante de ces deux puissances finit, en 1866, par les mettre aux prises sur les champs de bataille. La guerre est terminée par les préliminaires de Nikolsbourg (26 juillet) et par la paix de Prague (23 août) qui remplacent la Confédération germanique par une Confédération de l'Allemagne du Nord, dont la Prusse aura la présidence; d'autre part, l'Italie, qui a pris part à la guerre comme alliée de la Prusse, obtient la Vénétie par un accord particulier (5 juillet).

5° L'évolution qui s'accomplit dans la politique européenne arrive à son terme en 1870. Tandis que l'Italie entre à Rome (septembre 1870), l'Allemagne, à la suite de ses victoires (La Guerre franco-allemande de 1870), se constitue en un empire dont le roi de Prusse sera le souverain et dans lequel entreront les Etats du Sud; en même temps, elle s'annexe par le traité de Francfort (10 mai 1871) l'Alsace et la Lorraine. Cette période a donc pour résultat l'existence d'une nouvelle grande puissance (l'Italie) et la création d'un grand empire militaire au centre de l'Europe.

4° La paix armée. 
A partir de 1870, les Etats européens, profondément agités par les guerres qui les ont éprouvés, cherchent à en éviter le retour par des armements ruineux et des alliances sûres. L'Europe orientale seule subit des transformations territoriales : une guerre entre la Russie et la Turquie (1877-1878) se termine par les préliminaires de San-Stefano (3 mars 1878), que modifie le traité de Berlin (juin-juillet 1878), et qui créent de nouveaux Etats indépendants dans la péninsule des Balkans. Une guerre entre la Serbie et la Bulgarie (septembre-octobre 1885) ne change rien à cet état de choses. Dans l'Europe occidentale, la politique internationale est subordonnée à la question de l'Alsace-Lorraine, qui détermine un nouveau groupement des puissances. Pour garder ses conquêtes, l'Allemagne s'allie avec l'Autriche (octobre 1879), puis avec l'Italie (1883), irritée d'avoir vu la France s'établir à Tunis (L'histoire de la Tunisie) : c'est la Triple alliance. Pour y résister, la France, à son tour, se rapproche de la Russie (manifestations de Cronstadt, juillet 1891); voyage de Nicolas II à Paris (octobre 1896); du président de la République à Pétersbourg (août 1897). L'Angleterre, libre de toute alliance, malgré son «-Entente cordiale »  avec la France, restant neutre, l'Europe continentale s'est partagée en deux ligues, dont les forces sont à peu près équivalentes. (A19 / NLI).
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