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Pline

Pline l'Ancien ou Pline le Naturaliste (C. Plinius Secundus) naquit à Vérone sous le règne de Tibère, en l'an 23 ap. J.-C. Sa famille appartenait à l'ordre équestre. Pline entra dans la carrière des fonctions et des honneurs publics. Il exerça d'abord les commandements militaires connus à Rome sous le nom de milices équestres; il fut préfet d'une aile de cavalerie et prit part à plusieurs expéditions contre les Germains. Plus tard, il fut procurateur en Espagne et peut-être en Afrique. Vespasien et Titus l'honorèrent de leur amitié; ils lui confièrent sans doute des charges importantes; au moment de sa mort, Pline était commandant en chef de la flotte de Misène (praefectus classis Misenensis). L'exercice de ces fonctions et de ces commandements ne suffit pas à l'activité de Pline. Il plaida souvent devant les tribunaux de Rome; surtout il écrivit de très nombreux ouvrages, qui témoignent d'une puissance de travail et d'une fécondité vraiment extraordinaires. 
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Pline l'Ancien.
Pline l'Ancien, vu par l'illustrateur de
la Chronique de Nuremberg (fin du XVe s.).

Son neveu et fils adoptif, Pline le Jeune (ci-dessous), raconte, dans une lettre adressée à l'un de ses amis, que Pline l'Ancien considérait comme du temps perdu tout le temps qui n'était pas consacré à l'étude; il dormait très peu, passait une partie de ses nuits à travailler, ne lisait jamais un livre sans l'annoter et sans en copier des extraits; à table, pendant ses promenades, même au bain, il avait auprès de lui un secrétaire, qui lui faisait la lecture et qui prenait des notes sur ses indications. Pline fut l'érudit le plus savant de Rome. Ses connaissances étaient encyclopédiques, et ses œuvres furent aussi variées que nombreuses. C'est encore à Pline le Jeune que nous en devons la liste, dressée par ordre chronologique : 

1° un traité de Jaculatione equestri, rédigé par Pline tandis qu'il était préfet d'une aile de cavalerie; 2° une Vie de Pomponius Secundus, en deux livres; Pomponius Secundus était l'un des amis les plus intimes de Pline; 3° une Histoire des guerres de Germanie, en vingt livres; dans cet ouvrage étaient racontées toutes les guerres dirigées par Rome contre les Germains; 4° un traité de rhétorique, intitulé De Studiosus, en trois livres formant six volumes; 5° un traité de grammaire, intitulé De dubio sermone, en huit livres, que Pline écrivit pendant les dernières années du règne de Néron; 6° une Histoire générale des Romains, qui commençait au point où se terminait l'ouvrage d'Aufidius Bassus, c.-à-d., suivant toute apparence, à l'avènement de Claude; cet ouvrage était divisé en trente et un livres; 7° enfin, l'Histoire naturelle, en trente-sept livres.
Pline l'Ancien mourut à l'âge de cinquante-six ans, en 79 ap. J. C. Il avait consacré toute sa vie à la science; ce fut de même à la science qu'il la sacrifia. Lors de l'éruption du Vésuve, qui ensevelit Pompéi et Herculanum sous une couche épaisse de cendre et de lave, Pline se trouvait à Misène avec la flotte dont il avait le commandement. Le 24 août, vers le milieu de la journée, on l'avertit que le ciel était envahi par un nuage d'une grandeur et d'une forme étonnantes. Il monta aussitôt en un lieu d'où il put aisément observer ce phénomène; puis, dans son envie de savoir, il voulut l'examiner de plus près encore. Il s'avança jusqu'au pied même du volcan; mais là une violente odeur de soufre et les flammes mirent en fuite tous ceux qui l'accompagnaient; il ne put se retirer lui-même assez vite et périt suffoqué.

Des oeuvres de Pline l'Ancien, seule l'Histoire naturelle est parvenue jusqu'à nous. C'est une véritable encylopédie de toutes les sciences naturelles alors connues, mais considérées surtout dans leurs applications à l'art et aux besoins de la vie. Pour rédiger ce vaste ensemble, Pline l'Ancien avait lu environ deux mille ouvrages, étudié cent écrivains de choix, recueilli vingt mille faits, sans compter ceux que lui révéla sa propre expérience. L'Histoire naturelle se divise en trente-sept livres. Le livre ler est constitué uniquement par la dédicace de l'ouvrage adressée à Titus, fils de Vespasien; dans le livre II, Pline expose le système du monde et ce qu'il sait de l'astronomie, de la météorologie, de la géographie générale; les livres III-VI sont consacrés à la description chorographique des pays alors connus; le livre VII traite de l'humain; les livres VIII-XI, des animaux (animaux terrestres, animaux aquatiques, oiseaux, insectes); les livres XII-XIX, de la flore en général; les livres XX-XXXII renferment l'indication de tous les médicaments que l'on peut tirer du règne animal et du règne végétal; les livres XXXIII-XXIV traitent des métaux; le livre XXXV, de la peinture et des couleurs; le livre XXXVI, des pierres; le livre XXXVII, des perles, gemmes, pierres précieuses, etc.

Cet ouvrage est un vaste répertoire de renseignements sur l'Antiquité grecque et romaine. Malheureusement Pline ne s'est pas montré assez judicieux dans les emprunts qu'il a faits; à vrai dire, il ne sait guère ce que c'est que la critique, et sa méthode est fort défectueuse. Il est nécessaire de contrôler ses assertions, toutes les fois qu'on le peut. Pline n'est pas seulement un érudit; il s'élève parfois jusqu'à la philosophie, et il apparait presque comme un précurseur du positivisme moderne. 

« C'est une folie, dit-il quelque part, de sortir du monde et de chercher ce qu'il y a hors de lui comme si tout ce qu'il contient nous était bien connu. »
Il est profondément et obstinément pessimiste : le plus grand bien que nous offre la nature, d'après lui, c'est la mort. Toutefois ce ne sont là que des remarques faites en passant, et qui trahissent la pensée intime de l'auteur, sans pourtant dominer son oeuvre. (J. Toutain).


Éditions anciennes - Les meilleures édit. de Pline l'Ancien, après l'éd. princeps, Venise, 1477, sont celles dite Variorum Leyde, 1669, 3 vol. in-8; de Hardouin, 1685 et 1723, 3 vol. in-fol., à peu près reproduite par Théod. Gronovius, Leyde, 1778; de Brotier, Paris, 1779 6 vol, in-12; de Franz, Leipzig, 1788-91, 10 vol. in-8; de M. Alexandre, dans la Bibliothèque latine de Lemaire, 1827-28, 13 vol. in-8; de Sillig, Hambourg et Gotha, 1851-57, 8 v. in-8 (avec le fragment nouveau, tiré d'un ms. de Bamberg). Il a été traduit par Poinsinet de Sivry, 1771-82, 12 v. in-4; par Ajasson de Grandsagne et V. Parisot, 1827-33, 20 vol. in-8 (dans la Bibl. lat.- franc. de Panckoucke), par Littré, 1848, 2 v. gr. in-8. (dans la collect. Nisard). Gueroult a donné des Morceaux choisis de Pline, avec une excellente traduction, 1809, 2 v. in-8. Rezzonico a publié, sous le titre de Disquisitiones plinianæ (Parme, 1762-67), de savantes recherches sur la vie et les ouvrages de Pline.
Pline le Jeune (Caïus Caecilius Plinus Secundus) était, par sa mère, neveu de Pline l'Ancien (ci-dessus). Il fut adopté par son oncle, dont il prit le gentilice Plinius, sans cependant abandonner celui de son père naturel, Caecilius. Il naquit à Côme à la fin de l'année 61 ou au début de l'année 62 ap. J.-C. La fortune de sa famille lui permit de prendre rang dans l'ordre sénatorial et de s'élever progressivement aux plus hautes dignités de l'État. Il fut decemvir stlitibus judicandis, tribun militaire de la légion Tertia Gallica en Syrie vers 81, sevir des chevaliers romains, questeur impérial (quaestor imperatoris ou Caesaris) en 89-90, tribun de la plèbe en 91-92 et prêteur en 93. Après avoir exercé la préture, il fut nommé préfet de la Caisse militaire (praefectus aerarii militaris), et suivant l'usage, il fut investi de cette charge pendant trois ans. 

Cette première partie de sa carrière se passa sous le règne de Domitien. Le successeur de Domitien, Nerva, lui conféra en 98 la préfecture du Trésor public (praefectura aerarii Saturni). Pline fut ainsi placé successivement à la tête des deux principales caisses publiques; c'est le seul exemple aujourd'hui connu de ce fait. Il fut ensuite consul, en l'année 100, pour les mois de septembre et d'octobre; son collègue fut C. Julius Cornutus Tertullus. Après son consulat, Pline devint augure vers l'an 103 ou 104; de 105 à 107, il fut curator alii Tiberves et riparum et cloacarum Urbis, c.-à-d. président de la commission spéciale chargée de veiller l'entretien du lit du Tibre, des rives du fleuve et des égouts de Rome. 

Enfin, vers l'année 111, il fut investi par l'empereur Trajan d'une mission spéciale en Bithynie. Lors du partage des provinces effectué par Auguste en 27 av. J.-C., la Bithynie avait été attribuée au Sénat; elle était administrée par des proconsuls. Quoique située loin des frontières de l'Empire et par là même inaccessible aux attaques des barbares, la Bithynie fut, au début de l'empire, assez souvent troublée. A plusieurs reprises, les habitants de la province accusèrent devant le Sénat leurs proconsuls de corruption et de malversations. Pline le Jeune défendit deux de ces gouverneurs, Julius Bassus et Varenus Rufus. Ce fut pour rétablir l'ordre et la paix en Bithynie que Trajan y envoya Pline, non pas comme proconsul, mais avec le titre tout à fait exceptionnel de légat propréteur revêtu de la puissance consulaire (legatus pro praetore consulari potestate). Pline arriva en Bithynie au mois de septembre de l'année 111; il y passa toute l'année 112 et y mourut probablement en 113. 

Telle fut la carrière publique et officielle de Pline le Jeune. Mais, en outre, Pline fut un des avocats les plus renommés de son temps; ses premières plaidoiries furent prononcées vers l'an 80, alors qu'il avait dix-huit ou dix-neuf ans; il plaidait encore à la veille de son départ pour la Bithynie. Devant les tribunaux ordinaires, il plaida surtout des affaires de successions; mais ses discours les plus retentissants furent ceux qu'il prononça devant le Sénat, pour ou contre certains gouverneurs de provinces, les proconsuls de Bétique Baebius Massa, et Caecilius Classicus; le proconsul d'Afrique Marius Priscus; les proconsuls de Bithynie C. Julius Bassus et Varenus Rufus.

Magistrat et avocat, Pline le Jeune fut encore et surtout un homme de lettres. Il se donna comme modèle à suivre et comme idéal à atteindre Cicéron. De tous les discours qu'il prononçait, de toutes les lettres qu'il écrivait, il tenait à faire des morceaux littéraires, d'un style châtié, ornés de mots et de pointes. Lorsqu'il avait plaidé devant les tribunaux civils ou devant le Sénat, il ne publiait pas son plaidoyer tel que les juges l'avaient entendu; il le remaniait, le corrigeait longuement et ne le livrait au public qu'après l'avoir poli et repoli. ll agit de même avec sa correspondance. Les lettres de lui, que nous possédons, ne sont pas exactement celles que ses amis ont lues; il les a revues, en a composé lui-même le recueil, et n'y a pas admis celles qui ne pouvaient donner matière à des finesses de style ou à des jeux d'esprit. 

Pline le Jeune aimait par-dessus tout les applaudissements et la gloire littéraire. De son propre aveu, il fut un des premiers à lire devant un cercle d'amis, avant de les publier, ses discours et ses lettres. Il se passionnait pour ces lectures publiques (recitationes), qui jouèrent un si grand rôle dans la littérature latine des premiers siècles de l'Empire; il ne comprenait pas qu'on y vint pour ne pas applaudir l'auteur qui lisait ses oeuvres. 

« Quel que soit le mérite de cet auteur, écrit-il à l'un de ses amis, il faut toujours le louer; pour moi, je respecte et j'admire tous ceux qui s'adonnent à la littérature. »
Il fut lié d'amitié avec plusieurs écrivains de son temps, Tacite, Suétone, Silius Italicus, Martial.

Les oeuvres de Pline le Jeune se composaient de discours et de lettres. Tous ses discours se sont perdus, sauf un, le panégyrique de Trajan. Les consuls avaient l'habitude, le jour où ils entraient en charge, d'adresser quelques pa roles de remerciements à l'empereur régnant. Pour se distinguer de ses prédécesseurs, Pline voulut faire davantage et mieux. Le 1er septembre de l'année 100, devant le Sénat, il prononça un grand discours dans lequel il faisait l'éloge de Trajan; puis, selon sa coutume, il refit sa harangue, l'allongea, l'orna de fleurs de style, et la publia sous le titre de Panégyrique de Trajan. L'éloquence y est continue; la recherche du grand style y est incessante; un esprit brillant et raffiné y multiplie ses traits; suivant l'expression d'un critique moderne, c'est peut-être l'arsenal le plus complet des figures de rhétorique. Quant à la valeur historique de l'oeuvre, elle est réelle parce que Trajan méritait au moins en partie les éloges que Pline lui décerne; mais il est nécessaire d'écarter la phraséologie pompeuse et les louanges enthousiastes dont les faits sont enveloppés. 
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Lettre de Pline le Jeune à Minutius Fundanus

« C'est une chose étonnante de voir comme le temps se passe à Rome. Prenez chaque journée à part, il n'y en a pas qui ne soit remplie; rassemblez les toutes, vous êtes surpris de les trouver si vides. Demandez à quelqu'un : Qu'avez-vous fait aujourd-hLui? J'ai assisté, vous dira-t-il, à la cérémonie de la robe virile qu'un tel a donnée à son fils; j'ai été prié à des fiançailles on à des noces; l'un m'a demandé pour la signature d'un testament; celui-ci m'a chargé de sa cause; celui-là m'a fait appeler à une consultation. Chacune de ces choses, le jour qu'on l'a faite, a paru nécessaire; toutes ensemble, quand vous venez à songer qu'elles ont pris tout votre temps, paraissent inutiles; et elles le paraissent bien davantage quand on les repasse dans une agréable solitude. Alors vous ne pouvez vous empêcher de dire : A quelles bagatelles ai-je perdu mon temps!

C'est ce que je répète sans cesse dans ma maison de Laurentin. Soit que je lise, soit que j'écrive, soit qu'a mes études je mêle les exercices du corps, dont la bonne disposition influe tant sur les opérations de l'esprit, je n'entends, je ne dis rien que je me repente d'avoir entendu et d'avoir dit; personne ne m'y fait d'ennemis par de mauvais discours; je ne trouve à redire à personne. Sans désirs, sans crainte, à couvert des bruits fâcheux, rien ne m'inquiète. Je ne m'entretiens qu'avec moi et avec mes livres. Ô l'agréable, ô l'innocente vie! Que cette oisiveté est aimable! qu'elle est honnête! qu'elle est préférable même aux plus illustres emplois! Mer, rivage, dont je fais mon séjour, que vous m'inspirez de nobles, d'heureuses pensées! Voulez-vous m'en croire, mon cher Fundanus, fuyez les embarras de la ville, fuyez cet enchaînement de soins frivoles qui vous y attachent; adonnez-vous à l'étude et au repos, et songez que ce qu'a dit si spirituellement et si plaisamment votre ami Attilius n'est que trop vrai : « Il vaut infiniment mieux ne rien faire que de faire des riens ». Adieu. » (Pline le jeune, Lettres).

Le Recueil de Lettres, que Pline avait composé de son vivant, nous est parvenu intact; nous possédons, en outre, la correspondance échangée entre Pline et Trajan, qui paraît bien n'avoir pas été publiée par Pline lui-même. Ces lettres sont fort intéressantes, et pour le critique littéraire et pour l'historien. A coup sûr, elles n'ont pas la saveur, la vivacité, l'émotion poignante, le naturel charmant des lettres de Cicéron. Elles ne sont pas de premier jet; elles ne jaillissent pas spontanément du drame de la vie; elles sont écloses dans le silence du cabinet. Pourtant elles sont d'une lecture agréable, facile, reposante. Malgré l'effort trop souvent visible, malgré la recherche du mot et de l'esprit, l'expression a parfois une grâce si simple, la phrase une harmonie si douce, que ces lettres paraissent naturelles. Nulle part, Pline n'a dépensé
plus heureusement un talent plus fin ni de meilleur aloi. 

D'autre part, ces peintures de la vie mondaine, ces descriptions de séances du Sénat, ces récits de procès retentissants, éclairent d'une très vive lumière cette période de l'histoire romaine; nous y voyons les événements en action, pour ainsi dire ; ils se déroulent sous nos yeux, dans leur cadre réel; nous en suivons les phases successives, notées par un témoin oculaire, qui souvent y a pris lui-même une grande part. A ce point de vue, la correspondance de Pline et de Trajan, qui forme le Xe livre du recueil de ses Lettres, est d'une importance capitale. Aucun document ne nous renseigne mieux sur l'administration provinciale que les lettres échangées entre l'empereur et l'homme de confiance, chargé, par mission spéciale et exceptionnelle, du gouvernement de la Bithynie (J. Toutain).



Editions anciennes - Les plaidoyers de Pline le jeune ne sont pas venus jusqu'à nous, non plus qu'une histoire de son temps, qu'on doit encore plus regretter. II ne nous reste de lui que ses Lettres et son Panégyrique de Trajan..

Les manuscrits des Lettres se divisent en quatre familles : la première contient les 9 premiers livres; la seconde, les 4 premiers et les 6 premières lettres du Ve livre; la troisième contient 8 livres, le VIl le livre étant omis et remplacé par le IXe; enfin la quatrième seule comprend, avec les 9 premiers livres, le Xe qui contient la correspondance de Pline et de Trajan. Pour le Panégyrique, nous possédons un manuscrit du XVe siècle et un palimpseste fort ancien.

L'édition princeps des Lettres de Pline est de Venise, 1471, in-fol.; et la première complète, celle des Aldes, 1508, in-8. Nous citerons, parmi les meilleures, celles d'Elzevir, 1640, in-I2; - Variorum, 1669, in-8; Oxford, 1703; Amsterdam, 1734; Nuremberg, 1746, in-4.

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