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Catulle

Catulle (C. Valerius Catullus) est un poète latin, né en 87, mort vers 54 av. J.-C. Il était de Vérone, grande ville de cette région transpadane qui donna naissance un peu plus tard à Virgile
Tantum magna suo debet Verona Catullo
Quantum parva suo Mantua Vergilio.
(Martial, Epigr., I, 61).
Sa famille occupait un rang distingué. Son père fut l'hôte de César (Suétone, César, 73). Il possédait, sur les magnifiques bords du lac de Garde, une propriété qui couvrait la presqu'île de Sirmio (pièce 31); Catulle parle aussi d'une villa qu'il avait dans la Sabine (p. 44). II vint à Rome pour y compléter sans doute son éducation, fut accueilli par la société aristocratique, et s'y livra aux plaisirs des fils de famille, en même temps qu'il cultiva la poésie et se créa par là d'illustres amitiés. Il fut protégé par le grand orateur Hortensius, poète lui-même, par l'historien Cornelius Nepos, son compatriote. Asinius Pollion, Quintilius Varus, dont Horace a pleuré la mort dans l'ode Quis desiderio, sont également nommés dans ses vers, ainsi que Cicéron. Mais il fut lié particulièrement avec le groupe des poètes de l'école moderne, surtout avec Helvius Cinna, l'auteur d'une petite épopée dans le goût alexandrin, intitulée Zmyrna, et Licinius Calvus, orateur puissant et poète célèbre par ses épigrammes et ses élégies, dont le nom est inséparable de celui de Catulle.

Le grand événement de sa vie est sa liaison avec la femme dont il a immortalisé la beauté et les vices, et qui n'est autre, comme l'affirme Apulée et comme on l'a établi d'une façon irréfutable d'après un certain nombre de rapprochements, que la fameuse Clodia, soeur du tribun P. Clodius Pulcher et femme de Ouintus Métellus. On connaît le portrait peu flatteur tracé de cette femme par Cicéron dans le plaidoyer qu'il a prononcé pour Coelius, accusé par elle, entre autres crimes, d'avoir voulu l'empoisonner.

L'oeuvre même de Catulle nous apprend qu'à l'ivresse des premiers jours de cette liaison succédèrent bientôt les jalousies trop justifiées, les querelles, les raccommodements; puis le mépris violent luttant contre les restes d'une incurable passion, les déchirements cruels, enfin une rupture définitive, à laquelle le poète, meurtri, épuisé, malade, ne survécut guère. Nous connaissons de la vie de Catulle deux autres événements. Vers 60, il perdit un frère tendrement aimé, qui mourut en Troade, dans un voyage dont le motif nous est inconnu. Trois années après, avec son ami Helvius Cinna, il accompagna Memmius, préteur de Bithynie. A son retour, il visita la tombe de son frère (p. 101), et revint dans sa propriété du lac de Garde, où il vécut quelque temps. C'est là qu'en 54 il se réconcilia avec Jules César qu'il avait poursuivi de cruelles épigrammes, et l'on suppose qu'il mourut peu après, à l'âge de trente-quatre ans; car on ne trouve dans ses écrits la trace d'aucun événement postérieur.
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Portrait de Catulle
Portrait de Catulle.

Les poèmes de Catulle, répandus d'abord isolément dans le public, furent réunis par lui dans un recueil qu'il dédia à l'historien Cornélius Népos, son compatriote. Ce recueil comprend trois parties. La première renferme de courtes pièces sur des sujets divers, tendres, passionnées, violentes, sarcastiques, où l'auteur a fait usage de différents mètres iambiques et lyriques. La deuxième comprend les grands poèmes, épiques ou élégiaques, imités sinon traduits du grec; l'Epithalame, Attis, les Noces de Thétis et de Pelée, en vers hexamètres; puis le Dialogue avec une porte, la Chevelure de Bérénice, l'Éloge de Manlius, en distiques élégiaques. Enfin, la troisième partie contient une quarantaine d'épigrammes, également en distiques élégiaques.

L'oeuvre de Catulle nous est parvenue sous cette forme par un manuscrit existant à Vérone au Xe siècle, que Pétrarque connut au XIVe siècle, qui fut copié au XIVe et XVe siècle et fut perdu ensuite. C'est de là que paraissent émaner plus ou moins directement les soixante-dix manuscrits existants; les plus anciennes copies sont un manuscrit de 1375, aujourd'hui à Paris, qui se trouvait autrefois à Saint-Germain, d'où son nom de Sangermanensis, et le manuscrit d'Oxford; le dernier contient beaucoup d'incorrections, mais a été plus fidèlement établi et moins interpolé que le premier. Les éditions les plus importantes sont, après l'édition princeps (1472), celles de Muret (Venise, 1554); d'Achille Statius (Venise, 1566); Scaliger (Paris, 1577); W. Doering (Leipzig, 1792); Lachmann (Berlin, 1829); Schwabe (1866); Ellis (Oxford, 1867); L. Müller (Leipzig, 1870); enfin l'édition de Rostand et Benoist avec une traduction en vers et un commentaire explicatif et critique, malheureusement inachevé (Paris, 1882).

Nous ne pouvons mieux faire, pour apprécier dans son ensemble ce grand poète, que l'on a pu comparer, sous plus d'un rapport, à Alfred de Musset, et surtout à notre André Chénier, que de reproduire ces lignes d'un critique du XIXe siècle : 

La naissance de Catulle, son caractère, son séjour à Rome, pendant les dernières années de la République, les accidents de sa jeunesse dissipée et les événements politiques auxquels il assista firent de lui un poète original, tandis que ses travaux, les modèles qu'il avait sous les yeux, les habitudes littéraires alors dominantes firent de lui un élève de l'école alexandrine [...].

Son esprit, fier et délicat plutôt que large et vigoureux, se prêtait volontiers aux subtilités d'une poésie laborieuse et savante, mais cette soumission n'excluait nullement une certaine liberté. Le souci de la forme et l'affectation de l'art ne purent arrêter tout à fait en lui les élans du coeur ni étouffer la flamme de l'imagination. Poète, il chercha et trouva dans sa vie, dans ses amitiés et ses haines la matière de ses vers, sans s'élever jamais jusqu'aux grandes conceptions nées du spectacle de la nature et de l'âme humaine, qui étaient trop vastes pour lui; écrivain, il s'efforça de reproduire patiemment et avec une exactitude intelligente les dernières oeuvres du génie hellénique. La vérité et l'ardeur de l'émotion firent quelquefois le mérite de ses poésies, mais l'excès de l'art en fut souvent le défaut. La sincérité et la convention y ont une part à peu près égale. Il reste lui-même alors qu'il imite, mais il imite alors même qu'il est inspiré [...].

Entré à l'heure favorable dans le mouvement qui poussait les Romains à conquérir la littérature grecque en l'imitant, il apporta à cette tentative des dons précieux, sensibilité, franchise d'esprit, mais aussi un naturel penchant au trivial et au maniéré, l'indifférence morale, peu de souffle et de hautes pensées. Examinées dans le détail, ses oeuvres attestent, avec beaucoup d'inexpérience, un progrès réel sur les poètes précédents. La versification, parfois trop pénible, est presque toujours correcte et souvent heureuse; la langue, malgré quelques nouveautés importunes, est nette et pure; le style, par instants prosaïque et trahissant les efforts d'une imitation laborieuse, a pourtant du relief, de la concision, de l'éclat. Catulle peut être regardé comme le mieux doué des poètes alexandrins de Rome, et, en même temps, comme le précurseur des poètes classiques. Il tient le milieu entre l'une et l'autre école, n'ayant pas tous les défauts de la première et faisant prévoir déjà les qualités de la seconde.

Ajoutons que ses épigrammes constituent la partie la plus complètement originale de son oeuvre et la plus personnelle. La vigueur de la haine fournit des traits cruels, gâtés par un réalisme excessif et une crudité toute romaine.

En ce qui concerne la versification, les hexamètres de Catulle sont réguliers, un peu monotones; les spondées y sont prédominants; il est rare cependant que l'un des deux premiers pieds ne soit pas un dactyle. Il multiplie, suivant l'usage des Alexandrins, le vers spondaïque et l'anadiplosis. Les césures sont généralement penthémimères; les élisions, sans être très nombreuses, sont souvent dures; le sens se termine presque toujours avec le vers. Virgile créera le premier l'art de construire la phrase latine en vers, bien qu'il y ait déjà chez Catulle, comme chez Lucrèce, des périodes habilement agencées avec des enjambements variés. Pour le distique élégiaque, Catulle a suivi les Grecs. C'est Tibulle et Ovide qui fixeront les règles du pentamètre latin. Les autres vers employés par Catulle sont l'iambique (trimètre pur et trimètre hipponactique), le tétramètre catalectique, l'hendécasyllabe phalécien, l'asclépiade majeur, le priapéen, le galliambe. Il a composé aussi des strophes avec trois ou quatre glycons et un phéreicrate; il a fait enfin deux essais de la strophe saphique, qu'Horace devait bientôt perfectionner. (A. Waltz).



En librairie - Catulle, Poésies, Les Belles Lettres, 1998; Poésies, l'âge d'Homme, 1990; Poésies, Les Belles Lettres (série latine), 1985.

Laurent Calvie, La Boucle de Bérénice, poème de Catulle, 2003; Serge Koster, Catulle ou l'invective sexuelle, La Musardine, 2002; Jude Stefan, De Catulle, Le Temps qu'il fait, 1998; Jean-Paul Brisson, Rome à l'âge d'or, de Catulle à Ovide, vie et mort d'un mythe, La Découverte, 1992;

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