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Le culte des saints

L'histoire du culte des saints, qui a pris dans le christianisme médiéval une importance considérable est inséparable de celle du culte des Anges. Car ces deux cultes présentent, comme caractères communs, des invocations et des hommages religieux adressés à des créatures, et un office d'intercession attribué à elles.  Les anges tiennent une grande place dans l'Ancien Testament, comme messagers et ministres de la volonté divine. On y trouve aussi des patriarches vénérés et des prophètes chargés des plus hautes missions, et investis du pouvoir d'accomplir des miracles qui asservissaient les éléments et qui ressuscitaient les morts. Néanmoins, il est impossible de découvrir dans les documents de l'Ancienne Alliance le moindre indice d'un culte affecté aux anges ou aux prophètes, ni d'invocations à eux adressées. Cela était incompatible avec les conceptions des Juifs sur la souveraineté de l'Éternel, « le Dieu fort et jaloux », et avec les hommages religieux qui n'appartiennent qu'à lui seul. Ces conceptions furent conservées dans leur tradition. On lit dans le Talmud de Jérusalem :
Si quelqu'un tombe dans l'adversité, qu'il ne crie point vers Michaël ou vers Gabriel; mais qu'il crie vers moi, et je lui répondrai aussitôt.
Selon les Chrétiens, le Christ étant venu, non pour abolir la Loi et la Prophétie, mais pour les accomplir (S. Matth., v, 1718), ces sentiments restèrent dominants dans l'Église primitive, issue du judaïsme. En ce qui concerne les Anges, placés pourtant auprès de Dieu, avant la création du monde, saint Paul écrivait aux Colossiens :
Que personne ne vous abuse, sous prétexte d'humilité, et par le culte des anges, s'ingérant dans les choses qu'il n'a point vues, étant témérairement enflé de son sens charnel (II, 48). 
La prohibition est plus formelle encore dans l'Apocalypse.
L'ange qui guidait Jean lui avait fait voir et entendre des choses si merveilleuses que, cédant à un mouvement fort naturel chez un humain, Jean se jeta à ses pieds, pour l'adorer; mais l'ange lui dit: « Garde-toi de cela; car je suis ton compagnon de service et celui de tes frères, les prophètes, et de tous ceux qui gardent les paroles de ce livre. Adore Dieu » (XIX, 10; XXII, 8-9).
A l'égard des morts de la première génération chrétienne, le Nouveau Testament ne contient aucune mention d'invocations à eux adressées, ni d'une vertu quelconque attribuée à leurs restes, ni d'honneurs posthumes. Après la mort de Jean-Baptiste, il est dit tout simplement que ses disciples emportèrent son corps et l'ensevelirent dans un sépulcre (S. Matth., XIV, 12 ; S. Marc, VI, 29). De même pour Étienne, le premier martyr. 
Quelques hommes pieux l'emportèrent et firent une grande lamentation sur lui » (Act. Ap., VIII, 2).
Il n'est pas même parlé de sépulture pour Jacques, frère de Jean, que Hérode le Grand avait fait mourir par l'épée (Act. Ap., XII, 2). Pareil silence sur tous les disciples immédiats de Jésus.

Les premiers documents sérieux concernant les honneurs décernés aux reliques des martyrs se rapportent à Ignace et à Polycarpe. Ignace avait été livré aux bêtes (entre 107 et 115). Suivant les Actes de son martyre, ce que les lions avaient laissé de son corps fut recueilli par les chrétiens, et transporté de Rome à Antioche. Polycarpe avait été condamné à être brûlé (entre 155 et 169); mais les flammes opérant insuffisamment, il fut achevé d'un coup de poignard. Son corps fut soumis de nouveau aux flammes. Les quelques ossements qui en restaient furent gardés par les chrétiens de Smyrne « comme un trésor plus précieux que les pierreries les plus coûteuses, et plus éprouvé que l'or ». Ils adressèrent à toutes les Églises le récit de son martyre. Leur lettre indique clairement les sentiments qui les animaient : ils annoncent qu'ils se réuniront dans le lieu où les restes du martyr seront déposés, pour célébrer avec exultation et joie le jour de sa naissance à la vie éternelle, tant en souvenir de ceux qui ont soutenu le combat, que pour exercer et préparer ceux qui viennent après eux. Parlant des juifs, qui avaient pressé le proconsul de ne pas laisser les chrétiens emporter le corps de Polycarpe, de peur que, abandonnant le Crucifié, ils ne le révérassent, ils disent :

Ces hommes ignoraient que nous ne pourrons jamais abandonner le Christ, ni révérer aucun autre. Nous adorons le Christ comme le Fils de Dieu; mais nous aimons, les martyrs, comme les disciples et les imitateurs du Seigneur, à cause de leur dévouement éminent à leur maître.
Ils déclarent en outre que des douze martyrs de Smyrne, Polycarpe est le seul qui soit célébré. II s'agit donc uniquement ici de célébrer et de perpétuer le souvenir de la fidélité héroïque d'un martyr, et de consacrer à sa mémoire une sorte de monument, pour en faire une exhortation incessante à l'admiration et à l'imitation de ses vertus; il n'est nullement question d'invocation ni d'intercession. Cela est si vrai qu'on a interpolé la lettre des chrétiens de Smyrne, précisément pour y introduire ces choses, dont ils ne parlent pas et auxquelles vraisemblablement ils ne pensaient pas.

Voici quelques témoignages des sentiments des docteurs à cette époque. Irénée (467) : 

l'Église ne fait rien par l'invocation des anges [...]. Elle adresse directement ses prières au Seigneur, le créateur de toutes choses, et elle invoque le nom de Jésus-Christ (contra Haereses, II, b2). 
Clément d'Alexandrie :
C'est une suprême folie de demander quelque chose à ceux qui ne sont point des dieux, comme s'ils étaient des dieux [...]. C'est pourquoi, sachant que le bon Dieu est un, nous et les anges nous demandons à lui seul que certaines choses nous soient données, et que certaines choses nous soient assurées. (Strom., VII, 7).
Au lieu de demander aux martyrs et aux saints d'intercéder pour les vivants, l'Église priait et offrait pour eux. Les formules de la plupart des anciennes liturgies attestent ce fait, qui persista même après l'évolution des croyances sur ce sujet. Il suffit de citer quelques-unes de ces formules. 

Liturgie clémentine : 

Nous t'offrons aussi pour les saints qui en tous les temps ont su te plaire, pour les patriarches, les prophètes, les justes, les apôtres, les martyrs, etc. (Const. apost., VIII, 12). 
Liturgie de Saint Marc :
Accorde le repos aux âmes des pères et des frères qui se sont endormis dans la foi du Christ, te souvenant de nos ancêtres depuis le commencement, pères, patriarches, apôtres, martyrs, etc.
Liturgie de Saint Chrysostôme
Nous t'offrons ce sacrifice raisonnable pour ceux qui reposent dans la foi, ancêtres, pères, patriarches, prophètes, apôtres, prédicateurs, martyrs [...]. Particulièrement pour la vierge Marie, pour saint Jean, le prophète précurseur, etc.
Liturgie mozarabique
Item pro spiritibus pausantium, Hilarii, Athanasii, Martini, Ambrosii, Augustini, Fulgentii, Leandri, Isidori, etc.
Vers le milieu du IIIe siècle, Cyprien écrivait à son clergé, au sujet des martyrs : 
Annoncez-moi les jours où ils sont morts, afin que nous puissions célébrer leurs commémorations parmi les mémoires des martyrs [...] et que des oblations et des sacrifices soient célébrés ici, à cause de leurs commémorations. (Epist. 36).
Les fidèles passaient dans l'église qui contenait les restes des martyrs, la nuit qui précédait l'anniversaire de leur mort, changeant, comme dit Chrysostome, la nuit en jour, par ces saintes veillées (Hom. de martyr). On finit par interdire ces saintes veillées, à cause des désordres de tout genre, qui s'y introduisirent. Mais primitivement elles avaient dû surchauffer la ferveur des fidèles. Les plus dévots et surtout les plus dévotes allaient même, du temps ordinaire, prier près des reliques des martyrs, et porter des offrandes. Une pareille foi engendrait naturellement des visions, des songes et des miracles. Ces phénomènes étaient spécialement multipliés et intensifiés dans la multitude enthousiasmée, par l'excitation produite lors de la découverte ou de l'acquisition de corps qu'on prétendait appartenir à des martyrs. 

Toutes ces choses tendaient à transformer la vénération des souvenirs et des reliques en un véritable culte déféré aux martyrs et aux saints qui leur furent assimilés, et à les faire invoquer comme protecteurs et intercesseurs. Les chrétiens récemment sortis du paganisme y étaient particulièrement prédisposés, surtout depuis que la conversion de Constantin avait poussé dans l'Église des masses peu ou pas converties. Ces esprits devaient se trouver fort décontenancés en face du Dieu de la Bible, dieu unique et pur esprit, sans autre médiateur que le Christ, le Verbe éternel. Non seulement leur ancienne religion multipliait les dieux et les demi-dieux, adaptant leurs figures et leurs fonctions à la plupart des besoins, des désirs et des curiosités des humains; non seulement elle avait ainsi doté tous les lieux, toutes les nations, toutes les cités, toutes les corporations, toutes les professions et toutes les situations, de génies tutélaires, de protecteurs et de patrons; non seulement elle divinisait les héros; mais elle attribuait aux mânes des morts une puissance bienfaisante ou malfaisante sur les vivants.

D'autres causes devaient agir dans le même sens, sur les véritables fidèles. Déjà, au temps des persécutions, l'idée avait commencé à se répandre parmi eux, que les martyrs peuvent, par leur intercession, faire remettre les péchés. Elle s'était vraisemblablement produite par analogie, résultant du fait que parfois des Églises avaient admis des apostats à la réconciliation, sur la recommandation des
fidèles qui souffraient pour la foi. Tertullien avait réprouvé rigoureusement cette opinion en disant : 

qui permet à un homme de donner ce qui doit être réservé à Dieu? Qu'il suffise au martyr de payer ses propres péchés ». (De pudicitia, XXII).
Une autre incitation provenait des spéculations des théologiens sur les sentiments des saints et des martyrs dans le ciel. Vers le milieu du IIIe siècle, Origène, tout en présentant son opinion comme une supposition, enseignait que les saints s'intéressent aux humains vivants et prient pour eux ou plutôt avec eux. Toutefois, ce n'est pas par des invocations que cette intercession est provoquée. 
La faveur de tous les amis de Dieu, anges, âmes, esprits, est le reflet de la faveur que Dieu accorde à tous ceux qui la héritent par leur piété et leur vertu. 
Ils entrent en communion de sentiments avec ceux qui sont dignes de la faveur divine; non seulement ils sont bien disposés envers eux, mais ils collaborent avec eux, prient avec eux et se joignent à leurs instances. C'est pourquoi nous nous aventurons à dire que dix mille puissances sacrées, sans être invoquées, prient avec les humains qui, dans leur coeur, ont choisi la bonne part, lorsqu'ils prient Dieu (contra Celsum, VIII, 64). Les conséquences du culte des reliques et des idées dont il incitait l'éclosion ou le développement éclatèrent dès le dernier quart du IVe siècle. 

En Orient, Basile le Grand, Grégoire de Nysse, son frère, et Grégoire de Nazianze, son ami, pratiquèrent et préconisèrent, avec un zèle ardent, la dévotion au culte des martyrs, exaltant les miracles opérés par eux, la puissance de leur protection et la vertu de leurs reliques. Ils furent dépassés, si possible, par Chrysostome
Ce n'est pas seulement, disait-il, le jour de leur fête que nous devons adresser nos instances aux martyrs, c'est tous les jours qu'il faut les implorer, afin qu'ils deviennent nos patrons (de SS. Bernice et Produce, 7).
Les corps des saints protègent nos cités plus sûrement que les remparts de diamant et les murs infranchissables. Ils ne repoussent pas seulement les assauts de l'ennemi visible; ils renversent aussi les plans des démons invisibles et de toutes les puissances du mal (De Laud, martyr, aegypt.).
En Occident , Ambroise écrivait (377) : 
Nous devons adresser nos instances aux anges qui ont été préposés à notre garde; nous devons aussi les adresser aux martyrs, dont le patronage nous semble garanti par un gage corporel (leurs reliques). Ils peuvent demander le pardon pour nos péchés, eux qui, s'ils ont commis des péchés, les ont lavés dans leur propre sang. Ils sont les martyrs de Dieu, nos chefs, les témoins de notre vie et de nos actions. N'ayons point honte de solliciter leur intercession pour nos infirmités, eux-mêmes ont fait l'expérience des infirmités du corps, quoiqu'ils les aient vaincues » (De Viduis, IX, 55). 
Après lui, Jérôme; il loue (vers 390) une femme dévote, qui avait coutume de passer les nuits auprès du tombeau de saint Hilarion, et qui conversait avec lui, comme s'il était vivant. Enfin, Augustin. Vers 400, il écrivait :
Les chrétiens fréquentent les monuments des martyrs, avec une religieuse solennité, tant pour s'encourager à imiter leurs vertus que pour être associés à leurs mérites et être aidés par leurs prières (contra Faustum, XX, 21). 
Puis il s'éprit d'une naïve ferveur pour les miracles accomplis par les reliques : il en cite plusieurs exemples dans ses sermons. Cependant, ils s'abstenait personnellement d'adresser ou de faire adresser des prières aux martyrs. Lorsque des offrandes étaient placées sur leurs reliques, il tournait la difficulté, en priant soit pour lui-même, soit pour celui qui sollicitait l'intercession du martyr : 
Nous avons Dieu lui-même; demandons à lui-même. Et si nous ne nous sentons pas assez dignes, demandons par ses amis. Qu'ils prient pour nous, a afin que Dieu donne aussi à nous » (Serm. 119, 6). 
Un mot d'un autre de ses sermons (60) précise bien le caractère de l'évolution ou plutôt de la révolution accomplie dans la foi et dans le culte de l'Église :
Injuria pro martyre orare cujus debemus orationibus commendari. Il est injuste (ou injurieux) de prier pour un martyr, puisque c'est par ses prières que nous devons être recommandés. 
Primitivement, l'Église priait pour les martyrs; elle leur faisait injustice ou injure; désormais, ils prieront pour nous.

L'invasion de ce culte, avant même qu'elle fût parvenue jusqu'à l'invocation des saints, avait été signalée avec une vivacité mélangée de ,joie et de mépris, par les adversaires du christianisme : Libanius, vers 350; l'empereur Julien, vers 363. En fait, elle semblait bien leur permettre de retourner contre les chrétiens les reproches que leurs apologistes avaient adressés aux païens, lorsqu'ils prétendaient que leur religion, au lieu d'être le culte, du Dieu vivant, n'était que le culte des humains morts; et que leurs temples n'étaient que de beaux sépulcres érigés par la superstition

Au lieu de révérer plusieurs dieux, disait l'empereur Julien, les chrétiens révèrent, non seulement un seul mort, mais beaucoup de misérables défunts [...]. A leur vieux mort, ils ajoutent tous les jours, dans leur culte, de nouveaux morts.
Il est fort difficile de ne pas diviniser ceux à qui on adresse des invocations et de qui on attend assistance, lorsqu'ils ne vivent plus sur la terre. A cette difficulté se rattachent les questions suivantes : Comment les saints connaissent-ils les prières qui leur sont adressées? Comment se produisent les effets de leur intercession? On supposa généralement que cette intercession exerce une sorte d'action coercitive sur la volonté divine. Dès lors, les saints étant considérés comme prenant part au gouvernement de la toute-puissance de Dieu, apparurent au peuple comme aussi puissants que bons. Comme ils devaient unir à leur puissance une affection toute particulière pour l'espèce humaine dont ils avaient fait partie, et vraisemblablement une sincère indulgence pour les faiblesses qu'ils avaient eux-mêmes éprouvées, il était naturel qu'on s'adressât à eux plus volontiers qu'à Dieu; de sorte qu'ils devinrent de nouveaux médiateurs entre Dieu et les humains, médiateurs auxquels on rendait un culte plus assidu et plus fervent qu'au Christ lui-même. Plus l'usage se répandait d'adresser des prières aux saints, plus le peuple admettait sans réserve qu'ils entendaient ces prières. Les scolastiques agitèrent souvent cette question. Hugues de Saint-Victor paraît être le seul qui ait reproduit les hésitations de saint Augustin sur ce sujet, demandant qu'on laissât la question indécise, comme ne présentant aucune importance pratique. Ainsi que saint Augustin, il faisait observer que, indépendamment de nos intercessions, les saints prient constamment pour nous. Or, Dieu entend nos prières, il peut exaucer les intercessions des saints, qui s'accordent avec elles, quoique les saints n'entendent rien de nos supplications. Cette opinion, n'impliquant qu'une intercession générale, exclut l'idée d'un véritable patronage, c.-à-d. d'une relation individuelle et directe entre le saint et les fidèles qui l'invoquent. Elle ne concordait plus avec le développement qu'avait pris la foi en la puissance des saints, ni avec les caractères de la dévotion dont ils étaient devenus les objets. Tous les autres scolastiques admettaient qu'ils entendent les prières qui leur sont adressées. Quelques-uns même leur prêtaient une sorte d'ubiquité relative. Thomas d'Aquin était plus réservé. Voici comment il raisonne (Summa, pars III, quaest. 72, art. 1) : 
C'est un élément essentiel de la parfaite félicité, que l'homme ne veuille rien de déraisonnable, et qu'il ait ce qu'il veut. Or, comme chacun connait ce qui se rapporte à lui, les saints doivent connaître ce qui se rapporte à eux, par conséquent, les prières qui leur sont adressées. D'ailleurs, à raison de leur rapport avec l'essence divine, ils connaissent assez les autres êtres pour savoir ce qui doit servir à leur félicité. Donc, ils doivent avoir connaissance des prières qui leur sont adressées.
Il attribuait cette connaissance aux saints, sans leur attribuer l'omniscience : 
Dieu seul, en vertu de sa science infinie, connaît les prières adressées aux saints; mais de ce qu'il connaît de l'univers, il leur communique tout ce qui est nécessaire à leur félicité. Ils connaissent cela uniquement en lui et par lui.
Il nous semble inutile de décrire tous les développements et toutes les formes qu'a pris et que ne cesse de prendre le culte des saints, de leurs reliques et de leurs images, et les conséquences de ce culte sur les conceptions religieuses, partant sur les conceptions morales de ceux qui le pratiquent. Pour le passé, l'histoire est remplie de ces choses; pour le présent, il suffit d'un simple regard pour en constater l'abondante refloraison. Au XVIe siècle (La Renaissance), les superstitions, les falsifications, les fraudes, les abus et les désordres de divers genres, mêlés à ces dévotions, fournirent aux réformateurs des arguments très puissants; ils en fournissent encore aujourd'hui aux adversaires du catholicisme.

En sa XXVe session, par un décret intitulé De invocatione, veneratione et reliquiis sanctorum et de sacris imaginibus, le concile de Trente a résumé la doctrine de l'Église romaine sur ces matières. Il l'a fait dans des formules habilement combinées, pour mettre, autant que possible, sa doctrine à l'abri des attaques des réformateurs protestants, et pour décliner la responsabilité des abus dont la réprobation valait alors à ces réformateurs tant de disciples. Nous avons reproduit à la page correspondante la partie de ce décret qui se rapporte aux Reliques. Voici celle qui concerne l'invocation des saint :

Les saints qui règnent avec Jésus-Christ offrent à Dieu des prières pour les humains. C'est une chose bonne et utile de les invoquer et supplier humblement, pour obtenir des grâces et des faveurs de Dieu, par son fils Jésus-Christ, qui est notre seul rédempteur et notre sauveur. Ceux qui nient qu'on doive invoquer les saints, qui jouissent dans le ciel d'une félicité éternelle; ceux qui soutiennent que les saints ne prient point Dieu pour les hommes; ou que c'est une idolâtrie de les invoquer afin qu'ils prient pour chacun de nous en particulier; ou que c'est une chose qui répugne à la parole de Dieu ou qui est contraire à l'honneur qu'on doit à Jésus-Christ, seul et unique médiateur entre Dieu et les humains; ou que c'est une pure folie de prier, de parole ou de pensée, les saints qui règnent dans le ciel ont tous des sentiments contraires à la piété.

Dans l'invocation des saints, la vénération des saintes reliques et le saint usage des images, on bannira toute espèce de superstition; on éloignera toute recherche de profit indigne et sordide, et on évitera enfin tout ce qui n'est pas conforme à l'honnêteté [...]. Qu'on n'abuse point de la solennité des fêtes des saints, ni des voyages entrepris afin d'honorer leurs reliques, pour se laisser aller aux excès et à l'ivrognerie, comme si l'honneur qu'on doit rendre aux saints aux jours de leurs fêtes consistait à les passer en débauches et en dérèglements.

Le culte des saints, de leurs reliques et des images tient dans l'Église grecque une place plus grande encore que dans l'Église latine. Parmi les adversaires notoires de ce culte, on trouve, dès le commencement, Vigilance (fin du IVe siècle); après lui, les iconoclastes grecs; Claude de Turin (mort en 839); Guibert de Nogent (XIe siècle), avec son livre De Pignoribus sanctorum; les Cathares; Wiclef (mort en 1384). Au XVIe siècle, toutes les églises protestantes le rejetèrent. 
La mémoire des saints peut être proposée, afin d'en tirer des motifs pour fortifier notre foi, par la considération des grâces qu'ils ont reçues et des dé livrantes accordées à leur foi; de plus, pour nous inciter à imiter leur foi et leurs bonnes oeuvres, chacun suivant sa vocation [...].  Mais qu'il faille invoquer les saints, c'est ce qu'on ne peut démontrer par l'Écriture. Au contraire, il n'y a qu'un seul rédempteur, un seul médiateur entre Dieu et les humains, savoir Jésus-Christ (Confession d'Augsbourg, art. 21). 

Luther attribue à l'Antéchrist lui-même l'invocation des saints et les abus qui en sont résultés. Il attaque surtout les reliques, à cause des ossements de chiens et de chevaux qu'on trouva vénérés en cette qualité, lors des premiers mouvements de la Réforme et dit bon rire que le Diable avait dû se faire de cette vénération (Art. de Smalcade, II, 2, 22). La Confession helvétique s'exprime ainsi : 
Nous reconnaissons que les saints sont des membres vivants du Christ, des amis de Dieu, qui ont glorieusement vaincu la chair et le monde. Aimons-les donc comme des frères; honorons-les aussi, non cependant de quelque culte, mais de l'honorable estime que nous faisons d'eux. Imitons-les (II, c. V).
Avec sa rudesse habituelle, la vieille Confession des Églises de France, dit :
Puisque Jésus-Christ nous est donné pour seul avocat, et qu'il nous commande de nous retirer privement en son nom vers son Père; et, puisque même il ne nous est pas licite de prier sinon en la forme que Dieu nous a dictée par sa Parole; nous croyons que tout ce que les hommes ont imaginé des saints trépassés n'est qu'abus et fallace de Satan, pour faire dévoyer les hommes de la forme de bien prier (art. 24). 
Les défenseurs de la doctrine protestante prétendent que Jésus-Christ lui-même a formellement prohibé toute espèce de culte, d'hommage, de service religieux, attribuée à quiconque n'est pas Dieu, lorsqu'il répondait au Tentateur : 
Il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu le serviras lui seul» (Ev. s. Matthieu., IV, 10; s. Luc, IV, 8).
Ces paroles du Deutéronome(VI, 13; X, 20) devant avoir dans la bouche de Jésus le même sens que dans le livre auquel il les empruntait, et que dans l'entendement des Juifs, a qui elles avaient été primitivement adressées. Suivant ces théologiens, la différence alléguée par le IIe concile de Nicée (787), entre le culte de latrie (adoration) et le culte de dulie (service, hommage) est une distinction nominale, destinée à déguiser une infraction à la loi divine. Elle est démentie par les faits; car lorsque les humains rendent un culte religieux aux créatures, ce culte finit ordinairement par obscurcir et éclipser le culte dû à Dieu : un regard porté sur les réalités suffit pour faire voir que le culte adressé aux saints et spécialement à la sainte Vierge contient généralement, de la part de ceux qui le pratiquent, plus de voeux, plus d'instances, plus de confiance, plus de ferveur et plus de dévotion, que celui qu'ils réservent à Dieu. Les mêmes théologiens affirment, en outre, et offrent de prouver que de toutes les littératures, celle où l'histoire relève le plus de fables, le plus de faux et le plus d'interpolations, c'est la littérature qui se compose des actes, des vies et des légendes des saints; et que de toutes les inventions et de toutes les supercheries, les plus audacieuses sont celles qui ont les reliques pour objet. (E.-H. Vollet).
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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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