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Les
gens
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| Caravage
(Michel-Ange de) ou Michelangelo Merisi (et non Amerighi ou Merigi).
- Peintre Caravage mena d'abord une vie assez misérable.
Heureusement, il trouva à s'employer chez Giuseppe Cesari, celui
que les livres français nomment Josépin. Ce dernier, qui
ne détestait pas de se faire aider, s'aperçut bien vite que
le jeune Lombard était habile à la représentation
de la nature morte et il lui fit peindre dans ses tableaux,
des fruits, des fleurs et des accessoires.
En ses moments de liberté, Caravage travaillait pour lui-même
et comme un artiste met volontiers dans ses oeuvres le personnel et l'atmosphère
des lieux qu'il fréquente, il se plut à représenter
des tripots, des intérieurs de tavernes, avec leurs hôtes
habituels, joueurs de cartes ou de dés, bohémiens, diseuses
de bonne aventure, estafiers de l'heure crépusculaire « où
le soldat douteux se transforme en larron ». C'est du reste dans
cette compagnie interlope que Caravage aimait à vivre. II était
violent et querelleur, et plus d'une fois il eut des difficultés
avec les sbires de la police pontificale.
La déposition de la Croix. Sa peinture farouche avait pourtant du
succès. Il peignit une réunion de joueurs, Il Giuoco di
carte, dont le cardinal del Monte fit l'acquisition. L'indulgent prélat
se déclara même le protecteur de Caravage et, le sachant sans
asile, il le logea chez lui. Bientôt on jugea que, malgré
les vulgarités de son style, l'artiste était capable de travailler
pour les églises. Il est vrai qu'il ne justifia pas toujours la
confiance qu'on lui témoignait. Un saint Mathieu, qu'il avait
peint pour Saint-Louis-des-Français, parut tellement trivial aux
prêtres de la paroisse qu'il fut obligé de le refaire. Dès
cette époque, le système de Caravage consiste à construire
un tableau avec un violent contraste de blanc et de noir. Toutes les fois
que son sujet lui permet d'adopter cette combinaison en vue de laquelle
il avait machiné son atelier, il peint des carnations claires et
il les entoure d'obscurités intenses : nul maître n'a employé
plus résolument les ombres opaques et les noirceurs. C'est là
le principe qu'il a appliqué dans la Déposition de croix
qu'il peignit pour Santa Maria in Vallicella, et qui est aujourd'hui au
musée du Vatican
Le Repas d'Emmaüs (version de 1601). Le caractère irascible de Caravage
aurait dû lui faire beaucoup d'ennemis. La discussion n'était
pas sans péril avec un homme qui avait toujours la dague au poing;
il professait d'ailleurs la plus haute estime pour son mérite et
il parlait des peintres, vivants ou morts, avec le plus insolent mépris.
Et, cependant, malgré ses allures farouches, il eut de nombreux
adhérents et il exerça en Italie une influence qui lui a
longtemps survécu. Aux premières années du XVIIe
siècle, Caravage était le modèle qui troublait toutes
les jeunes têtes. Et ce ne sont pas seulement ses compatriotes qui
se sont laissé séduire. Les étrangers subirent son
prestige : bien qu'il vint de la France, Valentin fut une de ses premières
victimes, et d'autres l'ont suivi dans la recherche des ombres excessives,
Honthorst par exemple, et un grand nombre d'Espagnols.
Rubens lui-même, alors qu'il était
au service du duc de Mantoue Bien que Caravage ait mené une vie
fort agitée et relativement courte, il a beaucoup produit et ses
oeuvres ne sont pas rares. Nous avons cité la Déposition
de croix du musée du Vatican, composition fameuse que Baglione,
qui avait eu cependant des démêlés avec l'auteur, signalait
comme la migliore opera di lui. Indépendamment du sérieux
portrait d'Alof de Vignacourt, le Louvre possède la Mort
de la Vierge de l'église della Scala in Transtevere, que Rubens
fit acheter au duc de Mantoue, une Diseuse de bonne aventure et
un Concert. La National Gallery a les Pèlerins d'Emmaüs.
On peut voir encore plusieurs tableaux à Berlin, entre autres l'Amour
dominateur et un Saint Mathieu; l'Ermitage espose un beau Martyre
de saint Pierre, et le palais Balbi, à Gênes, la Conversion
de saint Paul. Considéré comme peintre, Caravage est
un exécutant de premier ordre : sa peinture est ferme et d'une belle
pâte. Il est l'un des initiateurs du système de clair-obscur
qu'il a mis à la mode et qui fait jouer au noir un rôle majeur.
Dès qu'il eut quitté Venise, où il ne fit pas d'ailleurs
un long séjour, Caravage semble avoir eu pour idéal de restreindre
le plus possible la part réservée à la lumière.
(Paul Mantz).
Les Joueurs de cartes, par Caravage, 1594. |
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© Serge Jodra, 2005. - Reproduction interdite.