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Le Deccan

Le Deccan (ou Dekkan) est un vaste plateau qui occupe l'essentiel de la partie péninsulaire de l'Inde, au sud des plaines gangétiques. Il tire son nom du sanscrit dakshina, qui signifie sud, et se répartit aujourd'hui entre plusieurs États indiens (Maharashtra, Karnataka, Telangana, Andhra Pradesh, et partiellement le Tamil Nadu). Avec une une croissance économique forte, avec des métropoles comme Bangalore ou Hyderabad, devenues des pôles mondiaux de la technologie et de l'industrie, le Deccan, longtemps perçu comme une périphérie, s'impose désormais comme l'un des moteurs de l'Inde, qui allie un patrimoine millénaire à une modernité industrielle et numérique.

Le plateau s'étend depuis la chaîne des Vindhya au nord jusqu'aux monts Nilgiri au sud, et bordé à l'ouest et à l'est par les Ghats occidentaux et orientaux, il est bordé à l'ouest par les Ghats occidentaux, qui dominent la mer d'Arabie, et à l'est par les Ghats orientaux, plus modestes, qui descendent vers le golfe du Bengale. Ce plateau, qui s'élève en moyenne entre 500 et 800 mètres d'altitude, est constitué de roches basaltiques issues d'un intense volcanisme ayant eu lieu il y a quelque 65 millions d'années, à la fin du crétacé (les fameux trapps du Deccan, dont la formation coïncide avec la disparition des dinosaures et demeure étudiée pour son éventuel rôle dans cette extinction).

Le climat y est majoritairement tropical, caractérisé par la mousson dont les précipitations diminuent sensiblement de la côte vers l'intérieur, rendant certaines régions particulièrement sèches, notamment dans le plateau central et la zone du Rayalaseema. Les grands fleuves qui traversent ou bordent le plateau (Godavari, Krishna, Kaveri, Narmada, Tapti) ont permis depuis l'Antiquité l'irrigation et le développement d'une agriculture riche, notamment celle du coton, ce qui a valu au Deccan le surnom historique de "grenier à coton". Le Deccan abrite les peuples dravidiens (Telugus, Kannadas, Marathes, Tamouls) dont les langues, écrites depuis des siècles, constituent un héritage littéraire considérable. De nombreuses langues tribales, comme le gondi, y sont également parlées, reflétant la présence de communautés adivasi. La région est parsemée de sites remarquables, des temples de Hampi et de Pattadakal aux tombeaux de Bijapur, en passant par les grottes d'Ajanta et d'Ellora creusées dans le basalte.

L'histoire du Deccan est ancienne et mouvementée. Il fut successivement le coeur de grands royaumes comme ceux des Satavahana, des Chalukya, des Rashtrakuta, puis de puissants sultanats qui s'affranchirent de Delhi à partir du XIVᵉ siècle. Entre le XVIe et le XVIIe siècle, le sultanat de Bijapur et surtout l'empire de Vijayanagara, capitale Hampi, firent du Deccan un foyer politique et artistique brillant, avant que l'expansion moghole vers le sud, puis l'avènement des Marathes sous Shivaji au XVIIe siècle, ne redessinent durablement la région. Le Deccan passa ensuite sous influence britannique, avec des principautés comme Hyderabad qui conservèrent une large autonomie jusqu'en 1948.

Géographie physique.
Le relief du Deccan, dont l'altitude moyenne se situe entre 450 et 600 mètres, est l'un des plus anciens massifs du monde, rattaché au socle gondwanien, ce qui lui confère une grande stabilité tectonique et une quasi-absence de séismes majeurs, exception faite de la zone de Koyna. Sa structure géologique est dominée par les trapps du Deccan, d'immenses épanchements basaltiques issus d'une activité volcanique intense survenue à la fin du Crétacé et au début du Tertiaire, il y a environ 60 à 70 millions d'années. Ces coulées de lave, qui atteignent une épaisseur de plus de 1700 mètres dans les Ghats occidentaux et s'amincissent progressivement vers l'est en suivant une pente douce de 1 à 2 degrés, ont donné naissance à un modelé en escalier caractéristique, avec des plateaux tabulaires et des falaises escarpées. Les roches basaltiques, en se désagrégeant sous l'effet du climat tropical, ont produit le régur (vertisol), ou terre noire cotonnière, un sol argileux, riche en fer et en humus, extrêmement fertile et particulièrement adapté à la culture du coton. Ce sol noir domine la partie nord-ouest du plateau, notamment au Maharashtra et dans le Karnataka, tandis que les bordures sud-est présentent des sols rouges sableux ou latéritiques, lessivés et moins fertiles.

Le climat du Deccan est de type tropical, fortement marqué par la mousson, mais il présente des contrastes régionaux marqués en raison de l'effet de barrière exercé par les Ghats occidentaux. Ces montagnes interceptent les vents humides du sud-ouest, provoquant des précipitations abondantes, souvent supérieures à 3000 mm par an sur leur versant maritime, tandis que le plateau lui-même se trouve dans une zone d'ombre pluviométrique, avec des totaux annuels qui chutent fréquemment en dessous de 750 mm, voire moins de 500 mm dans certaines zones comme la région de Bellary. La répartition des pluies est très saisonnière, l'essentiel des précipitations se concentrant de juin à septembre, tandis que la période de novembre à avril est presque totalement sèche. Les températures sont élevées toute l'année, avec des maximales pouvant dépasser 40 °C durant les mois les plus chauds précédant la mousson, notamment dans les zones intérieures du Maharashtra et du Telangana. 

L'hydrographie du Deccan est structurée par de grands fleuves qui prennent leur source dans les Ghats occidentaux et s'écoulent vers l'est pour se jeter dans le golfe du Bengale, en raison de la pente générale du plateau. Le système du Godavari draine la partie nord du plateau, celui de la Krishna avec son affluent la Bhima irrigue la partie centrale, tandis que la Kaveri traverse le sud du Karnataka avant de s'engager dans les gorges des Nilgiri pour atteindre le Tamil Nadu. Ces fleuves, alimentés par la mousson, connaissent des débits très irréguliers, avec des crues saisonnières marquées et un étiage sévère durant la saison sèche, ce qui a conduit à un développement important de l'irrigation, à la fois par des canaux dérivés des fleuves, des réservoirs et des puits qui captent les eaux des aquifères basaltiques fissurés. 

Le plateau se subdivise en plusieurs ensembles régionaux distincts : le plateau du Maharashtra au nord, avec ses reliefs résiduels comme les chaînes d'Ajanta et de Harischandra; le plateau du Karnataka, le plus élevé et le mieux individualisé, qui se décompose en deux unités, le Malnad, zone accidentée et forestière bordant les Ghats, et le Maidan, vaste étendue de plaines ondulées parsemées de collines granitiques; les hautes terres du Telangana et du Rayalaseema à l'est; et les plateaux du Tamil Nadu au sud-est, qui prolongent le Maidan. Ces divisions topographiques, combinées aux variations climatiques et pédologiques, déterminent une mosaïque de paysages où alternent les cultures pluviales de millets et de sorgho sur les sols légers, les champs de coton sur les terres noires, et les rizières irriguées dans les vallées fluviales.

Biogéographie.
La biogéographie du Deccan est dominée par des formations sèches décidues et des brousses épineuses, dont la répartition est étroitement conditionnée par le gradient pluviométrique créé par l'ombre des Ghats occidentaux, avec une végétation qui passe des forêts tropicales sèches à teck dans les zones les plus humides à des fourrés xérophiles à Acacia et Euphorbia dans les secteurs les plus arides. Le plateau constitue la plus vaste zone biogéographique de l'Inde, couvrant environ 43 % du territoire, et se subdivise en plusieurs provinces biotiques distinctes : les hautes terres centrales, le plateau central et le plateau méridional. Les précipitations annuelles y sont généralement inférieures à 750 mm, avec une saison sèche quasi totale de novembre à avril et des températures pouvant dépasser 40 °C, ce qui explique la prédominance de formations ouvertes adaptées à la sécheresse.

La végétation climacique originelle est constituée de forêts tropicales sèches décidues, dont il ne subsiste aujourd'hui que des lambeaux dégradés par des siècles de pâturage, de coupe et de feu. Ces forêts se répartissent selon trois grandes séries floristiques : la série à Shorea robusta (sal) dans le nord-est du Deccan, la série à Tectona grandis (teck) qui couvre la majeure partie du plateau, et la série à Hardwickia binata qui marque la transition vers les formations épineuses dans l'Andhra Pradesh. Le teck constitue l'essence la plus emblématique, dominant les forêts décidues sèches et moist décidues, accompagné d'espèces comme Anogeissus latifolia, Terminalia spp., Boswellia serrata, Lagerstroemia parviflora et Dalbergia latifolia. Dans les zones plus sèches du centre et du sud, Hardwickia binata devient localement dominant, notamment dans les districts de Chittoor, Cuddapah et Kurnool, et forme des peuplements à deux strates d'environ vingt mètres de hauteur. Le santal (Santalum album) trouve son optimum dans la série sèche décidue entre 600 et 1200 m d'altitude, tandis que le Pterocarpus santalinus constitue une espèce endémique rare des collines de Nallamalai et Sechachalam.

Dans les parties les plus arides du plateau, notamment au Tamil Nadu, en Andhra Pradesh méridional et dans le Karnataka oriental, la forêt cède la place à une brousse épineuse ouverte caractérisée par des arbres à troncs courts et à couronnes étalées qui ne forment que rarement une canopée fermée, atteignant six à neuf mètres de hauteur. Les espèces dominantes appartiennent au genre Acacia, auxquelles s'associent Balanites roxburghii, Capparis spp., Prosopis spp., Azadirachta indica, Cassia fistula, Diospyros chloroxylon et Phoenix sylvestris. Sur les sols rocheux à pluviométrie particulièrement faible, cette brousse évolue vers une formation à Euphorbia, laissant le sol nu en dehors de la brève saison des pluies. Au Tamil Nadu, là où les précipitations sont encore plus réduites, se développe la forêt épineuse carnaticienne à Acacia planifrons, caractérisée par des couronnes en parasol. Ces formations épineuses sont largement considérées comme des stades de dégradation anthropique des forêts sèches décidues originelles, modelées par des siècles de pastoralisme et d'extraction de produits forestiers.

Au sein de cette matrice sèche s'intercalent des formations herbacées et des habitats édaphiques spécialisés qui abritent une biodiversité remarquable. Les savanes sèches du sud de l'Andhra Pradesh, composées de graminées comme Chrysopogon fulvus, Heteropogon contortus, Eremopogon foveolatus, Aristida setacea et Dactyloctenium spp., constituent l'habitat critique de l'outarde indienne (Ardeotis nigriceps) et de l'antilope cervicapre (Antilope cervicapra). Les patchs de forêt décidue sèche des Tirupathi Hills abritent une flore médicinale exceptionnellement riche, incluant des espèces rares comme le cycas endémique Cycas beddomei et Psilotum nudum, ainsi qu'une petite station de Shorea talura, un dipterocarpé relique. Les zones de transition entre formations sèches et humides, notamment dans le paysage de Vidarbha-Dandakaranya, présentent des micro-habitats riverains abritant des espèces à affinités orientales comme Lasia spinosa et Strobilanthes auriculata, qui témoignent des connexions biogéographiques anciennes entre le Deccan et l'Asie du Sud-Est.

La faune mammalienne du Deccan, bien qu'appauvrie par rapport à son état historique, comprend encore des populations significatives de grands herbivores et de carnivores. Les forêts sèches et les brousses du plateau abritent des populations d'éléphant d'Asie (Elephas maximus), notamment dans les zones de contact avec les Ghats orientaux, ainsi que des tigres (Panthera tigris), des léopards, des dholes (Cuon alpinus), des ours lippus (Melursus ursinus) et des gaurs (Bos gaurus). Le nilgaut (Boselaphus tragocamelus) atteint dans le sud de l'Andhra Pradesh sa limite méridionale de répartition. Parmi les espèces endémiques ou quasi-endémiques figurent deux rongeurs menacés, Millardia kondana et Cremnomys elvira, ainsi qu'une chauve-souris, Hipposideros schistaceus, toutes trois inféodées aux habitats secs du plateau. Le chinkara (Tetracerus quadricornis) et l'antilope cervicapre comptent parmi les ongulés caractéristiques de ces milieux ouverts.

L'avifaune de la région compte près de 350 espèces, dont plusieurs taxons d'importance conservatoire majeure. Le courvite de Jerdon (Rhinoptilus bitorquatus), considéré comme éteint pendant près d'un siècle avant sa redécouverte en 1986, ne subsiste que dans une aire extrêmement restreinte du sud de l'Andhra Pradesh, à la jonction des brousses épineuses et des forêts décidues sèches. L'outarde indienne et la petite outarde (Eupodotis indica) figurent également parmi les espèces globalement menacées associées aux savanes sèches du plateau. Le coq de jungle de Ceylan (Gallus lafayetii) est limité à la portion sri-lankaise de l'écorégion, tandis que le barbu à front jaune (Megalaima flavifrons) et le courvite de Jerdon constituent les autres taxons quasi-endémiques ou endémiques de ces formations.

Les pressions anthropiques ont profondément transformé la biogéographie du Deccan, plus de 90 % des habitats naturels de l'écorégion des brousses épineuses ayant été dégradés ou détruits. Le pastoralisme intensif, l'extraction de bois et de produits forestiers non ligneux, ainsi que l'envahissement par des espèces exotiques comme Prosopis juliflora et Lantana camara ont conduit à une homogénéisation floristique et à une régression des formations forestières au profit de fourrés secondaires. Dans le paysage de Vidarbha-Dandakaranya, la culture itinérante pratiquée par les populations Maria et Bada Maria a réduit les cycles de jachère de trente à quarante ans à seulement quinze ans, ce qui a accéléré la conversion des forêts humides en formations ouvertes dominées par le bambou et favorisé l'érosion des sols. Les aires protégées, bien que comprenant certains des plus beaux massifs forestiers du pays, ne couvrent qu'une fraction infime de l'écorégion, laissant la majeure partie de la biodiversité du plateau sans protection effective.

Géographie humaine.
Le Deccan se caractérise par un peuplement ancien dont la distribution spatiale reste fortement conditionnée par la géographie physique, notamment la disponibilité en eau et la nature des sols. Les densités de population les plus élevées se rencontrent dans les zones de transition et aux pieds des Ghats occidentaux, où la pluviométrie est plus abondante et les sols plus faciles à travailler, tandis que les plaines à sol noir, pourtant réputées fertiles, présentent historiquement des densités moindres en raison de la profondeur de la nappe et des difficultés d'irrigation. Cette répartition contrastée s'explique aussi par des facteurs sanitaires et sécuritaires : les zones montagneuses et forestières étaient perçues comme plus insalubres et plus exposées aux troubles, ce qui a concentré les populations dans les secteurs accessibles et mieux protégés. Les études contemporaines confirment cette corrélation forte entre pluviométrie et densité de peuplement, avec des coefficients de corrélation élevés dans les régions du Maharashtra occidental et du Marathwada.

L'économie du Deccan repose traditionnellement sur un système agro-pastoral adapté à la sécheresse, où l'agriculture pluviale de millets et de sorgho se combine avec un élevage extensif de bovins et de petits ruminants. Ce système, qualifié d'agro-pastoralisme, constitue la stratégie la plus fiable dans un environnement marqué par une variabilité pluviométrique extrême, les cultures et l'élevage se complétant pour amortir les effets des années déficitaires. Dans les zones les plus arides, les pasteurs nomades comme les Dhangars pratiquent des transhumances saisonnières, descendues vers les plaines côtières pendant la saison sèche et remontées vers l'intérieur à l'arrivée de la mousson, en échange de fumier contre du riz. L'élevage ovin spécialisé s'est renforcé au fil du temps, tandis que la place des animaux de trait a considérablement diminué avec la mécanisation.

Les sols noirs qui couvrent plus d'un tiers de la péninsule, constituent la base de l'économie agricole traditionnelle, particulièrement pour la culture du coton. Ces terres argileuses, riches en fer et en humus, retiennent l'humidité et se prêtent bien aux cultures commerciales, mais leur travail nécessite des attelages puissants et leur irrigation reste difficile en raison de la profondeur de la nappe. Les sols latéritiques et sableux, plus pauvres, sont réservés aux cultures vivrières de millets, qui constituent la base alimentaire des populations rurales. La mise en valeur agricole a longtemps été extensive, avec une forte proportion de jachères et de terres en friche, reflétant la pression démographique sur des terres marginales.

L'histoire du peuplement du Deccan révèle une profonde transformation des paysages et des modes de vie. Jusqu'à une période relativement récente, de vastes portions du plateau, notamment dans les vallées de la Bhima et de la Godavari, étaient caractérisées par des étendues pastorales et forestières plutôt que par une agriculture sédentaire intensive. Les inscriptions et les traditions orales mentionnent des divinités pastorales comme Khandoba, Viroba et Mhasoba, et les stèles héroïques commémorent des guerriers morts en défendant leurs troupeaux, ce qui témoigne de l'importance centrale de l'élevage dans ces sociétés . L'agriculture ne s'est véritablement imposée dans ces zones qu'à partir de la période médiévale, les souverains cherchant à attirer et fixer les cultivateurs pour étendre les surfaces cultivées. Les communautés marchandes comme les Lingayats, les Lamanis et les Banjaras assuraient la liaison entre les noyaux agricoles dispersés, transportant grains et marchandises à travers les étendues pastorales.

Les structures sociales du Deccan sont marquées par une stratification complexe, où les castes de cultivateurs dominent numériquement. Dans certaines régions comme Cuddapah, les Kapus ou Reddis et les Balijas constituent les groupes les plus nombreux, l'agriculture occupant plus de 70 % de la population active. Les Brahmanes y sont proportionnellement peu nombreux, et les populations musulmanes, issues en partie de mariages mixtes, présentent une composition spécifique. Cette organisation sociale reflète l'ancienneté du peuplement et la prégnance des structures agraires dans la vie économique et culturelle.

Les langues et les cultures du Deccan témoignent d'un substrat dravidien profondément enraciné, auquel se sont superposées des influences indo-aryennes, notamment le marathi dans le nord-ouest de la péninsule. Les langues munda subsistent dans les régions orientales, vestiges de populations pré-aryennes. L'hindouisme est largement prédominant, mais l'histoire politique du plateau a été marquée par l'existence de sultanats musulmans comme Golconde, Bijapur, Ahmednagar, Bidar et Berar, dont l'héritage culturel reste visible dans l'architecture et les traditions urbaines. Les centres urbains historiques comme Hyderabad, Bangalore, Pune et Aurangabad témoignent de cette richesse culturelle et de cette position du Deccan comme carrefour entre l'Inde du Nord et l'Inde péninsulaire.

L'époque contemporaine a vu une transformation accélérée des systèmes agraires sous l'effet des politiques de développement rural. Les grands programmes d'irrigation par canaux, initiés dès les années 1950, ont permis la conversion de vastes surfaces de cultures pluviales en rizières et en cultures commerciales comme l'arachide et le coton. Dans le même temps, des programmes de petite échelle, comme l'aménagement de bassins versants et l'installation de puits tubés, ont favorisé l'émergence d'une agriculture irriguée dans des zones jusque-là dépendantes de la pluie. Ces transformations ont accru la productivité mais ont aussi engendré des problèmes environnementaux graves : engorgement des sols et salinisation autour des périmètres irrigués, épuisement des nappes phréatiques et érosion des sols noirs. La mécanisation et la motorisation ont profondément modifié les rapports de production, réduisant la place de l'élevage de trait tout en renforçant des formes spécialisées d'élevage ovin.

Le plateau recèle des gisements de charbon, de minerai de fer, d'amiante, de chromite, de mica et de cyanite, dont l'exploitation a attiré de longue date les convoitises des pouvoirs extérieurs, depuis les Maurya et les Gupta jusqu'aux dynasties médiévales. La région a également été historiquement célèbre pour ses diamants, extraits et taillés dès le Moyen Âge. Plus récemment, d'importants gisements d'uranium ont été découverts dans la ceinture de Tummalapalle et dans le bassin de Bhima à Gogi, ouvrant de nouvelles perspectives pour l'industrie nucléaire indienne. L'extraction du manganèse, du gypse, de la bauxite et du calcaire complète ce tableau minier, tandis que la production de sel le long de la côte demeure une activité majeure, représentant près de la moitié de la production nationale.

Les structures agraires et les modes de vie du Deccan restent profondément marqués par l'incertitude climatique et la rareté de l'eau. La pression démographique sur les terres est particulièrement forte dans les régions de densité moyenne, où la superficie cultivable par habitant est inférieure à celle des plaines du Nord, mais où la totalité des terres topographiquement utilisables est mise en culture. Cette saturation de l'espace agricole, combinée à la variabilité des précipitations, maintient une partie importante de la population rurale dans une situation de vulnérabilité chronique, les sécheresses périodiques venant régulièrement compromettre les récoltes et les moyens de subsistance. Les politiques publiques de développement rural, qu'elles soient de grande ou de petite échelle, ont certes permis des gains de productivité indéniables, mais elles ont aussi révélé les limites écologiques d'un modèle fondé sur l'intensification de l'usage de l'eau dans un milieu semi-aride.

Le développement des infrastructures de transport a désenclavé de nombreuses zones rurales, favorisant l'intégration des marchés et la diffusion des innovations agricoles. Cette dynamique a permis une augmentation significative de la production agricole, même si les bénéfices restent inégalement répartis entre les régions et les catégories sociales.

Les principales villes.
L'urbanisation et l'industrialisation jouent un rôle moteur dans les transformations rurales du Deccan contemporain. Les densités urbaines, nettement supérieures aux densités rurales, reflètent l'attractivité des centres industriels et tertiaires. 

Hyderabad, fondée en 1591 par Muhammad Quli Qutb Shah sur les rives de la Musi, demeure la ville la plus importante du Deccan et la capitale du Telangana. Issue du déplacement de la capitale qutb Shahi depuis la forteresse de Golconde devenue trop exiguë, elle fut d'abord nommée Bhagnagar en mémoire d'une danseuse légendaire, Bhagmati. Son cœur historique s'organise autour du Charminar, centre politique et économique de la vieille ville, dont le plan urbain reproduit le modèle classique des cités indo-persanes. Longtemps célèbre pour le commerce des perles et des diamants, ainsi que pour sa cuisine, notamment le biryani, elle abrite aujourd'hui d'importantes institutions manufacturières et financières. La ville de Golconde, située à sept miles à l'ouest, fut la capitale du royaume qutb Shahi avant sa destruction par Aurangzeb en 1687; son fort, juché sur une crête granitique, servit longtemps de prison et de trésor aux Nizams, et le site conserve un vaste ensemble de mausolées royaux.

Bangalore, capitale du Karnataka, occupe une position méridionale sur le plateau à plus de 900 mètres d'altitude, ce qui lui vaut un climat agréable tout au long de l'année. Fondée par Kempe Gowda I en 1537, elle fut d'abord une modeste localité avant de devenir un centre urbain majeur, aujourd'hui considéré comme la Silicon Valley de l'Inde en raison de la concentration d'entreprises de haute technologie. Pune, située à 560 mètres d'altitude sur la rive droite de la Mutha, constitue la capitale culturelle du Maharashtra et abrite de nombreuses institutions éducatives. Ancienne capitale des Peshwas, dont les archives constituent une source historique majeure, elle conserve un patrimoine marathe remarquable tout en s'affirmant comme un pôle industriel et technologique de premier plan, avec des usines textiles, de caoutchouc et de papier, ainsi que des industries métallurgiques légères.

Nagpur, au centre géographique de l'Inde, est réputée pour ses oranges et occupe une position charnière entre le nord et le sud du pays. Bijapur, l'ancienne Vijayapura ou "ville de la victoire", fut la capitale de la dynastie Adil Shahi et demeure célèbre pour son patrimoine architectural, notamment le Gol Gumbaz, le mausolée de Muhammad Adil Shah, dont le dôme est le plus vaste de l'Inde. La ville, située dans une plaine et entourée de remparts, abritait également des réservoirs comme le Taj Bawdi et le Chand Bawdi pour pallier la sécheresse de la région; les sultans Adil Shahi y développèrent des faubourgs marchands tels que Shahpur et Nauraspur. Le voyageur français Tavernier, peu impressionné par ses édifices, nota néanmoins l'importance de son palais royal entouré de fossés remplis d'eau et peuplés de crocodiles.

Aurangabad, également appelée Chhatrapati Sambhajinagar, fut fondée en 1610 par Malik Ambar et servit de capitale moghole dans le Deccan sous Aurangzeb. La ville, célèbre pour ses monuments moghols et ses cinquante-deux portes, constituait un centre textile important, réputé pour ses étoffes de coton blanc et de soie. À proximité immédiate se trouvent les grottes d'Ajanta et d'Ellora, ainsi que la forteresse de Daulatabad, l'ancienne Devagiri des Yadavas, juchée sur un cône rocheux dont les flancs furent taillés à pic sur plus de cent pieds. Burhanpur, fondée en 1398-1399 par le souverain faruqi de Khandesh, fut un centre majeur de l'industrie textile, réputé pour ses mousselines transparentes exportées vers la Perse, la Turquie et la Pologne, ainsi qu'un foyer important de l'érudition indo-persane.

Parmi les anciennes capitales aujourd'hui en grande partie ruinées figurent Gulbarga et Bidar, successivement capitales bahmanides entre 1347 et 1527. Gulbarga conserve une mosquée pathane unique entièrement couverte et éclairée latéralement, couvrant près de 38 000 pieds carrés, ainsi qu'un bazar à arcades et des tombeaux royaux aux murs inclinés. Bidar, capitale à partir de 1432, abrite un citadel de deux miles et demi de circonférence, des palais envahis par les serpents et les babouins, et une madrasa autrefois magnifique dont le minaret de 190 pieds était couvert de carreaux émaillés bleus, verts et jaunes; douze tombeaux bahmanides se dressent au nord-est de la ville, et la cité donne son nom au bidri, un alliage damasquiné d'argent ou d'or. Warangal, capitale du royaume hindou de Telingana fondée par les Kakatiya, fut absorbée par les rois de Golconde en 1543; son fort, construit par Ganapati et achevé par sa fille Rudramba, fut pris par Muhammad bin Tughluq en 1323 et rebaptisé Sultānpur. Mysore, la "ville des palais", fut la capitale du royaume de Mysore qui gouverna les parties méridionales du Karnataka actuel. Tirupati, centre spirituel majeur, abrite un temple sacré sur les collines de Tirumala. Sholapur, dans le Maharashtra, complète la liste des cités importantes du plateau, bien que moins documentée dans les sources disponibles.

Histoire du Deccan.
Avant l'arrivée des musulmans, la région était contrôlée par des dynasties hindoues, notamment les Yadava dans le Maharashtra occidental et les Kakatiya dans le Telangana, dont les territoires s'étendaient sur les zones fertiles et les routes commerciales du plateau. Les premières incursions musulmanes dans le Deccan remontent à la fin du XIIIe siècle, avec une expédition d'Ala-ud-din Khilji en 1294, mais la dynastie Yadava ne fut définitivement éteinte qu'en 1312. Le Deccan resta ensuite soumis au sultanat de Delhi jusqu'en 1345, date à laquelle les nobles musulmans se révoltèrent contre Muhammad bin Tughluq et établirent le sultanat bahmanide, dont la première capitale fut Gulbarga, à environ soixante miles à l'est de Sholapur. Ce sultanat bahmanide (1347-1527) devint rapidement une puissance majeure, qui contrôla les territoires au nord de la Krishna et de la Tungabhadra, et entra en conflit quasi permanent avec l'empire hindou de Vijayanagara, fondé en 1336 par les frères Harihara et Bukka sur la rive sud de la Tungabhadra.

La rivalité entre le sultanat bahmanide et Vijayanagara structura la géopolitique du Deccan pendant plus de deux siècles, leurs affrontements étant souvent interprétés à tort comme une opposition religieuse entre islam et hindouisme, alors qu'ils reflétaient plutôt la confrontation entre deux cultures de royauté concurrentes, l'une ancrée dans le cosmopolitisme persan et l'autre dans le cosmopolitisme sanscrit. Les deux États développèrent des systèmes monétaires distincts, les Bahmanides adoptant le système persan venu du nord de l'Inde et Vijayanagara adaptant un système indic ancien, avec des zones de circulation qui ne coïncidaient pas nécessairement avec les frontières politiques. Malgré les conflits, ces deux formations culturelles convergèrent progressivement au cours des XVe et XVIe siècles, les élites de Vijayanagara commençant à s'inspirer de pratiques persanes et les sultanats intégrant des concepts sanskrits de royauté, notamment la doctrine du chakravartin. Le sultanat bahmanide atteignit son apogée sous le règne de Muhammad III (1463-1482), période durant laquelle le grand ministre Mahmud Gawan mena des expéditions dans le Maharashtra et réorganisa l'administration du royaume. Cependant, après la mort de Mahmud Gawan en 1481 et celle du sultan en 1482, les gouverneurs de provinces commencèrent à agir de manière indépendante, précipitant la fragmentation du sultanat.

Cette fragmentation donna naissance à cinq sultanats successeurs, les sultanats du Deccan, qui dominèrent la région jusqu'à la fin du XVIIe siècle : les Nizam Shahi d'Ahmadnagar (vers 1490-1636), les Adil Shahi de Bijapur (vers 1490-1686), les Imad Shahi de Berar (vers 1490-1574), les Qutb Shahi de Golkonda (vers 1501-1687) et les Barid Shahi de Bidar (vers 1492-1619). Ces cinq dynasties, bien que rivales, partageaient une identité politique commune, celle des Deccanis, un groupe défini d'abord politiquement mais qui développa également des identités culturelles et linguistiques spécifiques. En 1565, quatre de ces sultanats s'allièrent pour infliger une défaite décisive à Vijayanagara lors de la bataille de Talikota, qui marque la fin de l'empire hindou comme puissance majeure du plateau. Après cette victoire, les sultanats de Bijapur, Golkonda et Ahmadnagar émergèrent comme les puissances prééminentes, absorbant progressivement Berar (annexé par Ahmadnagar en 1574) et Bidar (contrôlé par Bijapur à partir de 1580). Les sultanats du Deccan brillèrent alors par leur richesse et leur raffinement culturel, notamment sous les règnes d'Ibrahim Adil Shah II à Bijapur et de Muhammad Quli Qutb Shah à Golkonda, qui patronnèrent un art et une architecture d'une originalité remarquable, distincte des productions mogholes contemporaines.

L'intervention moghole dans le Deccan commença à la fin du XVIe siècle et se poursuivit de manière intermittente pendant plus d'un siècle. Akbar annexa le Gujarat et le Khandesh en 1601, tandis qu'Aurangzeb, en tant que vice-roi du Deccan, tenta à plusieurs reprises de soumettre les sultanats. La résistance des sultanats chiites du Deccan à l'expansion moghole fut longue et acharnée, mais Aurangzeb, devenu empereur, parvint finalement à conquérir Bijapur en 1686 et Golkonda en 1687, mettant fin à l'indépendance des sultanats du Deccan. Cette conquête marqua l'apogée de l'expansion moghole vers le sud, mais elle épuisa les ressources de l'empire et ouvrit la voie à une nouvelle force montante : les Marathes. Sous la conduite de Shivaji, les Marathas développèrent une stratégie de guérilla adaptée au terrain accidenté des Ghats et des forteresses du Deccan, harcelant les armées mogholes et établissant un royaume indépendant dans l'ouest du Maharashtra à partir du milieu du XVIIe siècle. Shivaji fut couronné en 1674 et son royaume, bien que constamment menacé par les Moghols, réussit à survivre et à s'étendre après sa mort, notamment sous la direction de ses successeurs et des Peshwas, qui transformèrent le royaume marathe en un empire s'étendant sur une grande partie de l'Inde centrale et septentrionale au XVIIIe siècle.

La période marathe, qui s'étend du milieu du XVIIe siècle jusqu'au début du XIXe siècle, vit l'émergence d'une culture de cour composite, mêlant traditions hindoues, persanes et locales, et un système politique décentralisé où les grands chefs marathes, comme les Gaekwad à Baroda, les Holkar à Indore, les Scindia à Gwalior et les Bhonsle à Nagpur, exerçaient une autorité quasi souveraine sur leurs territoires respectifs. Les Marathas développèrent également une politique navale et entretinrent des relations diplomatiques complexes avec les puissances européennes, notamment les Portugais, les Français et les Anglais, qui cherchaient à s'implanter sur les côtes du Deccan. Cependant, l'expansion marathe vers le nord se heurta à l'Afghan Ahmad Shah Durrani, et la défaite de Panipat en 1761 affaiblit considérablement la confédération marathe, ouvrant la voie à la pénétration britannique. Les Anglais, présents à Bombay, Madras et sur la côte orientale, intervinrent progressivement dans les affaires des États du Deccan, soutenant tantôt un prince contre un autre, tantôt s'alliant avec les Marathas ou leurs adversaires, notamment lors des guerres contre Haidar Ali et Tipu Sultan du Mysore. La défaite de Tipu Sultan en 1799 et les guerres marathes qui suivirent (1803-1818) aboutirent à l'annexion des territoires marathes par les Britanniques, tandis que le Nizam d'Hyderabad, héritier des Qutb Shahi et des Mughols, accepta un protectorat britannique. Au XIXe siècle, le Deccan se trouva ainsi partagé entre les territoires directement administrés par la présidence de Madras et celle de Bombay, et les États princiers d'Hyderabad, de Mysore et d'autres, sous suzeraineté britannique. L'héritage de cette histoire complexe, faite de conflits et d'échanges entre cultures persane, sanscrite, musulmane, hindoue et européenne, reste visible dans la richesse architecturale, linguistique et artistique du Deccan contemporain.

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Dictionnaire Territoires et lieux d'Histoire
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