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Le
Karnataka
est un État du sud-ouest de l'Inde .
Il couvre une superficie d'environ 191 791 km² et présente une
diversité géographique remarquable, avec des des zones côtières, des
chaînes montagneuses, des plateaux et des plaines intérieures.
À l'ouest, le littoral
du Karnataka, appelé Karavali, borde la mer d'Arabie sur environ 320 km.
Cette bande côtière est étroite, mais dense en rivières, lagunes et
plages. Elle bénéficie d'un climat tropical
humide et reçoit d'importantes précipitations de mousson,
dépassant parfois 3000 mm par an. Cette zone fertile abrite des plantations
de cocotiers, de riz et d'épices.
Juste à l'intérieur
des terres s'élèvent les Ghâts occidentaux, connus localement sous le
nom de Malnad, une région montagneuse dense, couverte de forêts
tropicales, qui agit comme une barrière orographique. Ces montagnes
culminent autour de 1900 mètres, notamment au Mullayanagiri (1 930 m),
point culminant de l'État. Les Ghâts occidentaux sont riches en biodiversité
et abritent plusieurs réserves comme celles de Bhadra, Kudremukh ou encore
le parc national de Nagarhole.
Vers l'intérieur,
le plateau du Karnataka, aussi appelé Bayaluseeme, s'étend dans une zone
semi-aride à sub-humide. Ce plateau appartient à la partie orientale
du Deccan et couvre la majorité du territoire de l'État. Son altitude
moyenne varie entre 600 et 900 mètres. Il est divisé en deux zones :
le plateau nord, caractérisé par des formations
rocheuses anciennes et des sols plus secs, et le plateau sud, plus fertile,
sillonné de rivières comme la Kaveri, la Tungabhadra et la Hemavati.
Le bassin de la Kaveri est particulièrement important pour l'agriculture
et l'hydroélectricité.
Le nord du Karnataka,
autour de Belagavi, Vijayapura et Kalaburagi, présente une géographie
marquée par des sols noirs riches (région de la Deccan Black Soil), proices
à la culture du coton, et un climat plus sec, avec une pluviométrie généralement
inférieure à 800 mm. En revanche, le sud et l'est de l'État reçoivent
des précipitations plus abondantes, qui favorisent les cultures de ragi,
de canne à sucre, et de café dans les zones d'altitude plus élevées
comme Chikkamagaluru ou Kodagu.
Le réseau hydrographique
est dominé par quatre grands fleuves : la Kaveri
(sud), la Krishna (nord), la Tungabhadra (affluent de la Krishna), et la
Sharavathi (à l'ouest), cette dernière donnant naissance aux célèbres
chutes de Jog. Le régime des rivières dépend largement des moussons,
avec une forte variabilité saisonnière.
Le climat varie fortement
selon la région : tropical humide sur la côte, subtropical humide dans
les Ghâts, et semi-aride à l'intérieur. Cette variation influence la
végétation, qui va des forêts tropicales humides à l'ouest, aux savanes
sèches ou forêts décidues à l'est.
Enfin, la géologie
du Karnataka est ancienne, avec d'importantes formations du Précambrien,
riches en minerais comme le fer (Bellary), le manganèse, la bauxite et
même de l'or dans la région de Kolar. Ce substrat géologique a influencé
les formes du relief, les ressources et les implantations humaines.
Quelques-unes
des principales villes du Karnataka
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Bangalore,
capitale du Karnataka, est la plus grande ville de l'État et l'un des
pôles technologiques les plus importants d'Asie. Surnommée la Silicon
Valley de l'Inde, elle concentre des multinationales de l'informatique,
des start-ups, des instituts de recherche comme l'Indian Institute
of Science, et des parcs scientifiques tels que Electronics City et Whitefield.
Sa population dépasse 12 millions d'habitants. Elle est également réputée
pour son climat tempéré, ses espaces verts comme le Lalbagh Botanical
Garden, et son patrimoine colonial. Malgré sa croissance rapide, elle
fait face à de graves problèmes d'infrastructures, notamment en matière
de transport et de gestion de l'eau.
• Mysore,
deuxième plus grande ville, incarne le patrimoine historique et culturel
du Karnataka. Ancienne capitale du royaume Wodeyar, elle conserve une architecture
royale majestueuse, dont le célèbre palais de Mysore, exemple éclatant
d'architecture indo-saracénique. La ville est aussi connue pour ses festivités
grandioses durant Dasara, sa tradition artistique (danse, musique carnatique),
ses produits artisanaux (soie, bois de santal) et son rôle dans l'éducation
avec l'Université de Mysore. Le yoga a également
une place centrale, Mysore étant un foyer du style Ashtanga.
• Hubli-Dharwad,
une conurbation jumelle du nord-ouest, joue un rôle administratif et économique
central. Dharwad est davantage tournée vers l'éducation et la culture
(université Karnatak University, musiciens hindustanis), tandis que Hubli
est un pôle industriel et commercial. Ensemble, elles forment le second
pôle urbain le plus peuplé après Bangalore. L'agro-industrie, les textiles
et les petites entreprises technologiques y sont bien implantés.
• Mangaluru,
principal port maritime de l'État, est une ville côtière stratégique
située dans la région du Tulu Nadu. Elle est un carrefour commercial
majeur pour les exportations de café, de fer, de pétrole et de produits
chimiques. Elle possède un tissu multiculturel dense, avec des populations
parlant le konkani, le tulu, le kannada et le beary. Mangalore se distingue
aussi par ses institutions de santé et d'éducation, comme le Kasturba
Medical College. Son architecture reflète l'influence portugaise, arabe
et hindoue. |
•
Belagavi,
dans le nord-ouest et au climat agréable est proche du
Maharashtra
et du Goa. C'est un carrefour géopolitique et
militaire important. Elle abrite un centre de commandement militaire sud.
Son économie repose sur l'agriculture, la transformation agroalimentaire,
les moulins textiles et la fonderie. Belagavi est également le centre
d'un conflit linguistique ancien entre les populations marathi et kannada,
sans résolution nette.
• Kalaburagi
(anciennement Gulbarga), dans le nord-est, est une ancienne capitale des
Bahmanides. Elle a hérité d'un riche patrimoine musulman, dont la Jama
Masjid et de nombreux mausolées. Sa situation semi-aride en fait une zone
agricole dépendante de la mousson, mais elle reste connue pour sa culture
de céréales et de légumineuses. Kalaburagi est également un centre
pour l'enseignement supérieur musulman et général.
• Ballari,
dans l'est, est réputée pour ses vastes gisements de fer. Elle a connu
une croissance rapide au début des années 2000 en raison de l'exploitation
minière, souvent au cœur de controverses environnementales et politiques.
Le climat y est aride, et l'économie est fortement polarisée autour des
activités minières et des aciéries.
• Davangere,
située au centre de l'État, est un important centre agro-industriel,
notamment pour le coton, le sucre et les produits alimentaires. Ancienne
capitale du coton au Karnataka, elle est aussi connue pour sa scène culinaire
locale. Elle constitue un noeud de transport important et connaît une
urbanisation croissante autour de l'enseignement et des services.
• Shivamogga,
dans la région des Ghâts occidentaux, est réputée pour sa nature luxuriante
et ses paysages fluviaux. La rivière Tunga traverse la ville, qui est
également le point de départ vers des sites naturels comme les chutes
de Jog. Historiquement rattachée aux Keladi Nayakas, elle a conservé
une richesse culturelle marquée par la littérature et la musique kannada.
• Tumakuru,
proche de Bangalore, a été récemment désignée comme ville industrielle
intelligente dans le cadre du projet de corridors industriels. Elle accueille
des zones industrielles émergentes, notamment dans la machinerie lourde,
les pièces automobiles et les technologies vertes. Elle conserve aussi
une forte tradition éducative et religieuse avec des institutions comme
Siddaganga Math. |
Histoire du Karnataka.
Le Karnataka possède
une histoire qui remonte à la préhistoire, attestée par des vestiges
mégalithiques
et néolithiques découverts dans les régions
de Bellary, Raichur et Chitradurga. Ces premières communautés agricoles
et pastorales ont laissé des traces de vie structurée bien avant l'apparition
des royaumes. L'histoire écrite commence avec les inscriptions en brahmi
et en kannada ancien, datées du IIIe siècle
av. JC., et témoigne de l'influence des Maurya,
notamment sous Ashoka, dont les édits
ont été retrouvés à Maski.
Après la chute des
Maurya, la région passe sous le contrôle des Satavahana,
qui favorisent le commerce et le bouddhisme.
Puis, dès le IVe siècle, les Kadamba
de Banavasi deviennent la première dynastie indigène majeure à affirmer
une identité kannada. Ils établissent l'usage du kannada comme langue
administrative, amorçant une tradition politique et culturelle propre
à la région. En parallèle, les Gangas occidentaux dominent la partie
sud du Karnataka, et laissent derrière eux des oeuvres comme le colossal
Gomateshwara à Shravanabelagola.
À partir du VIe
siècle, le Karnataka entre dans son âge d'or avec l'avènement de la
dynastie Chalukya de Badami. Les Chalukya établissent un vaste empire
couvrant le Deccan et favorisent un art architectural monumental, comme
en témoignent les temples rupestres de Badami, Aihole et Pattadakal. À
cette époque, le kannada et le sanscrit
coexistent dans les inscriptions. Le pouvoir est brièvement repris par
les Rashtrakuta au VIIIe siècle, qui,
à partir de Manyakheta (Malkhed), dominent une grande partie de l'Inde
et sont reconnus pour leur mécénat des lettres et des arts. Ils construisent
notamment le Kailasa à Ellora.
Les Chalukya occidentaux
reprennent le contrôle au XIe siècle,
suivis par les Hoysalas, dont le style architectural atteint son apogée
avec les temples en stéatite à Belur, Halebidu et Somanathapura. Cette
période est aussi caractérisée par une efflorescence littéraire en
kannada, avec des auteurs comme Ranna et Janna, ainsi que l'émergence
du mouvement Bhakti dirigé par les shivaïtes virashaiva.
Au XIVe
siècle, l'invasion de l'armée de Delhi détruit
les grands royaumes du Deccan, mais un nouvel empire résiste : l'empire
Vijayanagara, fondé en 1336, avec sa capitale à Hampi. Cet empire devient
le bastion de la culture hindoue face aux sultanats du nord. Sous Krishnadevaraya,
au XVIe siècle, l'empire atteint son apogée.
Il favorise les langues régionales, l'agriculture, le commerce et l'art.
Hampi devient un centre urbain impressionnant avec ses temples, marchés
et aqueducs. Toutefois, en 1565, la défaite de Talikota entraîne la chute
de Vijayanagara.
Les siècles suivants
voient le morcellement du territoire, avec l'émergence de petits royaumes
: les Nayaka de Keladi, les Wodeyar de Mysore et les sultanats du Bijapur
et du Golconde. Au XVIIIe siècle, Mysore
devient une puissance régionale sous Haidar Ali et son fils Tipu Sultan,
qui modernisent l'armée, résistent aux Britanniques et entretiennent
des liens avec Napoléon. Malgré leur résistance,
Tipu meurt à Srirangapatna en 1799, et les Britanniques installent un
régime indirect sous les Wodeyar.
Durant la colonisation,
le Karnataka est divisé entre plusieurs entités : Mysore reste un royaume
princier modernisé (avec Bangalore comme centre administratif), tandis
que le nord est sous domination directe britannique dans la présidence
de Bombay et celle de Madras.
L'industrie, l'éducation et l'administration se développent, particulièrement
sous le règne de Krishna Raja Wodeyar IV et grâce au Premier ministre
Sir M. Visvesvaraya.
Après l'indépendance
en 1947, le processus de réorganisation linguistique conduit à la formation
de l'État de Mysore en 1956, réunissant les régions kannadophones dispersées.
En 1973, l'État est officiellement renommé Karnataka. Depuis, il a connu
une urbanisation rapide, surtout autour de Bangalore, devenue une métropole
technologique mondiale.
Principaux sites
archéologiques et historiques du Karnataka
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Hampi,
ancienne capitale de l'empire Vijayanagara, est l'un des ensembles monumentaux
les plus vastes et impressionnants d'Asie. Classée au patrimoine mondial
de l'Unesco, la cité en ruines s'étend sur plus
de 25 km² et abrite des temples majestueux comme le Virupaksha, des bazars,
des thermes royaux, le palais du Lotus Mahal, et l'immense char de pierre
du temple de Vittala. Construite entre le XIVe
et le XVIe siècle, Hampi est le témoignage
de l'urbanisme sophistiqué, de la tolérance religieuse et de la puissance
militaire de l'époque.
• Badami,
Aihole et Pattadakal, situés dans le district de Bagalkot, forment un
autre triangle archéologique majeur. Badami, ancienne capitale des Chalukyas,
est célèbre pour ses temples troglodytes creusés dans des falaises de
grès rouge au VIe siècle. Aihole, considérée
comme le laboratoire de l'architecture temple hindoue, compte plus de 120
sanctuaires datant du Ve au VIIIe
siècle. Pattadakal, site Unesco, combine des styles architecturaux dravidiens
et nagara, illustrant l'évolution artistique de l'Inde ancienne. Le temple
de Virupaksha y est une prouesse du VIIIe
siècle, commandée par la reine Lokamahadevi.
• Shravanabelagola
est un haut lieu du jaïnisme. Ce site sacré,
situé entre deux collines granitiques, abrite une statue monolithique
colossale de Bahubali (Gommateshwara), haute de 17 mètres, érigée au
Xe siècle. L'endroit attire encore aujourd'hui
des milliers de pèlerins, notamment lors de la cérémonie du Mahamastakabhisheka
organisée tous les 12 ans. On y trouve aussi des centaines d'inscriptions
gravées sur les rochers, certaines en vieux kannada.
• Srirangapatna,
proche de Mysore, est un site historique majeur lié à Tipu Sultan et
aux Wodeyar. L'île fluviale fortifiée conserve les ruines du palais de
Tipu, la mosquée Jama Masjid, le mausolée Gumbaz où reposent Tipu et
Haidar Ali, ainsi que le temple de Ranganathaswamy. La ville fut le théâtre
de batailles cruciales contre les Britanniques et constitue un jalon de
l'histoire coloniale en Inde. |
•
Halebidu
et Belur, capitales successives des Hoysala au XIIe
siècle, sont renommées pour leurs temples en stéatite finement sculptés.
Le temple de Hoysaleshwara à Halebidu est orné de frises complexes représentant
dieux, animaux mythiques, danseurs et scènes épiques. À Belur, le temple
de Chennakeshava impressionne par ses piliers finement ciselés et ses
reliefs narratifs issus du Ramayana et du Mahabharata.
Ces édifices illustrent l'apogée de l'art hoysala et la fusion entre
esthétique religieuse et savoir artisanal.
• Lakkundi,
village historique du district de Gadag, était un important centre religieux
et administratif aux époques des Chalukyas tardifs et des Hoysalas. Il
compte plus de 50 temples, de puits à paliers (kalyanis) et d'inscriptions.
Les temples en style trikuta (Ã trois sanctuaires) montrent une transition
entre les styles chalukya et hoysala, dans des matériaux fins comme le
schiste vert.
• Banavasi,
dans les Ghâts occidentaux, est la plus ancienne capitale connue d'un
royaume kannada, celui des Kadamba. Ses ruines révèlent des structures
antiques, des inscriptions et le temple Madhukeshwara dédié à Shiva,
datant probablement du IVe siècle. Ce site est considéré comme le berceau
de la culture kannada écrite.
• Talakadu,
sur les rives de la Kaveri, est un site célèbre pour ses temples ensevelis
sous le sable. Ancienne capitale des Ganga, elle compte plusieurs sanctuaires
en cours de restauration, comme le temple Vaidyanatheswara. La légende
locale attribue son ensablement à une malédiction, et le site est encore
aujourd'hui sacré pour les hindous.
• Anegundi,
de l'autre côté de la rivière Tungabhadra face à Hampi, est plus ancienne
que cette dernière. C'est un site préhistorique avec des abris rupestres,
des dolmens, et les ruines d'une ville antérieure
à Vijayanagara. Elle est aussi identifiée par la tradition comme le Kishkindha
du Ramayana, royaume des singes.
• Kittur,
près de Belagavi, est connue pour sa forteresse et pour la figure héroïque
de Rani Chennamma, l'une des premières reines à s'être rebellée contre
les Britanniques en 1824. Le fort de Kittur, ses temples et son palais
sont aujourd'hui conservés en tant que musée historique dédié à la
résistance locale. |
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